Parc national des Virunga

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Parc national des Virunga
Virunga 01.jpg
Géographie
Adresse
Coordonnées
Ville proche
Superficie
790 000 ha
Administration
Type
Catégorie UICN
Identifiant
Création
1925
Patrimonialité
Administration
Site web
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial
Date d'entrée
Identifiant
Critères
Localisation sur la carte de la République démocratique du Congo
voir sur la carte de la République démocratique du Congo
Green pog.svg

Parc national des Virunga *
Image illustrative de l’article Parc national des Virunga
Pays Drapeau de la république démocratique du Congo République démocratique du Congo
Type Naturel
Critères (vii) (viii) (x)
Superficie 790 000 ha
Numéro
d’identification
63
Zone géographique Afrique **
Année d’inscription 1979 (3e session)
Classement en péril 1994
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Le parc national des Virunga, jadis parc Albert, est le plus ancien parc national de la République démocratique du Congo et d'Afrique. Créé en 1925, il est très riche par sa faune et sa flore[1]. Le parc est situé dans l'est de la République démocratique du Congo et couvre en partie les montagnes des Virunga, près du Rwanda et de l'Ouganda. Il présente l'une des densités de population les plus élevées d'Afrique, avec plus de 400 hab./km2. En 1979, il est consacré patrimoine mondial pour son exceptionnelle biodiversité[2]. Il est également désigné site Ramsar depuis 1996[3]. Le directeur actuel est le prince Emmanuel de Merode.

Historique[modifier | modifier le code]

Le parc national des Virunga doit sa création à deux faits marquants qui l'ont précédée : la préexistence des réserves de chasse de l'État indépendant du Congo, créées par le Roi Léopold II dès 1889 pour protéger les éléphants contre les destructions inconsidérées ; et l'idée du naturaliste américain Carl Akeley (dont la tombe est située dans le parc même) de créer un sanctuaire aux Virunga, à l'issue de sa mission d'exploration au Kivu en 1921[4]. Créé le sous le nom de parc Albert, le parc national des Virunga est le premier parc d'Afrique du point de vue ancienneté[5].

L'exploration scientifique du parc a débuté en 1933 avec les missions dirigées par Gaston-François de Witte[6] et par Peter Schumacher[7]. Elle s'est poursuivie avec les missions d'Hubert Damas en 1935-1936[8], de Louis van den Berghe en 1936[9], de Jean Lebrun[10] et de F. Bourlière et Jacques Verschuren de 1957 à 1959[11].

Géographie[modifier | modifier le code]

Le parc est diversifié en paysages et écosystèmes.

Mammifères vivant dans le parc[modifier | modifier le code]

Gorille de montagne

Oiseaux[modifier | modifier le code]

Bec-en-sabot

Flore[modifier | modifier le code]

Tourisme généré par les gorilles[modifier | modifier le code]

Gorille des montagnes

Avec ses familles de gorilles des montagnes et ses paysages spectaculaires, le parc national des Virunga attirait autrefois les touristes fortunés. Les lodges destinés aux touristes ont été saccagés. Depuis le génocide du Rwanda, en 1994, la plus grande partie du site est fermée aux visiteurs. Les visites ont été complètement arrêtées, mais les troupes de Nkunda ont redémarré des circuits sans l'accord des autorités du parc.

En Ouganda, dans le parc national de Mgahinga, et au Rwanda, dans le parc national des volcans, qui sont adjacents au parc des Virunga, les visiteurs paient 370 euros pour passer une heure auprès de ces animaux rares : le tourisme « durable » consacré aux gorilles reste une affaire lucrative.

Le 23 mars 2020, alors que la pandémie de Covid-19 a finalement atteint la RDC, le parc décide de fermer ses portes aux touristes jusqu'en juin, afin de protéger les gorilles contre le nouveau coronavirus, ces animaux étant sensibles aux maladies respiratoires des humains selon le WWF[12].

Environnement et sécurité[modifier | modifier le code]

Le parc figure parmi les plus menacés : d'importantes populations sont déjà installées à l'intérieur de son périmètre. Ses vastes étendues, qui regorgeaient jadis d'une mégafaune impressionnante, sont étrangement vides.

Membres de l'ICCN (Institut congolais pour la conservation de la nature), 650 gardes forestiers sont chargés de protéger le parc et les gorilles. Ils reçoivent souvent l'aide d'ONG de défense de l'environnement.

