Suzy Solidor

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Suzy Solidor
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Suzy Solidor en 1938.

Informations générales
Naissance
Saint-Servan
Décès (à 82 ans)
Cagnes-sur-Mer
Genre musical Chanson

Suzy Solidor, de son vrai nom Suzanne Louise Marie Marion, est une chanteuse, actrice et romancière française, née le 18 décembre 1900 à Saint-Servan et morte le 30 mars 1983 à Cagnes-sur-Mer.

Celle que l'on nomma « la Madone des matelots » [1], fut une figure emblématique des années 1930. Symbole de la garçonne des « Années folles », elle a contribué à populariser auprès du grand public le milieu homosexuel parisien, célébrant par l'interprétation de plusieurs chansons les amours saphiques (par exemple: Ouvre, Obsession) [2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Suzy Solidor nait de père inconnu à Saint-Servan-sur-Mer (commune aujourd'hui rattachée à Saint-Malo) dans le quartier de la Pie. Sa mère, Louise Marie Adeline Marion, âgée de près de trente ans, est alors domestique de Robert Henri Surcouf, avocat, député de Saint-Malo et armateur, descendant de la famille du célèbre corsaire (selon Suzy Solidor, celui-ci serait son véritable père).

Pour échapper à sa condition de fille-mère, Louise Marion épouse le 10 septembre 1907 Eugène Prudent Rocher qui reconnaît la petite Suzanne, alors âgée de sept ans. Celle-ci prend dès lors le nom de Suzanne Rocher. La famille s'installe dans le quartier de Solidor à Saint-Servan, qui inspirera plus tard son nom de scène à Suzy. Elle est alors la voisine de Louis Duchesne, chemin de la Corderie, sur la cité d'Aleth.

Une « garçonne »[modifier | modifier le code]

Elle apprend à conduire en 1916 et passe son permis l'année suivante, ce qui à l'époque était exceptionnel pour une femme. Peu avant l'armistice de 1918, promue chauffeur des états-majors, elle conduit des ambulances sur le front de l'Oise, puis de l'Aisne[3],[4].

Après la guerre, elle s'installe à Paris. C'est à cette époque qu'elle rencontre Yvonne de Bremond d'Ars, la célèbre et très mondaine antiquaire, qui sera sa compagne pendant onze ans. « Ce fut Bremond d'Ars qui la première lança Solidor en tant qu' oeuvre d'art et qui la présenta au public comme image / icône (...) Elle m'a sculptée , déclara Solidor » [5]. Après leur séparation en 1931, Suzy Solidor a plusieurs liaisons, dont une avec l'aviateur Jean Mermoz[4].

Elle se tourne vers la chanson en 1929, et prendra peu après le pseudonyme sous lequel elle est connue. Elle fait ses débuts à Deauville, au cabaret Le Brummel[6]. Sa voix grave, quasi masculine (« une voix qui part du sexe » selon Jean Cocteau[7]), son physique androgyne, ses cheveux blonds et sa frange au carré marquent les esprits. Surnommée « l'Amiral », icône de la chanson maritime, elle se produit en 1933 avec succès à L'Européen puis ouvre rue Sainte-Anne « La Vie parisienne », un cabaret « chic et cher », lieu de rencontres homosexuelles, où chante entre autres le jeune Charles Trenet.

Sa réputation lui vaut d'apparaître en 1936 dans l'adaptation cinématographique du roman sulfureux de Victor Margueritte, La Garçonne. Elle devient parallèlement l'égérie des photographes des magazines de mode et des peintres, sa silhouette sculpturale inspirant plus de 200 d'entre eux[8], parmi lesquels Raoul Dufy, Maurice de Vlaminck, Yves Brayer, Francis Picabia, Man Ray, Jean-Gabriel Domergue, Jean-Dominique Van Caulaert, Kees van Dongen, Arthur Greuell, Foujita, Marie Laurencin, Francis Bacon et Jean Cocteau. Son portrait le plus célèbre est réalisé par Tamara de Lempicka en 1933. Celle qui fut la chanteuse la plus croquée du siècle disait d'elle-même avec humour : « Je suis plus à peindre qu'à blâmer » [9].

