Rébellion du M23

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Rébellion du M23
Description de cette image, également commentée ci-après
Région du Nord Kivu en RDC
Informations générales
Date 4 avril 2012 - 7 novembre 2013
(1 an, 7 mois et 3 jours) puis à partir de 2021
Lieu Nord-Kivu, Est de la république démocratique du Congo
Issue reddition du M23
Belligérants
Mouvement du 23-Mars

Aide supposée de :

Drapeau de la république démocratique du Congo République démocratique du Congo
Drapeau des Nations unies Nations unies
Commandants
Bosco Ntaganda
Sultani Makenga
Joseph Kabila
Pertes
en juin 2012 : 200 tués, 250 blessés, 374 prisonniers[1],[2] en juillet 2012 : 40 tués, 93 blessés, 600 déserteurs[3], 1 soldat de la paix indien tué

Guerre du Kivu

Batailles

Bataille de Goma, Kimia II, Rébellion du M23, seconde bataille de Goma

Coordonnées 1° 36′ 14″ sud, 29° 11′ 43″ est

La rébellion du M23 ou mutinerie du M23 est une continuation du combat qui prend place au Nord-Kivu, dans le nord-est de la république démocratique du Congo, depuis la fin formelle de la guerre du Kivu de 2004 à 2009. En , des soldats se sont mutinés contre le gouvernement congolais. Des mutins ont formé un groupe de rebelles composé d'anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) rebelle, appelé Mouvement du 23 Mars (M23). L'ancien commandant CNDP Bosco Ntaganda, alias « le terminateur », est accusé de commander la mutinerie[4],[5]. Malgré une cessation supposée des activités en 2013, le groupe a repris ses activités en 2021 et il est accusé de nombreuses exactions[6],[7].

Contexte[modifier | modifier le code]

En , le CNDP a signé un traité de paix avec le gouvernement, dans lequel il acceptait de devenir un parti politique en échange de la relaxe de ses membres en prison[8]. Une partie des rebelles fut intégrée dans l'armée régulière congolaise.

Le , il fut rapporté que Ntaganda et 300 membres des Forces armées de la république démocratique du Congo avaient déserté et se sont heurtés aux forces gouvernementales dans la région de Rutshuru au nord de Goma[9].

Un rapport indique que des rebelles avaient reçu du soutien du Rwanda[10]. 25 membres rwandais de M23 se sont rendus aux forces armées congolaises comme partie d'un total de plus de 370 soldats du M23 qui sont rendus jusqu'ici[1].

Principaux événements[modifier | modifier le code]

Combattants du M23 lors de la prise de Goma, 29 novembre 2012.

Le , le M23 a attaqué la ville de Bunagana, à moins d'un kilomètre de la frontière avec l'Ouganda et l'a conquise. Près de 600 membres des troupes ont fui la frontière et ont accouru en Ouganda. Les rebelles annonçaient la fin de l'offensive, si le gouvernement acceptait d'engager des pourparlers de paix avec eux[11].

Après la mort d'un soldat de maintien de la paix indien, les Nations unies ont commandé des attaques contre les rebelles dans la région.

Un membre du M23 armé d'un FN FAL à côté d'un lance-roquette multiple Type 63 de 107 mm le 7 juillet 2012.

En les rebelles conquièrent Rutshuru, à 70 kilomètres au nord de Goma. Au petit matin du , ils sont à 40 kilomètres de Goma même. Des témoins racontent que des rebelles ont apparemment conquis villes et villages sans rencontrer de résistance de la part des forces armées gouvernementales[12]. De la même façon, les villes de Rubare et Ntamugenga tombent sous le contrôle des rebelles[13].

Le , le M23 et des forces armées gouvernementales échangent des tirs autour de Kibumba et Rugari, ce qui force des milliers de civils à fuir en direction de Goma. Des hélicoptères d'attaque des Nations unies étaient aperçus en route pour le front. La situation sécuritaire dans l'est du Congo se détériore rapidement[14].

