Masol

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Masol
Localisation
Pays Drapeau de l'Inde Inde
Coordonnées 30° 50′ 00″ nord, 76° 50′ 00″ est

Géolocalisation sur la carte : Inde

(Voir situation sur carte : Inde)
Masol
Masol

Masol est un site paléontologique et préhistorique des piémonts de l'Himalaya, au nord-ouest de l'Inde, dans l'état du Pendjab à quelques kilomètres au nord de Chandigarh, et daté de la fin du Pliocène.

Un site paléontologique et préhistorique du Pliocène final[modifier | modifier le code]

Les formations fossilifères se situent dans un anticlinal de la chaîne frontale des Siwaliks. D'une cinquantaine de mètres d'épaisseur et réparties sur 50 hectares autour d'un dôme d'origine tectonique, elles sont connues des paléontologues depuis les années 1910[1]. Elles ont été étudiées par les géologues indiens dans les années 1960, et nommées zone Quranwala[2],[3]. Leur datation par paléomagnétisme réalisée dans les années 1990[4],[5] situe les séquences fossilifères à 50 mètres au moins sous l'inversion Gauss-Matuyama et donc jusqu'à 100 mètres sous la limite Tertiaire-Quaternaire, soit à plus de 2,6 millions d'années. Les fossiles sont récoltés à plus de 90% en surface, en raison de l'érosion intense due aux pluies de mousson, combinée à la tectonique des plaques en compression (surrection de la chaîne himalayenne) : leur origine stratigraphique étant strictement limitée aux 50 mètres d'épaisseur formant la zone Quranwala, les milliers de fossiles collectés en surface sont devenus une référence internationale pour la période de transition plio-pléistocène en Asie[6],[7],[8],[9] ; l'âge de la faune en surface est de ce fait bien connu[10]. Celle-ci est composée en majorité d'espèces d'herbivores terrestres et aquatiques comme le Stégodon et l''Hexaprotodon[11],[12],[13], vivant en bordure d'une ancienne rivière himalayenne ou de marais avoisinants.

Quatre fossiles avec des traces de boucherie (section de tendons et percussion des os) ont été découverts en 2009, 2011 et 2017. Depuis 2008, plus de 200 outils en quartzite (choppers, éclats, enclumes, nucléus) ont été collectés en 12 localités fossilifères, soit sur les limons en cours d'érosion, soit dans les colluvions. Le premier chopper en place a été dégagé en 2017 dans les plus anciens limons fossilifères en place, 100 mètres au moins sous la limite plio-pléistocène[14].

21 traces de découpes et de percussion sur 4 fossiles d'au moins 2,6 millions d'années[modifier | modifier le code]

Une équipe du Département Homme et Environnement du Muséum national d'histoire naturelle (UMR 7194 CNRS, Paris)[15], dirigée par la paléoanthropologue française Anne Dambricourt Malassé[16], en partenariat avec la Society for Archaeological and Anthropological Research de Chandigarh, fondée par le préhistorien indien Mukesh Singh[17], découvre depuis 2009 des traces sur des fossiles d'herbivores, caractéristiques de découpe de tendons et de fracture sur os frais, faites par des tranchants de pierre en quartzite, ainsi que des outils (galets taillés, choppers, éclats, enclumes, percuteurs, nucléus) dans, et sur les sédiments en cours d'érosion de la zone Quranwala[18]. Tous les fossiles proviennent de cette petite formation géologique ; leur âge est donc supérieur à 2,6 Ma. Ces recherches se poursuivent sous le parrainage d'Yves Coppens, dans le cadre de la "Mission préhistorique française en Inde", financée par le Ministère des affaires étrangères et du développement international (MAEDI) de 2012 à 2014[19], et l'ambassade de France à New Delhi en 2017.

