Résistants polonais en France durant la seconde guerre mondiale

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Les Résistants polonais en France durant la seconde guerre mondiale ont appartenu à plusieurs réseaux de la Résistance intérieure française apparus en France pendant la Seconde guerre mondiale et furent exceptionnellement nombreux, plus de 50000 en 1944, tout en ayant été parmi les premiers, dès l'armistice de juin 1940.

Le mot d’ordre d'action immédiate[1], malgré le risque des représailles allemandes[1], a eu beaucoup de succès chez les jeunes immigrés polonais, impatients de venger l’occupation simultanée, par les Allemands, de leurs deux pays, Pologne et France[1].

Les deux principaux réseaux étaient la Main-d'œuvre immigrée (MOI), rapidement rebaptisée FTP-MOI, principalement formés de l'immigration polonaise dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais sur une ossature de volontaires des brigades internationales durant la guerre d'Espagne, et l'Organisation polonaise de lutte pour l'indépendance (POWN), qui a succédé au Réseau F2 lié au gouvernement polonais en exil à Londres, et formé des réfugiés de l'Armée polonaise en France.

Chez les mineurs, plusieurs milliers de Polonais avaient été renvoyés chez eux dans les cinq années qui ont suivi le krach de 1929, parfois pour fait de grève, et des milliers d'autres tués lors de la Guerre d'Espagne puis dans la Résistance, deux épisodes où ils furent particulièrement exposés.

Par la suite, entre 1945 et 1949, environ 62000 Polonais de France sont revenus en Pologne via une "reemigracja" d'abord spontanée puis organisée, parmi lesquels 5000 à 6000 mineurs du Nord-Pas-de-Calais, dont de nombreux résistants communistes qui souhaitaient reconstruire leur pays à cause, de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement soutenu par l'Union soviétique. Leur retour a rendu plus difficile la connaissance de l'histoire des résistants polonais en France.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les réfugiés de la Guerre d'Espagne[modifier | modifier le code]

Les Polonais ont constitué plus de 14% de tous les volontaires des brigades internationales durant la guerre d'Espagne en 1936-1939, leur effectif comptant 5 000 hommes pendant deux ans des luttes, dont presque la moitié étaient Juifs et 3000 issus de l’immigration polonaise demeurant en France, en grande partie l'immigration polonaise dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais[1]. Ils ont formé en Espagne les Bataillons Dombrowski. Cette expérience précieuse fit qu'ils étaient déjà préparés aux actions de résistance active et à l'usage des armes. Ils participation active dans l'Organisation spéciale de Combat, une branche quasi-militaire créée en automne 1940, et au sein des Bataillons de la Jeunesse, fondés à l'été 1941.

Les réfugiés de la débâcle de 1939[modifier | modifier le code]

Une nouvelle vague de réfugiés polonais, principalement des militaires, venus dans leur fuite de Hongrie, Roumanie et des Pays Baltes, afflua en France, pas seulement dans le Nord du pays, au moment de la défaite de septembre 1939[2] et formera en partie l'Armée polonaise dans la bataille de France[2]. Sur un total de 34000 Polonais réfugiés en France et en Grande-Bretagne jusqu'à la mi-juin 1939[2], environ 85%, soit un total proche de 30000 restèrent en France[2].

Un accord franco-polonais fut conclu le 9 septembre 1939 puis élargi[2]: ce qui devait être une simple division devint l'Armée polonaise en France[2]. En juin 1940, lors de la défaite face aux Allemands, les Forces Armées Polonaises à l'ouest comptaient 84461 hommes, dont plus de 75000 en France[2].

Un quart de ces soldats polonais (20000 environ[2]) ont réussi se replier en Grande-Bretagne avec le gouvernement polonais en exil à Londres[2]. Les unités restées en France furent dissoutes et leurs combattants tentèrent, souvent sans succès, de passer par eux-mêmes à Londres[2].

Dès le début de la Résistance polonaise en France, moins victime de la Gestapo car plus expérimentée[2], deux tendances émergent : l'une liée au gouvernement polonais à Londres, l'autre aux organisations ouvrières, dont le Parti Communiste Français[2].

