Millî Görüş

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Millî Görüş
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Logo de la branche allemande de Millî Görüş.
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Idéologie

Millî Görüş (prononcé /milˈliː ɟœˈɾyʃ/, litt. « vision nationale ») est une confédération musulmane européenne siégeant à Cologne en Allemagne et présidée par Kemal Ergün depuis 2011.

Fondée en 1969 par l'ancien Premier ministre turc Necmettin Erbakan[1], cette organisation politico-religieuse s'est développée progressivement en Europe occidentale, sous l'impulsion de membres de la diaspora turque en Allemagne qui ont créé, indépendamment du contexte politique turc, leur entité propre : Islamische Gemeinschaft Millî Görüş (IGMG).

Cette confédération islamiste gère plus de 500 mosquées en Europe occidentale[2].

Définition de « Millî Görüş »[modifier | modifier le code]

Le mot millî vient du terme coranique millat, qui est accolé à Ibrâhîm (Abraham). Il est cité à plusieurs reprises dans le Coran, notamment dans le verset 95 de la sourate 3 (Âl-‘Imrân), le verset 125 de la sourate 4 (An-Nisâ) et le verset 123 de la sourate 16 (An-Nahl). Il fait référence au fait de suivre la religion (monothéiste) du prophète Ibrâhîm. Et le mot görüş signifie vision. Millî Görüş peut donc être traduit par : « vision de la communauté qui suit la religion d'Ibrâhîm ».

Ceci est le sens officiel donné au nom de l'association mais le mot milli évoque plus l'adjectif « national » ; c'est sa signification en turc courant. « Millî Görüş » signifie donc pour les Européens d'origine turque le « sentiment national » ; on peut donc affirmer que cette organisation est par son nom même plus turque que musulmane.

Europe[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

En France, l'organisation se nomme Confédération islamique Millî Görüş (CIMG). Elle gère 71 mosquées, compte plusieurs dizaines de milliers de membres et porte notamment le projet de la plus grande mosquée d'Europe, en France à Strasbourg, « Eyyub Sultan »[3]. D'autres chantiers de mosquées avec école coranique sont en cours à Sevran (en face du siège de l'organisation et devant servir de grande mosquée du CIMG en France), à Creil et à Sarcelles. En Île-de-France, elle gère des mosquées avec école coranique à Mantes-la-Jolie, Poissy-Vernouillet, Grigny, Paris (rue du Faubourg-Saint-Antoine), Clichy-sous-Bois, Fontenay-sous-Bois, Ris-Orangis et Corbeil-Essonne[2].

La CIMG est un membre statuaire du Conseil français du culte musulman (CFCM) et à ce titre elle est présente au bureau exécutif.

En janvier 2020, Fatih Sarikir a obtenu le siège stratégique de secrétaire général du CFCM. Il cumule cette fonction avec celle de président de l'Union européenne pour l'enseignement musulman privé (UEPM) qui gère onze groupes scolaires en France[2].

La CIMG promeut un islam anti-occidental et nationaliste turc, et serait proche des thèses des Frères musulmans et de Tariq Ramadan[2].

Selon l'universitaire Jean Marcou, spécialiste de la Turquie[4], le CIMG imposerait au sein du CFCM un « islam à la turque » .

Il affirme : « C'est un vecteur d'influence extrêmement important pour Recep Erdogan. "Il peut ensuite se servir de son emprise sur les communautés européennes comme levier dans ses négociations diplomatiques" »[5].

Polémique à Strasbourg[modifier | modifier le code]

En 2021, la construction de la mosquée Eyyûb Sultan, affiliée au Millî Gorus, à Strasbourg suscite une polémique politique et médiatique.

Le conseil municipal de Strasbourg a adopté « le principe d’une subvention » de plus de 2,5 millions d'euros pour la construction de la mosquée[6],[7],[8], soit 10 % du montant des travaux, ce qui est le pourcentage habituel pour la subvention des lieux de culte de Strasbourg, toutes confessions confondues[9].

Le ministre de l'Intérieur et des Cultes, Gérald Darmanin, accuse la maire Europe Écologie Les Verts (EELV) de Strasbourg, Jeanne Barseghian, de subventionner « une mosquée soutenue par une fédération qui défend l'islam politique » sur le sol français. Le projet est financé par Millî Görüş, qui a refusé de signer la charte de l'islam de France voulue par le gouvernement français[10] et qui est réputé proche du pouvoir turc.

