Ode sur l'indolence

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Ode sur l'indolence
Image illustrative de l’article Ode sur l'indolence
Portrait de John Keats par William Hilton.

Auteur John Keats
Pays Drapeau de l'Angleterre Angleterre
Genre Ode
Version originale
Langue Anglais
Titre Ode on Indolence
Date de parution 1848
Version française
Traducteur Albert Laffay, Keats, Selected Poems, Poèmes choisis
Éditeur Aubier-Flammarion bilingue
Date de parution 1968

L'Ode sur l’indolence (en anglais Ode on Indolence) est l’une des cinq odes composées par le poète romantique anglais John Keats au printemps de 1819, avec l'Ode sur une urne grecque, l'Ode sur la mélancolie, Ode à un rossignol et l'Ode à Psyché. Bien qu’écrite en une période où Keats se trouve en proie à de sérieux problèmes matériels, cette série lui procure, écrit-il en juin 1819, un plaisir surpassant tout ce qu’il a pu ressentir lors de ses réalisations antérieures de l'année[1]. À la différence des autres odes, publiées des 1820, l'Ode sur l’indolence ne paraît qu’à titre posthume en 1848, soit vingt-sept années après la mort de son auteur.

Le poème illustre la manière dont Keats rompt avec les canons de la forme classique. Son déroulement est strictement chronologique : in medias res, alors que le poète assoupi profite de l'indolence d'une douce matinée, surgissent soudain trois allégories, mains jointes, têtes baissées, vêtues de sandales dites « placides » (placid sandals) et de tuniques blanches. Solennellement, elles défilent et à leur troisième passage, le narrateur, qui ne sait plus s'il rêve ou veille, parvient à les identifier : ce sont Ambition, Amour et Poésie.

D'abord brûlant de les rejoindre, il se ressaisit bientôt et se penche tour à tour sur chacune en un déferlement de questions auxquelles il apporte lui-même les réponses. En réalité, il s'agit là d'un examen de conscience : désormais apte à les jauger à l'aune de sa propre expérience, il fait le tour et, à la fin du poème, même s'il garde un faible pour la poésie, il renonce définitivement à les intégrer à la trame de sa vie.

Certains critiques jugent l'Ode sur l’indolence inférieure en qualité à ses homologues de l’année 1819 ; d’autres pensent qu'elle n'est qu'une sorte de brouillon préparatoire aux grandes odes qui la suivent ; plusieurs, cependant, lui trouvent, outre sa valeur autobiographique, une réelle unité structurelle, tant dans sa thématique que dans son imagerie, et la considèrent comme l'un des poèmes majeurs de John Keats.

Contexte[modifier | modifier le code]

Au printemps 1819, John Keats quitte son poste d'assistant chirurgien au Guy's Hospital de Southwark (/'sʌðək/) à Londres, pour se consacrer à la poésie[KB 1].

Rude époque[modifier | modifier le code]

À l'époque, il a vingt-trois ans et partage le logement de son ami Charles Armitage Brown à Hampstead, mais il est à la peine avec de grosses difficultés financières, d'autant aggravées que son frère cadet George, émigré outre-Atlantique, sollicite son aide. D'après Bate, ces difficultés matérielles peuvent avoir contribué à sa décision d'écrire et de publier[KB 2] ; cependant, une nouvelle requête d'assistance lui parvient le 12 mai, et il regrette bientôt sa décision, désespéré qu'il est de ne pouvoir faire face à cette nouvelle obligation et rongé de culpabilité. Pendant quelque temps, il songe à se tourner vers des activités plus lucratives. Telles sont les circonstances ayant présidé à la composition de l'Ode sur l'indolence[KB 1].

Composition et publication[modifier | modifier le code]

Le thème de l'indolence est dans l'air : dans une lettre à son frère du 19 mars, Keats en discute les vertus et les inconvénients. Si l'ode est écrite en mars, ce qui est possible, elle n'en porte pas moins les caractéristiques thématiques et structurelles de l'Ode sur une urne grecque, l'Ode sur la mélancolie, l'Ode à un rossignol et l'Ode à Psyché, qui sont datées de mai[2],[3].

Charles Brown, qui veille aux manuscrits, fait des copies et les confie à l'éditeur Richard Woodhouse[3]. À cette occasion, Keats écrit à son amie Sarah Jeffrey que rien de lui a donné plus de joie cette année que d'écrire l'Ode à l'indolence[C 1]. Quelle que soit sa satisfaction, il ne l'inclut pas parmi ses publications de 1820, si bien que, victime des circonstances, en l'occurrence la mort du poète, l'ode ne paraît qu'à titre posthume en 1848[KB 3].

Confusion chronologique[modifier | modifier le code]

À vrai dire, les différentes notes de Keats ne permettent pas de fixer avec précision la date de composition de ces odes dites du printemps 1819. Les hypothèses varient selon les critiques, encore que tous concèdent que les poèmes présentent une similarité de structure, de thématique et de forme. Dans The Consecrated Urn, Bernard Blackstone fait remarquer que l'Ode à l'indolence est tour à tour classée comme la première, le deuxième ou la dernière de la série[5]. Quant au biographe Robert Gittings, se fondant sur les notes météorologiques prises par Keats pendant son travail d'écriture, il la date du 4 mai 1819[6]. Douglas Bush, quant à lui, la situe après les odes à un rossignol, sur une urne grecque et sur la mélancolie[7]. En revanche, tout en concédant qu'il n'a aucune certitude, Andrew Motion, autre biographe de Keats, conclut après examen de la structure des strophes que l'ode a suivi l'Ode à Psyché et l'Ode sur un rossignol et donc qu'elle a vraisemblablement été la dernière à être composée[8].

