Société Thulé

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Société Thulé
Création
Dissolution 1945
Créateur(s) Rudolf von Sebottendorf

La société Thulé ou l’ordre de Thulé (en allemand Thule-Gesellschaft) a été une société secrète allemande de Munich, qui à l'origine était un groupe d'études ethnologiques s'intéressant tout spécialement à l'Antiquité germanique et au pangermanisme aryen. Ses mythes racistes et occultistes inspirèrent le mysticisme nazi et l'idéologie nazie. Société secrète, la Thule-Gesellschaft a suscité, à partir des années 1960, de nombreuses controverses, liant fortement nazisme, occultisme et pseudo-science, dans une optique révisionniste. Cet imaginaire, largement diffusé depuis les années 1960 par des ouvrages masquant des thèses d'extrême-droite au travers de la fiction, est aujourd'hui relayé par un certain nombre de jeux vidéo et de films à grand spectacle ou de série B.

Origines[modifier | modifier le code]

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Elle tire son nom de Thulé, partie la plus septentrionale d'Europe et lieu mythique pour les anciens Grecs et Romains, dans lequel le dieu Apollon viendrait passer une partie de l'hiver[1].

Présent dans la littérature, Le nom de Thulé renvoie au mythe d'une population habitant le Nord de l'Europe. Ses premières mentions remontent aux récités du Grec Pythéas, qui déigne l'Ultima Thulé comme les terres les plus au nord et tout particulièrement la Scandinavie. La région est supposée désigner la région dans laquelle vivent les Hyperboréens, peuple mythique. Virgile, plus tard, l'évoque dans l'Enéide; Goethe, au XVIIIe siècle, la confond avec l'Atlantide[2].

Mythologie[modifier | modifier le code]

Certains discours de la fin du XIXe siècle, abondamment repris par la suite, affirment que Thulé aurait été le nom magique d'une civilisation germanique avancée, mais disparue[1]. Cette idée est reprise par les membres de la société Thulé, qui pensaient que Thulé était ce qui subsistait d'un continent aujourd'hui disparu, appelé Hyperborée, et que ce continent était le berceau d'une civilisation nordique disparue, dont les secrets seraient conservés par des « supérieurs inconnus »[2].

Ultima Thule aurait été la capitale du premier continent colonisé par les Aryens.

Au départ simple loge au sein d'une société secrète pangermaniste, Völkisch et antisémite[3], la société Thulé a été constituée par Rudof Glauer, qui se prétend baron Rudolf von Sebottendorf, le 17 août 1918. Diffusée à Munich, l'idéologie de cette société prônait l'antisémitisme[réf. incomplète][4], l'antirépublicanisme, le paganisme et le racisme. Son symbole, la croix de Wotan, divinité pré-germanique, n'est pas sans rappeler la croix gammée. Le salut de Thulé « Heil und Sieg » (« Salut et victoire ») fut repris par Hitler qui le transforma en « Sieg Heil ». Ce salut, en liaison avec le bras levé, était un rituel magique utilisé pour la formation de voltes.[réf. nécessaire].

Une société active[modifier | modifier le code]

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

La société recrute par cooptation, les membres étant sélectionnés à la suite d'enquêtes sur les liens sociaux du récipiendaire et une analyse de ses caractéristiques physiques[5].

Évolution et fin[modifier | modifier le code]

Autour de cette société secrète gravitent un certain nombres de groupuscules, dont est issu le NSDAP, le Deutsche Arbeiterverein de Karl Harrer, qui devient le Deutsche Arbeiterpertei, fondé par Anton Drexler et Harrer; pour bien marquer leur filiation, les fondateurs du DAP reprennent la croix gammée[6].

Dissolution[modifier | modifier le code]

Expulsé du Reich en 1934, Sebottendorf se serait suicidé en se jetant dans le Bosphore en 1945, mais il a été retrouvé par les services secrets britanniques et a fini sa vie en 1950 en Égypte[7].

