Ode à l'automne

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Dessin : arbres, feuilles rouge-orange, au fond lac, collines au loin
Illustration pour Ode à l'automne de W. J. Neatby (1899).

Ode à l'automne (titre original : To Autumn) est une ode composée par le poète romantique anglais John Keats (1795-1821) achevée le et publiée en 1820 dans le recueil comprenant Les Poèmes de Lamia (Lamia Poems) et La Veille de la saint-Agnès (The Eve of St. Agnes).

L'ode est la dernière d'une série de six connues sous le titre Les Odes de Keats (Keats's Odes), composées en 1819. Les cinq premières, Ode sur une urne grecque, Ode sur l'indolence, Ode sur la mélancolie, Ode à un rossignol et Ode à Psyché sont datées de mai 1819 ; l'Ode à l'automne est composée après une promenade près de Winchester (Hampshire, au sud de l’Angleterre), pendant la soirée du 19 septembre. Elle marque la fin de la carrière poétique de Keats : pressé par des difficultés d'argent et une santé déclinante, il renonce à son art et, à peine plus d'un an après la publication de cette œuvre, il meurt à Rome le à l'âge de vingt-six ans.

L'ode se compose de trois strophes, chacune comportant onze vers qui progressent peu à peu dans la saison, en décrivent les goûts, les émotions et les sons, de la lente maturation des récoltes jusqu'à la moisson, puis les derniers jours alors qu'approchent les froidures de l'hiver.

L'automne se voit personnifiée et l'évocation de ses largesses, des visions qu'elle offre, des sons qu'elle laisse percevoir, assez proche des réalisations des paysagistes anglais[1], est dépeinte comme un tableau alors que le poète traverse des champs de chaume[2].

Interprétée par certains comme une méditation sur la mort ou encore comme une allégorie, elle semble à d'autres la réaction à un fait historique, le massacre de Peterloo le sur le terrain de St Peter's Fields à Manchester, lorsque la cavalerie charge une manifestation pacifique de 60 000 à 80 000 rassemblées pour demander une réforme de la représentation parlementaire. À ce compte, elle serait l'expression d'un sentiment nationaliste.

Quoi qu'il en soit, si Keats est malheureux pendant l'été 1819, il ne lui faut qu'une journée ensoleillée d'arrière-saison pour qu'il retrouve les sommets de son art. En ce sens, l'Ode à l'automne peut être considérée comme son chant du cygne. Elle figure dans pratiquement toutes les anthologies et nombre de critiques y voient l'un des courts poèmes les plus aboutis jamais composés en langue anglaise.

Genèse[modifier | modifier le code]

Profil au crayon d'un homme en veste blanche, environ 25 ans, cheveux mi-longs bouclés, menton reposant sur le poing droit
John Keats, par Charles Brown, août 1819.

1819 : l'année féconde[modifier | modifier le code]

Pendant le printemps de 1819, Keats écrit cinq de ses grandes odes, toutes datées de mai 1819. Après, il se porte vers d'autres formes poétiques, en particulier la tragédie en vers Otho le grand (Otho the Great), écrite en collaboration avec son ami et co-locataire Charles Brown, puis la deuxième partie de Lamia, avant de revenir à son épopée inachevée Hyperion[3][N 1]. C'est une époque où il se consacre totalement à son art, alternant les genres, la longueur des poèmes, se fixant pour but d'écrire plus de cinquante vers par jour ; pendant ses loisirs, il lit des œuvres aussi variées que L'Anatomie de la mélancolie de Robert Burton, les poèmes de Thomas Chatterton et aussi les essais de Leigh Hunt[4].

Amoncellement de difficultés[modifier | modifier le code]

Keats est particulièrement fécond en cette année 1819 ; pourtant, il affronte une multitude de difficultés. Déjà endetté, il doit venir en aide à son frère George qui, émigré aux États-Unis, manque cruellement d'argent, et il sent sa santé décliner depuis qu'il s'est occupé de son cadet Tom, atteint de tuberculose et décédé en 1818. C'est en septembre qu'il compose sa plus belle œuvre[5], l'ode À l'automne, et, du même coup, met fin à sa carrière poétique[6] : acculé par les obstacles matériels et les obligations morales, il se tourne vers des projets plus lucratifs[7].

Promenade féconde[modifier | modifier le code]

Le dimanche , Keats se promène près de Winchester le long de l'Itchen, rivière du Hampshire. Une lettre à son ami John Hamilton Reynolds du 22 septembre, rend compte de ses impressions[8] : « Comme la saison est admirable en ce moment. Comme l'air est pur – quelque chose de vif et de tempéré. Vraiment, sans plaisanterie, un temps chaste, un ciel de Diane. Je n'ai jamais aimé les chaumes autant qu'aujourd'hui. Oui, plus que le vert frileux du printemps. Je ne sais pourquoi, mais un champ où on a coupé le blé paraît chaud, de la même manière que certains tableaux paraissent chauds. J'en ai été si frappé au cours de ma promenade de dimanche que cela m'a donné l'idée d'écrire.[9][C 1] »

Rivière dans paysage arboré et verdoyant, avec plantes aquatiques en surface
l'Itchen, près d'Ovington.