Laffay explique que la confusion vient de la lettre-journal que Keats destine à son frère George et sa belle-sœur Georgiana, datée du . Pour autant, ce document n'ayant été terminé et adressé qu'en mai, « rien n'empêche, écrit Laffay, que Keats ait alors relu ce passage et ait composé son ode[KL 1] » : « [Traduction d'Albert Laffay] Ce matin, je suis dans une espèce d'humeur indolente et souverainement nonchalante ; j'aspire à lire une ou deux strophes du Le Château d'Indolence de Thomson. Mes passions sont toutes endormies, car j'ai sommeillé jusqu'à près de onze heures et j'ai affaibli partout en moi la fibre animale jusqu'à n'éprouver qu'une délicieuse sensation, à peine trois degrés au-dessus de l'évanouissement. Si j'avais des dents de perle et l'haleine des lis, je pourrais appeler cela langueur, mais étant donné ce que je suis, il me faut dire, paresse. Dans cet état presque efféminé, les fibres du cerveau sont relâchées avec le reste du corps et jusqu'à un tel point de bonheur que le plaisir n'offre pas de sévérités intolérables. Ni la Poésie, ni l'Ambition, ni l'Amour n'ont de vivacité dans le visage en passant près de moi ; on dirait plutôt trois formes sur un vase grec – un homme et deux femmes que personne excepté moi ne peut reconnaître sous leur déguisement. Voilà le seul bonheur, et un des rares où il est bon que corps domine l'esprit[KL 1] ».

Indolence créatrice[modifier | modifier le code]

Que l'Ode sur l'indolence ait un rapport avec cet extrait est l'évidence[KL 1] : Laffay fait remarquer que la lettre-journal date du 19 mars et que la veille au soir, donc le 18, Keats a composé le sonnet Pourquoi ai-je ri cette nuit ? (Why Did I Laugh Tonight? No Voice Will Tell), où se retrouve « la même trinité »[KL 1], Poésie, Amour, Ambition (« La poésie, la gloire, la beauté, ce sont là bien des ivresses » (vers 13)[KL 2]) :

Why did I laugh to-night? No voice will tell
No God, no Demon of severe response,
Deigns to reply from Heaven or from Hell
Then to my human heart I turn at once:
Heart! Thou and I are here sad and alone;
I say, why did I laugh? O mortal pain!
O Darkness! Darkness! ever must I moan,
To question Heaven and Hell and Heart in vain.
Why did I laugh? I know this Being's lease,
My fancy to its utmost blisses spreads;
Yet would I on this very midnight cease,
And all the world's gaudy ensigns see in shreds;
Verse, Fame, and Beauty are intense indeed,
But Death intenser -- Death is Life's high meed.

Pourquoi ai-je ri cette nuit ? Nulle voix ne le dira ;
Ni dieu ni démon à l’austère réplique
Ne daignera répondre du ciel et de l’enfer.
Oh mon cœur ! Nous voici, toi et moi, tristes et solitaires ;
Dis-moi donc ; pourquoi ce rire ? O mortelle douleur !
O ténèbres ! ténèbres ! Sans cesse il me faut gémir,
Pour questionner en vain et le ciel et l’enfer et mon cœur.
Pourquoi ce rire ? Je sais le bail consenti à mon être,
Mon imagination peut en atteindre les plus extrêmes félicités ;
Et pourtant j’accepterais en ce minuit même de cesser de vivre,
Et de voir en lambeaux le pavois bariolé de ce monde,
La poésie, la gloire, la beauté, ce sont là bien des ivresses,
Mais plus grande ivresse est la mort — la mort, suprême récompense de la vie.

[KL 2]

D'autre part, la passivité foncière de Keats est connue, sans doute en partie due à sa mauvaise santé[KL 3]. Ici, cependant, il se s'agit nullement d'un simple alanguissement, plutôt un détachement du plaisir et de la peine, comme si le poète « se retrempait dans cette quiétude avant de se hausser sur un plan supérieur[KL 3] ». La torpeur initiale se mue en indolence créatrice, le sujet de l'Ode sur une urne grecque n'est pas loin (l'urne est bien présente partout, statique, pivotante, dans la lettre comme dans le poème) : ainsi, l'Ode sur l'indolence serait une sorte d'Ode sur une urne grecque « au stade préparatoire[KL 3] ».

Quoi qu'il en soit, cette ode reste la seule de la série se focaliser sur le moi créateur : dans une lettre à George et Georgiana essentiellement consacrée à la mort du père de William Haslam, ami de classe, Keats écrit : « Ni la poésie, ni l'ambition, ni l'amour affichent la moindre vivacité de visage alors qu'elles défilent devant moi : elles ressemblent plutôt à trois silhouettes sur une urne grecque — un homme et deux femmes — que personne autre que moi ne peut distinguer dans leur déguisement […] c'est là un rare exemple du corps prenant le pas sur l'esprit[C 2] ». Ce n'est pas là du désespoir, ajoute Motion, mais une simple lassitude[10].

Poème[modifier | modifier le code]

Explications préliminaires[modifier | modifier le code]

L'ode est précédée d'une épigraphe : They toil not, neither do they spin (« Elles ne travaillent pas et ne tissent pas »), extrait de l'Évangile selon Matthieu, 6, 28-29 dans la version dite King James. L'antécédent de they est the lilies of the field (« les lis des champs »), que Jésus compare à Salomon : « even Solomon in all his glory was not arrayed like one of these » (« Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a pas eu d’aussi belles tenues que l'une d'elles [fleurs] ») (traduction Segond). La référence au tissage peut également constituer un jeu de mots, le latin textum formant la racine d'à la fois « textile » et « texte »[11].

L'usage de l'adjectif Phidian (strophe 1) se réfère à Phidias, le sculpteur ayant sans doute présidé à l'élaboration des frises de Parthénon, devenues en anglais Elgin Marbles lorsque Lord Elgin les transfèrent en Angleterre où elles trouvent refuge au British Museum en 1816[12]. Quant au mot wreath (strophe 2), il peut couvrir deux allusions, soit à la couronne de lauriers des grands poètes grecs, soit à la couronne de plantes déposée sur la tombe d'un défunt[12]. Un demon (« démon ») (strophe 4) est un esprit de la nature dans la mythologie grecque et non un démon de l'enfer chrétien[12]. Poesy (« poésie ») (strophe 4), avec cette orthographe, décrit plus l'acte d'écrire poétiquement que le résultat en vers[12]. L'expression throstle’s lay (« le chant de la grive ») (strophe 3) peut également désigner un cadre sur lequel s'effectue le tissage, d'où un possible jeu de mots[12]. Le mot masque se réfère à la « mascarade », genre de divertissement à la mode[12]. Enfin, un spright, ou sprite, est un esprit, petite créature surnaturelle, ou alors l'esprit de homme[12].

