Affaire Calas

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Jean Calas

L’affaire Calas est une affaire judiciaire qui se déroula au milieu du XVIIIe siècle en 1762 à Toulouse sur fond de conflit religieux entre protestants et catholiques, rendue célèbre par l'intervention de Voltaire.

Cette affaire fut essentiellement politique, et non pas révélatrice du fonctionnement des tribunaux royaux. Elle entraîna de nombreux abus de procédure dans l'administration de la preuve (usage dévoyé de l'adminicule et du monitoire, entre autres). Les magistrats de la Cour royale rétablirent la veuve Calas dans ses droits, et réhabilitèrent la mémoire de son défunt époux.

L'affaire[modifier | modifier le code]

La maison de Jean Calas à Toulouse
Jean Calas condamné au supplice de la roue.

Jean Calas, riche marchand d'étoffe et sa famille habitent au 16, rue des Filatiers (aujourd'hui no 50), à Toulouse. Le 13 octobre 1761, son fils aîné, Marc-Antoine, est retrouvé pendu dans sa maison, à la poignée d'une porte de la boutique. Le corps est découvert à 22 heures après le souper, qui réunissait à l'étage le père et la mère Calas, les deux fils Marc-Antoine et Pierre et un invité de passage, Gaubert Lavaisse. Ses parents déclarent l'avoir trouvé « étranglé », évoquant le crime d'un inconnu. Immédiatement appelés sur les lieux, les médecins constatent que la cravate de Marc-Antoine masque les marques d'une double strangulation. Meurtre ou suicide ? Toujours est-il que les Calas, l'invité Gaubert et la servante Jeanne Viguière, bonne catholique, sont accusés du meurtre. L'attitude de la famille est, en effet, suspecte, car celle-ci reconnaît, après trois jours d'interrogatoire à l’hôtel de ville, avoir détaché Marc-Antoine pour camoufler le suicide et éviter ainsi à ce dernier qu'il ne subisse le traitement alors infligé aux suicidés, « être traîné sur la claie » (cadavre traîné face contre terre puis jeté aux ordures)[1].

Mais les Calas, de confession protestante, sauf l'un des fils, Louis, converti au catholicisme et affilié à la Confrérie de pénitents blancs, continuent à pratiquer leur foi, et cela suffit pour que le capitoul David de Beaudrigue, convaincu par des rumeurs de voisinage alléguant la volonté de Marc-Antoine de choisir réellement la religion catholique et accusant son père de l'avoir assassiné afin qu'il ne se convertisse pas, exige un complément d'enquête et fasse soumettre Jean Calas à la torture[2].

Le verdict du procès de Jean Calas par le parlement de Toulouse le 10 mars 1762, est la condamnation à mort par étranglement sans que le jugement ne soit motivé. Calas est condamné au supplice de la roue. Il subit la question, une longue séance de torture, mais n'avoue rien. Il clame son innocence. Roué Place Saint-Georges, Jean Calas est étranglé puis brûlé deux heures plus tard.

Condamné au bannissement à perpétuité[3], Pierre, un autre fils de Jean Calas, s'exile dans la ville calviniste de Genève, où il rencontre Voltaire, qui a déjà été informé de l'affaire par le marchand marseillais Dominique Audibert[2]. Le philosophe croit d'abord l'accusation fondée, et rédige, dans un premier temps, une lettre incendiaire sur Jean Calas. Mais, convaincu par Pierre de son innocence, il forme par la suite un groupe de pression avec ses amis, et utilise son ironie corrosive pour que justice soit faite.

Afin d'obtenir la révision du procès, Voltaire publie, en 1763, l'ouvrage Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas, tandis que la famille obtient un entretien à Versailles auprès de Louis XV. Le Conseil du roi casse l'arrêt de condamnation par le Parlement de Toulouse le 4 juin 1764. En 1765, Voltaire réussit à faire réviser le procès et à obtenir un arrêt qui déclare Calas innocent et réhabilite sa mémoire, même si le Parlement de Toulouse refusera toujours de revenir sur son jugement, et tiendra cet arrêt de réhabilitation pour nul et non avenu. Le capitoul, c'est-à-dire l'officier municipal de Toulouse, qui avait largement contribué à monter les fausses accusations[réf. nécessaire] contre Calas, est destitué le 25 février 1765 et se suicide peu après[4].

Le procès de Calas a été inséré dans les causes célèbres. Il a fourni à Marie-Joseph Chénier, à Jean-Louis Laya et à Auguste-Jacques Lemierre d'Argy le sujet de drames populaires. Athanase Coquerel a publié en 1858 Jean Calas et sa famille.

Chronologie détaillée[5][modifier | modifier le code]