L'ambassade et les consulats polonais en France, d'abord évacués à Lisbonne[2], se chargent à leur retour d'en démobiliser une partie dans une vingtaine de "compagnies de travail" sous commandement polonais[2], principalement en "zone libre" du Sud de la France, supervisées par le général Franciszek Kleeberg, nommé chef des "Forces Armées Polonaises en France" par le le général Ladislas Sikorski, ministre-président[2]. Ce sont les groupements de travailleurs étrangers du régime de Vichy, créés par la loi du , qui crée des camps d’internement[3] et succédant aux compagnies de travailleurs étrangers, chargés de fournir une main-d’œuvre bon marché: gros œuvre, mines, grands travaux, agriculture et forestage[3] mais qui fournissent en fait aussi une aide matérielle semi-légale aux soldats et réfugiés civils polonais[2]

Avec le général Giraud, Franciszek Kleeberg conclut un accord pour soutenir un éventuel débarquement allié dans le sud de la France[2] qui n'arrivera qu'en 1944. Fin 1942, l'évacuation des Polonais NE réussit que partiellement[2]: certains sont internés en Espagne dans le camp Miranda del Ebro[2]. En mai 1944, les "Forces Armées Polonaises en France" représentaient encore 12 compagnies de travail et environ 3300 soldats[2].

Effectifs[modifier | modifier le code]

Au total, environ 50000 Polonais combattirent au cours des différentes pérodes de l'été 1944 contre les Allemands sur le sol français[1], et près du dixième, soit environ 5000, y trouvèrent la mort[1]. Les effectifs des résistants polonais en France ont atteint, au sommet des combats contre l’occupant allemand, au coeur de l'été 1944[1], environ 41 000 Polonais qui « y participèrent, avec une arme aux mains »[1], répartis entre deux grandes mouvances[1].

Celle organisée autour du Parti communiste français regroupait 25000 hommes[1], dont au moins 15000 faisaient partie des FTP-MOI[1], créée dans les années 1920 et renforcés en 1940 par les combattants Dombrowski revenus des brigades internationales de la guerre d'Espagne[1], et 10000 de la Milice patriotique polonaise, fondée en 1944 avec le concours des FTP[1]. L'autre grandes mouvance, plus proche du gouvernement polonais en exil à Londres[1], l'Organisation polonaise de lutte pour l'indépendance (POWN), qui a succédé au Réseau F2 de 1940[1], regroupait environ 16000 combattants[1]. Par ailleurs, quelque 9000 ressortissants polonais se sont fondus dans des unités françaises de combat[1], sans identification d'origine particulière.

La presse clandestine polonaise en France[modifier | modifier le code]

La presse clandestine polonaise en France, complétant les brochures, affiches, et tracts, a permis de confirmer la présence très tôt d'une mouvance résistante et patriote dans ses colonnes[4], aussi bien côté communiste que du côté de la mouvance du gouvernement en exil à Londres. Les journaux du premier, irréguliers et presque tous polytypés sur deux pages, en raison des poursuites de la police sont techniquement inférieurs, globalement, à ceux de la seconde, qui a reçu un soutien financier de Londres.

Henryk Citko, conservateur à la Bibliothèque Nationale de Pologne, a publié en août 2017 un récapitulatif indiquant que sur les 28 titres conservés en Pologne, 18 sont proches des communistes polonais en France et 10 des « londoniens », mais un total de 78 titres communistes polonais en France ont existé, pour la plupart conservés en France à la Bibliothèque nationale, du fait des interdictions par la police française qui incitait, pour éviter les poursuites, à les faire renaître rapidement avec un autre nom.

