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Origines de la langue basque

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Comme la grande majorité des peuples actuels, les Basques sont le résultat de diverses influences génétiques, culturelles et linguistiques, mais la question des origines de la langue basque se pose d'une manière particulière du fait de son caractère considéré jusqu'à présent comme isolé[1] et pré-indo-européen[2], et ses différences structurelles par rapport à d'autres langues, qu'elles soient géographiquement proches ou non[3].

Après le développement de la linguistique historique comparative, des linguistes ont tenté de relier le basque à d'autres familles de langues en faisant des scénarios historiques, des chronologies ainsi que des comparatifs[3]. Ces comparaisons, jugées du point de vue de la linguistique basque ou même d'un examen des principes de base de la comparaison linguistique traditionnelle[4], sont jusqu'à ce jour encore controversées[3] : « Là où les données manquent, les rapprochements intuitifs et les reconstructions spéculatives prolifèrent si les garde-fous méthodologiques font défaut. Le cas basque, à l’instar du grec archaïque, de certaines branches caucasiennes ou de familles dravidiennes périphériques, illustre la facilité avec laquelle des analogies non contrôlées peuvent être présentées comme des preuves historiques. Il est donc nécessaire de systématiser les critères qui distinguent les rapprochements heuristiques des preuves comparatives. »[5]

Origine préhistorique ?

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Plusieurs auteurs des XIXe et XXe siècles ont proposé que l’ancêtre de l’euskara puisse remonter à des populations préhistoriques de l’Europe occidentale. Ces hypothèses, souvent qualifiées de « préhistoriques » ou « paléolithiques », reposent principalement sur des considérations archéologiques ou ethnographiques, plutôt que sur des démonstrations linguistiques strictes.

L’idée d’une langue basque très ancienne, parfois associée aux populations du Paléolithique supérieur de la façade atlantique, a été avancée par divers érudits, notamment dans le cadre du vasco‑ibérisme ou de théories diffusionnistes du XIXe siècle[6]. Ces approches ne sont plus retenues par la linguistique historique moderne, qui souligne l’absence de données permettant de reconstruire une langue européenne unifiée antérieure aux familles connues[7].

Les seules correspondances linguistiques solidement établies concernent l’aquitain ancien, attesté par des inscriptions latines des premiers siècles de notre ère, et considéré comme la forme la plus ancienne de basque actuellement documentée[8]. En l’état des connaissances, il n’existe donc aucune preuve permettant d’identifier l’euskara ou son ancêtre comme « première langue d’Europe », ni comme survivance directe d’un hypothétique substrat paléolithique continental.

Ces hypothèses relèvent aujourd’hui davantage de l’histoire des idées linguistiques que de la recherche comparative contemporaine.

Juan Antonio Moguel

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Le prêtre et écrivain basque Juan Antonio Moguel (1745‑1804) est une figure importante de l’érudition basque de la fin du XVIIIe siècle. Membre de la Real Sociedad Bascongada de Amigos del País[9], il s’est intéressé à l’histoire, à la langue basque et à la toponymie de la péninsule Ibérique. Dans son ouvrage Historia y geografía de España ilustrada por el idioma Vascuence (1800)[10], il défend l’idée que de nombreux toponymes de la péninsule peuvent être interprétés à partir du basque et avance l’hypothèse d’affinités entre l’euskara et plusieurs langues préromaines.

Cette position s’inscrit dans la tradition du vasco-ibérisme, très répandue parmi les érudits des XVIIIe et XIXe siècles. Moguel est également mentionné dans les travaux de Wilhelm von Humboldt, qui voyait dans l’euskara une langue préromaine d’importance et s’intéressait aux parallèles possibles avec les langues anciennes de la péninsule[6].

Les travaux de Moguel relèvent toutefois d’une linguistique pré‑comparative et spéculative : ils reposent sur des rapprochements étymologiques intuitifs et une toponymie interprétée de manière large. La linguistique historique moderne, notamment à partir des travaux de Koldo Mitxelena, a abandonné l’hypothèse d’une parenté directe entre l’euskara et les langues ibériques méditerranéennes[7]. Les seules correspondances solides reconnues aujourd’hui concernent l’aquitain ancien, attesté par des inscriptions latines[8].

L’importance de Moguel réside donc surtout dans son rôle d’érudit précoce et de défenseur de la langue basque, plutôt que dans la validité scientifique actuelle de ses hypothèses linguistiques.