Texte[modifier | modifier le code]

L'Ode sur l’indolence adopte une forme de récit à la première personne, comme l'Ode à Psyché[13],[KB 4]. Elle commence par une scène évoquant l'antiquité classique (« comme sur une urne ») qui rappelle ou annonce l'Ode sur une urne grecque, à ceci près que la scène est ici allégorique. Le narrateur décrit trois formes (figures) hiératiques qui défilent lentement comme autant de possibles destinées[14].

Strophe 1[modifier | modifier le code]

One morn before me were three figures seen,
With bowed necks, and joined hands, side-faced;
And one behind the other stepp'd serene,
In placid sandals, and in white robes graced;
They pass'd, like figures on a marble urn
When shifted round to see the other side;
They came again, as, when the urn once more
Is shifted round, the first seen shades return;
And they were strange to me, as may betide
With vases, to one deep in Phidian lore.

Un matin, devant moi, trois formes apparurent,
Tête penchée, mains jointes, de profil ;
Et l'une derrière l'autre elles s'avançaient, sereines ;
Chaussées de paisibles sandales, harmonieusement vêtues de robes blanches ;
Elles défilèrent, comme les silhouettes sur une urne de marbre
Quand on la fait tourner pour voir l'autre face.
Elles revinrent ; ainsi, lorsqu'une fois encore
On fait pivoter l'urne, les ombres reparaissent qu'on avait vues d'abord ;
Et elles m'étaient inconnues, comme le sont parfois les personnages
Aux flancs des vases, pour celui dont la science est nourrie de Phidias.[KL 4].

Bate, qui paraphrase le texte, rappelle que les formes restent mystérieuses alors qu'elles tournent autour du narrateur[KB 5], et Vendler ajoute que lorsque elles se présentent enfin de face, elles se voient aussitôt identifiées en tant qu'allégories correspondant aux trois principaux thèmes qui traversent le poème[15].

Strophe 2[modifier | modifier le code]

How is it, Shadows! that I knew ye not?
How came ye muffled in so hush a mask?
Was it a silent deep-disguisèd plot
To steal away, and leave without a task
My idle days? Ripe was the drowsy hour;
The blissful cloud of Sumer-indolence
Benumb’d my eyes; my pulse grew less and less;
Pain had no sting, and pleasure’s wreath no flower:
O, why did ye not melt, and leave my sense
Unhaunted quite of all but—nothingness?

Comment se peut-il, Ombres, que je ne vous ai pas reconnues ?
Pourquoi l'opaque travesti de cette obscure mascarade ?
Était-ce complot tacite et très bien déguisé
Pour un départ furtif qui laissât sans labeur
Mes jours inoccupés ? L'heure assoupie était comme un fruit mûr ;
Le bienheureux brouillard de l'indolence estivale
Noyait mon regard ; mon pouls allait s'affaiblissant ;
La douleur n'avait plus d'aiguillon et la gerbe des plaisirs avait perdu ses fleurs ;
Oh, que ne vous êtes-vous évanouies, pour laisser ma conscience
Vide de court fantôme, excepté — le néant ![KL 4].

Toujours d'après Bate, le narrateur se languit de ne point être avec les trois formes, mais demeure incapable, physiquement et moralement, de se joindre à leur groupe[KB 6].

Strophe 3[modifier | modifier le code]

And once more came they by ; – alas! wherefore?
My sleep had been embroider'd with dim dreams;
My soul had been a lawn besprinkled over
Wirth flowers, and stirring shades, and baffled beams;
The morn was clouded, but no shower fell,
Tho' in her lids hung the sweet tears of May;
The open casement press'd a new-leaved vine,
Let in the budding warmth and throstle's lay;
O Shadows! 'twas a time to bid farewell !
Upon your skirts had fallen no tears of mine.

Une troisième fois les revoici. Hélas, pourquoi donc ?
Mon sommeil avait été brodé de rêves indistincts ;
Mon âme avait alors ressemblé à une prairie parsemée
De fleurs, d'ombres mouvantes et et de rayons interrompus ;
Le matin était couvert mais ignorait l'averse,
Bien qu'en ses paupières closes il retînt les douces larmes de mai ;
Le battant de la croisée presse une vigne aux feuilles nouvelles,
Et laissait entrer la tiédeur propice aux bourgeons et le chant de la grive;
Ombres, c'était le moment de me dire adieu !
Sur la trace de vos robes mes larmes n'auraient pas coulé ![KL 4].

Strophe 4[modifier | modifier le code]

A third time pass’d they by, and, passing, turn’d
Each one the face a moment whiles to me;
Then faded, and to follow them I burn’d
And ached for wings, because I knew the three;
The first was a fair Maid, and Love her name;
The second was Ambition, pale of cheek,
And ever watchful with fatiguèd eye;
The last, whom I love more, the more of blame
Is heap’d upon her, maiden most unmeek,—
I knew to be my demon Poesy.

Une troisième fois elles défilèrent et, en passant, chacune
Tourna un moment son visage vers moi ;
Puis elles s'évanouirent ; alors, pour les suivre, je brûlai
Du désir lancinant d'avoir des ailes, car je les avais reconnues toutes trois ;
La première était belle ; Amour était son nom ;
La seconde était Ambition, dont la joue est pâle
Et dont l'œil épuisé est toujours aux aguets ;
En la dernière, d'autant plus chère à mon cœur que le blâme
Sur elle s'accumule, vierge très indocile,
J'avais reconnu mon démon, Poésie.[KL 5].

Strophe 5[modifier | modifier le code]

They faded, and, forsooth! I wanted wings:
O folly! What is Love? and where is it?
And for that poor Ambition—it springs
From a man's little heart's short fever-fit;
For Poesy!—no,—she has not a joy,—
At least for me,—so sweet as drowsy noons,
And evenings steep'd in honied indolence;
That I may never know how change the moons,
Or hear the voice of busy common-sense!