Ainsi naît l'Ode à l'automne dont Keats joint le manuscrit à une lettre destinée à Richard Woodhouse[11], son ami et éditeur, datée du même jour que celle adressée à Reynolds[12].

Une fois révisé, le poème est inclus dans le recueil publié en 1820 Lamia, Isabella, The Eve of St Agnes and Other Poems[13],[14]. Échaudés par l'âpreté des comptes rendus ayant accueilli Endymion[15], les éditeurs Taylor & Hessey n'acceptent de publier l'ensemble qu'à la condition que tout poème susceptible d'engendrer une controverse d'ordre politique en soit banni[16].

Le poème[modifier | modifier le code]

L'Ode à l'automne est la plus courte des odes composées en 1819. Elle se divise en trois strophes ayant chacune son évolution mais dont la réunion forme une introduction, un développement et une conclusion.

Texte et traduction[modifier | modifier le code]

To Autumn

Season of mists and mellow fruitfulness,
Close bosom-friend of the maturing sun
Conspiring with him how to load and bless
With fruit the vines that round the thatch-eves run;
To bend with apples the moss'd cottage-trees,
And fill all fruit with ripeness to the core;
To swell the gourd, and plump the hazel shells
With a sweet kernel; to set budding more,
And still more, later flowers for the bees,
Until they think warm days will never cease,
For Summer has o'er-brimm'd their clammy cells.

Who hath not seen thee oft amid thy store?
Sometimes whoever seeks abroad may find
Thee sitting careless on a granary floor,
Thy hair soft-lifted by the winnowing wind;
Or on a half-reap'd furrow sound asleep,
Drows'd with the fume of poppies, while thy hook
Spares the next swath and all its twined flowers:
And sometimes like a gleaner thou dost keep
Steady thy laden head across a brook;
Or by a cider-press, with patient look,
Thou watchest the last oozings hours by hours.

Where are the songs of Spring? Ay, where are they?
Think not of them, thou hast thy music too,–
While barred clouds bloom the soft-dying day,
And touch the stubble-plains with rosy hue;
Then in a wailful choir the small gnats mourn
Among the river sallows, borne aloft
Or sinking as the light wind lives or dies;
And full-grown lambs loud bleat from hilly bourn;
Hedge-crickets sing; and now with treble soft
The red-breast whistles from a garden-croft;
And gathering swallows twitter in the skies.

Ode à l'automne

Saison des brumes et de la moelleuse abondance,
La plus tendre compagne du soleil qui fait mûrir,
Toi qui complotes avec lui pour dispenser tes bienfaits
Aux treilles qui courent au bord des toits de chaume,
Pour faire ployer sous les pommes les arbres moussus des enclos,
Et combler tous les fruits de maturité jusqu'au cœur,
Pour gonfler la courge et arrondir la coque des noisettes
D'une savoureuse amande ; pour prodiguer
Et prodiguer encore les promesses de fleurs tardives aux abeilles,
Au point qu'elles croient les tièdes journées éternelles,
Car l'Été a gorgé leurs alvéoles sirupeux.

Qui ne t'a vue maintes fois parmi tes trésors ?
Parfois celui qui va te chercher te découvre
Nonchalamment assise sur l'aire d'une grange,
Les cheveux soulevés en caresse par le souffle du vannage,
Ou profondément endormie sur un sillon à demi moissonné,
Assoupie aux vapeurs des pavots, tandis que ta faucille
Épargne l'andin suivant et toutes les fleurs entrelacées ;
Quelquefois, telle une glaneuse, tu portes droite
Ta tête chargée de gerbes en passant un ruisseau,
Ou encore, près d'un pressoir à cidre, tes yeux patients
Regardent suinter les dernières gouttes pendant des heures et des heures.

Où sont les chants du printemps ? Oui, où sont-ils ?
N'y pense plus, tu as aussi tes harmonies :
Pendant que de longues nuées fleurissent le jour qui mollement se meurt,
Et nuancent d'une teinte vermeille les chaumes de la plaine,
Alors, en un chœur plaintif, les frêles éphémères se lamentent
Parmi les saules de la rivière, soulevés
Ou retombant, selon que le vent léger s'anime ou meurt ;
Et les agneaux déjà grands bêlent à pleine voix là-bas sur les collines ;
Les grillons des haies chantent ; et voici qu'en notes hautes et douces
Le rouge-gorge siffle dans un jardin
Et que les hirondelles qui s'assemblent trissent dans les cieux
.
[17].