José Miguel Barandiarán

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Le prêtre, ethnologue et archéologue basque José Miguel de Barandiarán Ayerbe (1889‑1991) est l’une des figures majeures de l’étude de la culture traditionnelle basque. Ses travaux portent principalement sur l’ethnographie, la mythologie, l’archéologie et les modes de vie ruraux du Pays basque au XXe siècle[11]. Dans plusieurs de ses écrits, il a proposé que certains éléments du vocabulaire basque puissent conserver des traces d’un mode de vie préhistorique. Ces interprétations relèvent toutefois d’une démarche ethnographique spéculative et ne constituent pas des démonstrations linguistiques au sens strict.

Plusieurs exemples souvent cités dans la littérature populaire ont été discutés par la linguistique moderne :

  • le mot aizkora (« hache ») a parfois été segmenté en aiz (« pierre ») et gora (« en haut »). Les analyses linguistiques contemporaines ne confirment pas cette étymologie : l’origine du terme reste incertaine, et une parenté avec le latin tardif asciola (« petite hache ») a été proposée par certains auteurs[12] ;
  • le terme arto (« millet », puis « maïs ») a été rapproché du verbe hartu (« prendre, cueillir »), interprétation qui suggérerait un usage antérieur à l’agriculture. Cette hypothèse n’est pas retenue par la linguistique historique, et un rapprochement avec le grec artos (« pain ») a également été évoqué sans consensus[13] ;
  • les noms d’arbres fruitiers formés avec le suffixe ‑ondo (sagarondo « pommier », madariondo « poirier ») ont parfois été interprétés comme contenant ondo au sens de « tronc ». Les études étymologiques modernes indiquent plutôt que ondo signifie « près de, à côté de »[14], et ne retiennent pas l’hypothèse d’un lien avec le latin fundus.

Les propositions de Barandiarán s’inscrivent dans une démarche visant à relier vocabulaire, culture matérielle et traditions orales. Elles ne constituent pas des conclusions établies par la linguistique historique, discipline qui s’appuie sur des méthodes comparatives strictes et distingue clairement les données attestées des reconstructions hypothétiques[7].

Theo Vennemann

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En 2003, le linguiste allemand Theo Vennemann a proposé une théorie dite « vasconique », selon laquelle l’euskara serait le dernier survivant d’une famille de langues préhistoriques autrefois répandues en Europe occidentale et le long du littoral atlantique[15]. Selon cette hypothèse, certains hydronymes et toponymes européens pourraient refléter un substrat linguistique apparenté au basque, et des parallèles seraient observables jusque dans certaines langues atlantiques d’Afrique de l’Ouest[16].

Cette théorie a toutefois été largement contestée par la linguistique historique. Plusieurs chercheurs ont montré que les racines hydronymiques proposées par Vennemann ne peuvent pas être identifiées de manière fiable à des racines basques anciennes, et que les correspondances avancées relèvent souvent de rapprochements formels non démontrés :

  • P. R. Kitson a montré que les hydronymes britanniques et européens ne confirment pas l’existence d’un substrat vasconique cohérent[17] ;
  • Carlos Jordán Cólera a critiqué l’hypothèse d’une racine basque *iz‑ « eau » supposée présente dans divers hydronymes européens, montrant qu’elle ne repose sur aucune reconstruction linguistique solide[18] ;
  • Txomin Peillen a également souligné les faiblesses méthodologiques de la théorie vasconique et l’absence de preuves permettant d’en faire un modèle explicatif valable pour l’ensemble de l’Europe[19].

La théorie vasconique de Vennemann est aujourd’hui considérée comme une hypothèse marginale, non retenue par le consensus scientifique. Les études linguistiques contemporaines privilégient des approches fondées sur des données attestées, notamment l’aquitain ancien, seule langue apparentée au basque documentée à ce jour.

Stephen Oppenheimer

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Le généticien britannique Stephen Oppenheimer a proposé, dans plusieurs travaux de synthèse sur la préhistoire européenne, que certaines populations de l’Europe de l’Ouest pourraient descendre en partie des groupes humains associés à la culture magdalénienne, dont l’expansion suit le réchauffement climatique intervenu vers 16 000 ans avant notre ère[20]. Dans ce cadre, il suggère que les Basques pourraient représenter l’un des groupes européens présentant une continuité génétique plus marquée avec ces populations paléolithiques.

