SCUM Manifesto

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SCUM Manifesto est un manifeste féministe écrit, auto-édité et diffusé par colportage à partir d' par la new-yorkaise Valerie Solanas[1]. Initialement passé inaperçu, il est publié en par Maurice Girodias pour Olympia Press, aux États-Unis[2], après la soudaine célébrité de son auteure suivant sa tentative d'assassinat d'Andy Warhol[3]. Bien que l'ouvrage soit quelquefois présenté comme une manifestation de la paranoïa du féminisme radical (le manifeste appelle à la rébellion des femmes et à l'éradication des hommes), son ton parodique violent est analysé comme une satire inversée des thèses freudiennes de la féminité[3].

Création et histoire[modifier | modifier le code]

Selon une légende tenace, le manifeste serait titré selon l'acronyme (inventé par Girodias[4]) du nom d'une hypothétique organisation[5] (SCUM, pour « Society for Cutting Up Men », c'est-à-dire « société pour tailler en pièces les hommes » ou « pour émasculer les hommes », selon les traducteurs[4]). En argot américain, scum est polysémique, et peut signifier « crasse, excrément, racaille, salaud »[6]. Cette théorie est toutefois contestée par l'autrice elle-même, et aucune mention de cette expression n'apparait dans ses travaux[7].

Valerie Solanas a été inculpée pour une tentative de meurtre sur Andy Warhol le (accusée de tentative de meurtre, d'attentat et de possession illégale d'une arme à feu). En août, elle a été déclarée irresponsable et internée au Ward Island Hospital. Lors de son interpellation, elle a déclaré à la foule des journalistes et de la police : « Lisez mon manifeste et il vous dira qui je suis. »

Dans un entretien paru le dans l'hebdomadaire The Village Voice, elle a déclaré que c'était « juste une figure de style. Il n'y a pas d'organisation appelée SCUM. […] les femmes qui pensent d'une certaine manière sont dans le SCUM. Les hommes qui pensent d'une certaine manière font partie des auxiliaires masculins de SCUM[8]. »

Réception par les féministes dans les années 1970[modifier | modifier le code]

Le pamphlet passe totalement inaperçu lors de ses premières éditions, et il faut attendre l'initiative marketing de sa publication après la tentative de meurtre sur Wharrol pour qu'il soit découvert[9].

Valerie Solanas ne se considérait elle-même pas comme féministe et méprisait les associations féministes. Il n'empêche que son SCUM Manifesto est souvent regardé comme un texte fondateur du féminisme radical, analyse parfois réfutée, la philosophe Manon Garcia notant par exemple : « SCUM est un texte radical et fondateur mais il ne relève pas du "féminisme radical" au sens strict tel que l’incarne Andrea Dworkin par exemple »[10]. L'autrice d'un ouvrage sur le féminisme radical relève que lorsque quelques unes d'entre elles tentent d'ériger l'ouvrage de Solanas comme représentatif du féminisme, elles sont fortement contestées par leurs paires, en raison du hiatus entre la position de Solanas, qui promeut les relations entre « femmes indépendantes » et le refus des relations sexuelles, « refuge des sans-esprits », et la position majoritaire prévalente chez la plupart des féministes du pays[9].

Usages et références au SCUM Manifesto dans la culture[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Andy Warhol a produit en 1971 un film intitulé Women in Revolt (en) qui est une satire de l'ensemble de ces événements. Un groupe similaire au SCUM de Valerie Solanas y est intitulé PIG, acronyme de Politically Involved Girlies qu'on peut traduire par Femmes Impliquées Politiquement (pig, « porc » en anglais est une insulte courante pour désigner un homme sexiste[11]).

Le travail créateur de Valerie Solanas et ses rapports avec Andy Warhol sont dépeints dans le film de 1996 I Shot Andy Warhol (J'ai tiré sur Andy Warhol), dont une partie significative se rattache au SCUM Manifesto et aux conflits de Valerie Solanas avec Andy Warhol sur des notions de paternité littéraire ainsi qu'à la deuxième vague féministe.

Scum Manifesto est également un film vidéo de 1976 réalisé par Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig où des passages du manifeste sont lus, appelant à sa réédition en français[12],[13].

L'histoire de la vie de Solanas fut brièvement racontée dans la série américaine d'horreur American Horror Story (dans la saison 7), parlant ainsi de la place des femmes dans la société.

En littérature[modifier | modifier le code]

Sisterhood is Powerful (en) (une collection d'écrits féministes éditée par Robin Morgan en 1970) contient des extraits du SCUM Manifesto.

En 1974, l'écrivain français Robert Merle décrit dans son roman dystopique Les Hommes protégés une société dans laquelle la SCUM a pris le pouvoir, s'appuyant en grande partie sur le contenu du manifeste pour en décrire les conséquences[4].

L'auteure suédoise Sara Stridsberg a consacré un ouvrage, Drömfakulteten (La Faculté des rêves, 2006), à la vie fictionnalisée de Valérie Solanas. Elle y cite de nombreux extraits célèbres du SCUM Manifesto.

