Ahmet Davutoğlu

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Ahmet Davutoğlu
Ahmet Davutoğlu, en février 2014.
Ahmet Davutoğlu, en février 2014.
Fonctions
36e Premier ministre turc
En fonction depuis le
(1 an 5 mois et 15 jours)
Président Recep Tayyip Erdoğan
Gouvernement Davutoğlu I, II et III
Législature 24e, 25e (Parlement dissout) et 26e
Coalition AKP
Prédécesseur Recep Tayyip Erdoğan
Président du Parti pour la justice
et le développement
En fonction depuis le
(1 an 5 mois et 17 jours)
Prédécesseur Recep Tayyip Erdoğan
Ministre turc des Affaires étrangères

(5 ans 3 mois et 28 jours)
Président Abdullah Gül
Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan
Gouvernement Erdoğan II et III
Prédécesseur Ali Babacan
Successeur Mevlüt Çavuşoğlu
Biographie
Date de naissance (56 ans)
Lieu de naissance Taşkent (Turquie)
Parti politique AKP
Religion Islam sunnite

Signature

Ahmet Davutoğlu
Premiers ministres turcs

Ahmet Davutoğlu, né le à Taşkent, est un homme politique turc, membre et président du Parti pour la justice et le développement (AKP). Ministre des Affaires étrangères de 2009 à 2014, il est Premier ministre depuis le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Originaire d'une famille pieuse de Konya, Davutoğlu fait ses études secondaires au lycée allemand d'Istanbul. Il passe un doctorat de sciences politiques[1]. Il s'oriente ensuite vers une carrière universitaire et occupe plusieurs postes à l'étranger, notamment à Kuala Lumpur en Malaisie, à l'université internationale de l'islam. Il rédige une thèse sur la critique du monde occidental et sur l'alternative civilisationnelle de l'islam. Dans La Profondeur stratégique, un livre publié en 2001 devenu un best-seller, il prône une Turquie contemporaine se posant en héritière de l'Empire ottoman[2]. Il y critique l'alignement en toutes circonstances de la politique étrangère turque sur l'Occident, l'alliance « contre nature » avec Israël[1]. Il affirme que la Turquie doit abandonner le modèle de l'État nation kémaliste pour regagner une profondeur stratégique naturelle, profondeur que forme l'arc islamique du Maroc à l'Indonésie[1].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

À partir de 2002, il est conseiller diplomatique des Premiers ministres Abdullah Gül et Recep Tayyip Erdoğan, gagnant auprès de ce dernier une grande influence, considéré comme un « ministre des Affaires étrangères de l'ombre », gérant les dossiers diplomatiques importants et surnommé le « Kissinger de la diplomatie turque »[2].

Lors d'un remaniement ministériel effectué par Erdoğan le , il prend la succession d'Ali Babacan en tant que ministre des Affaires étrangères. Aux législatives de 2011, il devient député de la province de Konya.

Le , Erdoğan, récemment élu à la présidence de la République, annonce qu'il le nommera Premier ministre[3]. Ahmet Davutoğlu accède à la présidence du Parti pour la justice et le développement (AK PARTI)[4] le 27 août.

Cette nomination entre dans le cadre d'un changement institutionnel important. Auparavant, le président avait des prérogatives largement protocolaires et le Premier ministre assumait la réalité du pouvoir. Erdoğan, qui souhaite présidentialiser le régime, détient donc réellement le pouvoir, Premier ministre puis président. Ahmet Davutoglu est donc présent comme un « dauphin alibi », même s'il joue un rôle d'éminence grise auprès du nouveau président[2].

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Le , il est nommé Premier ministre par le nouveau président Erdoğan[5],[6] et entre en fonction le lendemain[7]. Le 6 septembre, il obtient un vote de confiance du Parlement par 306 voix pour et 133 contre.

Après les législatives de juin 2015 il remet à Recep Tayyip Erdoğan la démission de son gouvernement le [8],[9]. Ce dernier est remplacé le par un gouvernement provisoire où Davutoğlu est nommé Premier ministre directement par décret présidentiel.