Commentaire[modifier | modifier le code]

Page blanche remplie d'une écriture cursive ; plusieurs vers rayés au milieu
Exemplaire manuscrit de l'ode, page 1
Les mots rayés sont remplacés par d'autres qui sont perceptibles à l'envers de la page, mais non lisibles
Exemplaire manuscrit de l'ode, page 2

L'Ode à l'automne décrit trois aspects de la saison, un par strophe : sa maturité, son labeur et son déclin. À ces phases correspond une progression temporelle : d'abord la saison reste balbutiante, puis elle jouit de sa plénitude avant de se faire le héraut de l'hiver. Dans le même temps, s'écoulent les heures du jour, d'abord le matin, puis l'après-midi, enfin le crépuscule. Chaque portion de saison et de jour a son sens particulier, le toucher, la vue et le son, d'où une symétrie tripartite inconnue dans les autres odes[18].

Première strophe[modifier | modifier le code]

La première strophe montre l'activité de la saison dans l'élaboration des processus naturels, la croissance, puis la maturation, deux forces opposées dans la nature dont le rivalité dialectique peut servir l'idée que la saison est sans fin[19]. D'après Sperry, les fruits sont encore à l'état de promesse, les bourgeons s'ouvrent sous la chaleur d'un reste d'été, et primauté reste au toucher, la succession des images suggérant une douce croissance et une lente progression, toutes palpables, puisque s'accumulent les verbes relevant des champs sémantiques de l'enflure, du ploiement et de l'affermissement[18].

Albert Laffay présente une analyse quelque peu différente en cela que, pour lui, la dominante est l'idée de maturité. L'adjectif mellow (« moelleux, adouci ») évoque un fruit mûr et s'adresse à tous les sens à la fois. Le vocabulaire, les substantifs fruitfulness, maturing, ripeness (« fécondité », « maturation », « maturité »), les verbes load, bless, bend, fill, swell, plump (« charger », « ployer », « remplir », « gonfler », « devenir charnu »), les adjectifs sweet, clammy (« sucré », « poisseux »), tout évoque la richesse surabondante. À cela s'ajoute le fait que « les mots n'interviennent pas seulement par les figures que le poète a réalisées, mais encore, inconsciemment, par des possibilités d'images auxquelles il n'a même pas songé[9] ». Ainsi, bosom (« sein, poitrine de femme ») dans bosom-friend (« ami intime ») créent virtuellement la métaphore de la maternité. Aussi ne s'agit-il pas ici de l'automne romantique, symbole de la mort, mais celle des anciens, « le temps de la récolte et la récompense de l'effort[9] », la chaude saison qui satisfait la vue, le toucher, l'odorat et le goût[20].

Deuxième strophe[modifier | modifier le code]

Champ moisonné, Hampshire.

À mi-chemin, l'automne est représentée métaphoriquement, une conspiratrice alliée du soleil qui mûrit les fruits, moissonne les récoltes et fait bruisser son chant. De fait, la deuxième strophe la personnifie et même en fait une allégorie de la moisson[21], chargée des tâches devant assurer la subsistance des paysans pendant l'année suivante. Cependant, Les mouvements restent lents, comme figés dans des attitudes hiératiques : l'automne n'est pas vraiment vue à la tâche, mais assise, au repos ou en train d'observer : le poème s'est comme arrêté[22] ; l'après-midi est somnolente, les céréales ont été vannées, le moissonneur dort ou revient d'un lourd pas à la maison[N 2], les dernières gouttes suintent du pressoir à cidre[18].

Pour Laffay, l'idée principale est celle du « loisir ». Granary et store (« grenier » et « provisions ») en sont les mots clefs : pour demain, l'abondance est assurée, rien ne presse, l'heure est à l'indifférence paresseuse. Le temps s'est comme immobilisé et prévaut partout la durée[20].

Troisième strophe[modifier | modifier le code]

La dernière strophe oppose les bruits (sounds) de l'automne à ceux du printemps. Ce sont aussi ceux du soir, le frôlement des éphémères et le bêlement des agneaux au crépuscule. La nuit approche alors que s'achève le chant, et avec elle la mort qu'annonce la prochaine venue de l'hiver : les agneaux, comme les grappes ou les noisettes sont à maturité, bientôt promis à rejoindre les provisions déjà engrangées. Les hirondelles gazouillent, mais c'est leur chant du départ et les campagnes resteront dénudées. Le rouge-gorge siffle et le criquet crisse, hérauts des froidures. Il est déjà question du printemps, chaque saison suit son cycle, naît, grandit et se meurt tour à tour[23].

