Millî Görüş

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Millî Görüş
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Logo de la branche allemande de Millî Görüş.
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Millî Görüş (prononcé /milˈliː ɟœˈɾyʃ/, litt. « vision nationale ») est une confédération musulmane européenne siégeant à Cologne en Allemagne et présidée par Kemal Ergün (de) depuis mai 2011.

Étymologie et signification[modifier | modifier le code]

Le mot görüş signifie « vision » en turc courant tandis que l'adjectif millî signifie « national »[1],[2]. Le nom « Millî Görüş » est donc traduit en français par l'expression « vision nationale »[3],[4].

Selon l'explication qu'en donne la Confédération islamique Millî Görüş France, le mot millî renverrait au terme coranique millat. Il fait référence au fait de suivre la religion (monothéiste) d'un prophète. Le nom de la confédération désignerait ainsi selon son explication « l’ensemble des musulmans qui se considèrent comme faisant partie de la lignée d’Ibrahim (Abraham) »[5].

Historique[modifier | modifier le code]

Fondée en 1969 par le député turc Necmettin Erbakan, qui deviendra par la suite Premier ministre[3], cette organisation politico-religieuse s'est développée progressivement en Europe occidentale, sous l'impulsion de membres de la diaspora turque en Allemagne qui ont créé, indépendamment du contexte politique turc, leur entité propre : Islamische Gemeinschaft Millî Görüş (IGMG).

Cette confédération gère plus de 500 mosquées en Europe occidentale. Certains analystes la qualifient d'islamiste[6],[7].

Elle est très proche de l'AKP, le parti du président turc Recep Tayyip Erdoğan[8].

En Europe[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

L'antenne française du Mili Görüs se nomme Confédération islamique Millî Görüş (CIMG). Elle gère 71 mosquées et compte plusieurs dizaines de milliers de membres. Son président est Fatih Sarıkır.

La CIMG porte notamment le projet de la mosquée Eyyûb Sultan à Strasbourg, qui pourrait devenir la plus grande d'Europe[9]. D'autres chantiers de mosquées avec école coranique sont en cours à Sevran (en face du siège de l'organisation et devant servir de grande mosquée du CIMG en France), à Creil et à Sarcelles. En Île-de-France, elle gère des mosquées avec école coranique à Mantes-la-Jolie, Poissy-Vernouillet, Grigny, Paris (rue du Faubourg-Saint-Antoine), Clichy-sous-Bois, Fontenay-sous-Bois, Ris-Orangis et Corbeil-Essonnes[6].

La CIMG est un membre statuaire du Conseil français du culte musulman (CFCM) et à ce titre elle est présente au bureau exécutif.

Le 19 janvier 2020, Fatih Sarıkır obtient le siège stratégique de secrétaire général du CFCM. Il cumule cette fonction avec celle de président de l'Union européenne pour l'enseignement musulman privé (UEPM) qui gère onze groupes scolaires en France[6].

Selon Guillaume Perrier, la CIMG promeut un islam anti-occidental et nationaliste turc, et serait proche des Frères musulmans turcs et de Tariq Ramadan[6]. Selon l'universitaire Jean Marcou, spécialiste de la Turquie[10], le CIMG imposerait au sein du CFCM un « islam à la turque » . Il affirme : « C'est un vecteur d'influence extrêmement important pour Recep Erdogan. Il peut ensuite se servir de son emprise sur les communautés européennes comme levier dans ses négociations diplomatiques[11]. »

Le 17 avril 2021, Fatih Sarıkır reçoit une lettre de menace de mort à connotation politique à son domicile. Cette dernière est signée « Action France » (à ne pas confondre avec l'Action française), un mystérieux groupe qui sous-entend avoir dans ses rangs des « jeunes officiers, sous-officiers et hommes du rang des troupes parachutistes, de marine, blindées etc... très entraînés et stationnés en France ou en opérations extérieures »[12].

Dans la nuit du 3 au 4 mai 2021, la mosquée turque d'Albertville (gérée par la CIMG) est victime d'un incendie volontaire[13]. Cet acte criminel intervient dans un contexte local particulièrement tendu, à savoir celui d'un bras de fer entre la CIMG, qui souhaite faire construire une école primaire à côté de la mosquée, et Frédéric Burnier-Framboret, le maire divers droite de la commune, qui s'oppose frontalement à ce projet[14], allant même jusqu'à contester devant les tribunaux une décision de justice en faveur de la CIMG[15].

Polémique sur la mosquée de Strasbourg[modifier | modifier le code]

En 2021, la construction de la mosquée Eyyûb Sultan, affiliée au Millî Gorus, à Strasbourg suscite une polémique politique et médiatique.