Idéologie[modifier | modifier le code]

L'idéologie de l'ordre était fondée sur la croyance en l'existence de surhommes et d'une race humaine supérieure : les Aryens qui auraient vu le jour dans l'hypothétique Hyperborée, centre magique des peuples germaniques.

L'idéologie professée par la société Thulé s'inspire d'un corpus d'éléments ésotériques et mystiques puisés dans l'Ariosophie de Guido von List, chez Jörg Lanz von Liebenfels, un autre faux baron s'appelant simplement Lanz, Rudolf von Sebottendorf, Helena Petrovna Blavatsky, Arthur de Gobineau, et des théories aryano-centristes de certains archéologues allemands. List se propose de diriger les Aryens vers une société paysanne, patriarcale et esclavagiste[8].

Selon plusieurs auteurs grecs et latins[réf. nécessaire], il aurait existé dans des temps très reculés un continent situé à l'Extrême-Nord, qu'ils appelaient Hyperborée (Ultima Thulé), lequel aurait été peuplé d'hommes transparents. Ceux-ci, en s'alliant aux autres hommes, auraient donné naissance à des êtres humains de plus en plus opaques, mais leurs descendants auraient néanmoins conservé leurs facultés, supérieures à celles des humains ordinaires (voir Ánd).

Un des paradoxes de cette société est que plusieurs membres lisaient le Talmud dans le but de pratiquer l'occultisme et de formuler une théosophie anti-juive, alors que le Talmud est pourtant essentiel à la religion juive.

La plupart des membres sont ariosophes ; certains sont initiés à la Franc-maçonnerie, même si certaines de leurs idées s'opposent radicalement, comme celle de la fraternité universelle  : l'aryen est dit d'une race humaine d'origine divine, tandis que le juif est considéré être un sous-homme.

Manifestations au début de la République de Weimar[modifier | modifier le code]

Comme les multiples groupuscules Völkisch qui fleurissent en Allemagne après la défaite de 1918, la société Thulé développe une rhétorique antisémite, raciste et nationaliste[9], tout en prêtant son nom à un groupe de combat antisémite engagé dans la répression de la République des Conseils à Munich[10].

Ses liens avec le mouvement nazi sont nombreux, mais leurs natures réelles sont largement ignorées aujourd'hui encore[7].

Propriétaire du journal, le Völkischer Beobachter, la société a revendu le titre au DAP, et a accueilli la rédaction du journal après l'avoir revendu[7]. Cependant, rapidement, l'imaginaire occultiste propagé par la société est rapidement écarté de la presse nazie[11].

Le svastika dextrogyre, la croix gammée, utilisée par les occultistes depuis le XVIIIe siècle, a été proposée comme emblème du DAP par un militant membre de la société[12], lors du congrès de Salzbourg : il a néanmoins été modifié par Hitler peu après[13].

Liste controversée des membres[modifier | modifier le code]

Personne ne connaît exactement la liste complète des membres, ce qui a amené certains auteurs à échafauder des théories diverses sur l'adhésion de personnalités à une section secrète de la société Thulé notamment au sein de l'élite SS.

Supputation[modifier | modifier le code]

Des auteurs comme Werner Gerson dans l'ouvrage cité ci-après, Jacques Bergier dans le Matin des Magiciens, et Trevor Ravenscroft dans la Lance du Destin, rapportent que les membres de Thulé, considéraient Rudolf Steiner et ses disciples comme leurs pires ennemis. Steiner a été secrétaire général de la section allemande de la Société théosophique, avant la fondation de la société Thulé. Comme certains membres de la société Thulé auraient aussi été membres de la Société théosophique, l'amalgame était facile.

René Alleau affirme avoir découvert en Allemagne la liste des membres de la société Thulé, publiée en 1933 par R. von Sebottendorf, laquelle comprend 226 noms, mais pas celui de Rudolf Steiner[réf. incomplète][14]. Dans sa liste, von Sebottendorf ne mentionne pas Hitler comme membre de la société Thulé, mais écrit en 1933, qu'il fut fréquemment « l'hôte de la Thulé »[N 1].