La découverte a été publiée en 2016 sous forme de 10 articles en anglais, dans un numéro thématique "paléontologie et théorie de l'évolution" des Comptes-rendus de l'Académie des sciences[9],[20],[21],[11],[22],[10],[23],[24],[25],[26] de l' Institut de France, avec une préface d'Yves Coppens,

La conservation des traces est suffisante pour être étudiée à très haute résolution. Leur étude sur les trois premiers fossiles a été réalisée grâce aux nouvelles techniques d'acquisition des images, à de hautes échelles de résolution, avec le microscope dynamique 3D du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) et la microtomographie de la plateforme AST-RX du Muséum national d'Histoire naturelle. Elles permettent de pallier les difficultés rencontrées jusqu'alors, lorsque la surface du fossile est usée, et elles ajoutent de nouvelles informations moins perceptibles à l’œil nu. L'imagerie a donc permis de vérifier l'origine lithique des traces. Celles d'un métapode découvert en 2011 sont très bien conservées ; l'image illustre la couverture du volume des comptes-rendus de l'Académie des sciences[27]. Elles sont bien visibles à l’œil nu, car elles sont profondes, rapprochées, superposées et se terminent par un grand éclatement de la surface de l'os et sa fracturation. Elles correspondent à des percussions. D'autres sur un tibia découvert en 2009 ont gagné en précision ; deux d'entre elles ont permis de constater des mouvements précis du poignet ; elles correspondent au détachement de ligaments. Celles d'un grand tibia de stégodon découvert en 2017 sont exceptionnellement bien conservées, car elles sont sur le périoste. Celui-ci s'érode en premier, ce qui peut expliquer la rareté des traces sur les anciens sites d'activités de boucherie.

L'origine intentionnelle des traces a donc été démontrée à l'aide de ces puissants microscopes[20],[28], et leur état de conservation ne constitue donc pas un obstacle au diagnostic[29], comme le démontre leur description détaillée et illustrée par les imageries[20]. Les références de l'étude des traces rappellent les articles dédiés à l'historique du site[24], et aux nouvelles mesures paléomagnétiques et à l'étude lithostratigraphique des localités réalisées au Muséum [21],[10]. Elles permettent de constater que la datation des fossiles est connue de longue date. Contrairement à de récentes affirmations[30], non seulement l'âge des traces est connu, mais il est reconnu par l'Académie des sciences de l'Institut de France[19].

En 2017, un total de 4 os fossilisés montre 21 traces de découpe ou de percussion. Le nombre de fossiles portant des traces n'étant pas un critère pour déterminer si elles sont intentionnelles, la provenance stratigraphique étant circonscrite à la zone Quranwala, les analyses ont conclu à des activités de charognage de type humain, à plus de 2,6 millions d'années, sur les berges d'une ancienne rivière provenant de l'Himalaya, après de puissantes inondations dues à la mousson et à l'origine des matières premières (galets de quartzite) transportées depuis les terrasses fluviatiles piémontaises.

« Ces traces de découpages de tendons et de viande sont incontestablement artificielles, c’est-à-dire faites par un être qui a manipulé avec une main. Ça aussi c’est incontestable : par l’allure des incisions, par la section des incisions. L’étude a été très bien conduite. C’est extrêmement intéressant, extrêmement important. C’est une très belle découverte, une très grande découverte, faite par des gens de très grande qualité. Les résultats ont été vus et revus, contrôlés, revisités, et tout à fait sérieux.

These traces of carvings of tendons and meat are definitely artificial, that is to say made by someone who handled with one hand and not being manipulated with a tooth. Also it is indisputable : by the allure of the incisions, by the section of the incisions. The study was very well conducted. It is extremely interesting, extremely important. It is a very beautiful discovery, a very big discovery, made by people of very high quality. The results were seen and reviewed, controlled, revisited, and quite serious.  »

— Yves Coppens, 24 mai 2016, Institut de Paléontologie Humaine, École doctorale du Muséum national d'Histoire naturelle et de l'Université Pierre et Marie Curie, Paris

Ces traces de boucherie indiquent que des hominines étaient présents à cette époque en Asie ; elles ne bouleversent pas l'âge pressenti de l'émergence du genre Homo [12],[13], à 3 Ma au moins, mais le paradigme d'une première sortie d'Afrique à 2 Ma.

