Johann Christian August Heinroth

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Johann Christian August Heinroth
J C A Heinroth (um 1811) ohne Rahmen.jpg
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Johann Christian August Heinroth est un médecin psychiatre et conférencier allemand, né le à Leipzig et décédé le . Il s'inscrit dans le courant romantique de la psychiatrie, en apparaissant comme un précurseur de la psychanalyse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un chirurgien, il étudie la médecine dans sa ville natale. Puis il voyage et va à Vienne en passant par Rome, où il continue ses études sous la tutelle de Johann Peter Frank. Après cela il étudie la théologie à Erlangen pour une courte période avant de retourner à Leipzig où il obtient son doctorat en médecine en 1805, et sa qualification en tant que maître de conférences en 1806.

Durant les années de guerre qui suivent, il est contraint d'interrompre ses études et de servir en tant que médecin militaire. En 1810, il revient à Leipzig donner des cours magistraux et publie son premier travail important, Contributions à l'étude de la maladie (Beyträge zur Krankheitslehre).

Il devient professeur extraordinaire en 1811 et professeur de médecine physique en 1827, et reste loyal à Leipzig en dépit de propositions fort lucratives des villes de Dorpat et Saint-Pétersbourg. Il meurt en tant que doyen de la faculté en 1843.

Travaux[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Heinroth s'inscrit dans une période de changements incarnée en France et en Italie par Joseph Daquin, Philippe Pinel ou Vincenzo Chiarugi (it).

Le phénomène social de la folie et des insensés est approché comme un phénomène médical. La folie n'est plus une affaire de police ou de justice, mais un genre de maladies (aliénation mentale) formant un ensemble disparate de conduites et d'expériences. À partir d'observations, des médecins cherchent à distinguer des aliénations particulières, afin de s'occuper de chaque aliéné comme un médecin le fait d'un malade[1].

Théorie et pratique[modifier | modifier le code]

Luthérien convaincu[2], Heinroth se distingue toutefois par une conception moraliste, d'inspiration romantique, où l'aliénation mentale est interprétée comme une conséquence du déchaînement des passions et du péché[1]. Selon Henri Ellenberger, Heinroth est souvent ridiculisé pour cela par des historiens, mais il suffirait de remplacer le terme « péché » par « sentiment de culpabilité » pour donner à ses travaux une allure moderne[3].

Grand érudit et éminent clinicien, il est l'auteur d'une théorie complète de l'esprit humain sain et malade. Il distingue une conscience de soi Selbstbewusstsein (instincts et sentiments face à une réalité extérieure), qui se confronte avec la conscience proprement dite ou Bewusstsein. Ce conflit est régi par une conscience morale Gewissen « un étranger dans la conscience du moi »[3].

Le Gewissen ne dépend pas du monde extérieur, ou de l'ego, mais d'une instance supérieure dite über-Uns (un sur-nous) que Heinroth semble identifier à la raison qui mène librement à Dieu. La santé mentale est l'expression d'une liberté, et la maladie mentale la perte ou la réduction de cette liberté, par désordre intellectuel ancré dans la passion[3].

Partisan de l'origine psychique de la maladie mentale, et de la signification symbolique de certains symptômes, Heinroth propose de s'abstenir de tout traitement inutile ou dangereux. Il élabore des plans de traitement moral (ou psychothérapie) individualisés pour chaque malade, tenant compte de son état et de sa situation, y compris familiale, économique et sociale[3].

Il apparait à la fois comme en retard et en avance sur son temps : la maladie mentale est une maladie de l'âme, mais aussi un processus dynamique où Heinroth apparait comme un précurseur de la psychanalyse[2]. Il ferait partie des sources oubliées de Eugen Bleuler, Sigmund Freud et Karl Jung[4]. Il est aussi le premier à utiliser le terme de psychosomatique[2].

Publications[modifier | modifier le code]

Störungen des Seelenlebens (troubles mentaux, 1818) et System der psychisch-gerichtlichen Medizin (système de psychiatrie médico-légale, 1825) sont considérés comme étant ses plus importants travaux. Dans ses études philosophiques, il favorise les vues de Herder et prend ses distances de celles de Schelling, Fichte et particulièrement Hegel.

Opposant à Samuel Hahnemann (1755-1843), il écrivit aussi un livre: Anti-Organon, oder das Irrige der Hahnemann'schen Lehre im Organon der Heilkunde (Leipzig: Hartmann, 1825).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Mirko D. Grmek (dir.) et Georges Lantéri-Laura (trad. de l'italien), Histoire de la pensée médicale en Occident, vol. 3 : Du romantisme à la science moderne, Paris, Seuil, , 422 p. (ISBN 2-02-022141-1), « Le psychisme et le cerveau », p. 103-104.
  2. a b et c Claude Quétel, Histoire de la folie : De l'Antiquité à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », , 619 p. (ISBN 978-2-84734-927-6), p. 381.
  3. a b c et d Henri F. Ellenberger (trad. J. Feisthauer), A la découverte de l'inconscient : Histoire de la psychiatrie dynamique, Simep, (ISBN 2-85334-097-X), p. 179-180.
  4. Henri F. Ellenberger 1974, op. cit., p. 182 et 454.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Holger Steinberg, Christoph Herrmann-Lingen et Hubertus Himmerich, « Johann Christian August Heinroth: psychosomatic medicine eighty years before Freud », Psychiatria Danubina, vol. 25, no 1,‎ , p. 11–16 (ISSN 0353-5053, PMID 23470601, lire en ligne, consulté le 23 avril 2020)

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