Elles s'évanouirent et, sur ma foi, je désirai des ailes ;
O folie ! Qu'est-ce que l'amour ? Et où le rencontrer ?
Et quant à cette pauvre ambition, elle jaillit
D'un court accès de fièvre au cœur étroit de l'homme.
Pour la poésie – non – elle n'offre pas de joie,
À mon goût du moins, dont la douceur égale les midis somnolents
Ou les soirées baignant au miel de l'indolence.
Que ne puis-je couler une vie bien protégée des tourments,
Au point d'en ignorer les phases de la lune
Et d'être sourd à la voix de la commune sagesse au zèle intempestif ![KL 5].

En conclusion du poème, le narrateur prend le parti, après moult réflexion et questionnement, que les formes se doivent d'être traitées pour ce qu'elles sont, « des personnages de masque », et que d'aucune façon, il ne doit céder à leur attrait et en faire des modèles de vie[KB 7].

Strophe 6[modifier | modifier le code]

So, ye three ghosts, adieu! Ye cannot raise
My head cool-bedded in the flowery grass;
For I would not be dieted with praise,
A pet-lamb in a sentimental farce!
Fade softly from my eyes, and be once more
Farewell! I yet have visi|ons for the night,
And for the day faint visions there is store;
Vanish, ye phantoms, from my idle spright,
Into the clouds, and never more return!

Ainsi donc, mes trois fantômes, adieu ! Vous ne parviendrez pas à me faire lever
Ma tête de son frais coussin d'herbe fleurie,
Car je ne voudrais pas être nourri de louanges
Comme un agneau apprivoisé dans une farce larmoyante.
Évanouissez-vous doucement à mon regard et, une fois de plus,
Soyez personnages de masque sur cette urne de rêve.
Adieu ! Il me reste d'autres songes pour la nuit,
Et, pour le jour, provision d'images incertaines ;
Disparaissez, Spectres ! — loin de mon esprit paresseux,
Gagnez les nuages et ne revenez jamais ![KL 5].

So, ye three ghosts, adieu : l'état d'indolence qui conduit le narrateur à ce congédiement presque serein, rappelle la nécessité pour le poète du désintérêt, de l'abandon des formules stéréotypées, pour qu'advienne une voix poétique authentique[16]. Helen Vendler voit là une preuve que l'ode est située en tête de la séquence, vue la qualité croissante des textes et la plus grande maîtrise technique et poétique qui se manifeste de la part du poète[17]. En revanche, l'ordre choisi par Bate implique que les odes montrent dans leur parcours global un dessaisissement progressif[KB 8].

Thématique[modifier | modifier le code]

Réduite à sa seule action, l'histoire de l'Ode à l'indolence est extrêmement simple[18], mais les interprétations du thème principal divergent quelque peu[18].

L'histoire[modifier | modifier le code]

Un jeune homme passe un lourd matin d'été à ne rien faire jusqu'à ce que la vision de formes s'avançant vers lui le réveille en sursaut[18] ; ce sont Amour, Ambition et Poésie qui défilent solennellement, mains jointes et têtes baissées, vêtus de tuniques blanches, tels des personnages sur une urne grecque. D'abord enclin à les rejoindre, il décide après une virulente interrogation personnelle de retourner à l'indolence du jour et de les renvoyer à leur néant[18].

Thème principal[modifier | modifier le code]

Ainsi se dégage le thème principal de l'ode : apparemment, l'agréable torpeur de l'indolence prévaudrait sur les plus séduisantes tentations de l'amour, de l'ambition et de l'art, thème qui, au moins partiellement, se rattache à ceux que développent les grandes odes de 1819 : l'angoisse et la frustration induites par les mutations et la finitude inhérentes à chaque vie se voient contrebalancées par la permanence de l'art[18].

Autre variante : si de multiples façons, l'indolence semble brouiller les contours du paysage intérieur, elle n'affecte que peu la faculté du raisonnement[19], le narrateur renvoyant l'amour et l'ambition à leurs pénates, le premier parce qu'il requiert une intensité menaçante et demeure voué à une fin prématurée, la seconde dont les stigmates, yeux cernés, teint blafard, révèlent la nocivité ; seule, la poésie, « démon » séduisant mais évanescent, échappe à l'inanité, mais son attrait contrarie l'indolence qui anesthésie l'émerveillement[18].

Bate, cependant, trouve cette explication trop alambiquée, une sorte de faux-fuyant. La vérité serait simplement que Keats est confronté à un choix qui lui paraît insoluble : doit-il sacrifier son art pour mieux gagner sa vie ? Habité par l'ambition d'écrire de la « grande poésie », il demeure rongé par le peu de confiance qu'il a en son génie : son épopée Hyperion[N 1], quelles qu'en soient les beautés, reste inachevée[KB 9].

Rejet annonciateur[modifier | modifier le code]

De fait, le poème se termine sur une note de rejet[KB 10]. Pourtant, l'insistance des formes fantomatiques — qui passent trois fois — laisse présager que, tôt ou tard, la tête jusqu'alors cachée dans l'herbe se relèvera et osera leur faire face. Selon Vendler qui rejoint Laffay, l'Ode sur l'indolence demeure une sorte d'essai, de brouillon même, trouvant son accomplissement dans les grandes odes qui suivent[20], alors que le poète se mesure aux problèmes de la créativité, de l'imagination, de la mortalité[21].

D'ailleurs, comme dans l'indolence où elles sont au nombre de trois, décrites tour à tour comme ombres, fantômes et spectres, dans chacune d'elles se retrouve une figure divine ou surnaturelle à laquelle le poète se voit confronté ; le chant de l'oiseau, la grive musicienne (throstle ), anticipe celui de l'Ode à un rossignol et aussi les hirondelles de l'Ode à l'automne ; enfin, l'urne, plusieurs fois mentionnée, et les robes blanches renvoient à l'Ode sur une urne grecque (et On seeing the Elgin marbles, lui-même rappelé par « la science nourrie de Phidias » (Phidian lore) qui termine la première strophe[21]) :

On seeing the Elgin marbles

My spirit is too weak—mortality
Weighs heavily on me like unwilling sleep,
And each imagined pinnacle and steep
Of godlike hardship tells me I must die
Like a sick eagle looking at the sky.
Yet ’tis a gentle luxury to weep
That I have not the cloudy winds to keep
Fresh for the opening of the morning’s eye.
Such dim-conceived glories of the brain
Bring round the heart an undescribable feud;
So do these wonders a most dizzy pain,
That mingles Grecian grandeur with the rude
Wasting of old time—with a billowy main—
A sun—a shadow of a magnitude.