Le , le gouvernement des États-Unis annonce la diminution de son aide militaire pour le Rwanda[15]. Le rapporteur des crimes de guerre des États–Unis, Stephen Rapp signale que les autorités rwandaises seront inculpées de « soutien et incitation » à des crimes de guerre : « D'après le droit international, il y a une limite au-delà de laquelle on peut être rendu responsable, d'avoir aidé un groupe à commettre des atrocités »[16].

Malgré les mises en cause d'utilisation du conflit à des fins de profits économiques, via l'exploitation illégale du coltan[17], le Rwanda a nié les rapports experts des Nations unies et des groupes de défense des droits de l'Homme, selon lesquels il soutiendrait les rebelles, dont le groupe M23. Ce dernier, a conquis des parties de la province du Nord – Kivu ce qui a entrainé le déplacement de 260 000 personnes depuis avril[15].

Après une trêve de plusieurs mois, les combats reprennent et, le , les rebelles du M23 prennent le contrôle de Goma et de ses alentours, après près de cinq jours de combats. L'armée congolaise se retire à Sake. Les rebelles demandent une négociation directe avec le président Kabila pour rétablir la paix en RDC[18].

Le , les dirigeants africains se réunissent à Kampala pour discuter et trouver des solutions au conflit. Par ailleurs, depuis la prise de Goma, de nombreuses négociations ont eu lieu entre les présidents ougandais, congolais et rwandais[19].

Le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé le par la résolution 2098 la création d'une brigade d'intervention au sein de la MONUSCO chargée de « mener des opérations offensives ciblées » contre les groupes d'insurgés dans l'Est de la république démocratique du Congo[20].

Cette brigade d'intervention (Force Intervention Brigade, FIB) a un effectif autorisé de 3 069 casques bleus provenant d'Afrique du Sud, de Tanzanie et du Malawi[21].

À partir du , avec les forces congolaises régulières et la brigade de l’ONU du Nord-Kivu, elle établit une zone de sécurité à Goma et dans les localités situées au nord de la ville[22].

Le , lors d’un congrès de la rébellion, l'ancien porte-parole Bertrand Bisimwa est nommé président du M23 à la place de Jean-Marie Runiga. Le clan de Runiga contestant cette décision, des combats ont ensuite éclaté entre les deux factions, dans la région de Rugari. Selon Radio Okapi[23], la radio de la Monusco, il y aurait eu 5 morts et des blessés civils.

Dissolution du mouvement armé[modifier | modifier le code]

À partir du [24], les forces congolaises appuyées par une brigade d'intervention de l'ONU lancent une offensive avec des moyens lourds : plus de 3 600 militaires congolais déployant des chars T-55 et des véhicules de combat d'infanterie BMP-2 et la brigade de la force d'intervention de la MONUSCO appuyé par de l'artillerie, des Mi-35 de l’armée ukrainienne, trois Denel AH-2 Rooivalk de la force aérienne sud-africaine (qui interviennent à partir du )[25] lancent une offensive générale[26] dans la zone de 700 km2 contrôlée par le M23.

Dans la nuit du 4 au , l'armée congolaise chasse les combattants du M23, au nombre de 400 à 450, des dernières positions qu'ils occupaient dans les montagnes du Nord-Kivu, à la frontière du Rwanda et de l'Ouganda. Les pertes sont selon l'armée congolaise de 292 morts dans les rangs du M23.

Le , le M23 déclare qu'elle dépose les armes[27] et deux jours plus tard, environ 1 600 membres du M23 se rendent aux autorités de l'Ouganda[28]. Après l'échec de l'élaboration d'un premier document commun sur un accord début novembre, la RDC et le M23 signent le à Nairobi un accord de paix qui confirme la dissolution du M23, définit les modalités de la démobilisation et conditionne à l'abandon de la violence la reconnaissance des droits de ses membres[29].

Résurgence en 2021[modifier | modifier le code]

En 2021, le groupe se reconstitue et fait son retour[6], qui s'accentue en 2022, avec la prise de la ville de Bunagana, frontalière de l'Ouganda[30].