L'Occupation[modifier | modifier le code]

Durant l’Occupation, La Vie Parisienne, son cabaret rouvert en septembre 1940[10], est fréquenté par de nombreux officiers allemands. Suzy Solidor ajoute à son répertoire une adaptation française de Lili Marleen, une chanson allemande adoptée par les soldats de la Wehrmacht (avant de l'être par les armées alliées) qu'elle interprète de façon régulière à la radio. Ses activités (selon André Halimi, « elle mériterait un brevet d'endurance pour l'inlassable activité qu'elle mena pendant l'Occupation, car elle passe d'un cabaret à l'autre, d'une radio à l'autre, d'un music-hall à l'autre »[11]) lui valent d'être traduite à la Libération devant la commission d'épuration des milieux artistiques, qui lui inflige un simple blâme mais lui impose une interdiction provisoire d’exercer [12]. Elle cède alors la direction du cabaret à la chanteuse Colette Mars, qui y avait fait ses débuts, et part pour les États-Unis.

L'Après-guerre[modifier | modifier le code]

De retour à Paris, elle ouvre en février 1954 le cabaret « Chez Suzy Solidor », rue Balzac (près des Champs-Élysées) qu'elle dirige jusqu'au début 1960 avant de se retirer sur la Côte d'Azur. Elle s'installe à Cagnes-sur-Mer où elle inaugure la même année un nouveau cabaret, « Chez Suzy », décoré de 225 de ses portraits. Elle s'y produit jusqu’en 1966 avant de prendre la direction d'un magasin d'antiquités, place du château de Haut-de-Cagnes.

En 1973, elle offre à la ville de Cagnes-sur-Mer une quarantaine de ses portraits, qui figurent aujourd'hui parmi les œuvres remarquables du musée de la ville (musée-château Grimaldi)[13]. Elle meurt le 30 mars 1983 et est enterrée à Cagnes-sur-Mer.

Répertoire[modifier | modifier le code]

  • Dans un port (Suzy Solidor)
  • C'est à Hambourg
  • Je t'espère
  • La Fille des bars
  • Ohé capitaine
  • La Brume sur le quai
  • Le Matelot de Bordeaux
  • Une fille dans chaque port
  • Le Bateau espagnol (Léo Ferré)
  • Tout comme un homme
  • Comme une feuille au vent
  • Obsession, 1933 (Edmond Haraucourt - Laurent Rualten)
  • La Belle Croisière, 1934
  • Une femme, 1934
  • Ouvre, 1934 (Edmond Haraucourt - Laurent Rualten)
  • La Maison des marins, 1934
  • Les Filles de Saint-Malo, 1934
  • La Fille des bars, 1934
  • La Belle Escale, 1935
  • Le Doux Caboulot, 1935
  • Si l'on gardait, 1935
  • La Belle d'Ouessant, 1935
  • Mon légionnaire, 1936
  • Sous tes doigts, 1936
  • La Tonnelle des amoureux, 1936
  • Hawaï nous appelle, 1936
  • La Java du clair de lune, 1936
  • La Chanson de la belle pirate, 1936
  • Nuit tropicale, 1937
  • Mon secret, 1938
  • Johnny Palmer, 1938
  • Si j'étais une cigarette, 1938
  • Escale, 1938
  • La danseuse est créole, 1938 (Jacques Plante - Louiguy)
  • On danse sur le port, 1939
  • J'écrirai, 1939 (Suzy Solidor)
  • Mon cœur est triste sans amour, 1940
  • Je ne veux qu'une nuit, 1941
  • Lily Marlène, 1942
  • La Jolie Julie, 1942
  • À quoi songes-tu ?, 1943
  • Le Soldat de marine, 1943
  • Trois lettres de toi, 1943
  • Le Petit Rat, 1947
  • Un air d'accordéon, 1947
  • Un refrain chantait, 1947
  • Amours banales, 1947
  • L'amour commande, 1948
  • Saïgon, 1948
  • Congo, 1948
  • Nature boy, 1948
  • L'Inconnue de Londres, 1948 (Léo Ferré)
  • Soir de septembre, 1948
  • J'aime l'accordéon, 1949
  • Casablanca, 1949
  • Valsez, Laurence, 1950
  • La Foule, 1951
  • Brasileira, 1951
  • Judas, 1952
  • La Brume, 1952
  • Danse de la corde, 1952
  • La Dame qui chante, 1952
  • Si le Rhône rencontrait la Seine, 1952
  • Amor y mas amor, 1952