Selon Laffay, l'ode revient à la conception romantique de la saison. La vision du poète a changé : par l'idée de départ, le poème se rapproche de celle de mort, évoquée deux fois, dying (« mourant »), dies (« meurt »), et accompagnée comme par un chœur de termes mélancoliques, wailful (plaintif), mourn (« faire son deuil »), sink (« sombrer »), revient . Cependant, « en poésie (comme en musique), les thèmes successifs ne sont pas seulement juxtaposés. pour être parvenue à l'idée d'automne-fin, d'automne-départ, à travers l'idée d'automne-abondance, la dernière strophe reçoit l'idée de mort dans une admirable sérénité. Tout est présent à la fois. Le temps, d'abord ignoré, puis remis en place, laisse à nos yeux transparaître l'éternel[20] ».

D'autre part, par le thème entrelacé de la musique de l'automne — abondent en effet les mots « chants, musique, chœur, chanter, roulades, siffler, gazouiller » (songs, music, choir, sing, treble, whistle, twitter) —, se dessine une opposition à Shelley qui, lui aussi, a célébré l'automne (Ode au vent d'Ouest[N 3], Automne), la saison romantique du vent et des feuilles mortes[24]. En fait, chez Shelley, le vent d'Ouest si destructeur porte les graines vers l'avenir et l'automne annonce le printemps : « Ô Vent, si l’Hiver s’approche, le Printemps peut-il être loin derrière ?[CCom 1] ». « Au bout du pire, ajoute Laffay en conclusion, [Shelley] entrevoit le mieux. Keats n'a pas besoin d'être optimiste. En ses bons moments, c'est sur place qu'il accepte le malheur. En dedans. Et toujours par la reconnaissance du beau. « Le Beau, disait Platon, c'est la splendeur du Vrai »[24] ».

Conclusion[modifier | modifier le code]

Avec son catalogue d'images concrètes[26], l'ode dépeint un paradis sur terre, mais fondé sur les archétypes de la saison : la croissance, la maturation et l'approche de la mort. Comme l'écrit Bate, il y a là une union heureuse entre l'idéal et le réel[27].

Interprétation[modifier | modifier le code]

L'ode ne jaillit point d'une soudaine inspiration éthérée ; bien au contraire, elle s'inscrit dans une tradition qui remonte aux Géorgiques de Virgile[28].

Filiation[modifier | modifier le code]

Cette filiation, comme le souligne Helen Wendler, citée par O'Rourke, passe par The Mask of Mutability d'Edmund Spenser et au-delà, par James Thomson dans son long poème Les Saisons[29]. De fait, Spenser donne le ton, insiste sur la maturité des fruits et l'abondance des récoltes qui permettent d'affronter les rigueurs de l'hiver :

« Then came Autumn all in yellow clad
As though he joyéd in his plenteous store,
Laden with fruits that made him laugh, full glad
That he had banished hunger, which to-fore
Had by the belly oft him pinchéd sore
Upon his head a wreath, that was enrolled
With ears of corn of every sort, he bore,
And in his hand a sickle he did hold
To reap the ripened fruits the which the earth had yold[30]
 »
.

Puis Automne venait, tout de jaune vêtu,
l'air tout joyeux d'avoir abondantes richesses,
chargé de fruits qui le faisaient sourire, heureux
d'avoir banni la faim qui jadis maintes fois
lui avait fortement tenaillé les entrailles.
Sur la tête il portait, enroulés en couronne,
des épis de céréales de toutes sortes,
et dans la main tenait une faucille
pour récolter les fruits mûrs que la terre avait produits[31].

S'y retrouvent également des expressions dues à la langue de Chatterton[32],[33] et de Coleridge, comme dans Frost at Midnight (Gelée à minuit)[34],[35], sans compter l'essai sur l'automne de Leigh Hunt, lu par Keats peu avant sa propre composition[36].

De plus, À l'Automne partage des thèmes avec les autres odes écrites en 1819. Par exemple, l'idée sous-jacente de l'Ode à la mélancolie est l'acceptation du processus de la vie[37] ; pourtant, ici, le poète s'efface et aucun lecteur imaginaire n'est présent pour recevoir une leçon personnelle ; nul conflit non plus, ni « débat dramatique, ni protestation […][CCom 2] ». De fait, en parallèle avec le déclin et la renaissance du jour, domine l'harmonie entre la finalité de la mort et les allusions au renouveau de la vie au sein du cycle des saisons[39].