Ces propositions relèvent toutefois de l’interprétation génétique et ne constituent pas une hypothèse linguistique : Oppenheimer ne postule pas une filiation directe entre la langue basque et la culture magdalénienne. La linguistique historique ne dispose d’aucune donnée permettant de relier l’euskara à des langues préhistoriques antérieures aux attestations aquitaines[7]. Les études génétiques récentes confirment par ailleurs que les Basques ne sont donc pas un « fossile vivant » directement issu des chasseurs-cueilleurs mésolithiques ou magdaléniens, l’ascendance des steppes (souvent associée à l’expansion indo-européenne) s’étant également diffusée dans des régions non indo-européennes de la péninsule[21].

Kalevi Wiik

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En 2008, le linguiste finlandais Kalevi Wiik a proposé une hypothèse selon laquelle les langues parlées dans le refuge glaciaire ibérique durant le dernier maximum glaciaire (LGM) auraient été apparentées au basque. Selon lui, la façade atlantique européenne aurait formé une zone linguistique relativement homogène, où des langues « vasconiques » auraient été parlées avant la diffusion des langues indo‑européennes[22]. Wiik associe également cette homogénéité supposée à un mode de subsistance paléolithique commun (chasse au renne) et à une fréquence élevée de l’haplogroupe Y‑chromosomique R1b.

Cette hypothèse a toutefois été largement remise en question par les recherches en paléogénétique et en linguistique historique. Les études génétiques récentes montrent que la diffusion de l’haplogroupe R1b en Europe occidentale résulte principalement d’une migration massive depuis la steppe pontique au IIIᵉ millénaire avant notre ère, migration associée à l’expansion des populations indo‑européennes[23]. Ces résultats contredisent directement l’idée d’une continuité génétique atlantique remontant au Paléolithique.

De plus, les analyses génomiques de l’Ibérie préhistorique montrent une forte recomposition démographique au Néolithique et à l’âge du Bronze, incompatible avec l’existence d’un bloc linguistique atlantique stable depuis le LGM[24]. Les synthèses récentes en génétique humaine confirment également que l’haplogroupe R1b ne peut être utilisé comme indicateur linguistique[25].

En l’état des connaissances, l’hypothèse de Wiik est considérée comme spéculative et n’est pas retenue par le consensus scientifique. La linguistique historique ne dispose d’aucune donnée permettant de relier l’euskara à des langues paléolithiques, et les seules formes anciennes documentées demeurent les inscriptions aquitaines.

Thèse de l’isolat et critiques

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Depuis le XIXᵉ siècle, la langue basque est classée comme un isolat linguistique, c’est‑à‑dire une langue qui ne peut être rattachée à aucune famille connue selon les critères de la méthode comparative[26]. Cette classification repose sur l’absence de correspondances régulières et démontrables avec d’autres langues, tant proches que lointaines.

La langue basque a fait l’objet de nombreuses tentatives de rapprochement généalogique avec d’autres familles linguistiques. Cependant, aucune de ces propositions n’a satisfait aux exigences de la méthode comparative ni permis d’éclairer de manière fiable l’évolution interne de la langue[27],[28],[29],[30]. Les seules données linguistiques anciennes solidement établies concernent l’aquitain, considéré comme la forme la plus ancienne documentée du basque.

Malgré cela, plusieurs chercheurs ont proposé, depuis le XXᵉ siècle, des rapprochements avec diverses familles linguistiques :

  • une origine indo‑européenne (Eñaut Etxamendi)[31] ;
  • une origine eurasienne ou caucasienne (Michel Morvan)[32],[33] ;
  • des hypothèses paléo‑sarde, ibère, berbère, kartvèle, dravidienne, paléo‑sibérienne ou algonquienne (non étayées par la méthode comparative).

Certains rapprochements lexicaux ont également été proposés, fondés sur des ressemblances formelles entre mots de langues éloignées[34]. Ces comparaisons incluent par exemple :

  • basque guti « peu » ≈ caucasien kut ≈ dravidien guti ≈ austronésien guti ;
  • basque bizar « barbe » ≈ caucasien bisal ≈ dravidien misal ;
  • aquitain gaba « gave » ≈ caucasien qav ≈ dravidien kavi ≈ japonais kawa « rivière » ;
  • basque khe « fumée » ≈ caucasien khe ≈ hokan qhe.