  • 19 mars 1698 : Naissance de Jean Calas à Lacabarède, près de Castres. De famille protestante, il reçoit cependant le baptême de l'Église catholique quatre jours plus tard.
  • 1722 : Jean Calas s'installe comme marchand linger rue des Filatiers à Toulouse.
  • 19 octobre 1731 Jean Calas épouse Anne-Rose Cabibel, de confession protestante. Ils auront quatre fils et deux filles : Marc-Antoine (né le 5 novembre 1732), Pierre, Louis, Donat, Anne et Anne-Rose.
  • 18 mai 1759, Marc Antoine Calas est reçu bachelier en droit, mais il ne peut obtenir des autorités ecclésiastiques le certificat nécessaire à la soutenance des actes de licence.
  • 24 janvier 1761 : L'intendant du Languedoc reçoit une lettre du subdélégué de Toulouse, faisant état de la mauvaise volonté de Jean Calas à subvenir aux besoins de son fils Louis, ne vivant plus sous le toit familial et s'étant converti au catholicisme en 1756.
  • 13 octobre 1761 : Marc Antoine est trouvé mort allongé sur le sol au rez-de-chaussée de la maison.
  • 15 octobre 1761 : Le capitoul David de Beaudrigue mène l'enquête, il interroge Jean et Pierre Calas, ainsi que Gaubert Lavaysse, invité le soir même du drame. Les accusés révèlent avoir trouvé Marc Antoine pendu, et avoir maquillé le suicide en meurtre, puis avoir menti aux enquêteurs afin d'épargner au défunt la honte du suicide. À l'époque, les corps des suicidés sont en effet soumis à un jugement infamant. Fort de ces éléments, le clergé toulousain et la populace réclament un châtiment exemplaire pour cette famille accusée d'un crime atroce : avoir assassiné leur fils qui voulait se convertir au catholicisme. Ils réclament le châtiment des hérétiques. Aucune enquête ne sera menée afin de savoir si Marc Antoine avait vraiment l'intention ou non de se convertir. Il sera déclaré martyr et enterré selon le rite catholique, son cercueil sera escorté par quarante prêtres pénitents blancs au milieu d'une foule immense.
  • 18 novembre 1761 : Les capitouls affirment que Jean, Anne-Rose, Pierre Calas, Jeanne Viguière la servante, et Gaubert Lavaysse sont coupables. Il est décidé de soumettre à la question Jean Calas, sa femme et son fils Pierre, et d'infliger le cachot à Gaubert Lavaysse et à Jeanne Viguière. Ils font par la suite appel devant le juge de Toulouse.
  • 6 mars 1762 : La calomnie confondue, ou mémoire dans lequel on réfute une nouvelle accusation intentée aux protestants de la province du Languedoc, à l'occasion de l'affaire du sieur Calas détenu dans les prisons de Toulouse (Au Désert, 1762) est condamné par le parlement de Toulouse à être lacéré et brûlé. Dans cet opuscule rédigé par La Beaumelle et signé du pasteur Rabaut, les protestants du Midi s'indignaient de la rumeur qu'on faisait courir, selon laquelle ils auraient ordre de tuer leurs enfants lorsque ceux-ci veulent se convertir au catholicisme.
  • 9 mars 1762 : Sur les conclusions du procureur général Riquet de Bonrepos, par huit voix sur treize, le parlement condamne au supplice Jean Calas.
  • 10 mars 1762 : exécution de Jean Calas à Toulouse place Saint-Georges, il meurt roué, en proclamant son innocence. Son corps est brûlé sur un bûcher et les cendres jetées au vent.
  • 18 mars 1762 : Pierre est banni ; sa mère, Jeanne Viguière et Lavaysse sont acquittés ; les deux filles Calas sont quant à elles enfermées dans des couvents ; les biens de la famille sont confisqués.
  • 14 avril 1763 : Antoine Louis présente publiquement Mémoire sur une question anatomique relative à la jurisprudence, dans lequel on établit les principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu le signe du suicide d'avec ceux de l'assassinat. Il prouve scientifiquement que « les pendus ne meurent pas faute de respiration, mais par la compression asphyxiante des veines jugulaires », expliquant que Marc-Antoine ait pu se suicider en fixant la corde au bouton de la porte alors que ses pieds touchaient terre[6].
  • 9 mars 1765 : Calas et sa famille sont définitivement réhabilités par une assemblée de quatre-vingts juges et par le conseil du roi. Le roi accorde en outre à la famille une pension de 36 000 livres.

Voltaire est ainsi considéré comme le premier écrivain français à s'engager publiquement dans une affaire judiciaire.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ethel Groffier, Ethel Groffier-Klibansky, Criez Et Quon Crie : Voltaire Et La Justice Penale, Presses Université Laval,‎ 2011 (lire en ligne), p. 87
  2. a et b Franck Ferrand, « 250 ans après, Voltaire et l’affaire Calas », émission Au cœur de l'histoire, 9 mars 2012
  3. Selon le témoignage de la femme d'un tailleur, Pierre Calas lui aurait dit qu'il poignarderait un de ses frères s'ils abjuraient.
  4. Voltaire, défenseur de Calas.
  5. Source : Site Magister.
  6. Benoît Garnot, Récits d'historien, Voltaire et l'Affaire Calas. Les faits, les interprétations, les enjeux, Hatier,‎ 2013, p. 71

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • José Cubero, L'affaire Calas, Perrin 1993 - coll. Vérités et Légendes (ISBN 978-2-262-01029-4)
  • Michel Porret, « Calas innocent : les preuves par la science », in L'Histoire, no 323, septembre 2007, p. 69-73.
  • Michel Porret, "Voltaire: justicier des Lumières", in Cahiers Voltaire, 8, 2009, p. 7-28
  • Benoît Garnot, C'est la faute à Voltaire. Une imposture intellectuelle ?, Paris, Belin, 2009.
  • Benoît Garnot, Voltaire et l'affaire Calas. Les faits, les débats, les enjeux, Paris, Hatier, 2013.
  • Annie Jay, La Demoiselle des Lumières, Fille de Voltaire, L.de P. Jeunesse, 2012. Roman jeunesse sur l'Affaire Calas, racontée par la pupille de Voltaire, Marie Corneille.

Sur les affaires en général et notamment l'importance du modèle de l'intervention de Voltaire dans l'affaire Calas et celle du Chevalier de La Barre :

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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