SCUM Manifesto

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SCUM Manifesto est un manifeste féministe radical écrit, auto-édité et diffusé par colportage à partir d'octobre 1967 par la new-yorkaise Valerie Solanas[1]. Cet essai sera réédité en août 1968 par Maurice Girodias pour Olympia Press, aux États-Unis[2].

Création et histoire[modifier | modifier le code]

Le manifeste est titré selon l'acronyme (inventé par Girodias[3]) du nom de l'association de Solanas[4] (SCUM, pour « Society for Cutting Up Men », c'est-à-dire « société pour tailler en pièces les hommes » ou « pour émasculer les hommes », selon les traducteurs[3]).

Valerie Solanas a été inculpée pour une tentative de meurtre sur Andy Warhol le (accusée de tentative de meurtre, attentat et de possession illégale d'une arme à feu). En août, elle a été déclarée irresponsable de ses actes et a été internée au Ward Island Hospital. Lors de son interpellation, elle a déclaré à la foule des journalistes et de la police : « Lisez mon manifeste et il vous dira qui je suis. »

Plus tard, à la suite d'une psychothérapie, et après avoir purgé une peine de prison pour coups et blessures volontaires, Solanas reniera le manifeste. Dans un entretien paru le dans l'hebdomadaire The Village Voice, elle a déclaré que c'était « juste une figure de style. Il n'y a pas d'organisation appelée SCUM. […] les femmes qui pensent d'une certaine manière sont dans le SCUM. Les hommes qui pensent d'une certaine manière font partie des auxiliaires masculins de SCUM[5]. »

Contenu[modifier | modifier le code]

« Scum », tel qu'il est employé dans le titre, doit bien être lu comme le substantif. De sorte que le titre, Scum Manifesto, peut se traduire par « Manifeste de la racaille ». Cette « racaille », Scum, ne fait pas référence aux hommes mais au modèle de la femme libre selon Valérie Solanas. À savoir, une femme s'étant affranchie de la « morale » et de la niaiserie policée qui caractérise la majorité des femmes. Valérie Solanas appelle ces dernières « Daddy's girls », voulant souligner ainsi leur soumission et leur formatage par les hommes.[réf. nécessaire] Solanas y exprime son souhait de supprimer le sexe masculin, et ce jusqu'à exterminer « tous les hommes qui ne feront pas partie de l'Auxiliaire masculin de SCUM[3] ».

Sisterhood is Powerful (en) (une collection d'écrits féministes éditée par Robin Morgan en 1970) contient des extraits du SCUM Manifesto.

Usages et références au SCUM Manifesto dans la culture[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Scum Manifesto est également un film de 1976 écrit par Valerie Solanas et réalisé par Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig.

Andy Warhol a produit en 1971 un film intitulé Women in Revolt (en) qui est une satire de l'ensemble de ces événements. Un groupe similaire au SCUM de Valerie Solanas y est intitulé PIG, acronyme de Politically Involved Girlies qu'on peut traduire par Femmes Impliquées Politiquement (pig voulant avant tout dire « cochon » en anglais).

Le travail créateur de Valerie Solanas et ses rapports avec Andy Warhol sont dépeints dans le film de 1996 I Shot Andy Warhol (J'ai tiré sur Andy Warhol), dont une partie significative se rattache au SCUM Manifesto et aux conflits de Valerie Solanas avec Andy Warhol sur des notions de paternité littéraire ainsi qu'à la deuxième vague féministe.

L'histoire de la vie de Solanas fut brièvement racontée dans la série américaine d'horreur American Horror Story (dans la saison 7), parlant ainsi de la place de la femme dans la société.

En littérature[modifier | modifier le code]

En 1974, l'écrivain français Robert Merle décrit dans son roman dystopique Les Hommes protégés une société dans laquelle la SCUM a pris le pouvoir, s'appuyant en grande partie sur le contenu du manifeste pour en décrire les conséquences[3].