Certains ont présenté comme une certitude l'appartenance de Hitler à cette société, alors que les historiens se montrent sceptiques vis à vis de cette affirmation que rien ne vient étayer[15].

Membres connus[modifier | modifier le code]

Vers 1923, Rudolf Hess, revenu à Munich, devient l'un des animateurs de l'ordre de ThuléCependant, rapidement, l'imaginaire occultiste propagé par la société est rapidement écarté de la presse nazie[15], dont Hermann Göring est alors l'un des membres les plus célèbres.

Ce n'est cependant pas le seul futur responsable nazi à être membre de la société. En effet, on compte, parmi ses membres, Gottfried Feder, Hans Frank, Alfred Rosenberg et Dietrich Eckart; rapidement, cependant, le caractère élitiste et aristocratique de la société leur déplaît et ils s'en éloigne[15].

La société Thulé après sa dissolution[modifier | modifier le code]

Dès les années 1930, et plus encore après sa dissolution, la société Thulé exerce une forte fascination dans certains milieux, notamment les groupes occultistes et les associations d'extrême-droite nostalgique du Troisième Reich.

La société Thulé dans l'imaginaire occultiste[modifier | modifier le code]

On crédite cette société d'une forte influence non seulement sur les dirigeants du Troisième Reich[1], mais aussi dans les premiers moments du mouvement nazi, mais il semblerait, que, sur ce dernier point, les chercheurs soient incapables de se prononcer clairement dans un sens ou dans un autre, ce qui génère de nombreuses spéculations sur la question, aujourd'hui encore[7].

En effet, durant les années 1960, certains auteurs proches des milieux occultistes, Jan van Helsing, notamment, défend, sur la base du témoignage largement remis en cause de Hermann Rauschning[16], l'idée que Hitler serait un initié, membre important de la société Thulé[17], transformée pour la cause en société initiatique[18]. Selon Van Helsing, La société Thulé constitue l'un des deux piliers originels du nazisme, avec la fantasmatique et imaginaire société du Vril, cette dernière s'occupant de l'au-delà, tandis que la société Thulé aurait été la continuation de la confrérie secrète de la Pierre noire, s'opposant à un complot mondial imaginaire[N 2],[19].

À partir de cette période, ce sont souvent des intellectuels se présentant comme des « chercheurs indépendants » qui reprennent et systématisent les liens entre le mouvement nazi et la société de Thulé, les chercheurs issus de l'université affichant leur scepticisme face à ces affirmations souvent mal étayées[15].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Cette société mystérieuse et soi-disant mythique a constitué une source d'inspiration pour un certain nombre de créateurs, d'artistes et de concepteurs de jeux vidéo, produisant parfois des œuvres alimentaires[20].

La littérature a été historiquement la première des formes d'expression artistique à utiliser cette société secrète comme protagoniste important. Dans un premier temps, l'évocation de la Thule Gesselschaft constitue un apanage de la littérature d'extrême-droite[21], en général produite afin de participer au blanchiment d'anciens nazis, souvent des SS, à l'image des romans de l'Autrichien et ancien SS Wilhelm Landig, qui mélange habilement uchronie, anticipation et thèses nazies[22]. Landig, en utilisant le roman, a pu se permettre de jouer avec la censure en vigueur en Allemagne et exposer ses idées néonazies à un public plus large que le lectorat habituel des publications nostalgiques du Troisième Reich[23], à l'image du roman le matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier, qui transforme la société Thulé en un « instrument capable de changer la nature même de la réalité », en lui donnant les fonctions de « centre magique du nazisme »[18].

En France, Jean Mabire publie en 1977 un roman initiatique qu'il présente comme un essai historique, Thulé, le soleil retrouvé des Hyperboréens[24], dans lequel, non seulement il développe une mystique du sang et de la race, mais aussi établit une filiation de Thulé avec l'Atlantide[20].