Toutefois, le Canard Enchainé révèle que l'association avait déjà bénéficié de subventions publiques, au titre de la « prévention de la délinquance » (mise en place de caméras, selon le ministère de l'intérieur)[11] et que la salle de prières de Mulhouse avait reçu le double aval, en grande pompe, du maire Jean Rottner (LR) et du président du sénat (LR également) Gérard Larcher, en présence de l'ambassadeur de Turquie Tahsin Burcuoglu[12].

Polémique en Allemagne[modifier | modifier le code]

En , le procureur de Cologne a accusé le secrétaire général du mouvement de fraude sur les dons et de fraude fiscale. Le secrétaire général aurait détourné avec trois anciens responsables de la communauté plus de onze millions d'euros de dons. Entre 2005 et 2009, les accusés auraient rassemblé environ 377 000 dons des croyants musulmans d'un montant de 100 euros et en auraient détourné près d'un tiers[13],[14],[15],[16].

De nos jours, l'organisation en Allemagne est pratiquement contrôlée par l'AKP, Diyanet et le gouvernement turc[17],[18],[19],[20],[21].

Turquie[modifier | modifier le code]

Plusieurs formations politiques islamistes sont associées à ce courant, en particulier celles de Necmettin Erbakan :

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mélinée Le Priol, « Milli Görüs, quand l’islam politique turc prend pied en France », sur La Croix,
  2. a b c et d Guillaume Perrier, « En France, la diaspora turque reste sous l'influence d'Erdogan », Le Journal du Dimanche, 5 octobre 2020.
  3. À Strasbourg, la mosquée de la discorde, 12 avril 2021.
  4. Jean Marcou, « La Turquie, de l’impossible adieu à l’Orient à un illusoire divorce avec l’Occident », sur Cairn,
  5. Le Parisien, article du 28 juillet 2020.
  6. « Mosquée de Strasbourg : on vous explique en 4 points pourquoi elle fait polémique », ladepeche.fr, 24 mars 2021.
  7. Strasbourg : la polémique enfle après l'adoption d'une subvention pour la construction d'une mosquée, lesechos.fr, 23 mars 2021
  8. Valérie Toranian, Mosquée de Strasbourg : les gros sous de l'islamo-gauchisme, revuedesdeuxmondes.fr, 29 mars 2021.
  9. « Strasbourg : cinq questions sur la subvention accordée par la mairie à un projet de mosquée, qui a été dénoncée par Gérald Darmanin », sur Franceinfo, (consulté le 15 avril 2021)
  10. « Mosquée de Strasbourg : pourquoi sa construction suscite une vive polémique », midilibre.fr, 29 mars 2021.
  11. M.B., « Darmanin cajole la mosquée séparatiste », Le Canard Enchaîné, no 5238,‎ .
  12. « Avev Millî Görüş, Larcher avance mosquée », Le Canard Enchaîné, no 5239,‎ .
  13. (de) « Die Staatsanwaltschaft Köln erhebt wegen Verdachts auf Spendenbetrug Anklage gegen den Milli-Görüs-Generalsekretär », Der Spiegel, 12 mai 2013.
  14. (de) Daniel Bax, Klagen gegen Milli-Görüş-Funktionäre: Die verschlungenen Wege des Geldes (ISSN 0931-9085).
  15. (de) Ansgar Siemens, Prozess gegen Ex-Islamfunktionäre: Das Millionenopfer (lire en ligne).
  16. (de) Yuriko Wahl-Immel, « Islamverband Milli Görüs soll jahrelang Gläubige und Fiskus betrogen haben », Die Welt,‎ (lire en ligne, consulté le 17 juin 2018).
  17. (de) Joachim Frank, Türkische Islam-Verbände: Ditib und Milli Görüs im Schulterschluss, Kölner Stadt-Anzeiger (lire en ligne).
  18. (de) « Große Erwartungen, falsche Voraussetzungen – murat-kayman.de » (consulté le 17 juin 2018).
  19. (de) Bundesregierung Antwort Kleine Anfrage, « DITIB als verlängerter Arm des Türkischen Präsidenten Erdoğan », Deutscher Bundestag Drucksache 19/1869, (consulté le 17 juin 2018).
  20. (de) « Osmanische Krieger am Rheinufer – murat-kayman.de » (consulté le 19 juin 2018).
  21. (de) Yasemin Ergin, Berlin, Türken in Deutschland: Schwindender Rückhalt für Erdogan, FAZ.NET (ISSN 0174-4909, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]