Ces rapprochements ne reposent toutefois pas sur des correspondances phonétiques régulières ni sur des reconstructions établies, et ne sont donc pas considérés comme des preuves de parenté linguistique. Ils relèvent de la typologie ou de la comparaison impressionniste, non de la méthode comparative.

En l’état des connaissances, la thèse de l’isolat demeure la position du consensus scientifique.

Le basque est classé comme un isolat linguistique, c’est‑à‑dire une langue qui ne peut être rattachée à aucune famille connue selon les critères de la méthode comparative[35]. Cette classification est largement acceptée par la linguistique moderne[36],[37].

En 1994, le linguiste américain Merritt Ruhlen décrit le basque comme un isolat et l’intègre dans sa tentative de reconstruction d’une langue « originelle » hypothétique[38]. Ruhlen propose 27 racines supposées préhistoriques, dont neuf où il inclut des formes basques. Ces propositions relèvent toutefois d’une approche macro‑comparative non acceptée par la linguistique historique, car elles ne reposent pas sur des correspondances phonétiques régulières ni sur des reconstructions démontrables.

Les neuf racines « originelles » où le basque apparaît chez Ruhlen sont les suivantes (interprétations non retenues par la méthode comparative) :

  • *cun(g)a « nez » : basque sudur « nez » ;
  • *kati « os » : basque garkotxe « nuque » ;
  • *kuan « chien » : basque hazkoin « blaireau » ;
  • *maliq’a « téter » : basque milika « lécher » ;
  • *mana « rester » : basque min « placer » ;
  • *mena « penser » : basque mun « moelle » ;
  • *par « voler » : basque pimpirina « papillon » ;
  • *puti « vulve » : basque potorro « vulve » ;
  • *tsuma « poil » : basque zamar « tignasse ».

Ces rapprochements sont considérés comme typologiques ou impressionnistes, et non comme des preuves de parenté linguistique.

En 2003, le linguiste Beñat Oyharçabal rappelle que les hypothèses basco‑ibérique, basco‑caucasienne, basco‑chamito‑sémitique ou fondées sur des substrats préhistoriques n’ont pas été jugées suffisamment crédibles pour remettre en cause la thèse de l’isolat[39].

En 2005 puis en 2017, Joseba Lakarra confirme également que le basque doit être considéré comme une langue isolée, les tentatives de rattachement ne satisfaisant pas aux exigences de la reconstruction interne et de la comparaison diachronique[40],[3].

En 2019, les linguistes Eneko Zuloaga et Borja Ariztimuño (Université du Pays basque) réaffirment dans *La Recherche* que « l’euskara est bien un isolat linguistique »[41].

Plus généralement, les tentatives de rattachement du basque à d’autres familles linguistiques reposent souvent sur des ressemblances morphologiques ou typologiques, sans tenir compte des exigences de la méthode comparative. Le basque est une langue agglutinante et ergative, caractéristiques qu’il partage avec certaines langues du Caucase ou de l’Arctique, mais ces traits typologiques ne constituent pas des preuves de parenté généalogique[42].

Critiques de l'isolat et thèses d'une langue non isolée

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Depuis le XXᵉ siècle, plusieurs auteurs ont proposé de remettre en cause la thèse de l’isolat basque en rattachant l’euskara à diverses familles linguistiques. Ces propositions relèvent toutefois de démarches marginales ou spéculatives et ne satisfont pas aux exigences de la méthode comparative, qui demeure la référence en linguistique historique.

Le linguiste et écrivain basque Eñaut Etxamendi a défendu l’idée d’une origine indo‑européenne du basque, affirmant être le premier à avoir comparé systématiquement l’euskara aux langues indo‑européennes[43]. Cette hypothèse n’a pas été retenue par la linguistique historique.

Le linguiste Michel Morvan a proposé une origine « sino‑caucasienne » ou eurasienne du basque[32],[33]. Ces propositions s’inscrivent dans le cadre des macro‑familles hypothétiques, non reconnues par la méthode comparative.

D’autres auteurs, cités par Merritt Ruhlen dans son ouvrage L’origine des langues, ont également proposé de rattacher le basque à des familles linguistiques très diverses, notamment dans le cadre des théories « nostratiques » ou « eurasiatiques » : Sergueï Starostine, Nicolas Marr, Strombetti, Bouda, Georges Dumézil, Shota Dzidziguri, Nikolaïev, John Bengtson, Joseph Greenberg ou encore Shevoroshkin[38]. Ces approches reposent sur des comparaisons lexicales larges et des reconstructions hypothétiques, mais ne présentent pas de correspondances phonétiques régulières permettant d’établir une parenté généalogique.