La nouvelle éponyme extraite du recueil de nouvelles de Michael Blumlein intitulée The Brains of Rats (Le cerveau des rats) utilise le SCUM Manifesto pour illustrer la haine du protagoniste mâle par rapport à lui-même et à son genre.

Michel Houellebecq a publié une postface mi-ironique mi-admirative au SCUM Manifesto dans une traduction française d'Emmanuèle de Lesseps parue en 2005[10].

Au théâtre[modifier | modifier le code]

Même si beaucoup de créations citent le texte, rares sont ses adaptations théâtrales.

  • Scum Attitude de la Compagnie Mercure, adapté et mis en scène par Xavier Fernandez-Cavada au Théâtre T/50 à Genève (2011).
  • Scum Manifesto, performance mise en scène par Stéphane Arcas au Théâtre de la Balsamine (2011).
  • Scum Manifesto de Mirabelle Rousseau, Sujets à Vif, Avignon, 2013.

En musique[modifier | modifier le code]

Valerie Solanas est citée dans les notes du livret du premier album des Manic Street Preachers, Generation Terrorist. De plus, leur morceau Of Walking Abortion tire son nom d'un extrait du manifeste. Sur l'album The Rose Has Teeth in the Mouth of a Beast de Matmos, un des morceaux se nomme Tract for Valerie Solanas et comprend des extraits du Manifesto[14]. Le groupe de rock britannique S.C.U.M. tire son nom du Manifesto[15].

L'artiste japonais Merzbow a produit dans les années 1980 quatre albums faisant partie du projet SCUM, en référence à l'ouvrage de Solanas : Scissors For Merzbow, Scan Has Undergone Several Minor Revisions, Steelcum et Severance[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Winkiel 1999, p. 62.
  2. Penner 2011, p. 232.
  3. a et b Castro, Ginette., American feminism : a contemporary history, New York University Press, (ISBN 0-8147-1435-8, 9780814714355 et 081471448X, OCLC 20992471, lire en ligne)
  4. a b et c Anne Wattel, Robert Merle : Écrivain singulier du propre de l'homme, Presses Univ. Septentrion, , 392 p. (ISBN 978-2-7574-1946-5, lire en ligne), p. 253
  5. (en) Nile Southern, The Candy Men : The Rollicking Life and Times of the Notorious Novel Candy, Skyhorse Publishing, Inc., , 420 p. (lire en ligne)
  6. Christine Bard, Féminismes : 150 ans d'idées reçues, Le Cavalier Bleu, (ISBN 979-10-318-0418-7, lire en ligne)
  7. (en) Emily Liang, « The Shock Value of the "SCUM Manifesto" », Inquiries Journal, vol. 3, no 10,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. « It’s just a literary device. There’s no organization called SCUM. […] women who think a certain way are in SCUM. Men who think a certain way are in the men's auxiliary of SCUM. » http://www.warholstars.org/valerie-solanas-interview.html
  9. a et b (en) Alice Echols, Daring to Be Bad: Radical Feminism in America 1967-1975, Thirtieth Anniversary Edition, U of Minnesota Press, (ISBN 978-1-4529-6419-5, lire en ligne)
  10. a et b Zineb Dryef, « Il y a cinquante ans, le choc « SCUM Manifesto », un texte féminin radical », Le Monde, (consulté le ).
  11. David Brook, « The Return of the Pig », The Atlantic,‎ (lire en ligne)
  12. Biet, Christian. et Neveux, Olivier., Une histoire du spectacle militant : théâtre et cinéma militants 1966-1981, Vic-la-Gardiole, Entretemps, , 463 p. (ISBN 978-2-912877-63-5 et 2912877636, OCLC 458765659, lire en ligne)
  13. Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig, SCUM Manifesto, Paris, Éditions Naima, , 89 p. (ISBN 978-2-37440-011-2, lire en ligne)
  14. « Matmos : The Rose Has Teeth In The Mouth Of A Beast », Sonhors, (consulté le )
  15. « S.C.U.M. - Whitechapel (2011) », sur Recent blog singles, New Music United, (consulté le )
  16. Eric Duboys, Industrial musics, vol. 2, Camion blanc, (ISBN 978-2-35779-562-4, lire en ligne)

Éditions en français[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Penner, Pinks, Pansies, and Punks : The Rhetoric of Masculinity in American Literary Culture, Bloomington, IN, Indiana University Press, , 297 p. (ISBN 978-0-253-22251-0, lire en ligne)
  • (en) Winkiel, « The 'Sweet Assassin' and the Performative Politics of SCUM Manifesto », dans Patricia Juliana Smith, The Queer Sixties, New York, Routledge, (ISBN 978-0-472-11718-5, lire en ligne)
  • Fleckinger, Carou, Faucon, Mc Nulty et Noteris, SCUM Manifesto : Film, textes et documents sur la lecture mise en scène par Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig de SCUM Manifesto, Paris, Éditions Naima, , 89 p. (ISBN 978-2-37440-011-2, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]