Processus mort-renaissance[modifier | modifier le code]

Selon les critiques, différents aspects du processus sont soulignés. Ainsi, Walter Jackson Bate montre que chaque strophe contient son contraire, par exemple que la mort, quoique de façon indirecte, implique la renaissance[40]. À cet égard, aussi bien Bates que Jennifer Wagner expliquent que la structure de la strophe renforce le sentiment d'une arrivée prochaine : en effet, le couplet placé avant la fin crée une impression de suspens, rehaussant en soi le thème de la continuité[41].

Harold Bloom met l'accent sur ce qu'il nomme the exhausted landscape (« le paysage épuisé »), l'accomplissement, la finalité de la mort, encore que « l'hiver descend comme un homme désireux de mourir avec une douceur naturelle[CCom 3] » : si la mort est inévitable, elle se présente ici avec une légèreté, une bienveillance « qui en autorise l'acceptation au-delà du chagrin[CCom 4] ». Le processus de croissance n'est plus nécessaire, la maturité a atteint son terme, la vie et la mort sont en harmonie, et la richesse descriptive du cycle des saisons incite le lecteur à se sentir partie de quelque chose qui le dépasse[44]. Il n'en demeure pas moins que la fin annuelle de ce cycle ressemble à celle d'une vie d'homme et O'Rourke voit dans la conclusion du poème, encore qu'à la différence des autres odes de Keats, la personne du poète soit englouti dans la saison[38], quelques signes d'une secrète frayeur[44].

Allégorie de la création artistique[modifier | modifier le code]

Autre vision, Helen Vendler considère que l'Ode à l'automne peut être vue comme une allégorie de la création artistique. De même que le paysan transforme les fruits du sol en aliments destinés à nourrir le corps, l'artiste métamorphose l'expérience de la vie en une structure symbolique capable d'entretenir l'esprit. Ce processus ressortit à une sorte de cannibalisme sacrificiel, tant pour le grain du blé que pour l'artiste lui-même[45].

Occultation des événements politiques[modifier | modifier le code]

Dans un essai paru en 1979, Jerome McGann défend la thèse selon laquelle que si l'ode est indirectement influencée par le paysage politique de 1819, Keats s'est délibérément abstenu d'en faire état[46]. En revanche, Andrew Bennett, Nicholas Roe et al pensent que les questions politiques y sont bel et bien sous-jacentes.

Ainsi, Roe y voit en creux une oblitération des événements tragiques de Manchester, le massacre de Peterloo du [47], ce contre quoi Paul Fry s'inscrit en faux lorsqu'il ne discerne aucune pertinence dans l'argument : « le poème n'a rien d'une fuite devant les violences sociales du moment, c'est à l'évidence une rencontre avec la mort […], sans codage politique qui rappellerait une quelconque trahison forcée du radicalisme de l'auteur[CCom 5] ».

Localisation et la chose politique[modifier | modifier le code]

paysage vallonné, petite ville arborée, quelques bâtiments importants, église sur le flanc de la colline, nombreuses maisons individuelles, terrains labourés en premier plan
Winchester du temps où John Keats composait son ode À l'automne (1819).

En 2012, se fondant sur des archives, Richard Marggraf Turley, Jayne Archer et Howard Thomas de l'université d'Aberystwyth, publient conjointement un article prétendant avoir localisé le champ de blé sur lequel Keats marchait lorsque l'inspiration de son ode lui est venue. Traditionnellement, les prairies humides s'étendant au sud de Winchester, où Keats se promenait chaque jour, étaient considérées comme avoir fourni au poète les paysages et les bruits de l'automne dont il fait état[49]. Ces auteurs pensent que l'ode a plus vraisemblablement été inspirée par une visite à St Giles's Hill, où un nouveau champ de blé venait d'être inauguré à l'extrémité Est de la cité marchande. Naguère un bosquet, le terrain avait été labouré pour produire des céréales d'autant plus recherchées que le pain était en hausse constante. Cette localisation nouvelle renouerait le lien entre l'ode et la chose politique puisqu'en définitive, il y serait implicitement question de la production d'aliments, de payes et de productivité. Le site est désormais recouvert d'un parking à étages[50].

En 1999, Bewell présente l'idée que l'ode de Keats est une sorte d'allégorie biomédicale, une illustration des bienfaits inhérents au climat de la Grande-Bretagne par rapport aux alternatives qu'offrent les divers pays peu à peu colonisés[51]. De fait, l'expansion au-delà des mers du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe a exposé la métropole à de nouvelles infections ou maladies chroniques[52], et Keats, lui-même formé aux pratiques médicales[53] et souffrant de maladies de ce genre, ne peut qu'être sensible à cette menace[54].