Début 2024, soutenu par le Rwanda, le M23 attaque dans le Nyiragongo (territoire) et le Masisi (territoire), à proximité de la ville de Goma, ce qui provoque d'importants déplacements de population. Les combats opposent les combattants du M23 à des groupes armés se disant patriotes congolais, les wazalendo. Des affrontements se produisent aussi vers Sake (république démocratique du Congo), toujours à proximité de Goma, entre le M23 et les Forces armées de la république démocratique du Congo. Ils risquent de couper la Route nationale 2 (Congo-Kinshasa), considérée comme stratégique et empruntée par 150 000 civils en fuite entre le 2 et 9 février. Les forces congolaises, appuyées par les forces de la Communauté de développement d'Afrique australe (SACD, de l'anglais), qui ont commencé à se déployer à partir de mi-décembre 2023, se sont regroupées à Goma et ont commencé à faire mouvement vers Sake. -[31].

La mission de l'ONU en République du congo, la Monusco (Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en république démocratique du Congo), affirme que l'armée rwandaise, pour soutenir le M23, utilise du matériel d'attaque sophistiqué. En effet, elle a vu un de ses drones d'observation attaqué par un missile sol-air, tiré depuis une zone controlée par le M23. Des renseignements provenant de la France indiquent que ce missile a été lancé depuis un véhicule WZ551, que seul parmi les alliés du M23 le Rwanda est capable de mettre en oeuvre. La Monusco affirme aussi que l'armée rwandaise utilise sur le théatre d'opération des MANPADS, système anti-aérien capable de mettre en danger tout appareil volant au dessus de la zone. -[32].

Mais des témoignages indiquent que les véhicules de l'ONU subissent aussi des jets de pierres de la part de jeunes de la région, qui les accusent inefficacité et de collusion avec l'ennemi. La Monusco subit un rejet d'ensemble de la société congolaise, et le gouvernement a demandé son départ rapide. -[32].

Au matin du 12 février 2024, le M23, les Forces rwandaises de défense et l'Alliance du fleuve Congo (AFC) attaquent Sake, mais échouent dans leur tentative de prendre la ville. Les forces congolaises, la SACD, la Monusco et les troupes d'autodéfense wazalendo ont opposé une forte résistance. Mais le M23 et ses alliés accusent les forces gouvernementales congolaise de vouloir massacrer ses propres populations. -[33].

Exactions, viols de guerre et exécutions[modifier | modifier le code]

Le mouvement est accusé par Human Right Watch de 8 exécutions sommaires et de 14 cas de viol entre novembre 2022 et mars 2023[30]. Il est par ailleurs accusé par l'O.N.U. d'avoir commis un massacre en novembre 2022 dans le village de Kishishe, au cours de combat contre les miliciens des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, faisant 170 morts, ce que dément le M23[6].

Selon l'O.N.U., le mouvement est aidé par le gouvernement du Rwanda, au travers des Forces de défense rwandaises (Rwanda Defence Force), ce que dénie le gouvernement rwandais. Les États-Unis suspendent toutefois leur aide au Rwanda en octobre 2023, en s'appuyant sur l'interdiction du recrutement d'enfants-soldats[34].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominic Johnson, « La dynamique des groupes armés dans l'est du Congo et le cas du M23 », Cahiers africains, no 84 « Conjonctures congolaises 2013 : percée sécuritaire, flottements politiques et essor économique »,‎ (lire en ligne)
  • Adolphe Kilomba Sumaili, « La CIRGL et le règlement des différends dans la région des Grands lacs : cas de la rébellion du M23 », Revue Quebecoise de Droit International, vol. 28,‎ , p. 203-218