Leur tirage a de 50 et plusieurs milliers d’exemplaires, la dissolution définitive du KPP par Staline en septembre 1938 et l'interdiction du PCF en septembre 1939 ayant accru ces difficultés, mais elle « pénétrait de façon soutenue dans l’immigration polonaise en France en majorité ouvrière », apportant en plus de la vision polonaise celle de Moscou, mais aussi celle de la résistance française, à laquelle participaient les auteurs, et « les idées communistes en général »[5]. Les éditeurs du courant communiste étaient pour la plupart liés au Dziennik Ludowy (Le Journal populaire), un quotidien de qualité que les communistes polonais éditaient en France[4] depuis 1936-1938, dans le sillage du Front populaire, à 25000 exemplaires par jour.

Première création à l'automne 1939[modifier | modifier le code]

A l'automne 1939 ou au début de 1940 commença à paraître Posiew (Le Semis) rédigé dans la clandestinité[4], à Paris, par Jerzy Tepicht, Michał Kot, Józef Siwek-Diamand et Marta Marder, des communistes polonais[4]. Ce titre prend la place de Nasz Siew, organe du Groupe d’initiative chargé des affaires polonaises auprès de l’Internationale communiste[5].

Nord du pays[modifier | modifier le code]

Puis à l'automne 1940[5], de manière plus spontanée, parut le premier numéro de Nasz Głos (Notre voix)[4], publiée dans le Pas-de-Calais par des Groupes polonais du PCF, sous la rédaction de Józef Spira[4],[5], un militant de la Résistance communiste qui sera transféré en Pologne fin 1941-début 1942[4]. Les rapports de la police allemande, attentive à tout ce qui se passait dans la région stratégique du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais[4], firent immédiatement état de la diffusion de Nasz Głos parmi les Polonais locaux.

Plus tard, en septembre 1941[4], a émergé le premier numéro de Niepodległość (L'Indépendance)[5], rédigé par le même Józef Spira[5], mais avec l'aide de Maria Kostecka-Wiernik. Très vite sa publication fut interrompue pour plusieurs mois[4], en raison du départ en Pologne de son principal rédacteur, l'espace vide étant comblé dès la fin 1941 par Nasza Walka (Notre Combat)[6], organe à la fois central et régional des sections polonaises du PCF-MOI[4].

Les principaux rédacteurs de ce nouveau titre sont Józef Spira au début, puis Jerzy Tepicht, Michał Kot, Roman Kornecki, Eugenia Łozińska et Józef Siwek-Diamand[5], tous des anciens du quotidien Dziennik, ou Dziennik Ludowy[5]'. Pour simplifier la sécurité de ses diffuseurs, il est polytypé à Paris par la direction des sections polonaises de la MOI[5], sa diffusion fluctuant de 600 à 4500 exemplaires[5]. Il sera en septembre 1944 fusionné avec Niepodległość (1941-1944) sous le titre, cette fois légal, de Niepodległość[5].

Sud du pays[modifier | modifier le code]

Dans la partie sud du pays, il y eut aussi dès 1940 L'Informator (L'informateur), publié 1940-1941 à Néris-les-Bains et Saint-Etienne[5], puis remplacé par Na Straży[5](En Garde)[6], rédigé par Roman Kornecki, Eugenia Łozińska et Julian Andrzejewski, tiré à 2000 voire 3000 exemplaires[5], et cette fois édité à Grenoble et Lyon par la direction des Sections polonaises de la MOI[5]. Dans le bassin minier de Carmaux » parut un autre périodique polonais d’orientation communiste, le Journal Polonais en France en avril 1944), traduction française d’un « journal polonais[5].

Titres édités par la POWN[modifier | modifier le code]

Les titres édités par la Organisation polonaise de lutte pour l'indépendance (POWN), ont reçu un soutien financier de Londres qui leur a permis d'être édité dans de meilleures conditions, mais un peu plus tard. Le gouvernement en exil avait au début de la guerre fait passer la consigne d'épargner les forces militantes en vue de la fin de la guerre. D'août 1941 à juin 1944 a paru un journal irrégulier clandestin destiné aux cadres de la POWN[5], édité à Grenoble et à Lyon[5], rédigé par Jerzy Paczkowski, puis Ryszard Wojna, avec l'aide du chef de la POWN Aleksander Kawałkowski [5]et son adjoint Czesław Bittner[5]. Nommé Walka (Le Combat), il a été fusionné en octobre 1944, avec Polska Pracy et Polski Mit, pour devenir Wolna Polska (La Pologne Libre[5]. Wolność (La Liberté) le remplaça temporairement en novembre 1942[5]. Komunikat (Le Communiqué) était lui un bimensuel clandestin pour les membres et sympatisants de la POWN[5], édité à Lyon à environ 50-700 exemplaires, par le même Jerzy Paczkowski[5].