En l’état des connaissances, aucune de ces propositions n’a été validée par la linguistique historique, et le basque demeure classé comme isolat.

Origine indo-européenne

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L’hypothèse d’une origine indo‑européenne du basque a été formulée à plusieurs reprises depuis le XIXᵉ siècle, mais elle demeure marginale et n’a pas été retenue par la linguistique historique. Elle a été relancée en 2007 par le linguiste et écrivain basque Eñaut Etxamendi, qui propose une comparaison systématique entre l’euskara et les langues indo‑européennes[44]. Ses travaux n’ont toutefois pas satisfait aux exigences de la méthode comparative.

En 2017, l’auteur Robert Elissondo publie un article intitulé « Le basque, une langue indo‑européenne ? », dans lequel il s’interroge sur la possibilité que l’euskara soit la plus ancienne langue indo‑européenne encore parlée[45]. Cette proposition ne repose pas sur des correspondances phonétiques régulières ni sur des reconstructions établies, et n’a pas été retenue par les spécialistes du domaine.

À l’inverse, la majorité des linguistes bascologues rejettent l’hypothèse indo‑européenne. En 2019, les linguistes Eneko Zuloaga et Borja Ariztimuño (Université du Pays basque) rappellent que « l’euskara est bien un isolat linguistique » et que l’hypothèse indo‑européenne « n’atteint pas les exigences minimales établies en linguistique historique »[41].

En l’état des connaissances, aucune étude comparative rigoureuse n’a permis de démontrer une parenté généalogique entre le basque et les langues indo‑européennes. L’euskara demeure classé comme isolat.

Origine sino-caucasienne

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En 1996, le linguiste et étymologiste français Michel Morvan publie un ouvrage consacré aux origines linguistiques du basque[46]. Il y explore différentes hypothèses macro‑comparatives visant à relier l’euskara à des familles linguistiques très anciennes ou mal documentées.

Dans un article ultérieur intitulé Le basque, langue eurasienne (2008), Morvan propose que le basque appartiendrait à un ensemble de langues pré‑indo‑européennes d’Eurasie, comprenant notamment certaines langues du Caucase du Nord‑Est et des langues sibériennes[32]. Il évoque également la possibilité d’une « piste sino‑caucasienne », inspirée des travaux de Sergueï Starostine et d’autres partisans des macro‑familles hypothétiques.

Selon Morvan, les langues pré‑indo‑européennes d’Eurasie auraient été progressivement submergées par l’expansion des langues indo‑européennes, ce qui expliquerait la difficulté de rattacher le basque à une famille clairement définie. Il suggère que l’euskara pourrait conserver des traits très anciens, potentiellement remontant au Paléolithique supérieur[32].

Ces propositions s’inscrivent toutefois dans le cadre des théories macro‑comparatives, qui ne reposent pas sur des correspondances phonétiques régulières ni sur des reconstructions établies. Elles ne sont pas retenues par la linguistique historique, qui exige des preuves systématiques pour établir une parenté généalogique entre langues. Les spécialistes du domaine, notamment en bascologie, continuent de considérer le basque comme un isolat linguistique en l’état des connaissances[41].

Morvan cite également les travaux de John Bengtson et de chercheurs associés aux théories nostratiques ou sino‑caucasiennes, mais ces approches restent spéculatives et ne satisfont pas aux critères de la méthode comparative.

Origine dené-caucasienne et caucasienne

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L’idée d’un lien entre le basque et les langues caucasiennes apparaît dès le XIXᵉ siècle et a été reprise au cours du XXᵉ siècle par divers auteurs. Ces propositions s’inscrivent dans le cadre des théories macro‑comparatives, qui visent à regrouper de vastes ensembles de langues anciennes ou mal documentées. Elles ne reposent pas sur des correspondances phonétiques régulières et ne sont pas retenues par la linguistique historique.