Pour sa meilleure gestion, le parc est divisé en quatre secteurs : le Centre, le Sud, le Nord et l'Est. Chacun de ces secteurs est représenté par une station mère, où est établi son état-major, et un certain nombre d'autres stations et postes de patrouille. En plus de ces quatre secteurs, le parc dispose d'une station d'intervention et de lutte anti-braconnage, située à Kabaraza, et d'un domaine de chasse dit de Rutshuru, créé en 1974 sur une superficie de 100 000 ha[13]. Tous ces embranchements sont gérés comme unité écologique à partir de la direction du site siégeant à Goma dans le Nord Kivu.

Le secteur du Centre, dont le siège est Rwindi, est traversé essentiellement par les rivières Rutshuru et Rwindi, des marais, d'une herbacée, d'une petite partie du lac Édouard, des méandres de l'escarpement de Kabasha et du prolongement du mont Mitumba qui offre des vastes panoramas exceptionnels sur la plaine.

Le secteur Nord, qui a Mutsora pour chef-lieu, comprend une partie du lac Édouard, le mont Tshiaberimu, la plaine de la rivière Semliki, la forêt ombrophile de la basse Semliki et le flanc ouest de Ruwenzori.

Le secteur Sud, dont l'état-major est établi à la station de Rumangabo, comprend deux sous-secteurs : celui de Mikeno intègre le massif des Virunga (volcans éteints) et s'étend sur deux pays, en plus de la RDC, à savoir le Rwanda et l'Ouganda, ce qui en fait un parc transfrontalier ; celui de Nyamulagira renferme deux grands volcans actifs (le Nyirangongo et le Nyamulagira).

Le secteur Est, dirigé depuis la station de Lulimbi, est essentiellement voué à la recherche scientifique, même si cette activité tourne au ralenti pour le moment. Faisant frontière avec l'Ouganda, ce secteur est particulièrement traversé par la rivière Ishasha et une bonne partie du lac Édouard.

De nombreux braconniers tuent les gorilles pour leur viande, et les rebelles hutus coupent les arbres pour la fabrication de charbon de bois au sein du parc, un commerce lucratif détruisant la forêt.

Depuis 1994, des groupes armés s'y sont repliés, massacrant les hippopotames à la mitrailleuse. En vingt ans, leur nombre a chuté de 29 500 à 400. Leur extinction probable risque aussi d'entraîner la disparition des poissons dans les lacs, car les hippopotames fertilisent les eaux. Seule bonne nouvelle, la population de gorilles de montagne a augmenté de 50 % dans la même période[14].

Son directeur, le Belge Emmanuel de Merode, a été victime d'une embuscade armée sur la route entre Goma et Rumangabo, le , lors de laquelle il a été très grièvement blessé par balles. Certains y voient une conséquence du conflit latent avec la société d'exploration pétrolière basée à Londres, Soco International, contre laquelle Emmanuel de Merode venait de déposer un dossier, résultant d'une longue enquête, auprès du procureur de la République à Goma[15],[16]. Le jeudi , il a annoncé son retour à la tête du parc, lors d'une conférence de presse au siège de l’ICCN à Rumangabo[17].

Les gardes sont également les victimes des braconniers. Ainsi, en 20 ans, plus de 170 d'entre eux auraient été assassinés en luttant contre les braconniers[18]. Le 24 avril 2020, alors que le parc est fermé aux visiteurs, douze rangers et cinq civils sont tués au cours d'une attaque pas des rebelles rwandais hutus[19]. Un treizième décès est comptabilisé parmi les rangers qui venaient en aide à la population locale[20] ; c'est l'une des attaques les plus meurtrières connues par le parc[21].

Réserves pétrolières[modifier | modifier le code]

D'importantes réserves pétrolières pourraient se trouver dans le sous-sol du parc des Virunga. L'État a octroyé, depuis 2009, des permis d'exploration couvrant 85 % de la superficie du parc au bénéfice de Total, ENI et Soco (Royaume-Uni), alors que la loi congolaise interdit toute exploration dans les Virunga. Les deux premières compagnies ont assuré qu'elles ne s'aventureraient pas dans la réserve, mais la troisième, qui a déjà mené des prospections par voie aérienne, paraît décidée à y pénétrer. Face à la levée de boucliers des ONG (Greenpeace, WWF...), l'État congolais fait ses calculs : redevances du pétrole ou dollars des touristes et des institutions internationales (l'Union européenne finance la renaissance du parc à hauteur de cinq à six millions d'euros par an)[14]. Soco a par ailleurs été accusé de corrompre des employés du parc, comme le montre un enregistrement vidéo ; Virunga, documentaire sorti en 2014, raconte ces manœuvres[22].

Soco annonce pour le samedi le démarrage de son projet d’exploration pétrolière du lac Édouard, situé à l’intérieur du parc. Le WWF condamne fermement cette décision qui contrevient aux lois nationales et internationales[23]. Le , Soco s’est engagée auprès de cette association à cesser toute opération pétrolière au sein du parc en échange du retrait de la plainte déposée en octobre 2013 auprès de l’agence britannique de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) concernant des violations présumées des droits de l’Homme et des protections environnementales[24].