« Le genre Homo a dû émerger en Afrique plus tôt qu'on ne le pensait, il y a au moins 3 millions d'années (...) On observe une sortie des mammifères d'Afrique à cette époque, alors pourquoi l'humain n'aurait-la pas suivi ? »

— Yves Coppens, juillet 2017[31]

L'exposition de janvier 2016 au Government Museum and Art Gallery de Chandigarh[modifier | modifier le code]

En janvier 2016, grâce aux publications des Comptes-rendus de l'Académie des sciences et à l'ambassade de France qui soutient la coopération, le Bureau du Premier Ministre Narendra Modi[32], chef du Gouvernement de l'Inde, demande au Muséum de Chandigarh - The Government Museum and Art Gallery in Chandigarh[33] - de consacrer une exposition à la découverte de Masol, dans le cadre de la visite du Président de la République française, François Hollande[34], invité d'honneur pour la célébration du Republic Day (Jour de la République). L'exposition organisée par les deux responsables de la coopération franco-indienne, le Muséum de Chandigarh, avec une contribution du Muséum d'histoire naturelle de New Delhi - ou le Musée national[35] - a été inaugurée le 24 janvier 2016 par le Premier Ministre de l'Inde et le Président de la République française, accompagné de plusieurs ministres dont le Ministre des Affaires Étrangères, Laurent Fabius, et Ségolène Royal, Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, alors tutelle du Muséum national d'Histoire naturelle[36],[37].

Les outils lithiques : 2017, le premier chopper en stratigraphie[modifier | modifier le code]

La question en suspens concernait la datation des outils ; quelques scientifiques, interrogés par des médias lors de la parution des articles, attendaient la confirmation de leur présence dans les limons [38]. L'érosion ne mettant pas en cause l'âge des fossiles - donc l'âge des traces de boucherie qui attestent de l'usage de tranchants en quartzite - la présence d'outils de facture simple dans les sédiments en cours d'érosion est cohérente. Chaque année, de nouveaux fossiles et de nouveaux artefacts sont ramassés dans les mêmes localités, après le lessivage des sédiments par la mousson. La Mission franco-indienne n'affirme donc pas que les artefacts collectés dans ces conditions ont l'âge des fossiles[39], mais l'exhumation annuelle de nouveaux outils - choppers, enclumes, éclats - collectés sur les mêmes limons, ne peut s'expliquer autrement que par leur présence dans ces limons les années précédentes. Cette déduction logique a été confirmée lors de la campagne de février 2017 avec le dégagement du premier chopper en stratigraphie, dans les plus anciens limons de la séquence fossilifère, érodés depuis les premières prospections. L'outil se trouvait dans le secteur des traces de charognage trouvées en 2009. De nouvelles traces de boucherie sur un tibia de Stégodon ont complété la collection. En 2017, Masol devient le premier site pliocène ayant livré, dans une même localité (Masol 1) et la même couche limoneuse, des fossiles de vertébrés, des traces de boucherie et un chopper en stratigraphie. Ces découvertes de 2017 ont été possibles grâce au soutien financier de l'ambassade de France et une contribution de l'UMR 7194 CNRS; elles ont été annoncées par The Times of India[40],[41],[42], présentées à l’École doctorale du Muséum national d'Histoire naturelle et de l'Université Pierre et Marie Curie[43], puis par Science et Vie[31] avec la première carte d'une sortie d'Afrique à plus de 2,6 Ma.

Qui sont les hominiens de Masol ?[modifier | modifier le code]

Cette première hypothèse d'une origine africaine des techniques de taille implique que les hominines qui charognaient à Masol sont des représentants de la plus ancienne espèce du genre Homo. Elle ouvre de nouvelles perspectives sur les premiers peuplements humains de l'Asie, notamment à la périphérie du plateau tibétain en formation.[44]

La question est donc de savoir désormais si les hominiens de Masol correspondent à la plus vieille espèce du genre Homo, avec une sortie d'Afrique antérieure à 2,6 millions d'années, ce qui repousse l'émergence du genre au-delà de 3 Ma. Si les hominines de Masol sont des humains, cela suppose une importante radiation géographique hors d'Afrique avant la fin de l'ère tertiaire, et donc une certaine densité de population entre l'Afrique orientale et le haut bassin de l'Indus avant la fin de l'ère tertiaire. C'est cette densité de population qui surprend les préhistoriens. L'hypothèse d'un foyer d'hominisation en Asie et correspondant à un autre hominien n'est donc pas exclue[9],[45],[46],[47],[48],[49],[50],[51]. En effet, Masol se situe à 80 km de formations miocènes de 8 Ma dans les piémonts himalayens, comprimés par la tectonique et ayant livré deux genres de grand singe asiatiques (Indopithecus et Sivapithecus), dont cinq espèces de Sivapithecus. En outre, l'usage de tranchants lithiques, ou la fabrication d'enclumes, de nucléus et de galets aménagés, n'est plus l'apanage du genre Homo comme l'attestent les sites de Dikika et de Lomekwi 3, en Afrique orientale.