De mai 1942 à juin 1944 fut édité, d’abord à Lyon, puis, à partir d’août/septembre 1943 à Lille[5], le Sztandar[5], afin de viser les Polonais du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais[5]. Un numéro, exceptionnel fut tiré à 30000 exemplaires, record absolu de la presse clandestine polonaise en France[4]. Plus tard apparut Wyzwolenie (La Liberation), édité à Paris et en février 1945 fusionné, avec d’autres journaux de la POWN (Sztandar, Walka, Komunikat) pour devenir Sztandar Polski L'Etendard Polonais[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Le 16 juin 1940, se croyant en minorité au sein du Conseil des ministres, Paul Reynaud présente la démission du Gouvernement et suggère de confier la présidence du Conseil au maréchal Philippe Pétain, qui effectue un discours radiophonique le 17 juin 1940, mais ne sera investi qu'en juillet. Il fait demander aux Allemands, par l'intermédiaire du gouvernement espagnol, les conditions d'un armistice et dès le lendemain c'est l'appel du 18 juin du général De Gaulle, très peu entendu sur le moment, obligeant le lendemain le Times, le Daily Express et quelques rares journaux français à demander sa version écrite, pour la publier.

Szczepan Marcinkowsko ("Remy"), Wladyslaw Nikiel Czarnecki, et Jôzef Krawetkowski ont eux formé en juillet 1940 le premier groupe dans l'est du département du Nord[7]. D'autres ont suivi à Douai, Denain et dans le Pas-de-Calais[7]. C'est ainsi au même moment, fin juin et juste avant la défaite française, que s'est constitué à Lens, dans le Pas-de-Calais, le trio de tête des communistes résistants du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais comprenait Jan Rutkowski, dit « Szymon », Rudolf Larysz et Stefan Franciszczak[6]. A partir de la fin 1941, Rudolf Larysz y diffuse le journal clandestin en polonais « Nasza Walka » [8],[9] et sera en 1941 l'animateur de la Grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais (1941)[10].

A Bruay en Artois, il prit la tête des structures émergentes du mouvement de résistance polonais. Dans le département du Nord, à Denain, Eusebio Ferrari a mis sur pied un groupe secret composé des Polonais Tadeusz Cichy, Jan Fröhlich et Aleksander Seredziak. De plus, à la fin de l'été, le réseau souterrain accueille Antoni Kiełtyka, Jan Leszkiewicz, Szczepan Marcinkowski, et Józef Kałka.

A l'automne 1940 la première action de sabotage anti-allemand avec la participation de Polonais a eu lieu lors de l'attaque anti-allemande de 1940 à Vimy, dans le Pas-de-Calais: le parking rassemblant les véhicules allemands est incendié.

Après un tract anti-allemand et d'autres actions, la période de sabotage de la production de charbon et de l'exploitation minière a commencé. Dans les mines, le déversement de sable et de limaille dans les cylindres des pistons et les pièces rotatives des machines minières provoquait leur grippage. La descente incontrôlée des chariots avec les déblais dans les puits et sur les rampes les a endommagés et a retardé l'expédition des déblais. Des vis étaient dévissées au niveau des joints des tuyaux alimentant en air comprimé les marteaux pneumatiques, ce qui empêchait la production de charbon.