Bewell voit donc dans son Ode à l'automne une glorification de l'Angleterre rurale, bénéficiant d'un climat tempéré[1]. Seule, une allusion à de possibles fièvres peut indirectement être notée dans l'usage de l'adjectif clammy qui implique un poisseux tropical à la fois humide et froid, mais l'air sec et piquant de l'automne anglaise en compense amplement les effets[1]. Ainsi, dans l'Ode à l'automne, Keats exprimerait ce que Bewell appelle « un désir de santé très personnel[CCom 6] » et, du même coup, inscritrait son œuvre dans un débat politico-idéologique touchant la nation tout entière[56].

À l'inverse, McFarland met en garde contre une surinterprétation du poème, en particulier selon une grille de lecture polotico-idélologique risquant de prendre le pas sur l'évocation première de la nature[57] et la concentration de l'imagerie destinée à transmettre le sentiment inhérent à la saison concernée, soit l'interpénétration du vivant et de la mort[CCom 7] ».

Forme[modifier | modifier le code]

Les trois strophes du poème comprennent chacune onze vers. En ce sens, elles suivent le schéma de l'ode antique, une triade à la fois chantée et dansée, la « strophe » (un tour à gauche), l'« antistrophe » (un tour à droite) et l'« épode », chantée après coup (retour au point de départ)[59],[60].

Progrès sans mouvement[modifier | modifier le code]

L'ode diffère de ses homologues en cela qu'elle a un vers de plus qu'elles, ce qui permet d'insérer un distique (couplet), soit deux pentamètres iambiques rimés avant le dernier vers concluant la strophe[61]. De plus, elle n'ayant ni narrateur[62] ni phases dramatiques, elles se focalise sur des objets concrets. Paradoxalement, elle progresse alors que les objets évoqués ne se modifient pas. Il y a là, selon Bate, « une union du mouvement et de la stase[CCom 8] », une concentration d'énergie au repos, effet que Keats appelle lui-même stationing, progression interne sans référence au temps chronologique[62]. Au début de la troisième strophe, il emploie le processus dramatique dit Ubi sunt, « où sont(-ils) »[N 4], qu'il associe à un sentiment de mélancolie, pour interroger le sort sur le destin des choses disparues : les chants du printemps, en l'occurrence[64].

Prosodie[modifier | modifier le code]

Comme pour les autres odes, le vers choisi est le pentamètre iambique, avec cinq accents toniques par vers, précédés le plus souvent par une syllabe inaccentuée [u –][65]. Keats varie ce schéma par l'inversion dite « augustienne », issue de la Poetic diction[N 5]. des siècles précédents, en substituant un iambe par un trochée ([– –], surtout en début de vers, comme dans 'Season of 'mists and 'mellow 'fruitfulness, qui se scande [– –/u –/u –/u –/– u], procédé est répété pour chacune des questions posées[65].

La rime commence chaque strophe selon un schéma de sonnet shakespearien[N 6], soit [ABAB], que suivent [CDEDCCE] dans le reste de la première et [CDECDDE] dans les deux autres, le dernier vers étant précédé d'un distique [CC] et [DD] [DD][67].

Reprise de précédents poèmes[modifier | modifier le code]

En partie, la langue utilise par Keats dans sa dernière ode utilise des expressions déjà trouvées dans les poèmes précédents, en particulier Endymion, ou Sleep and Poetry[N 7]. Keats privilégie le mots monosyllabiques, tels que dans le vers : […] how to load and bless with fruit the vines that round the thatch-eves run (« […] pour dispenser tes bienfaits / Aux treilles qui courent au bord des toits de chaume »). D'autre part, les mots peuvent se trouver appesantis par l'instance mise sur les consonnes bilabiales, par exemple dans […] for Summer has o'er brimm'ed their clammy cells (« […] Car l'Été a gorgé leurs alvéoles sirupeux ». Se trouvent également utilisées les voyelles longues qui règlent le flux rythmique du vers, le forçant à garder un tempo lent et mesuré : […] while barred clouds bloom the sold dying day (« Pendant que de longues nuées fleurissent le jour qui mollement se meurt »[70].

Du manuscrit à l'édition[modifier | modifier le code]

D'assez nombreuses modifications ont été apportées au manuscrit original avant la publication du poème. Elles tendent toutes à resserrer l'expression. Ainsi, au vers 17, Drows'd with red poppies se corse en Drows'd with the fumes of poppies, qui privilégie l'odorat aux dépens de la vue. De plus, la version finale s'appuie sur des formes passives et, en particulier les participes passés : ainsi, vers 25, With a gold cloud devient With barred clouds[71].

D'autres changements visent à donner plus d'impact à l'"expression ; c'est ainsi qu'au vers 13, whoever seeks for thee may find est remplacée par whoever seeks abroad may find, l'adverbe abroad suggérant de lointaines contrées et, ce de fait, introduisant dans la vision évoquée une frange de mystère et d'infini. Le plupart des vers de la deuxième strophe se sont trouvés entièrement réécrits, car ils ne s'ajustaient pas à la rime. Enfin, certains changements mineurs ont porté sur la ponctuation et la capitalisation[72].

