Terza rima

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Dante Alighieri

La terza rima (prononcé : [ˈtɛrtsa ˈriːma]) est une structure rimique particulière des strophes intercalant dans un tercet une rime issue du tercet suivant. Elle est utilisée pour la première fois par le poète italien Dante Alighieri dans son œuvre majeure la Divine Comédie.

Structuration[modifier | modifier le code]

Contraintes structurelles définissant la terza rima :

  • la rime du premier vers et la rime du dernier n’ont qu'un écho ; la rime des autres vers ont deux échos
  • le nombre de tercets n’est pas limité
  • le dernier vers est toujours isolé
  • le troisième vers d'un tercet est un écho au premier vers
  • le second vers d'un tercet est repris en écho dans le tercet suivant en premier vers

Représentation schématique de la terza rima : ABA-BCB-CDC-DED-EFE-FGF-GHG-HIH-I.

Généralement, les vers sont des hendécasyllabes. Mais il existe une forme hexasyllabique appelée piccola terza rima (petite rime tierce)[1].

Utilisation en français[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

La terza rima, autrement appelée rime tierce, est introduite et utilisée dans la littérature française par le biais de Jean Lemaire de Belges, au début du XVIe siècle. On retrouve cette forme dans son œuvre intitulée : La Concorde des deux langages.

D'autres poètes ont fait usage de cette structure mais cette forme poétique n'est pas très usitée.

Cette structure rimique n'est pas utilisée durant les XVIIe et XVIIIe siècle. Elle sera réintroduite par Théophile Gautier, notamment dans son recueil intitulé La Comédie de la mort.

Liste d'auteurs[modifier | modifier le code]

Cette liste n'est bien sûr pas exhaustive.

  • Marguerite de Navarre dans La Navire (1547)
  • Hugues Salel dans Premier chapitre d'amour, Second chapitre d'amour et Troisième chapitre d'amour issus des Œuvres complètes[2]
  • Philippe Desportes
  • Étienne Jodelle dans Chapitre de l'Amour, Chapitre d'Amour, Autre chapitre d'Amour, À sa muse, Sur la musique ou encore dans Contr'Amours et Contre la Riere-Venus[3] issus de Les Amours
  • Théophile Gauthier dans Terza rima tiré des Poésies Complètes[4]
  • Martin Saint-René[5] dans sa traduction de la Divine Comédie de Dante et pour qui la terza rima est la forme la plus vibrante de la poésie
  • Charles Guinot dans les Fleurs d'oisiveté

Utilisation dans d'autres langues[modifier | modifier le code]

La terza rima se retrouve dans nombre de langues à travers le monde souvent en tant que traduction de la Divine Comédie mais pas seulement.

Exemples[modifier | modifier le code]

En italien (premiers vers de la Divine Comédie)[modifier | modifier le code]

Dante Domenico di Michelino Duomo Florence

Nel mezzo del cammin di nostra vita (a)
mi ritrovai per una selva oscura (b)
ché la diritta via era smarrita. (a)
Ahi quanto a dir qual era è cosa dura (b)
esta selva selvaggia e aspra e forte (c)
che nel pensier rinova la paura! (b)
Tant'è amara che poco è più morte; (c)
ma per trattar del ben ch'i' vi trovai, (d)
dirò de l'altre cose ch'i' v'ho scorte. (c)
Io non so ben ridir com'i' v'intrai, (d)
tant'era pien di sonno a quel punto (e)
che la verace via abbandonai. (d)

En français (Terza rima de Charles Guinot)[modifier | modifier le code]

Ô mon cœur ! ô mon cœur ! Pourquoi battre si vite, (a)
Quelle angoisse te tord dans ma poitrine en feu, (b)
Qu'as-tu donc, et d'où vient le trouble qui t'agite ? (a)
Je souffre, apaise-toi, laisse-moi quelque peu, (b)
Laisse mon âme en paix, dormir indifférente (c)
À la vie, à la mort, à l'orage, au ciel bleu ! (b)
Heureux le bœuf couché, broutant l'herbe odorante, (c)
Il ne se souvient plus du cruel aiguillon ; (d)
Nul désir fou ne s'offre à sa pensée errante ! (c)
Mais plus heureux encor le léger papillon, (d)
Qui court par les jardins de corolle en corolle, (e)
Vagabond sans souci, brillant comme un rayon. (d)
Il aime chaque fleur, un moment, puis s'envole ; (e)
Il trouve le repos dans l'instabilité ; (f)
Si quelque rose meurt, une autre l'en console ! (e)
Mais qu'as-tu donc, enfin, pauvre cœur agité ? (f)

En anglais (Ode to the West Wind de Percy Bysshe Shelley)[modifier | modifier le code]

Percy Bysshe Shelley par Alfred Clint crop

O wild West Wind, thou breath of Autumn's being, (a)
Thou, from whose unseen presence the leaves dead (b)
Are driven, like ghosts from an enchanter fleeing, (a)
Yellow, and black, and pale, and hectic red, (b)
Pestilence-stricken multitudes: O thou, (c)
Who chariotest to their dark wintery bed (b)
The winged seeds, where they lie cold and low, (c)
Each like a corpse within its grave, until (d)
Thine azure sister of the Spring shall blow (c)
Her clarion o'er the dreaming earth, and fill (d)
(Driving sweet buds like flocks to feed in air) (e)
With living hues and odours plain and hill: (d)
Wild Spirit, which art moving everywhere; (e)
Destroyer and preserver; hear, oh, hear! (e)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Craftsmanship in Versification", in Wolfgang Görtschacher's Contemporary Views on the Little Magazine Scene, Poetry Salzburg, 2000, p.549
  2. Salel Hugues, oeuvres poetiques completes, DROZ (ISBN 9782600026161, lire en ligne)
  3. Etienne Jodelle, Les Amours : Contr'Amours, Contre la Riere-Venus, PU Saint-Etienne (ISBN 9782862722863, lire en ligne)
  4. Théophile (1811-1872) Gautier, Poésies complètes. T. 1 / Théophile Gautier ; [éd. par Maurice Dreyfous] (lire en ligne)
  5. « Martin-Saint-René (1888-1973) - Auteur - Ressources de la Bibliothèque nationale de France », sur data.bnf.fr (consulté le 31 mars 2016)