Effet Westermarck

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L'effet Westermarck est un mécanisme naturel d'évitement de l'inceste décrit par Edward Westermarck (1862-1939) dans plusieurs de ses œuvres, et en particulier dans Histoire du mariage.

Selon Westermarck, jusqu’à l’âge de 30 mois, l’enfant développe un système instinctif de rejet des sentiments amoureux et des pulsions sexuelles vis-à-vis des personnes vivant avec lui. Westermarck s'oppose à la conception que développe Freud du tabou de l'inceste. L'homme n'évite pas l'inceste du fait d'une condamnation morale ou sociale, mais par un mouvement biologique inné. L'enfant, instinctivement, ne sera pas attiré par sa famille, parce que la nature l'incite à diversifier son patrimoine génétique pour éviter les tares génétiques dues à la consanguinité.

Plusieurs études indépendantes chez l'humain et chez les autres primates ont confirmé cette hypothèse :

Dans les kibboutz où les enfants sont élevés depuis la naissance en groupe de six à huit individus, il fut démontré que les enfants élevés ensembles, sans interruption durant les six premières années de vie, ne se mariaient jamais même si aucune règle ne l'interdisait alors qu'ils épousaient souvent des membres d'autres groupes. De plus, aucune relation sexuelle entre adultes ou adolescents élevés ensembles ne fut jamais observé[1],[2],[3].

À Taiwan, une longue étude sur le mariage sim-pua dit mariage mineur (mariage entre un fils et une fille adoptée en bas âge dans le but de la marier au fils) et qui sont élevés ensembles a démontré qu'ils sont très réticents à se marier le moment venu. Les femmes sim-pua mariées ont un taux de fécondité de 40% inférieur à la normale et présente un risque de divorce trois fois supérieur à la normale[4],[5],[6].

Il fut démontré que le jugement moral que les étudiants universitaires américains portent sur l'inceste entre germains est directement proportionnel à la durée de corésidence dans l'enfance avec un germain de sexe opposé (une sœur ou un frère) et ceci même s'il est adopté[7].

Il fut démontré que les cas cliniques d'inceste et le désirs d'inceste sont beaucoup plus probables entre apparentés séparés en bas âges. Il est également démontré qu'en cas d'association précoce, l'inceste est rarement, voire jamais, mutuellement désiré. Il est perpétré de force par le père ou le frère lui même généralement victime d'abus[8].

Chez les primates non-humains, l'inceste n'est systématiquement évité qu'entre apparentés capables de se reconnaître par association. Toutes les études sur les primates indiquent que l'inceste est systématiquement évité qu'avec certains parents du côté matrilinéaire. Ceci s'explique par le fait que l'apparentement ne peut être reconnu que par association mutuelle avec la mère puisque le père est souvent inconnu[9]. Cette situation prévaut chez les espèces multimâles-multifemelles où le père est toujours inconnu[10].

Chez les primates non-humains, l'évitement de l'inceste est proportionnel au degré de parenté. Lorsqu'ils cohabitent dans le même groupe, les mères, fils, frères et sœurs, grand-mères et petit-fils ne copulent jamais ou très rarement[10],[11]. Chez certaines espèces comme le macaque de Barbarie l'évitement de l'inceste peut s'étendre aux couples oncles-nièces et tantes-neveux[10]. Pour tous les autres apparentés aucune inhibition de la copulation ne semble survenir.

Chez les primates non-humains, lorsque des apparentés paternels manifestent une forme d'évitement de l'inceste il s'agit systématiquement d'individu de la même cohorte et donc ayant été potentiellement des partenaires de jeu[10],[12].

Toutes ces conclusions expérimentales convergent vers l'existence d'un effet Westermarck chez les primates tel que postulé par Robin Fox (1962)[13].

L'effet Westermarck est représentatif du type de mécanisme instinctif de reconnaissance de la parentèle que recherche la sociobiologie (sélection de parentèle). Par contre, il ne s'agit pas ici d'un comportement permettant une variation de l'altruisme en fonction du degré d'apparentement et ne peut donc pas être le moteur de l'évolution des sociétés humaines.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Yonina Talmon, Family and Community in the Kibbutz, Harvard University Press,‎ , 266 p.
  2. (en) Shepher, J., « Mate selection among second generation kibbutz adolescents and adults: Incest avoidance and negative imprinting », Archives of Sexual Behavior, no 1,‎ , p. 293-307
  3. (en) Shepher J., Incest: A Biosocial View, New York, Academic Press,‎
  4. (en) Wolf, A.P., « Childhood association, sexual attraction, and the incest taboo: A Chinese case », American Anthropologist, no 68,‎ , p. 883-898
  5. (en) Wolf, A.P., « Childhood association, sexual attraction: A further test of the Westermark effect hypothesis », American Anthropologist, no 72,‎ , p. 503-515
  6. (en) Wolf, A.P., Sexual Attraction and Childhood association: A Chinese Brief for Edward Westermark, Standford, Standford University Press,‎
  7. D. Lieberman, J. Tooby et L. Cosmides, « Does morality have a biological basis? An empirical test of the factors governing moral sentiments relating to incest », Proceding of the Royal Society of London, no B270,‎ , p. 819-826
  8. (en) Erickson, M.T., « Evolutionary though about the current clinical understanding of incest », Imbreeding, Incest, and the Incest Taboo: The state of Knowledge at the Turn of the Century, Standford University Press,‎ , p. 161-189
  9. (en) Paul, A., « The impact of kinship on mating and reproduction », Kinship and Behavior in Primates, Oxford University Press,‎ , p. 271-291
  10. a, b, c et d (en) J. Kuester, A. Paul et J. Arnemann, « Kinship, familiarity and mating avoidance in Barbary macaques, Macaca sylvanus », Animal Behaviour, no 48,‎ , p. 1183-1194
  11. (en) Pusey A.E., « Mechanisms of inbreeding avoidance in nonhuman primates », Pedophilia: Biosocial Dimensions, Springer-Verlag,‎ 1990a, p. 201-220
  12. (en) S.C. Albert, « Paternal kin discrimination in wild baboons », Proceedings of the Royal Society of London, Biological Sciences, no 266,‎ , p. 1501-1506
  13. (en) Robin Fox, « Sibling incest », British Journal of Sociology, no 13,‎ , p. 128-150