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Clashes in eastern DR Congo claim lives », Al Jazeera English,‎ (lire en ligne)
  2. (es) Agence EFE, « Al menos 240 muertos en Congo tras combate entre Ejército y amotinados », Grupo RPP,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Albert Kambale, « DR Congo rebel chief pledges to withdraw from captured towns », Agence France-Presse,‎ (lire en ligne)
  4. Des forces rebelles bombardent des bases par des grenades - Afrique - Al Jazeera English
  5. « Lettre datée du 26 juin 2012, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1533 (2004) concernant la république démocratique du Congo ». S/2012/348/Add.1, Conseil de sécurité, Nations Unies, 27 juin 2012, 52 pp.
  6. a b et c « RDC : les rebelles du M23 ont repris Kishishe, où ils sont accusés d’un massacre en 2022 », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  7. « RD Congo : Meurtres et viols commis par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda | Human Rights Watch », (consulté le )
  8. (en)DR Congo government, CNDP rebels 'sign peace deal', AFP, 24 mars 2009
  9. Congo-Kinshasa: Général Ntaganda et des loyalistes désertent les forces armées
  10. Rwanda 'supporting DR Congo mutineers', BBC News
  11. (en) Congo rebels offer peace talks with government, 7 juillet 2012
  12. (en) Les rebelles Congolais avancent sur Goma
  13. DR Congo rebels seize strategic town of Rutshuru, 9 juillet 2012
  14. (en) Fuite de milliers de personnes après les combats entre l'armée congolaise et des rebelles
  15. a et b (en) Fin de l'aide militaire américaine au Rwanda
  16. (en) « Rwanda's Paul Kagame warned he may be charged with aiding war crimes »
  17. Le coltan congolais a rapporté 250 millions de dollars au Rwanda - enquête de l'Observatoire des ressources naturelles en Afrique australe (SARW), citée par l'agence de presse associée (APA)
  18. « Les rebelles du M23 occupent la ville de Goma », radio Okapi
  19. « Des dirigeants africains se réunissent samedi en sommet à Kampala, en l'absence du président rwandais Paul Kagame, pour tenter de résoudre le conflit dans l'est de la RDC »
  20. « L'Onu crée une brigade d'intervention en RDC », sur Le Nouvel Observateur, (consulté le )
  21. Lansana Gberie, « La brigade d’intervention : fin de la guerre en RDC ? », sur Afrique Renouveau, (consulté le )
  22. Christophe Rigaud, « RDC : Première mission pour la Brigade de l'ONU », sur Afrikabia, (consulté le )
  23. Reprise des hostilités entre 2 clans du M23, Radio Okapi, 9 mars 2013
  24. Christophe Rigaud, « RDC : Le M23 lâché par Kigali ? », sur Afrikabia, (consulté le )
  25. (en) Dean Wingrin, « First ever combat for Rooivalk », sur defenceWeb, (consulté le )
  26. « RDC: à Chanzu, les FARDC célèbrent leur victoire contre le M23 », sur Radio France internationale, (consulté le )
  27. Christophe Rigaud, « RDC : Un nouveau scénario s'écrit au Kivu », sur Afrikabia, (consulté le )
  28. « RDC: le chef militaire du M23, Sultani Makenga, aux mains des autorités ougandaises », sur Radio France internationale, (consulté le )
  29. « La RDC et le M23 signent un accord de paix », Le Monde avec agence Reuters,‎ (lire en ligne)
  30. a et b Célian Macé, « Human Rights Watch accuse les rebelles du M23 de «meurtres et de viols» en RDC », sur Libération (consulté le )
  31. Philippe CHAPLEAU, « En République démocratique du Congo, les rebelles du M23 menacent la grande ville de Goma », sur Ouest-France.fr, (consulté le )
  32. a et b Par L'Obs avec AFP, « Conflit du M23 en RDC : l’armée rwandaise utilise des missiles sol-air, selon un document de l’ONU », sur L'Obs, (consulté le )
  33. Freddy Ruvunangiza, « Nord-Kivu: désespérés, les rebelles du M23-RDF-AFC lancent une contre-offensive pour s'emparer de la cité stratégique de Sake - La Prunelle RDC », sur laprunellerdc.cd (consulté le )
  34. « M23 en RDC : Washington tente d’influer sur le bras de fer entre Kinshasa et Kigali – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]