Lenteur, pesanteur et plénitude[modifier | modifier le code]

D'après Laffay, les syllabes de Keats ont du poids et, selon Sidney Colvin, « [Keats] distille plus qu'il ne décrit[73] ». Charles Du Bos ajoute que son tempo laisse à chaque terme, l'un après l'autre, « développer en nous sa vertu[74] ». Le pas est terrestre, chaque expression arrêtée au passage et n'abandonnée qu'avec regret[75].

Il n'est que de considérer le début de la première strophe :

'Season of 'mists and 'mellow 'fruitfulness,
'Close 'bosom-'friend of the ma'turing 'sun
Con'spiring 'with him 'how to 'load and 'bless
With 'fruit the 'vines that 'round the 'thatch-eves 'run[76]

Les iambes [u —], de par leur pesanteur pourtant non innée, se distinguent mal des spondées [— u], d'où une tendance à gommer les arrêtes du rythme prosodique, d'autant que le débit, par l'usage des mots composés, bosom-'friend thatch-eves a pour résultat d'amplifier le vers, de l'abandonner presque, jusqu'à sa finale run, détachée et faisant écho au solitaire Close inaugurant le deuxième vers[77].

Autre caractéristique, reliquat des premières œuvres[78], l'abondance des mots en « y », retrouvé dans l'ensemble de l'extrait : 'mists, 'fruit, friend, 'con'spiring, 'thatcheves[79]. Selon Garrod, à ce compte, les grandes odes de Keats « ne chantent pas » (do not sing)[80] et l'Ode à l'automne ne fait pas exception : en cela, elle s'oppose à l'œuvre de Shelley[81], léger, aérien, fugitif, qui, lui aussi, a décrit les saisons dans son Ode au vent d'Ouest[82] :

Ode to the West Wind (strophe 5)

Make me thy lyre, even as the forest is:
What if my leaves are falling like its own!
The tumult of thy mighty harmonies

Will take from both a deep, autumnal tone,
Sweet though in sadness. Be thou, Spirit fierce,
My spirit! Be thou me, impetuous one!

Drive my dead thoughts over the universe
Like wither'd leaves to quicken a new birth!
And, by the incantation of this verse,

Scatter, as from an unextinguish'd hearth
Ashes and sparks, my words among mankind!
Be through my lips to unawaken'd earth

The trumpet of a prophecy! O Wind,
If Winter comes, can Spring be far behind?

Ode au vent d'Ouest (strophe 5)

Fais de moi ta lyre, comme l'est la forêt :
Qu'importe si mes feuilles tombent, comme les siennes !
Le tumulte de tes puissantes harmonies

Tirera de tous deux un son profond d'automne,
Doux, malgré sa tristesse. Sois, âme farouche,
Mon âme ! Sois moi-même, vent impétueux !

Chasse mes pensées mortes par-dessus l'univers,
Feuillage desséché d'où renaisse la vie !
Et par l'incantation de ces vers,

Disperse, comme d'un foyer inextinguible
Cendres et étincelles, mes paroles parmi l'humanité !
Sois par mes lèvres, pour la terre assoupie encore,

La trompette d'une prophétie ! 0, Vent,
Si vient l'hiver, le printemps peut-il être loin ?
[83].

Le dernier vers de Shelley est résolument tourné vers l'avenir, c'est plus qu'une promesse, mais un vœu devenu certitude. Ce qui compte ici n'est pas tellement la constatation inéluctable du cycle des saisons, mais l'élan d'espoir qui finit par gommer les rigueurs de l'hiver pour ne voir en lui que le héraut du printemps[84].

D'autre part, l'épithète, selon Laffay, « a toujours tendance à assumer une valeur affective très forte. Elle sert beaucoup plus à condenser une charge d'émotion qu'à décrire ou analyser[85] ». Le début du poème n'en comporte que deux mellow et close, mais chacun est chargé d'une telle densité qu'à eux deux, ils suffisent non seulement à résumer l'ensemble, mais de mettre en évidence la douceur, l'achèvement et l'alliance scellée avec l'astre qui est principe de vie, sans quoi l'abondance, le surplus, les sucs et les pulpes, le moite sucré, bref la succulence ne sauraient exister[81].

Ainsi, dans l'Ode à l'automne, dans les vers

To bend with apples the moss'd cottage-trees,
And fill all fruit with ripeness to the core.

, l'emploi des « r » et des « l » produit ou renforce la sensation de surfaces en ronde bosse, fermes et dociles au toucher, pommes, fruits, plein à ras bords et tous à maturité jusqu'au cœur (apples, fill, all, fruit, ripeness, core)[86].