Le , son parti remporte la majorité absolue aux législatives anticipées[10]. Le , il est chargé de former un nouveau gouvernement par le président de la République, Recep Tayyip Erdogan[11]. Le 24 novembre suivant, il forme son gouvernement[12].

Doctrine Davutoğlu[modifier | modifier le code]

Politiquement, Ahmet Davutoğlu est décrit comme un musulman conservateur et un nationaliste[4]. Sur le plan international, la « doctrine Davutoğlu » est celle du « zéro problème avec les voisins », une diplomatie multidimensionnelle entre le Moyen-Orient, l'Europe et le monde russe[4]. Dans un entretien au Monde en 2011, il explique que l'objectif d'une telle politique est de faire de la Turquie une zone stable et prospère dans la région ainsi que de désamorcer les conflits entre la Turquie et ses voisins mais aussi entre voisins de la Turquie eux-mêmes en jouant un rôle de médiateur[4].

Par ailleurs, s'il défend à partir de 2003 l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et plaide pour une résolution du problème chypriote, rapidement celui-ci n'est plus sa priorité[1]. En 2009, il commence à privilégier les relations diplomatiques avec le monde arabe et l'Iran, signant un accord de libre-circulation avec la Syrie. Il entretient une diplomatie « discrète, mais réelle » avec les Frères musulmans[1].

Si la diplomatie turque soutient les Printemps arabes de 2011, ses positions se font plus ambiguës, notamment vis-à-vis de son aide à des groupes armés rebelles syriens pendant la guerre civile, y compris des djihadistes. Ahmet Davutoğlu voyait en effet le régime de Bachar el-Assad tomber rapidement, mais le maintien de celui-ci, l'éloignement de la Turquie de l'UE, l'échec de son rôle de médiateur à force de sectarisme en ne favorisant que les sunnites et son engagement pro-Hamas participent à isoler la Turquie de la scène internationale[2]. Les gains diplomatiques de la Turquie des dernières années sont perdus en quelques mois, notamment vis-à-vis de l'Égypte d'Abdel Fattah al-Sissi, de l'Irak et de l'Iran effrayés de voir le pays de Davutoğlu agiter l'étendard confessionnel sunnite[1]. Paradoxalement, la Turquie se retrouve dans le camp des puissances occidentales contre le régime syrien[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tancrède Josseran, « Ahmet Davutoğlu, prophète de l'ottomanisme », Conflits, oct.-déc. 2014

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Tancrède Josseran, « Ahmet Davutoğlu, prophète de l'ottomanisme », Conflits, no 3, oct.-déc. 2014, p. 16-19
  2. a, b, c et d Nare Hakikat, « Davutoglu, le dauphin alibi d'Erdogan », Le Figaro, samedi 23 / dimanche 24 août 2014, page 7.
  3. « Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, désigné Premier ministre », Le Monde, 21 août 2014
  4. a, b, c et d « Le président Erdogan nomme son « frère Davutoglu » premier ministre », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  5. « En Turquie, le président Erdogan nomme Davutoglu Premier ministre », sur Libération.fr (consulté le 26 novembre 2015)
  6. http://www.internethaber.com/ak-partide-tarihi-kongre-basladi-canli-yayin-714459h.htm internethaber.com
  7. « Turquie: Davutoglu présente un nouveau gouvernement d'une grande continuité - 29/08/2014 », sur Ladepeche.fr (consulté le 25 novembre 2015)
  8. « Turquie : le gouvernement Davutoglu démissionne, discussions sur une coalition », sur ladepeche.fr,‎ (consulté le 28 août 2015)
  9. « Turquie : le gouvernement Davutoglu chargé d’assurer l’intérim », sur euronews.com (consulté le 28 août 2015)
  10. « Législatives en Turquie : l’AKP d’Erdogan remporte la majorité absolue », sur France info (consulté le 7 novembre 2015)
  11. « Turquie: Davutoglu formellement chargé de former un nouveau gouvernement » (consulté le 18 novembre 2015)
  12. « Turquie-Ahmet Davutoglu a formé son gouvernement » (consulté le 25 novembre 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]