À la vue des frises du Parthénon

Mon esprit est trop faible. L'idée de la mort
Pèse lourdement sur moi comme un sommeil qu'on repousse,
Et chaque cime et falaise chimérique
De privations pieuses me disent qu'il me faut mourir,
Comme un aigle malade levant son regard vers le ciel.
Pourtant, il m'est un doux réconfort de comprendre, en pleurant,
Que je n'ai pas à garder les vents brumeux,
Frais lorsque s'ouvre les yeux de l'aurore.
De telles gloires vaguement conçues par l'esprit
Apportent au cœur un trouble indescriptible ;
Ainsi ces prodiges causent une douleur vertigineuse
Qui mélange la splendeur grecque avec l'outrageante
Flétrissure des Temps anciens -- dans un grand tourbillon,
Un soleil, l'ombre d'une Gloire.
[22].

Indolence et « capacité négative »[modifier | modifier le code]

L'indolence en tant que telle suscite nombre d'interprétations. Willard Spiegelman, dans son étude sur la poésie romantique, avance l'idée qu'elle émane du poète lui-même qui rechigne au rude labeur de la création poétique[23]. Plus prosaïque, William Over y voit l'effet d'un usage abusif d'opium[24]. D'ailleurs, selon Andrew Motion, l'indolence proprement dite reste hors de portée, les formes spectrales forçant le narrateur à la considérer comme « un privilège réservé aux classes oisives auxquelles [Keats] ne saurait prétendre[CCom 1] ».

Quoi qu'il en soit, ajoute Motion, si l'ode se lit en tant que dernière de la série, elle implique que Keats se résigne à abandonner sa carrière poétique faute de pouvoir parvenir à l'immortalité. En fait, « de manière ironique, le poème lui a bel et bien conféré l'immortalité, car, outre son aspect biographique, il rend compte de sa conviction que l'œuvre a mission de capter le beauté de l'art tout en montrant la rudesse de la vie[CCom 2] ». Ainsi, explique Gittings, l'ensemble des odes relève de la philosophie développée par Keats, cette « capacité négative » (negative capability) qui réconcilie les contraires, en l'occurrence l'ardent désir d'écrire et l'impossibilité de le faire, ce qui conduit le poète à s'éloigner de son art et à accepter sans regret la vie telle qu'elle se présente[26].

Gittings poursuit son analyse et relève que Keats commence par soumettre sa souffrance à un diagnostic, en trouve les causes et en évalue les effets, puis tire ses propres conclusions de la situation. C'est là un processus pénible et soumis au doute, mais ses poèmes aboutissent toujours sur une note d'espoir : ainsi, dans l'Ode sur l'indolence, le narrateur se libère de son désir d'amour, d'ambition et même de poésie[26] :

« I yet have visions for the night And for the day faint visions there is store. »

« […] Il me reste d'autres songes pour le nuit, Et pour le jour, provision d'images incertaines. »

Aussi, contrairement aux critiques (Laffay, Vendler, etc.) qui ne voient dans l'ode qu'un poème séminal dont les idées trouvent leur pleine expression dans des projections plus tardives[20], Stratcham considère qu'il s'agit d'une œuvre entièrement originale fondant la notion de soul-making (« forger l'âme ») selon laquelle un individu construit sa propre personnalité par la somme des souffrances qu'il a personnellement endurées[27]. En somme, de façon allégorique, l'expérience est initiatique et en cela, reste proche des préoccupations romantiques selon lesquelles la voie d'une réconciliation entre l'homme et la nature passe par l'éducation de l'« âme », mélange d'expérience et de contemplation, loin de la dure rationalité du siècle précédent, mais seule pourvoyeur des authentiques lumières dont l'humanité a besoin[28].

Cette notion se trouve clairement énoncée dans la lettre-journal à George et Georgina[29] :

Call the world if you please 'The Vale of Soul-making. I say 'Soul' as distinguished from an Intelligence. There may be intelligences or sparks of divinity in millions- but they are not souls until they acquire identities, till each one is personality itself. Do you not see how necessary a world of pains and troubles is to school an intelligence and make it a soul?

« Appelez le monde, si vous le désirez, « La vallée où se forgent les âmes ». Je dis bien « âme » que je distingue de l'intelligence. Des millions d'êtres possèdent l'intelligence, voire des étincelles de divinité, mais ils ne deviennent des âmes que lorsqu'ils acquièrent une identité, lorsque chacun devient une personnalité propre. Vous rendez-vous compte combien il est nécessaire que le monde soit source de souffrance et de soucis pour former une intelligence et en façonner une âme ? »

Forme[modifier | modifier le code]

Pourquoi Keats décide plutôt brutalement de passer à l'ode et qui plus est une ode se démarquant des modèles très codifiés en vigueur depuis au moins deux siècles, est une question que se pose en 2003 Jean-Marie Fournier dans son étude Les Odes, une poétique de l'hybridation[30]. Ce qui étonne l'auteur est que ces poèmes forment un groupe d'autant plus intrigant que leur qualité témoigne d'une réelle maturation poétique. Dans l'ensemble, les expériences du printemps 1819 — et de septembre pour Ode à l'automne —, tendent à trouver ce que Fournier appelle « un grand-dire intimiste » : avec Keats, l'ode traditionnelle sombre pour renaître « dans la source vive de ses ambitions les plus hautes[31] ». L'Ode sur l'indolence, quoique un peu en marge, participe de cette entreprise[31].

