Ahmet Davutoğlu

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Ahmet Davutoğlu
Ahmet Davutoğlu en 2012.
Ahmet Davutoğlu en 2012.
Fonctions
Premier ministre de Turquie

(1 an 8 mois et 25 jours)
Président Recep Tayyip Erdoğan
Gouvernement Davutoğlu I, II et III
Législature 24e, 25e et 26e
Coalition AKP (2014-2015 et 2015-2016)
Prédécesseur Recep Tayyip Erdoğan
Successeur Binali Yıldırım
Président général du Parti pour la justice
et le développement

(1 an 8 mois et 25 jours)
Prédécesseur Recep Tayyip Erdoğan
Successeur Binali Yıldırım
Député de Konya
En fonction depuis le
(5 ans 1 mois et 2 jours)
Élection
7 juin 2015
1er novembre 2015
Législature 24e, 25e et 26e
Groupe politique AKP
Ministre des Affaires étrangères

(5 ans 3 mois et 28 jours)
Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan
Gouvernement Erdoğan II et III
Prédécesseur Ali Babacan
Successeur Mevlüt Çavuşoğlu
Biographie
Date de naissance (57 ans)
Lieu de naissance Taşkent (Turquie)
Parti politique AKP
Conjoint Sare Davutoğlu
Religion Islam sunnite
Résidence Başbakanlık Konutu (Ankara)

Signature de Ahmet Davutoğlu

Ahmet Davutoğlu
Premiers ministres turcs

Ahmet Davutoğlu, né le à Taşkent, est un universitaire, ancien diplomate et homme politique turc, Premier ministre de Turquie du au et président du Parti pour la justice et le développement (AKP) du au . Il a été auparavant l'un des conseillers de Recep Tayyip Erdoğan, entre 2003 et 2009, puis ministre des Affaires étrangères de 2009 à 2014.

Après la victoire de Recep Tayyip Erdoğan à l'élection présidentielle du , Ahmet Davutoğlu lui succède à la présidence de l'AKP, le 27 août suivant, et devient officiellement Premier ministre de Turquie le lendemain. Son premier gouvernement est alors largement dominé par des proches du président Erdoğan.

Les élections législatives du constituent toutefois un revers pour le chef de l'État et son Premier ministre, dont le parti perd la majorité absolue des sièges à la Grande assemblée nationale. Ne pouvant former une coalition, Davutoğlu se voit contraint de constituer un gouvernement intérimaire soutenu par le seul Parti démocratique des peuples (HDP), jusqu'à la convocation de nouvelles élections au , à l'issue desquelles l'AKP retrouve la majorité absolue des sièges au Parlement.

Alors que les rapports se tendent progressivement entre Erdoğan et Davutoğlu au sujet de la rédaction d'une nouvelle Constitution ouvrant la voie à un régime présidentiel, ce dernier annonce sa démission de Premier ministre et la convocation d'un congrès extraordinaire de l'AKP pour le à l'issue duquel doit être désigné son successeur. Il remet sa démission à Recep Tayyip Erdoğan le jour-même[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Originaire d'une famille pieuse de Konya, Davutoğlu fait ses études secondaires au lycée allemand d'Istanbul. Il passe un doctorat de sciences politiques[2]. Il s'oriente ensuite vers une carrière universitaire et occupe plusieurs postes à l'étranger, notamment à Kuala Lumpur en Malaisie, à l'université internationale de l'islam. Il rédige une thèse sur la critique du monde occidental et sur l'alternative civilisationnelle de l'islam. Dans La Profondeur stratégique, un livre publié en 2001 devenu un best-seller, il prône une Turquie contemporaine se posant en héritière de l'Empire ottoman[3]. Il y critique l'alignement en toutes circonstances de la politique étrangère turque sur l'Occident, l'alliance « contre nature » avec Israël[2]. Il affirme que la Turquie doit abandonner le modèle de l'État nation kémaliste pour regagner une profondeur stratégique naturelle, profondeur que forme l'arc islamique du Maroc à l'Indonésie[2].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

À partir de 2002, il est conseiller diplomatique des Premiers ministres Abdullah Gül et Recep Tayyip Erdoğan, gagnant auprès de ce dernier une grande influence, considéré comme un « ministre des Affaires étrangères de l'ombre », gérant les dossiers diplomatiques importants et surnommé le « Kissinger de la diplomatie turque »[3].