Romans[modifier | modifier le code]

  • Térésine, éditions de France, Paris, 1939 (220 p.)
  • Fil d'or, éditions de France, Paris, 1940 (217 p.) - roman dédié « à ceux du large et à ceux du bled, à tous ceux des avant-postes, à ceux qui tiennent les portes de l'Empire... »
  • Le Fortuné de l'Amphitrite, éditions de France, Paris, 1941 (213 p.)
  • La vie commence au large, éditions du Sablon, Bruxelles-Paris, 1944 (242 p.)

Théâtre[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacqueline Strahm, Montmarte, Beaux jours ... et belles de nuit, Cheminements, Paris, 2001, p.215
  2. « Ces deux poèmes d’Edmond Haraucourt (publiés pour la première fois en 1882) n’étaient pas destinés à être dits par une femme. Mais Suzy Solidor, qui a demandé à Laurent Rualten d’en composer la musique, y met une telle flamme sensuelle, avec sa belle voix grave, que l’on pourrait croire qu’ils ont été écrits pour elle » Voir: Martin Pénet, L'expression homosexuelle dans les chansons françaises de l'entre-deux-guerres : entre dérision et ambiguïté, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 4/2006 (no 53-4), p. 106-127
  3. Jean Forget, Louis Libert, Édouard Menguy, Un demi-siècle à Saint-Servan, Dinard, Danclau, 1998.
  4. a et b Alain Gallet, Suzy Solidor, un étrange destin, documentaire.
  5. Tirza True Latimer, Women Together / Women Apart, Portraits of Lesbian Paris, Rutgers University Press, 2005, p. 108 (traduit de l'anglais)
  6. « Isadora, Cécile et Suzy, stars de la Côte fleurie », Le Calvados, no 117, automne 2014.
  7. Cité in Pascal Sevran, Dictionnaire de la chanson française, Carrère, Paris, 1986.
  8. Suzy Solidor et ses portraitistes : Deux cents peintres, un modèle, éd. La Nef de Paris, Paris, 1940. Le « modèle » est évidemment Suzy Solidor.
  9. Jacqueline Strahm, Montmarte, Beaux jours ... et belles de nuit, Cheminements, Paris, 2001, p.215
  10. Voir Paris-Soir, 27 septembre 1940 (sur le site BNF - Gallica)
  11. André Halimi, Chantons sous l'Occupation, L'Harmattan, 2003, p. 101.
  12. Arrêtée en septembre 1944, elle fut placée en détention au Camp de Drancy. Voir: Ce Soir, 9 septembre 1944 (sur le site BNF - Gallica)
  13. Voir: Château-musée Grimaldi, 43 portraits de la Donation Suzy Solidor

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Véronique Mortaigne, « Solidor, furieux baisers », Le Monde no 19552 du mardi 4 décembre 2007
  • Marie-Hélène Carbonel, Suzy Solidor : Une vie d'amours, coll. Temps mémoire, éd. Autres Temps, 2007 (ISBN 284521295X)
  • Didier Eribon (dir.), Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003.

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Pénet (éd.), Chansons interlopes, 1906-1966, Labelchanson, 2006 (2CD)
  • Martin Pénet (éd.), Suzy Solidor au cabaret, enregistrements rares et inédits (1933-1963), Labelchanson, 2007

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Alain Gallet, Suzy Solidor, un étrange destin, documentaire de 52 minutes, Aligal Production et France 3 Ouest (DVD).
  • Interview à la radio de Suzy Solidor, vers 1980 , Archives Départementales des Alpes-Maritimes, Documents sonores isolés, 1AV62/1. Mis en ligne le 18/06/2012. Consulté le 19/03/2017

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]