Plusieurs chercheurs associés aux théories « nostratiques », « eurasiatiques » ou « dené‑caucasiennes » ont proposé de rapprocher le basque de langues du Caucase ou d’Asie du Nord‑Est. Parmi eux figurent notamment Sergueï Starostine, Nicolas Marr, Bouda, Strombetti, Georges Dumézil, Shota Dzidziguri, Nikolaïev, John Bengtson, Joseph Greenberg ou encore Vitalij Shevoroshkin[47]. Ces auteurs ont proposé des rapprochements lexicaux ou typologiques, parfois fondés sur des reconstructions hypothétiques de macro‑familles telles que le « dené‑caucasien ».

Dans ces approches, le basque est parfois rapproché des langues caucasiennes du Nord‑Est, ou encore du géorgien, sur la base de ressemblances morphologiques ou phonétiques. Toutefois, ces similitudes ne constituent pas des preuves de parenté généalogique : elles ne s’accompagnent pas de séries de correspondances phonétiques régulières, condition indispensable pour établir une filiation linguistique.

Les théories dené‑caucasiennes ou caucasiennes restent donc spéculatives. Elles ne satisfont pas aux critères de la méthode comparative et ne sont pas reconnues par la majorité des linguistes spécialisés dans l’étude du basque, qui continuent de considérer l’euskara comme un isolat linguistique en l’état des connaissances[41].

Origine ibère

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L’hypothèse d’un lien entre le basque et les langues ibères, connue sous le nom de vasco-ibérisme, apparaît au XIXᵉ siècle et repose principalement sur des arguments géographiques (contiguïté des territoires) et sur certaines ressemblances graphiques ou lexicales supposées dans les inscriptions ibères. Les langues ibères elles‑mêmes sont généralement considérées comme un isolat ou un petit groupe mal documenté[48].

En 2003, lors d’une conférence organisée à Bayonne par l’Institut culturel basque, le linguiste Beñat Oyharçabal rappelle que l’hypothèse basco‑ibérique n’a pas été jugée suffisamment crédible pour remettre en cause la thèse de l’isolat basque[39]. Les analyses disponibles ne permettent pas d’établir des correspondances phonétiques régulières entre l’ibère et l’euskara, condition indispensable pour démontrer une parenté généalogique.

En 2025, un article de presse évoque la possibilité d’une racine antérieure commune au proto‑basque et à l’ibère, sur la base de nouvelles découvertes archéologiques et épigraphiques[49]. Ces propositions relèvent toutefois de la vulgarisation journalistique et n’ont pas fait l’objet d’une validation par la linguistique historique.

En l’état des connaissances, aucune étude comparative rigoureuse n’a permis d’établir une parenté généalogique entre l’ibère et le basque. Le vasco‑ibérisme est aujourd’hui considéré comme une hypothèse historique d’intérêt, mais non confirmée, et l’euskara demeure classé comme un isolat linguistique.

Parentés entre Basques, Paléo-Sardes et Ibères

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L’idée d’une parenté entre le basque, les langues ibères et une hypothétique langue « paléo‑sarde » repose sur des rapprochements historiques et toponymiques proposés depuis le XIXᵉ siècle. Ces hypothèses relèvent de l’histoire des idées linguistiques et ne sont pas confirmées par la méthode comparative.

L’historien grec Strabon (Iᵉʳ siècle av. J.‑C.) mentionne une certaine similarité physique et culturelle entre les Ibères et les Aquitains, mais il ne décrit pas de parenté linguistique démontrée entre leurs langues[50]. Les interprétations modernes qui en déduisent une extension ancienne du proto‑basque dépassent ce que les sources antiques permettent d’affirmer.

Divers toponymes de la façade atlantique et du sud de la France ont parfois été rapprochés du basque (par exemple Muga, Ibie, Ura, Ibias, Eo, etc.). Ces rapprochements sont cependant discutés : ils ne reposent pas sur des correspondances phonétiques régulières et ne permettent pas d’établir une parenté généalogique. Ils relèvent de la toponymie spéculative plutôt que de la linguistique historique.

Il est attesté que le basque ou des variétés aquitaines apparentées ont été parlés dans certaines zones des Pyrénées centrales jusqu’au haut Moyen Âge, notamment dans les comtés de Pallars et de Ribagorce[51]. Ces faits témoignent d’une présence ancienne, mais ne permettent pas de reconstruire une extension proto‑basque au-delà de ce qui est documenté.

Concernant la Sardaigne, le linguiste Eduardo Blasco Ferrer a proposé l’existence d’une langue « paléo‑sarde » pré‑romaine présentant des similitudes avec le basque[52]. Ces propositions, fondées principalement sur la toponymie et des comparaisons lexicales ponctuelles, n’ont pas été confirmées par la méthode comparative et ne font pas consensus parmi les spécialistes.