L'auteure suédoise Sara Stridsberg a consacré un ouvrage, Drömfakulteten (La Faculté des rêves, 2006), à la vie fictionnalisée de Valérie Solanas. Elle y cite de nombreux extraits célèbres du SCUM Manifesto.

La nouvelle éponyme extraite du recueil de nouvelles de Michael Blumlein intitulée The Brains of Rats (Le cerveau des rats) utilise le SCUM Manifesto pour illustrer la haine du protagoniste mâle par rapport à lui-même et à son genre.

Michel Houellebecq a publié une postface mi-ironique mi-admirative au SCUM Manifesto dans une traduction française d'Emmanuelle de Lesseps parue en 2005.

Au théâtre[modifier | modifier le code]

Même si beaucoup de créations citent le texte, rares sont ses adaptations théâtrales.

  • Scum Attitude de la Compagnie Mercure, adapté et mis en scène par Xavier Fernandez-Cavada au Théâtre T/50 à Genève (2011).
  • Scum Manifesto, performance mise en scène par Stéphane Arcas au Théâtre de la Balsamine (2011).
  • Scum Manifesto de Mirabelle Rousseau, Sujets à Vif, Avignon, 2013.

En musique[modifier | modifier le code]

Valerie Solanas est citée dans les notes du livret du premier album des Manic Street Preachers, Generation Terrorist. De plus leur morceau Of Walking Abortion tire son nom d'un extrait du manifeste. Sur l'album The Rose Has Teeth in the Mouth of a Beast de Matmos, un des morceaux se nomme Tract for Valerie Solanas et comprend des extraits du Manifesto[6]. Le groupe de rock britannique S.C.U.M. tire son nom du Manifesto[7].

L'artiste japonais Merzbow a produit dans les années 1980 quatre albums faisant partie du projet SCUM, en référence à l'ouvrage de Solanas : Scissors For Merzbow, Scan Has Undergone Several Minor Revisions, Steelcum et Severance[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Winkiel 1999, p. 62.
  2. Penner 2011, p. 232.
  3. a b c et d Anne Wattel, Robert Merle : Écrivain singulier du propre de l'homme, Presses Univ. Septentrion, , 392 p. (ISBN 9782757419465, lire en ligne), p. 253
  4. (en) Nile Southern, The Candy Men : The Rollicking Life and Times of the Notorious Novel Candy, Skyhorse Publishing, Inc., , 420 p. (lire en ligne)
  5. '« 'It’s just a literary device. There’s no organization called SCUM. […] women who think a certain way are in SCUM. Men who think a certain way are in the men's auxiliary of SCUM. » http://www.warholstars.org/valerie-solanas-interview.html
  6. « Matmos : The Rose Has Teeth In The Mouth Of A Beast », Sonhors, (consulté le 1er décembre 2011)
  7. « S.C.U.M. - Whitechapel (2011) », sur Recent blog singles, New Music United, (consulté le 1er décembre 2011)
  8. Eric Duboys, Industrial musics, vol. 2, Camion blanc, (ISBN 9782357795624, lire en ligne)

Éditions en français[modifier | modifier le code]

  • Solanas (trad. Emmanuelle de Lesseps), SCUM, La Nouvelle Société, coll. « Olympia », (1re éd. 1968), présentation de Christiane Rochefort, introduction par Viviane Gornick (en)
  • SCUM (trad. Emmanuèle de Lesseps, nouvelle version), suivi de Valerie Solanas vivante (Dominique Fauquet), L'Unique et son ombre, 1987.
  • SCUM Manifesto (trad. Emmanuèle de Lesseps), Mille et une Nuits - Fayard, (1re éd. 1998), postface de Michel Houellebecq

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Penner, Pinks, Pansies, and Punks: The Rhetoric of Masculinity in American Literary Culture, Bloomington, IN, Indiana University Press, (ISBN 978-0-253-22251-0)
  • (en) Winkiel, « The 'Sweet Assassin' and the Performative Politics of SCUM Manifesto », dans Patricia Juliana Smith, The Queer Sixties, New York, Routledge, (ISBN 978-0-472-11718-5)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]