L'action est opérée par les « groupes spéciaux » de la Main-d'œuvre immigrée (MOI)[11] qui seront ensuite fusionnés avec les « Bataillons de la jeunesse » et l'Organisation spéciale pour être et intégrés aux Francs-tireurs et partisans (FTPF), en 1942 sous l'égide d'un comité militaire dirigé par Charles Tillon et placés sous la direction du "Front national" fondé par le PCF par un appel publié le 15 mai 1941 dans son quotidien L'Humanité en vue d'un vaste rassemblement patriotique[12] ouvert aux non-communistes pour rallier les différentes composantes de la société française. Une section FTP-MOI est alors créée.

Les anciens des brigades internationales durant la guerre d'Espagne ont mis sur pied, une fois revenus dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, des unités polonaises chargées des nombreuses opérations de sabotage[1], d'abord contre les pylones à haute-tension puis contre l’infrastructure ferroviaire [1]. L'importante production de charbon et de la proximité de l'Angleterre a rendu ces action stratégiques dans les débuts de la guerre. Ce sera seulement un peu plus tard, entre 1942 et 1943[1], que des unités de combats polonais des FTP-MOI sont apparues elles aussi au Sud de la France[1].

Au même moment un réseau de Résistance franco-polonais nommé Réseau F2 fut créé en juillet 1940 à l'initiative du gouvernement polonais en exil à Londres qui organisa, arma et finança des réseaux clandestins polonais dans tous les pays occupés où vivaient de nombreux Polonais, notamment en France et dans les colonies françaises. Le Réseau F2 fut placé sous le commandement exclusif d'officiers polonais. Doté également de ses propres moyens radio, il fut la première et la plus importante (numériquement) organisation de résistance à exercer son activité clandestine sur le sol français[13].

Répression[modifier | modifier le code]

L'activité intense des résistants polonais s'est avérée très gênante pour les Allemands et déclencha une épression très sévère en particulier après la grande grève patriotique des cent mille mineurs du Nord-Pas-de Calais de mai-juin 1941[1].

Les Polonais furent au premier rang des étrangers arrêtés entre juin 1941 et février 1942[1], dont la plupart dans les deux départements septentrionaux de la France[1], la police française leur appliquant le qualificatif de en tant que « terroristes »[1].

Cette activité intense des résistants polonais a par ailleurs entraîné aussi le début des déportations des mineurs polonais pour aller travailler en Allemagne[1], tandis que les cadres des FTP-MOI subissaient de nombreuses arrestations[1]. Par exemple, dans le Nord entre 1942 et 1943, leurs effectifs ont chuté de moitié[1]. Leurs têtes étaient mises à prix. Il sera donc décidé, par précautions le passage clandestin d’un certain nombre de responsables communistes polonais vers le Sud de la France[1], pour créer entre 1942 et 1943, d'autres unités de combats polonaises des FTP-MOI[1]. Les Résistants polonais de France ont été aussi transférés secrêtement par les réseaux résistants vers les territoires polonais occupés par les Allemands[1], afin de renforcer les cadres du Parti ouvrier polonais (Polska Partia Robotnicza)[1] et sa branche militaire, la Garde populaire (Gwardia Ludowa), au moment où elle s'est constituée[1].

Les postes de responsabilité des « trios » de la FTP-MOI furent même parfois vacants, y compris dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, doté du plus grand réservoir de militants[1]. Ces problèmes ont été surmontés au cours second semestre 1943[1], la surveillance par un commandant des unités polonaises des FTP-MOI fut abandonnée[1] et permit un renouvellement[1].

Automne 1941[modifier | modifier le code]

A l'automne 1941, une nouvelle organisation voit le jour. C'est l'Organisation polonaise de lutte pour l'indépendance (POWN), placée sous l'autorité du colonel Daniel Zdrojewski, et répondant au Haut commandement polonais à Londres (général Marian Kukiel)

Créée le dans le sud du pays, sous l'inspiration du Consul général Aleksander Kawałkowski[14],[15], elle dépendait du ministère de l'intérieur du gouvernement polonais en exil à Londres avec pour ambition de regrouper une partie importante des mouvements de résistance polonais agissant en France sous les noms de code de Monica (ou Monika) - Monique-bas (en zone libre) et Monique-haut (en zone occupée).