D'après le Creddho (Centre de recherche sur l'environnement, la démocratie et les droits de l’Homme – organisation environnementale), « les meurtres, les enlèvements, les menaces sont fréquents pour tous ceux qui s’opposent à ces projets ou défendent leurs droits ancestraux[25] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. République démocratique du Congo : Rapport de pays pour la conférence technique internationale de la FAO sur les ressources phytogénétiques (Leipzig; 1996)
  2. « Parc national des Virunga », sur Unesco (consulté le 6 mars 2015)
  3. (en) « Parc national des Virunga », sur Ramsar Sites Information Service (consulté le 6 mars 2015)
  4. WILUNGULA Cosma, Patrimoine naturel et conflit armés : cas des parcs nationaux sites du patrimoine mondial en RDC, l'Harmattan, Paris, 2013, 195 p.
  5. LANGUY M. et DE MERODE E., Virunga, survie du premier parc d'Afrique, Lanno, Tielt, Belgique, 2006, p. 299.
  6. Exploration du Parc national Albert, Mission G.F. de Witte, 1933-1935, Bruxelles, Institut des Parcs nationaux du Congo, 1937-1972.
  7. Exploration du Parc national Albert. Mission P. Schumacher (1933-1936), Bruxelles, Institut des Parcs nationux du Congo, 1939-1943.
  8. Exploration du Parc national Albert, Mission H. Damas, 1935-1936, Bruxelles, Institut des Parcs nationaux du Congo, 1937-1949.
  9. Exploration du Parc national Albert. Mission H. Damas (1936), Bruxelles, Institut des Parcs nationaux du Congo, 1942-1943.
  10. Exploration du Parc national Albert, Mission J. Lebrun, 1937-1938, Bruxelles, Institut des Parcs nationaux du Congo, 1947-1948.
  11. Exploration du Parc national Albert. Mission H. Bourlière et J. Verschuren (1957-1959), Bruxelles, Institut des Parcs nationaux du Congo, .
  12. Jacques Deveaux, « Coronavirus : des parcs naturels de RDC ferment leurs portes aux touristes pour protéger les gorilles du virus », sur francetvinfo.fr,
  13. WALUNGULA Cosma, op.cit, p.73
  14. a et b GEO N°403 de septembre 2012 p.102
  15. « Emmanuel de Merode, le directeur du parc des Virunga, blessé dans une attaque », Le Soir, 16 avril 2014 [1]
  16. «Le directeur belge du parc des Virunga toujours en soins intensifs», La Libre Belgique, 16 avril 2014 [2]
  17. « RDC: le directeur du parc des Virunga de retour au Nord-Kivu», Metro, 22 mai 2014 [3]
  18. Tristan Vey, Derrière la photo devenue virale de ces deux gorilles debout, une bien triste réalité, lefigaro.fr, 26 avril 2019
  19. (en) Jason Burke, « Twelve rangers among 16 killed in ambush at DRC gorilla park », sur The Guardian, (consulté le 28 avril 2020).
  20. (en) Keme Nzerem, « Thirteen rangers killed in attack on DR Congo national park famous for its mountain gorillas », sur channel4.com, (consulté le 28 avril 2020).
  21. (en) « DR Congo's Virunga National Park hit by 'deadliest' attack », sur BBC News, (consulté le 28 avril 2020).
  22. Mélanie Gouby, « Le trésor menacé du parc des Virunga », Le Figaro, 24 avril 2014, page 16.
  23. « RDC-Parc des Virunga : Soco dans le viseur du WWF », sur afrik.com, (consulté le 26 avril 2014)
  24. « Pétrole des Virunga – Soco capitule »
  25. « Droits humains. Pour quelques barils de plus, l’appât du gain n’a pas de limites », sur L'Humanité,

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Siradiou Diallo (et J. J. Arthur Malu-Malu), « Parc des Virunga », in La République démocratique du Congo aujourd'hui, Éditions du Jaguar, Paris, 2006, p. 184-187 (ISBN 2-86950-389-X)
  • Marc Languy, Texte légal délimitant le Parc National des Virunga, WWF Fonds Mondial pour la Nature, . (http://www.cbfp.org/tl_files/archive/thematique/rdc/wwf_virunga.pdf)
  • (en) Marc Languy et Emmanuel de Merode (dir.), The survival of Virunga, Africa's first national park, Lannoo, Tield, 2009, 350 p. (ISBN 978-90-209-6562-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]