En l’état des connaissances, aucune étude linguistique rigoureuse n’a établi de parenté généalogique entre le basque, l’ibère ou une hypothétique langue paléo‑sarde. Les seules correspondances solides reconnues concernent l’aquitain ancien, considéré comme la forme la plus ancienne documentée du basque.

Parenté avec le berbère

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L’hypothèse d’une parenté entre le basque et les langues berbères (amazigh) repose sur des rapprochements historiques et linguistiques proposés par quelques auteurs, mais elle n’est pas retenue par la linguistique historique.

Une version populaire de cette thèse situe l’apparition du basque à l’époque de la deuxième guerre punique, en supposant que des contingents berbères de l’armée d’Hannibal auraient abandonné la campagne en 218 av. J.‑C. et se seraient installés dans le nord de la péninsule Ibérique. Cette idée, fondée sur des récits historiques tardifs et non corroborée par les sources antiques, n’est pas considérée comme plausible par les spécialistes.

Certains auteurs ont proposé des rapprochements lexicaux entre le basque et l’amazigh, notamment dans le cadre de comparaisons typologiques ou de recherches sur les substrats linguistiques[53]. Ces propositions ne reposent toutefois pas sur des correspondances phonétiques régulières ni sur des reconstructions établies, conditions indispensables pour démontrer une parenté généalogique.

En l’état des connaissances, aucune étude comparative rigoureuse n’a établi de lien généalogique entre le basque et les langues berbères. Les similitudes avancées relèvent de la typologie ou de la comparaison impressionniste, et l’euskara demeure classé comme un isolat linguistique.

Parenté avec le japonais

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L’idée d’une parenté entre le basque et les langues japoniques revient régulièrement dans la littérature populaire et dans certains articles de presse, en raison de ressemblances lexicales ou typologiques perçues[54],[55],[56]. Ces rapprochements ont parfois intrigué le grand public, mais ils ne reposent pas sur des analyses linguistiques démontrées.

Les ressemblances avancées concernent généralement :

  • quelques mots isolés dont la similarité est fortuite ;
  • des traits typologiques généraux (ordre SOV, agglutination) que le basque partage avec de nombreuses langues non apparentées ;
  • des parallèles culturels ou historiques sans lien linguistique.

Aucune de ces observations ne constitue une preuve de parenté généalogique. Les langues japoniques et le basque ne présentent pas de correspondances phonétiques régulières, ni de morphologie héritée commune, ni de système lexical reconstruit pouvant indiquer une origine partagée.

En l’état des connaissances, la linguistique historique ne reconnaît aucun lien généalogique entre le basque et le japonais. Les similitudes évoquées relèvent de la typologie ou de coïncidences formelles, et l’euskara demeure classé comme un isolat linguistique.

Parenté avec le dogon

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En 2013, Jaime Martín Martín, professeur de langue et littérature à l’Institut Cervantes de Madrid, publie un ouvrage intitulé Un enigma esclarecido: el origen del vasco, dans lequel il propose un rapprochement entre le basque et le dogon, langue parlée principalement au Mali et au Burkina Faso. L’auteur affirme avoir comparé 2 247 mots et identifié des ressemblances dans 1 633 d’entre eux, concluant que ces similitudes ne pouvaient être dues au hasard[57],[58].

Cette hypothèse a été vivement critiquée par plusieurs linguistes. Xabier Kintana souligne que l’étude repose sur des ressemblances superficielles et ignore l’origine latine de nombreux mots basques cités comme preuves (par exemple soro « champ »)[59].

La linguiste Asya Pereltsvaig note que les comparaisons structurelles avancées par Martín ne sont pas pertinentes : le dogon est une langue tonale sans marquage de cas ni alignement ergatif, alors que le basque est une langue non tonale, fortement flexionnelle et ergative. Elle rappelle également que l’ordre SOV, mis en avant par Martín, est l’un des plus fréquents au monde et ne constitue pas un indice de parenté généalogique[60].

Les méthodes employées (comparaison lexicale massive, absence de correspondances phonétiques régulières, absence de reconstruction) ne répondent pas aux critères de la méthode comparative. En l’état des connaissances, aucune étude linguistique rigoureuse n’a établi de lien généalogique entre le basque et le dogon, et l’euskara demeure classé comme un isolat linguistique.