En septembre 1941, l’occupant allemand est obligé de lancer des recherches pour tenter de retrouver un énorme stock d'une demi-tonne dynamite dérobé à l'occasion de l'attaque de la poudrière de Beaumont-en-Artois, le 23 septembre[16],[17],[18],[19],[20],[21],[22],[23],, appelée « coup de Beaumont ». Le stock sera ensuite dispersé en lots d'une quarantaine de kilos chacun[17], qui servirent à deux nombreux actes de sabotages dans le département.

Eté 1942[modifier | modifier le code]

L'occupant allemand en France déporte plusieurs milliers de civils ukrainiens et de prisonniers de guerre soviétiques dans le Nord-Pas-de-Calais[24]à partir du début de l'été 1942[24], car il vaut accroître la production de charbon[24], qui a continué à baisser. C'est dans ce but qu'émerge à Marles-les-Mines un camp de prisonniers de guerre[24] au pied du terril du puits numéro 5[24]. Une dizaine de camp de prisonniers de guerre seront mis en place dans le bassin minier, dont un autre près d'Hénin-Beaumont, avec des baraquements érigés près d’Hénin-Liétarde à Beaumont-en-Artois, les deux communes n’ayant pas encore fusionné[25].

La connaissance des langues russe et française permit aux Polonais de faciliter les contacts entre ressortissants soviétiques et FTPF[1] mais aussi leurs évasions[1]. Début de 1944, l’effectif total des « groupes de langue » polonais de la MOI étai remonté à 1 370 membres[1] puis environ 2500 en septembre 1944, selon des rapports écrits[1]. Certains ont commandé des détachements plurinationaux [1] comme la 35e Brigade des FTP-MOI [1], dirigée par dans le Sud-Ouest par Jan Gerhard et Marcel LangerZamojski.

Année 1943[modifier | modifier le code]

Les communistes polonais en France, qui ne constituent qu'une partie des résistants polonais en France durant la seconde guerre mondiale, changent de tactique au cours de l'année 1943, qui voit le PCF intégrer le Conseil National de la Résistance (CNR) en 1943, et fondent de nouvelles organisations à vocation élargie et aux noms polonais, reprenant le slogan « la bataille pour la France est aussi la bataille pour la Pologne »:

  • au Sud de la France, c'est le cas de "l'organisation politique clandestine" et de "l'Organisation d’Aide à la Patrie (Organizacja Pomocy Ojczyźnie), qui sera ensuite étendue au Nord.
  • l'Union de Femmes polonaises « Maria Konopnicka » (Związek Kobiet Polskich im. Marii Konopnickiej),
  • l'Union de la Jeunesse polonaise « Grunwald » (Związek Młodzieży Polskiej „Grunwald”);
  • le PKWN, ou "Comité polonais de Libération nationale en France" (Polski Komitet Wyzwolenia Narodowego we Francji, PKWN), avec ses comités locaux, fondé en avril 1944 dans le Pas-de-Calais pour réunir ces trois associations assurer une représentation politique des immigrés polonais de gauche ne reconnaissant pas le gouvernement polonais de Londres.

En allusion à la POWN dont l'attitude était jugée "polonocentriste" fut aussi fondé un "Comité d’Action et de Défense des Immigrés" (CADI) voulant représenter les immigrés de gauche au sein du CNR.

Année 1944[modifier | modifier le code]

L'année 1944 a vu en effet la création d'un comité quasi-gouvernemental nommé "PKWN" avec son siège à Lublin, quand la gauche communiste et communisante polonaise a pris le pouvoir dans les territoires polonais libérés par l'Armée rouge, en particulier en juillet 1944.

Le PKWN en France a reconnu son autorité nouvelle, en s'appuyant sur le fait que les unités polonaises des FTP-MOI avaient la faveur des maquis français, tout comme les groupes de résistants italiens, plus que la POWN.