Cadre prosodique[modifier | modifier le code]

Ses strophes comprennent dix vers chacune commençant avec un quatrain de type shakespearien (ABAB) et se terminant par un sizain miltonien (CDECDE). Ce schéma est également utilisé dans l'Ode sur la mélancolie, l'Ode à un rossignol et l'Ode sur une urne grecque[3].

Le poème comporte une système complexe d'assonances, dont le vers 19 peut donner une idée : « O why did ye not melt, and leave my sense » où les sons vocaliques se répètent par paires (ye / leave et melt / sense). Le vers 31 présente un schéma moins régulier, mais arbore un chiasme, ce qui a l'avantage de réunir les deux verbes pass au médian : « A third time pass'd they by, and, passing, turn'd », avec une répétition vocalique dans les paires third / pass'd et passing / turn'd[32].

Le premier vers reflète l'ensemble du poème par la régularité de ses pentamètres iambiques :

˘
/
˘
/
˘
/
˘
/
˘
/
'One [–] 'morn [–] ning [u] be- [u] 'fore 'me [–] [–] were [u] 'three [–] 'fig- [–] ures [u] 'seen. [–]

Keats joue avec les premières syllabes, souvent inversées, passant du iambe [u –] au phyrric [u u] ou au trochée [– u], voire au spondée [– –], ou alors avec les syllabes médianes où il pratique les mêmes substitutions, mais Bate a calculé que 2.3% de ces dernières sont affectées dans l'Ode sur l'indolence, alors que les autres poèmes de la série n'en comportent que 0.4% [33].

De l'imagerie antique aux représentations gothiques[modifier | modifier le code]

Le décor est planté dès que le poète s'éveille en sursaut : c'est hors de l'enfer des Grecs (Hades ('heɪdɪ:z) qu'apparaissent soudain les trois formes, toutes parées comme des silhouettes peintes ou en cabosse sur une urne. Toutefois, plus elles se rapprochent — et c'est bien leur seul démarche —, plus leurs traits s'accentuent et révèlent leur propre nocivité. Il y a là une sorte de technique cinématographique, avec un zoom de plus en plus net au gré des passages, des détails qui se précisent, les yeux qui se creusent par exemple, les joues soudain blafardes, seules les tuniques blanches semblent inaltérées. Le procédé s'apparente au gothique et vise à faire peur, au narrateur comme au lecteur, manière de préparer à l'affrontement futur[34].

Cet affrontement reste purement intérieur, dans la mesure où nul dialogue ne s'instaure : le questionnement, qui gagne en virulence alors que fusent les interrogations, s'adresse aux formes, mais ce ne sont pas elles qui répondent. Les apostrophes ainsi lancées n'ont pour réel fondement que des tentations ou des vices surgissant de l'esprit du narrateur. Aussi assiste-t-on à un théâtre d'ombres, où les répliques viennent de la coulisse, se lisent mais ne se disent pas ; la bataille est en réalité muette : pas de cliquetis de points d'interrogation et d'exclamation. Domine de bout en bout le silence, et la séquence, une fois les passages obligés — tentation, hésitation, rejet, regret (plutôt léger) sur la création poétique — parvenus à terme, les spectres, les fantômes se voient balayés d'un revers de pensée dans les nuages habitant les aires du néant[34].

La scène entière n'aura été qu'une brève parenthèse et la torpeur initiale s'abat à nouveau sur l'esprit du poète qui retrouve la quiétude cotonneuse de son lit, qu'en principe, il na jamais quittée, sauf en rêve où l'herbe luxuriante des près lui a tenu d'oreiller[34].

Quelques procédés techniques[modifier | modifier le code]

Le vers 46 contient un oxymoron : sweet tears (« douces larmes «). Dans la mesure ou sweet signifie aussi « sucré », les larmes en question, a priori alcalines, se trouvent adoucies par les circonstances. Dominent surtout les personnifications, Amour, Ambition et Poésie, mais seule Ambition se voit partiellement décrite, avec les yeux fatigués (fatiguèd eyes (vers 26-27), doté d'une syllabe supplémentaire pour les exigences du pentamètre), mais l'allégorie est parfois complétée par une comparaison, impliquant une conjonction (like figures on a marble urn (vers 5).

Le rythme et la musique des vers se dégagent d'un ensemble de procédés. Ainsi, les vers 42-44,

My sleep had been embroider'd with dim dreams;
My soul had been a lawn besprinkled o'er
With flowers, and stirring shades, and baffled beams: (42-44)

présentent une expansion au fur et à mesure qu'ils progressent, s'ouvrant à l'espace dans un mouvement qu'accélère la double répétition de la conjonction de coordination and. De plus, les mots s'accumulent qui répètent en allitération les sons consonantiques : ainsi les paires sleep et soul, dim et dreams, ou encore stirring et shades, enfin baffled et beams[34]. L'anaphore joue un rôle d'insistance dans l'ode, avec la répétition, aux vers 11 et 12, de la conjonction exclamative how :

How is it, Shadows! that I knew ye not?
How came ye muffled in so hush a mask?

C'est là pur effet de rhétorique, encore accentué par les points d'exclamation, qui met en exergue l'étonnement feint et faussement naïf du narrateur[34]. Parfois la césure est avancée, découpant le vers de façon inégale, ce qui a pour effet d'insuffler pour un bref moment un ton épique, comme aux vers 14-15 dans :

To steal away, and leave without a task
My idle days? Ripe was the drowsy hour;

, césure ici encore corsée d'un point d'interrogation, ce qui permet de faire une pause avant que ne reprenne l'élan, et nantie d'un enjambement qui accentue l'effet. Ajouté à ce procédé est celui de la demi-rime, puisque à la fin de chaque bref hémistiche, les mots Away et days se répondent à une lettre près, le « s » du pluriel de days[34].

Réactions critiques[modifier | modifier le code]

La critique a tendance à considérer l'Ode sur l'indolence comme inférieure aux autres odes de 1819. Laffay écrit que c'est pourquoi elle n'est pas retenue pour le volume de 1820[KL 1]. Walter Evert donne des détails : pourquoi Keats l'exclut reste inconnu, mais, ajoute-t-il, « c'est répétitif, déclamatoire et structurellement infirme[CCom 3] ». Quant à Bate, il y voit « un document essentiellement autobiographique et non poétique[CCom 4] ».