Il est prévu d'intensifier les recherches afin de découvrir un fossile d'hominien permettant de répondre à cette question.

Site internet et page du CNRS[modifier | modifier le code]

http://siwaliks-hominid.com/

http://hnhp.cnrs.fr/?707-Siwaliks-les-hominines-du-haut

Références[modifier | modifier le code]

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  2. (en) Sahni, M.R., Khan, E. J.,, « Boundary between the Tatrots and Pinjaurs », Res. Bull. Panjab Univ.12,‎ , p. 263-264
  3. (en) Sahni, M.R., Khan, E. J., « Stratigraphy, structure and correlation of the Upper Shiwaliks, East of Chandigarh. », Journal of Palaeontologica Society of India, 1960-1964, 5-9,‎ , p. 61-74
  4. (en) Rao R., « Magnetic polarity stratigraphiy of Upper Siwalik of north-western Himalayan foothills. », Current Science, 64,‎ , p. 863-873
  5. (en) Ranga R. et al., « Magnetic polarity stratigraphy of the Pinjor Formation (Upper Siwalik) near Pinjore, Haryana. », Current Science, 68, 12,‎ , p. 1231-1236.
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  7. (en) Gaur R., Environment and ecology of early man in northwest India., Delhi, B. R. Publishing Corporation, , 252 p. p.
  8. (en) Gaur, R., Chopra, S.R.K, « Taphonomy Fauna, environment and ecology of Upper Siwaliks Plio-Pleistocene near Chandigarh, India », Nature, 308, 5957,‎ , p. 353-355.
  9. a, b et c (en+fr) Dambricourt Malassé A, « The first Indo-French Prehistorical Mission in Siwaliks and the discovery of anthropic activities at 2.6 million years [La première mission préhistorique franco-indienne dans les Siwaliks et la découverte d’activités anthropiques à 2,6 millions d’années] », Palevol, Fascicule thématique des Comptes Rendus de l'Académie des Science,‎ février/mars 2016 (ISSN 1631-0683, lire en ligne)
  10. a, b et c Chapon Sao C, Abdessadok S., Dambricourt Malassé A., Singh M., Karir B., Bhardwaj V., Pal S., Gaillard C., Moigne A-M., Gargani J., Tudryn A., « Magnetic polarity of Masol 1 Locality deposits, Siwalik Frontal Range, northwestern India. », Comptes Rendus Palevol, Fascicule thématique, Académie des Sciences,‎ février-mars 2016,v.15, p.407-416 (lire en ligne)
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  25. Julien Gargani, Salah Abdessadok, Alina Tudryn, Cécile Chapon Sao, Anne Dambricourt Malassé, Claire Gaillard, Anne-Marie Moigne, Mukesh Singh, Vipnesh Bhardwaj, Baldev Karir, « Geology and Geomorphology of Masol paleonto-archeological site, Late Pliocene, Chandigarh, Siwalik Frontal Range, NW India. », Comptes Rendus Palevol, Fascicule thématique, Académie des Sciences,‎ février-mars 2016,v.15, p.379-391 (lire en ligne)
  26. —Tudryn Alina, Abdessadok Salah, Julien Gargani, Anne Dambricourt Malassé, Claire Gaillard, Anne-Marie Moigne, Cécile Chapon Sao, Mukesh Singh, Vipnesh Bhardwaj, Baldev Karir, Serge Miska, « Stratigraphy and paleoenvironment during the Late Pliocene at Masol paleonto-archeological site (Siwalik Range, NW India) : Preliminary results. », Comptes Rendus Palevol, Fascicule thématique, Académie des Sciences,‎ février-mars 2016,v.15, , p.440-452 (lire en ligne)
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Articles connexes[modifier | modifier le code]