Le , le gouvernement polonais en exil émet une directive enjoignant à la POWN d'éviter « toute interférence avec la Résistance française et les mouvements communistes ». Néanmoins, le , après un accord signé entre Daniel Zdrojewski et Jacques Chaban-Delmas, elle place ses unités combattantes sous le commandement tactique des Forces françaises de l'intérieur[26]. Finalement, elle se soumit partiellement aux autorités politiques et militaires de la Résistance Française qu'au printemps 1944[2].

Création de la Milice patriotique polonaise[modifier | modifier le code]

Les FTP-MOI devinrent dès le début de 1944 membres des FFI, comme l'ensemble des FTP. C'est dans ce cadre que la section polonaise de ces FTP-MOI appela en février 1944 à la création de la Milice patriotique polonaise (MPP)[1], pour regrouper les combattants dans les usines, les mines et les zones de fort peuplement polonais[1]. Il est alors créé six régiments de la MPP regroupant au total 9000 hommes. Elle a en particulier pour mission spécifique de protéger militairement les grèves des mineurs, en particulier dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.

Combats de la Libération[modifier | modifier le code]

Dès le débarquement des alliés du 6 juin 1944 en Normandie[1], les unités polonais des FTPMOI ont relancé le combat contre les Allemands[1]. Le 7 juin, le PKWN a appelé à la mobilisation générale dans les rangs de la MPP[1] et aux grèves des mineurs dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais[1]. Des des déserteurs polonais de la Wehrmacht et de l’organisation Todt ont rejoint ensuite la MPP, souvent par groupes entiers[1], au fur et à mesure que les forces alliées avançaient[1]. Parmi les combats menés:

  • dans le bassin minier de Carmaux, l'action fut menée par le détachement du capitaine des FFI Roman Piotrowski[1];
  • dans celui de Montceau-les-Mines, ce fut par le "groupe Adam Mickiewicz";
  • dans la région de Saint-Étienne, le bataillon « Étienne » commandé par le capitaine S. Godlewski ;
  • près de Lyon, c'est un bataillon « Henryk Dąbrowski », qui est à l'oeuvre[1];
  • le soulèvement de Paris fut soutenu par compagnie « Stanisław Kubacki »[1];
  • un bataillon polono-soviétique fut baptisé « Stalingrad » dirigé par Bolesław Maślankiewicz (avec l’apport des prisonniers de guerre soviétiques évadés)[1].

Dans bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, les Polonais participent en très grand nombre aux combats de libération, selon les rapports conservés[7] puis à la libération de Lille et de Valenciennes. La milice patriotique polonaise fut très active à Libercourt, Marles-les-Mines, Noeux-les-Mines et Montigny-en-Gohelle[27]. Les Polonais sont très actifs en particulier à Bruay-en-Artois, où sept Polonais trouvent la mort[7]. Ils ont tué 52 soldats allemands, brûlé deux tanks et pris environ 300 prisonniers, 4 canons, un émetteur radio, 200 fusils et fusils-mitrailleurs et 11 mitrailleuses[7], mais perdent aussi au moins 19 hommes[7].

Des affrontements ont lieu aussi à La Clarence, Barlin, Hersin-Coupigny, Labourse, Courrières, Hénin-Liétard et Lens, sur la route Lens-Béthune, à Armentières, Calonne-Ricouart, et Hulluch[7]. Dans la ville de Sallaumines, une unité polonaise poursuit les Allemands jusqu'à Hazebrouck[7]. D'autres Polonais participent à la poursuite des Allemands jusqu'à la poche de Dunkerque, dans laquelle ces derniers resteront assiégés jusqu'en 1945 et en particulier à la première étape du blocage de ce port[7].