Lors de comparaisons avec les autres poèmes de Keats, l'ode sert souvent de repoussoir, même si elle aide à mieux les comprendre. Ainsi, Charles Wentworth Dilke s'en sert pour approfondir l'Ode sur une urne grecque, mais souligne qu'« elle ne saurait servir que de texte de référence, vu son infériorité notoire[CCom 5] ». En 2000, Thomas McFarland reprend le jugement de Dilke pour mettre en évidence l'inutilité même d'une comparaison, « vu que la ressemblance entre les deux poèmes — la mention de l'urne — est négligeable au regard de l'abîme qui les sépare, l'Ode sur l'indolence, en effet, ne s'avérant guère plus qu'une entreprise sans substance ne méritant pas de figurer aux côtés d'une authentique réussite[CCom 6] ».

Dans sa biographie de Keats (1917), Sidney Colvin place l'Ode sur l'indolence sur le même pied que les autres odes de 1819 dans le tri qualitatif qu'il effectue des productions poétiques de Keats[39]. En 1948, Lord Gorell décrit la cinquième strophe comme « dépourvue de la beauté magique habituellement reconnue aux grandes odes[CCom 7] », mais souligne « la délicatesse et même le charme de la langue »[CCom 8] ». En 1968, Gittings insiste sur l'importance du poème : « L'ode tout entière a en réalité un air emprunté et [Keats] a reconnu son maigre succès en ne la publiant pas avec les autres […] Cependant, pour peu que l'humeur engourdie, indolente et morne se voit considérée comme créative, alors la scène est en place pour toutes les autres qui vont suivre[CCom 9] ».

En 1973, Stuart Sperry voit dans le poème « une enrichissante immersion dans la ruée de sensations à l'état pur et dans le flot d'ombres mouvantes et de vagues rêves. […] D'un côté, c'est l'œuvre la plus faible et potentiellement la moins ambitieuse de toute la séquence, mais cet échec, si tant est qu'il soit considéré comme tel, résulte plus d'un désenchantement que d'une perte de moyens[CCom 10] ». Dans la même veine, Andrew Motion prend le parti de voir « en l'ode, comme dans son homologue sur la mélancolie, une faculté d'expression trop achevée pour ne point gêner sa qualité poétique […] les thèmes, communs à l'ensemble de la série, s'y trouvent défendus avec un angélisme si farouche qu'il réduit leur impact sur l'imaginaire[CCom 11] ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Traductions en français[modifier | modifier le code]

  • (fr + en) Albert Laffay (Albert Laffay, traduction, préface et notes), Keats, Selected Poems, Poèmes choisis, Paris, Aubier-Flammarion, coll. « Bilingue Aubier », , 375 p., p. 303, 306. 
  • John Keats (trad. Alain Suied), Les Odes : Suivi de Dame sans Merci et La Vigile de la Sainte-Agnès, Orbey, Éditions Arfuyen, coll. « Neige », , 142 p., 22,5 (ISBN 978-2845901377). 

Ouvrages et articles[modifier | modifier le code]

  • (en) Martin Aske, Keats and Hellenism [« Keats et l'héllénisme »], Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-30561-6). 
  • (en) W. J. Bate, The Stylistic Development of Keats [« Développement stylistique de Keats »], New York, Humanities Press, , 214 p. 
  • (en) W. J. Bate, John Keats, Cambridge, Mass., Belknap Press of Harvard University Press, (ISBN 0-8262-0713-8). 
  • (en) Bernard Blackstone, The Consecrated Urn [« L'urne consacrée »], Londres, Longmans Green, , 426 p., 21,3 cm (OCLC 360872). 
  • (en) Harold Bloom, The Visionary Company [« L’œil et la vison »], Ithaca, Cornell University Press, , 14,6 x 3,2 x 22,2 cm (ISBN 0801491177). 
  • (en) Douglas Bush, John Keats: His Life and Writings [« John Keats, sa vie, son œuvre »], Londres, Macmillan Publishers, (OCLC 59021871). 
  • (en) Sidney Colvin, John Keats, Londres, Macmillan, (ISBN 1402147910, OCLC 257603790). 
  • (en) Martin Day, History of English Literature 1660–1837, Garden City, Doubleday & Company, (OCLC 247285169)
  • (en) Charles Wentworth Dilke (Richard Monckton Milnes, éditeur), « Life, Letters, and Literary Remains of John Keats » [« Vie, correspondance et reliquats littéraires de John Keats »], Athenaeum,‎ (OCLC 1914451). 
  • (en) Jean-Marie Fournier (Christian La Cassagère, éditeur scientifique), « Les odes : une poétique de l'hybridation », dans Keats ou le sortilège des mots, Lyon, Presses universitaires de Lyon (PUL), coll. « CERAN (Centre du Romantisme anglais) », , 255 p. (ISBN 9782729707347). 
  • (en) Walter Evert, Aesthetics and Myth in the Poetry of Keats [« Esthétique et mythe dans la poésie de Keats »], Princeton, Princeton University Press, . 
  • (en) Robert Gittings, John Keats, Londres, Heinemann, (ISBN 0-14-005114-7). 
  • (en) Ronald Gorell, John Keats: The Principle of Beauty [« John Keats : principe esthétique »], Londres, Sylvan, (OCLC 1368903). 
  • (en) Wolf Hirst, John Keats, Boston, Twayne, (ISBN 0-8057-6821-1). 
  • (en) Thomas McFarland, The Masks of Keats: The Endeavour of a Poet [« Les masques de Keats »], New York, Oxford University Press, (ISBN 0-19-818645-2). 
  • (en) Andrew Motion, Keats, Chicago, University of Chicago Press, (ISBN 1-84391-077-2). 
  • (en) William B. Ober, « Drowsed With the Fume of Poppies: Opium and John Keats » [« Engourdi par les vapeurs du pavot : l'opium et John Keats »], Bulletin of the New York Academy of Medicine, vol. 44, no 7,‎ , p. 862–881. .
  • (en) Stuart Sperry, Keats the Poet [« Keats, le poète »], Princeton, Princeton University Press, (ISBN 0-691-00089-1). 
  • (en) Willard Spiegelman, Majestic Indolence: English Romantic Poetry and the Work of Art [« Indolence majestueuse : début de la poésie romantique et l'œuvre d'art »], Oxford, Oxford University Press, (ISBN 978-0195093568). 
  • (en) John Strachan, John Keats: A Sourcebook [« John Keats, références »], Londres, Routledge, (ISBN 0-415-23478-6). 
  • (en) Helen Vendler, The Music of What Happens [« Musique de l'événement »], Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, (ISBN 0-674-59152-6). 