Lors d'un remaniement ministériel effectué par Erdoğan le , il prend la succession d'Ali Babacan en tant que ministre des Affaires étrangères. Aux législatives de 2011, il devient député de la province de Konya.

Le , Erdoğan, récemment élu à la présidence de la République, annonce qu'il le nommera Premier ministre[4]. Ahmet Davutoğlu accède à la présidence du Parti pour la justice et le développement (AK PARTI)[5] le 27 août.

Cette nomination entre dans le cadre d'un changement institutionnel important. Auparavant, le président avait des prérogatives largement protocolaires et le Premier ministre assumait la réalité du pouvoir. Erdoğan, qui souhaite présidentialiser le régime, détient donc réellement le pouvoir, Premier ministre puis président. Ahmet Davutoglu est donc présent comme un « dauphin alibi », même s'il joue un rôle d'éminence grise auprès du nouveau président[3].

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Le , il est nommé Premier ministre par le nouveau président Erdoğan[6],[7] et entre en fonction le lendemain[8]. Le 6 septembre, il obtient un vote de confiance du Parlement par 306 voix pour et 133 contre.

Après les législatives de juin 2015 il remet à Recep Tayyip Erdoğan la démission de son gouvernement le [9],[10]. Ce dernier est remplacé le par un gouvernement provisoire où Davutoğlu est nommé Premier ministre directement par décret présidentiel.

Le , son parti remporte la majorité absolue aux législatives anticipées[11]. Le , il est chargé de former un nouveau gouvernement par le président de la République, Recep Tayyip Erdogan[12]. Le 24 novembre suivant, il forme son gouvernement[13].

Le , un congrès extraordinaire de l'AKP est convoqué ; Ahmet Davutoğlu annonce qu'il n'y sera pas candidat à un nouveau mandat de président du parti, ce qui implique, selon le règlement de l'AKP, qu'il quittera également ses fonctions de Premier ministre[14]. Ce départ s'explique par plusieurs désaccords entre le Premier ministre et le président Erdogan, ce dernier souhaitant par ailleurs présidentialiser le régime et écarter Ahmet Davutoğlu pour le remplacer par une personnalité politique de moindre envergure[15]. Ahmet Davutoğlu démissionne le quelques heures après avoir été remplacé à la présidence du Parti de la justice et du développement, Binali Yıldırım[1]. Ce dernier lui succède à la présidence du Conseil des ministres.

Doctrine Davutoğlu[modifier | modifier le code]

Politiquement, Ahmet Davutoğlu est décrit comme un musulman conservateur et un nationaliste[5]. Sur le plan international, la « doctrine Davutoğlu » est celle du « zéro problème avec les voisins », une diplomatie multidimensionnelle entre le Moyen-Orient, l'Europe et le monde russe[5]. Dans un entretien au Monde en 2011, il explique que l'objectif d'une telle politique est de faire de la Turquie une zone stable et prospère dans la région ainsi que de désamorcer les conflits entre la Turquie et ses voisins mais aussi entre voisins de la Turquie eux-mêmes en jouant un rôle de médiateur[5]. Cependant, cette stratège est un échec. La Turquie se retrouve peu à peu, à partir de 2011, isolée. Les spécialistes imputent cet isolement à l'attitude agressive et impérialiste de la Turquie qui loin de conserver son "équivalence" tends à vouloir s'imposer en grande puissance et à s'occuper de problèmes internes aux autres pays[16],[17]. La doctrine du « zéro problème avec les voisins » s'est transformée en «zéro voisin sans problème»[18].

Par ailleurs, s'il défend à partir de 2003 l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et plaide pour une résolution du problème chypriote, rapidement celui-ci n'est plus sa priorité[2]. En 2009, il commence à privilégier les relations diplomatiques avec le monde arabe et l'Iran, signant un accord de libre-circulation avec la Syrie. Il entretient une diplomatie « discrète, mais réelle » avec les Frères musulmans[2].