Dans le département du Nord, ils participent aux batailles pour la libération de Lille et de Valenciennes[7]. Plus au sud, ils contribuent fortement à la libération d'Auby, près de Douai et y perdent six hommes mais aussi de Waziers[7]. Mettant en fuite une colonne allemande près de Bruay-Thiers, il libérent une centaine de prisonniers marocains[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao ap aq ar as at au av aw ax ay az ba bb et bc "Les polonais dans la résistance communiste en france" par Paweł Sękowski, docteur en histoire moderne et contemporaine de l'Université Paris-Sorbonne, professeur à l'université Jagellonne de Cracovie [1]
  2. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t et u "La résistance polonaise en France sous l'occupation hitlérienne 1940-1944" par Marian Zgórniak dans la Revue du Nord en 1975 [2]
  3. a et b Robert Mencherini, « De la Galaxie des Milles aux rafles de juifs en Provence », in Robert Mencherini (directeur), Provence-Auschwitz : de l'internement des étrangers à la déportation des juifs (1939-1944), Aix-en-Provence : Publications de l'Université de Provence, 2007. (ISBN 978-2-85399-693-8), p. 23
  4. a b c d e f g h i j k et l "La presse clandestine polonaise en France pendant la Seconde guerre mondiale par Jan E.Zamojski J, Acta Poloniae Historica, 1987 [3]
  5. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa et ab "Presse de la résistance polonaise en France (XXe)", sur Patrimoines Partagés, par Henryk Citko, conservateur à la Bibliothèque Nationale de Pologne, en août 2017
  6. a b et c "Les polonais et la Pologne dans la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale" par Edmond Gogolewski, aux Editions Septentrion en 1996 [4]
  7. a b c d e f g h i j k et l "La participation des polonais à la Résistance dans le Pas-de-Calais et le Nord (1940-1944)" par J. Zamojski dans la Revue du Nord en 1975 [5]
  8. Leszek Moczulski, dans "Pôles en résistance. Stolica", page 12, n° 37 (1031) du 10 septembre 1967
  9. "Mouvement de résistance polonais en France. 4. Débuts de la résistance passive . Association des Anciens Militaires de la 1ère Armée Française, Rhin et Danube
  10. Jan Zamojski. Polonais en résistance dans le Bassin Nord et le Pas-de-Calais (1940-1944) . " Histoire des Derniers ", pp. 62-63, n° 4 de 1975
  11. "Danielle Casanova. L'indomptable" par Pierre Durand aux Editions Messidor en 1990
  12. Cécile Denis, Continuités et divergences dans la presse clandestine de résistants allemands et autrichiens en France pendant la Seconde Guerre mondiale : KPD, KPÖ, Revolutionäre Kommunisten et trotskystes, (thèse de doctorat réalisée sous la direction d’Hélène Camarade, soutenue publiquement le 10 décembre 2018 à l’université Bordeaux-Montaigne) (lire en ligne)
  13. Pawel Sekowski, Les Polonais en France dans l’immédiat après-guerre (1944 – 1949), Université Paris-Sorbonne et Uniwersytet Jagiellonski, , p. 129.
  14. Justyn dans la résistance polonaise.
  15. « La résistance polonaise en France », sur Gazeta Beskid (consulté le ).
  16. "Les bataillons de la jeunesse" par Albert Ouzoulias, en 1967 [6]
  17. a et b "Les F. T. P.: la guérilla en France" par Charles Tillon, Editions Julliard, en 1967 [7]
  18. Biographie Le Maitron de Michel Brulé, par l'historien Alain Petit [8]
  19. Biographie Le Maitron de Germinal Beudot [9]
  20. Biographie Le Maitron de Léon Bailleux, par [10]
  21. Biographie Le Maitron de Augustin Lombaerts, [11]
  22. Biographie Le Maitron de Albert Caron [12]
  23. Biographie Le Maitron de Fernand Leblond [13]
  24. a b c d et e Article de Nathan Jendryka, le 1er novembre 2021 dans L'Avenir de l'Artois [14]
  25. >Article de Youenn Martin le 13/04/2021 dans La Voix du Nord [15]
  26. « La POWN, un mouvement pour l'indépendance », sur PassionMilitaria, (consulté le ).
  27. "Les mineurs polonais dans l’histoire de la France du XXe siècle : jalons, originalités, figures" par Diana Cooper-Richet, Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines, de l' Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, revue Synergies Pologne n° spécial - 2011 [dex2.php?url=http%3A%2F%2Fressources-cla.univ-fcomte.fr%2Fgerflint%2FPologne_SP2011%2Fdiana.pdf

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]