Parenté avec l'égyptien ancien, le groupe dravidien et le groupe sénégalo-guinéen

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Au début du XXᵉ siècle, la linguiste française Lilias Homburger a proposé de rapprocher le basque de plusieurs langues agglutinantes non indo‑européennes, notamment l’égyptien ancien, les langues dravidiennes du sud de l’Inde et certaines langues d’Afrique de l’Ouest (wolof, sérère, peul). Selon elle, le caractère agglutinant du basque le rapprochait davantage de ces langues que des langues indo‑européennes, et elle suggérait qu’avant l’expansion de l’indo‑européen, des langues agglutinantes auraient pu couvrir une large partie de l’Afrique du Nord, de l’Europe méridionale et de l’Asie[61].

Ces propositions reflètent les approches typologiques de l’époque, qui assimilaient souvent similarités morphologiques et parenté généalogique. Elles ne reposent pas sur des correspondances phonétiques régulières ni sur des reconstructions établies, conditions indispensables pour démontrer une relation de parenté entre langues.

La linguistique historique moderne considère que :

  • l’agglutination est un trait typologique largement répandu et non un indicateur de parenté ;
  • les langues dravidiennes, égyptiennes et sénégalo‑guinéennes appartiennent à des familles distinctes, bien établies ;
  • aucune donnée comparative ne permet de relier ces langues au basque.

En l’état des connaissances, les hypothèses de Homburger sont considérées comme historiquement intéressantes mais scientifiquement dépassées. Aucune étude moderne n’a établi de lien généalogique entre le basque, l’égyptien ancien, les langues dravidiennes ou les langues sénégalo‑guinéennes, et l’euskara demeure classé comme un isolat linguistique.

L'euskarisation tardive

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L’hypothèse dite de l’euskarisation tardive propose que la diffusion de l’euskara dans la dépression basque ne serait pas préhistorique, mais résulterait d’une migration d’Aquitains vers le sud des Pyrénées entre l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge. Selon cette théorie, défendue notamment par les historiens et philologues Francisco Villar, Claudio Sánchez-Albornoz et Manuel Gómez-Moreno, les Aquitains — dont la langue est considérée comme la forme la plus ancienne attestée du basque — se seraient superposés à des populations vascones romanisées entre le Ier et le Ve siècle[62].

Le linguiste Koldo Mitxelena a formulé de nombreux contre‑arguments, soulignant notamment que les données linguistiques disponibles ne permettent pas de dater précisément l’expansion du basque ni d’exclure une présence plus ancienne au sud des Pyrénées. Les recherches archéologiques ont toutefois mis en évidence, dans certaines nécropoles, des individus présentant une morphologie proche de celle des populations aquitaines, datés des Ve‑VIe siècles. Ces résultats suggèrent des mouvements migratoires, sans pour autant permettre de conclure à une diffusion linguistique systématique.

Les prospections archéologiques montrent également la superposition de niveaux celtiques sur des niveaux indigènes plus anciens, témoignant de contacts culturels complexes dans la région. Ces données ne permettent cependant pas de déterminer la chronologie exacte de l’implantation du basque ni l’étendue de son aire primitive.

En 2006, des inscriptions en euskara ont été annoncées sur le site d’Iruña‑Veleia (Álava), datées entre les IIIᵉ et VIᵉ siècles. Leur découverte avait été interprétée par certains comme un argument en faveur d’une euskarisation ancienne ou, au contraire, tardive. Toutefois, plusieurs commissions scientifiques ont conclu par la suite que ces inscriptions étaient des falsifications modernes, et elles ne sont plus considérées comme des preuves utilisables dans le débat scientifique[63].

Dans tous les cas, l’existence de migrations aquitaines ne permet pas, à elle seule, de déterminer si des locuteurs du basque étaient déjà présents dans les zones d’arrivée ni d’expliquer l’origine de ces populations sans clarifier au préalable la question de la précédence des Aquitains. Certains auteurs ont proposé de relier ces derniers à des populations paléolithiques de l’arc atlantique, mais ces hypothèses restent spéculatives et ne sont pas confirmées par la linguistique historique.

En l’état des connaissances, l’euskarisation tardive demeure une hypothèse discutée, qui coexiste avec d’autres scénarios possibles concernant l’ancienneté et l’extension initiale de l’euskara.

Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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Références

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