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Citations originales de l'auteur[modifier | modifier le code]

  1. « [T]he thing I have most enjoyed this year has been writing an ode to Indolence[4] »
  2. « Neither Poetry, nor Ambition, not Love have any alertness of countenance as the pass by me: that seem rather like the figures on a Greek vase — a Man and a Woman — who no one but myself could distinguish in their disguisement. […] This is a rare instance… of advantage in the body overpowering the Mind[9] »

Citations originales des commentateurs[modifier | modifier le code]

  1. « the privilege of the leisured class to which he did not belong[10] »
  2. « Ironically, the poem provided Keats with such immortality. Besides the biographical component, the poem also describes Keats's belief that his works should capture the beauty of art while acknowledging the harshness of life[25] »
  3. « it is repetitious and declamatory and structurally infirm[35] »
  4. « primarily biographical and not poetic[36] »
  5. « it remains a much inferior work[37] »
  6. « Far more important than the similarity, which might seem to arise from the urns in Keats's purview in both Ode on Indolence and Ode on a Grecian Urn […] is the enormous dissimilarity in the two poems. Ode on Indolence […] is a flaccid enterprise that hardly bears mention alongside that other achievement[38] »
  7. « lacking the magic of what the world agrees are the great Odes[40] »
  8. « [d]elicate, charming even[40] »
  9. « Yet with its acceptance of the numb, dull and indolent mood as something creative, it set the scene for all the odes that followed[41] »
  10. « a rich and nourishing immersion in the rush of pure sensation and its flow of stirring shadows and 'dim dreams. […] It is both the feeblest and potentially the most ambitious of the sequence. Yet its failure, if we choose to consider it that, is more the result of deliberate disinclination than any inability of means[42] »
  11. « Like 'Melancholy', the poem is too articulate for its own poetic good;... In two of his May odes, 'Melancholy' and 'Indolence', Keats defined themes common to the whole group with such fierce candour that he restricted their imaginative power. His identity had prevailed[43] »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Écrite en vers blanc, publiée en 1820, Hyperion est une des œuvres majeures de Keats. Fondée sur la titanomachie, elle raconte le désespoir des titans après leur défaite face aux divinités olympiennes.

Références[modifier | modifier le code]

John Keats, Cambridge, Mass., Belknap Press of Harvard University Press, 1963[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bate 1963, p. 525-527.
  2. Bate 1963, p. 487.
  3. Bate 1963, p. 528.
  4. Bate 1963, p. 134.
  5. Bate 1963, p. 527.
  6. Bate 1963, p. 527–528.
  7. Bate 1963, p. 529.
  8. Bate 1963, p. 342.
  9. Bate 1963, p. 528–530.
  10. Bate 1963, p. 530.

John Keats, Selected Poems, Poèmes choisis, Bilingue Aubier, Paris, 1968[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Laffay 1968, p. 119.
  2. a et b Laffay 1968, p. 287.
  3. a b et c Laffay 1968, p. 120.
  4. a b et c Laffay 1968, p. 310.
  5. a b et c Laffay 1968, p. 313.

Autres sources[modifier | modifier le code]

  1. Gorell 1948, p. 78.
  2. Colvin 1970, p. 352–353.
  3. a b et c Gittings 1968, p. 311.
  4. Colvin 1970, p. 356.
  5. Blackstone 1959, p. 67.
  6. Gittings 1968, p. 311–313.
  7. Bush 1966, p. 148.
  8. Motion 1999, p. 382, 386, 403.
  9. Motion 1997, p. 403-404.
  10. a et b Motion 1999, p. 404.
  11. « Matthieu, 6, 28-29 » (consulté le 28 août 2018).
  12. a b c d e f et g (en) « Ode on Indolence » (consulté le 28 août 2018).
  13. Bate 1962, p. 157.
  14. Bloom 1993, p. 420.
  15. Vendler 1988, p. 22.
  16. Fournier 2003, p. 185.
  17. Vendler 1988, p. 25.
  18. a b c d e et f « Ode à l'indolence, Sparknotes » (consulté le 23 août 2018).
  19. Hirst 1981, p. 138.
  20. a et b Vendler 1988, p. 20.
  21. a et b « Ode à l'indolence, Sparknotes » (consulté le 24 août 2018).
  22. « Traduction de l'Ode on a grecian Urn » (consulté le 30 mai 2018).
  23. Spiegelman 1995, p. 96–97.
  24. Ober 1968, p. 871.
  25. Motion 1999, p. 404-405.
  26. a et b Gittings 1968, p. 314.
  27. Strachan 2003, p. 19–20.
  28. Day 1963, p. 325-331.
  29. « Extrait lettre-journal » (consulté le 25 août 2018).
  30. Fournier 2003, p. 178.
  31. a et b Fournier 2003, p. 188.
  32. Bate 1962, p. 60–64.
  33. Bate 1962, p. 133.
  34. a b c d e et f (en) « Ode on Indolence » (consulté le 29 août 2018).
  35. Evert 1965, p. 305.
  36. Bate 1962, p. 528.
  37. Dilke 1848, p. 790–791.
  38. McFarland 2000, p. 207.
  39. Colvin 1970, p. 386.
  40. a et b Gorell 1948, p. 78–79.
  41. Gittings 1968, p. 313.
  42. Sperry 1964, p. 288.
  43. Motion 1999, p. 404–405.

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Référence à l'article en anglais[modifier | modifier le code]