Si bien que Laffay peut ajouter que « Keats se perd dans les choses et, d'autre part, elles disparaissent en lui[86] ». Dans le cas de l'ode, en effet, le poète assimile les objets : les choses pour lui sont des fruits, elles en ont la rondeur, la succulence, le duvet, la saturation, l'éclat : une fois encore le mot mellow exprime tout cela : l'ode est repue d'une jouissance alimentaire[82].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Citations originales de l'auteur[modifier | modifier le code]

  1. « How beautiful the season is now — How fine the air. A temperate sharpness about it. Really, without joking, chaste weather — Dian skies — I never liked stubble-fields so much as now — Aye better than the chilly green of the Spring. Somehow, a stubble-field looks warm — in the same way that some pictures look warm. This struck me so much in my Sunday’s walk that I composed upon it[10] ».

Citations originales des commentateurs[modifier | modifier le code]

  1. « O, wind, if winter comes, can spring be far behind?[25] »
  2. « There are no open conflicts, and dramatic debate, protest […], are absent[38] »
  3. « Winter descends here as a man might hope to die, with a natural sweetness[42] »
  4. « an acceptance of process beyond the possibility of grief[43] »
  5. « It scarcely seems pertinent to say that 'To Autumn' is therefore an evasion of social violence when it is so clearly an encounter with death itself [...], it is not a politically encoded escape from history reflecting the coerced betrayal [...] of its author's radicalism[48] »
  6. « a very personal expression of desire for health[55] »
  7. « concentration of imagery and allusion in its evocation of nature conveying an interpenatration of livingness and dyingness as contained in the very nature of autumn[58] »
  8. « a union of process and stasis[63] »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Écrite en vers blanc, publiée en 1820, Hyperion est une des œuvres majeures de Keats. Fondée sur la titanomachie, elle raconte le désespoir des titans après leur défaite face aux divinités olympiennes.
  2. Ici, peut-être une allusion au troisième vers du poème de Thomas Gray, Élégie écrite dans un cimetière de campagne : « The ploughman homeward plods his weary way »
  3. À ne pas confondre avec le concerto pour violoncelle et orchestre de Hans Werner Henze du même nom, d'après le poème de Shelley.
  4. L'expression est issue du latin « ubi sunt qui ante nos fuerunt? » signifiant « où sont passés ceux qui nous précédèrent ? »
  5. La Poetic Diction se traduit généralement par « langage poétique », mais l'expression anglaise, surtout depuis la mise en cause de Wordsworth dans la préface des Ballades lyriques (Lyrical Ballads) publiée en 1798, renvoie essentiellement à la période ayant précédé l'avènement du Romantisme[66]
  6. Le sonnet est introduit en Angleterre par le poète Thomas Wyatt, au début du XVIe siècle, sous forme de transpositions des formes pétrarquistes et ronsardiennes. C'est Henry Howard, comte de Surrey, qui donne à cette forme poétique ses caractéristiques essentielles, qu'elle conserve toujours dans la langue anglaise, du point de vue du mètre et de la distribution des rimes. À partir de 1591, il y a un engouement pour les « séquences de sonnet » ; parmi les poètes qui suivent cette mode figurent Edmund Spenser et William Shakespeare, dont les sonnets sont d'autre part originaux — ils suivent le modèle du comte de Surrey et le popularisent, à tel point qu'on parle aujourd'hui pour ce type de sonnet de « sonnet shakespearien » — alors que les autres utilisent les formes de Pétrarque. Spenser invente une forme spécifique de sonnet, appelé « sonnet spensérien » (spenserian sonnet), qui adopte le schéma suivant : abab bcbc cdcd ee, reprenant le principe de la terza rima italienne.
  7. WHAT is more gentle than a wind in summer?
    What is more soothing than the pretty hummer
    That stays one moment in an open flower,
    And buzzes cheerily from bower to bower?
    What is more tranquil than a musk-rose blowing
    In a green island, far from all men’s knowing?
    More healthful than the leafiness of dales?
    More secret than a nest of nightingales?
    More serene than Cordelia’s countenance?
    More full of visions than a high romance?
    What, but thee Sleep? Soft closer of our eyes!
    Low murmurer of tender lullabies!
    Light hoverer around our happy pillows!
    Wreather of poppy buds, and weeping willows!
    Silent entangler of a beauty’s tresses!
    Most happy listener! when the morning blesses
    Thee for enlivening all the cheerful eyes
    That glance so brightly at the new sun-rise.

    [68], et Calidore, A Fragment

    [69]

Références[modifier | modifier le code]

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  83. Anonyme, « traduction de la dernière strophe de l'Ode au vent d'Ouest » (consulté le 19 juin 2018).
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Référence à l'article en anglais[modifier | modifier le code]