Dans le roman Le Rituel de l'ombre, les réminiscences actuelles de la Thulé sont mises en scène face aux loges maçonniques.

Dans un certain nombre de jeux vidéo ou de films, la société Thulé constitue un acteur important dans l'intrigue. Ainsi, dans le jeu vidéo, Dracula 3 : La Voie du dragon, la société Thulé constitue un protagoniste important[I 1]. De même, Dans Blood Rain, les ennemis à abattre appartiennent tous a la société Thulé[réf. souhaitée].

Le cinéma fait de cette société un protagoniste important d'un certain nombre de films. Ainsi, dans la bande dessinée Hellboy, puis dans le film du même nom, l'auteur Mike Mignola, puis le réalisateur transforme les nazis en initiés, membres de la société Thulé, préparant leur revanche occulte contre les Alliés[25]. De même, dans le film (animé) Fullmetal Alchemist: Conqueror of Shamballa, la guilde de Thulé ouvre la porte vers Shamballa. Ou encore dans la série télévisée américaine Supernatural (saison 8, épisode 14 et saison 11, épisode 14), Sam et Dean Winchester doivent affronter des nécromants membres de l'ordre de Thulé.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Von Sebottendorf, Bevor Hitler kam, p.233, cité par Christophe Lindenberg in Une technique du Mal : le nazisme.
  2. Cette thèse du partage des tâches entre la Thule-Geselschaft et la société du Vril permet d'avancer des thèses révisionnistes.

Liens internet[modifier | modifier le code]

  1. « [1] », Jeuxvideo.com.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c François 2015, p. 29.
  2. a et b François, 2016, p. 96
  3. Demoule 2015, p. 188.
  4. Gerson, 1969
  5. François, 2016, p. 95
  6. Demoule 2015, p. 189.
  7. a, b, c et d François 2015, p. 31.
  8. Demoule 2015, p. 94.
  9. François 2015, p. 30.
  10. Demoule 2015, p. 295.
  11. François, 2016, p. 98
  12. François 2015, p. 32.
  13. François 2015, p. 33.
  14. Alleau, 1969
  15. a, b, c et d François, 2016, p. 97
  16. François 2015, p. 37.
  17. François 2015, p. 104.
  18. a et b Demoule 2015, p. 276.
  19. François, 2016, p. 121
  20. a et b François 2015, p. 97.
  21. François 2015, p. 80.
  22. François 2015, p. 83.
  23. François 2015, p. 85.
  24. François 2015, p. 95.
  25. François 2015, p. 123.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • René Alleau, Hitler et les sociétés secrètes - Les sources occultes du nazisme, Grasset 1969 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • S. Berstein et P. Milza, Dictionnaire historique des fascismes et du nazisme, Éditions Complexe, 1992.
  • Jean-Paul Demoule, Mais où sont passés les Indo-Européens ? : Le mythe d'origine de l'Occident, Paris, Seuil, coll. « La librairie du XXIe siècle », , 742 p. (ISBN 978-2-02-029691-5). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Stéphane François, Les Mystères du nazisme : Aux sources d'un fantasme contemporain, Paris, PUF, (ISBN 978-2-13-062457-8). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Stéphane François, Extrême-droite et ésotérisme : Retour sur un couple toxique, Paris, , 9-169 p. (ISSN 2271-278X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Werner Gerson, Le nazisme société secrète, N.O.E., 1969
  • Nicholas Goodrick-Clarke, Les Racines occultistes du nazisme, Pardès, 1989.
  • (en) Nicholas Goodrick-Clarke, Hitler's Priestess: Savitri Devi, the Hindu-Aryan Myth and Neo-Nazism, 1998.
  • (en) Joscelyn Godwin, Arktos: The Polar Myth in Science, Symbolism, and Nazi Survival, 1996.
  • (en) Nicholas Goodrick-Clarke, Black Sun : Aryan Cults, Esoteric Nazism and the Politics of Identity, 2001

Articles connexes[modifier | modifier le code]