Si la diplomatie turque soutient les Printemps arabes de 2011, ses positions se font plus ambiguës, notamment vis-à-vis de son aide à des groupes armés rebelles syriens pendant la guerre civile, y compris des djihadistes. Ahmet Davutoğlu voyait en effet le régime de Bachar el-Assad tomber rapidement, mais le maintien de celui-ci, l'éloignement de la Turquie de l'UE, l'échec de son rôle de médiateur à force de sectarisme en ne favorisant que les sunnites et son engagement pro-Hamas participent à isoler la Turquie de la scène internationale[3]. Les gains diplomatiques de la Turquie des dernières années sont perdus en quelques mois, notamment vis-à-vis de l'Égypte d'Abdel Fattah al-Sissi, de l'Irak et de l'Iran effrayés de voir le pays de Davutoğlu agiter l'étendard confessionnel sunnite[2]. Paradoxalement, la Turquie se retrouve dans le camp des puissances occidentales contre le régime syrien[2].

Selon Jean-Baptiste Le Moulec, spécialiste de la Turquie à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Davutoğlu n'est pas démocrate, il n'hésite pas à justifier la répression de mouvements d'opposition par des complots extérieurs. Il a une vision simpliste et binaire du monde divisé entre musulmans et non musulmans[19].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tancrède Josseran, « Ahmet Davutoğlu, prophète de l'ottomanisme », Conflits, oct.-déc. 2014

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (tr) Erdinç Çelikkan, « Davutoğlu istifasını verdi », sur hurriyet.com.tr,‎ (consulté le 22 mai 2016).
  2. a, b, c, d, e, f et g Tancrède Josseran, « Ahmet Davutoğlu, prophète de l'ottomanisme », Conflits, no 3, oct.-déc. 2014, p. 16-19
  3. a, b, c et d Nare Hakikat, « Davutoglu, le dauphin alibi d'Erdogan », Le Figaro, samedi 23 / dimanche 24 août 2014, page 7.
  4. « Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, désigné Premier ministre », Le Monde, 21 août 2014
  5. a, b, c et d « Le président Erdogan nomme son « frère Davutoglu » premier ministre », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  6. « En Turquie, le président Erdogan nomme Davutoglu Premier ministre », sur Libération.fr (consulté le 26 novembre 2015)
  7. http://www.internethaber.com/ak-partide-tarihi-kongre-basladi-canli-yayin-714459h.htm internethaber.com
  8. « Turquie: Davutoglu présente un nouveau gouvernement d'une grande continuité - 29/08/2014 », sur Ladepeche.fr (consulté le 25 novembre 2015)
  9. « Turquie : le gouvernement Davutoglu démissionne, discussions sur une coalition », sur ladepeche.fr,‎ (consulté le 28 août 2015)
  10. « Turquie : le gouvernement Davutoglu chargé d’assurer l’intérim », sur euronews.com (consulté le 28 août 2015)
  11. « Législatives en Turquie : l’AKP d’Erdogan remporte la majorité absolue », sur France info (consulté le 7 novembre 2015)
  12. « Turquie: Davutoglu formellement chargé de former un nouveau gouvernement » (consulté le 18 novembre 2015)
  13. « Turquie-Ahmet Davutoglu a formé son gouvernement » (consulté le 25 novembre 2015)
  14. http://www.lemonde.fr/international/article/2016/05/05/turquie-congres-extraordinaire-de-l-akp-le-22-mai-pour-acter-le-depart-du-premier-ministre_4914399_3210.html
  15. Delphine Minoui, « Erdogan pousse son Premier ministre vers la sortie », Le Figaro, vendredi 6 mai 2016, page 7.
  16. (fr) « Comment la Turquie est passée du «zéro problème» à zéro ami », sur Slate.fr (consulté le 10 juin 2016)
  17. La-Croix.com, « La Turquie est très isolée au Moyen-Orient », sur La Croix (consulté le 10 juin 2016)
  18. « Turquie: état fort, maillon faible », sur LExpress.fr (consulté le 10 juin 2016)
  19. (fr) « Turquie: dans la tête d'Ahmet Davutoglu, le vizir déchu », sur Slate.fr (consulté le 10 juin 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]