En mars, le conseil municipal de Strasbourg adopte « le principe d’une subvention » de plus de 2,5 millions d'euros pour la construction de la mosquée[16],[17],[18], soit 10 % du montant des travaux, ce qui est le pourcentage habituel pour la subvention des lieux de culte de Strasbourg, toutes confessions confondues[19].

Le ministre de l'Intérieur et des Cultes, Gérald Darmanin, accuse la maire EELV, Jeanne Barseghian, de subventionner « une mosquée soutenue par une fédération qui défend l'islam politique » sur le sol français. Le projet est financé par Millî Görüş, qui a refusé de signer la charte de l'islam de France voulue par le gouvernement français[20] et qui est réputé proche du pouvoir turc.

Toutefois, Le Canard Enchaîné révèle que l'association a déjà bénéficié de subventions publiques, au titre de la « prévention de la délinquance » (mise en place de caméras, selon le ministère de l'Intérieur)[21] et que la salle de prières de Mulhouse avait reçu le double aval, en grande pompe, du maire Jean Rottner (LR) et du président du sénat (LR également) Gérard Larcher, en présence de Tahsin Burcuoğlu (tr), ambassadeur de Turquie à Paris (tr) de 2010 à 2014[22].

Millî Görüs retire sa demande de subvention le [23].

Allemagne[modifier | modifier le code]

Polémique sur des soupçons de fraudes[modifier | modifier le code]

En , le procureur de Cologne accuse le secrétaire général du mouvement de fraude sur les dons et de fraude fiscale. Le secrétaire général aurait détourné avec trois anciens responsables de la communauté plus de onze millions d'euros de dons. Entre 2005 et 2009, les accusés auraient rassemblé environ 377 000 dons des croyants musulmans d'un montant de 100 euros et en auraient détourné près d'un tiers[24],[25],[26],[27].

En 2018, l'organisation est, en Allemagne, pratiquement contrôlée par l'AKP, Diyanet et le gouvernement turc[28],[29],[30],[31],[32].

En Turquie[modifier | modifier le code]

Plusieurs formations politiques islamistes sont associées à ce courant, en particulier celles de Necmettin Erbakan, Premier ministre de 1996 à 1997 :

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « görüş », sur turkishdictionary.net.
  2. (en) « Millî », sur turkishdictionary.net.
  3. a et b Mélinée Le Priol, « Milli Görüs, quand l’islam politique turc prend pied en France », sur La Croix, .
  4. Victor Tassel, « Ile-de-France : l’irrésistible expansion de Millî Gorus, l’association musulmane turque », sur leparisien.fr, (consulté le )
  5. « Qui sommes-nous ? », sur cimgfrance.fr.
  6. a b c et d Guillaume Perrier, « En France, la diaspora turque reste sous l'influence d'Erdogan », Le Journal du Dimanche, 5 octobre 2020.
  7. « INTÉGRATION. Milli Görüs, la pieuvre de l'islamisme allemand ? », sur Courrier international, (consulté le ).
  8. Stanislas Poyet, « Qui sont les trois associations qui refusent de signer la charte de l'islam ? », sur Le Figaro, (consulté le ).
  9. « À Strasbourg, la mosquée de la discorde », la-croix.com, 12 avril 2021.
  10. Jean Marcou, « La Turquie, de l’impossible adieu à l’Orient à un illusoire divorce avec l’Occident », sur Cairn, .
  11. Le Parisien, article du 28 juillet 2020.
  12. Fatih Karakaya, « France : Fatih Sarikir, président de Milli Gorus France reçoit à son tour des menaces de mort », Agence Anadolu, (consulté le )
  13. Fatma Bendhaou, « France : La mosquée Millî Görüs d’Albertville victime d’un incendie criminel », Agence Anadolu, (consulté le )
  14. Jérémy Laugier, « Ecole musulmane en Savoie : La mosquée d’Albertville a été touchée par un incendie », 20 Minutes, (consulté le )
  15. C.G., « Ecole musulmane en Savoie : Le maire d'Albertville va faire appel », 20 Minutes, (consulté le )
  16. « Mosquée de Strasbourg : on vous explique en 4 points pourquoi elle fait polémique », ladepeche.fr, 24 mars 2021.
  17. « Strasbourg : la polémique enfle après l'adoption d'une subvention pour la construction d'une mosquée », lesechos.fr, 23 mars 2021.
  18. Valérie Toranian, « Mosquée de Strasbourg : les gros sous de l'islamo-gauchisme », revuedesdeuxmondes.fr, 29 mars 2021.
  19. « Strasbourg : cinq questions sur la subvention accordée par la mairie à un projet de mosquée, qui a été dénoncée par Gérald Darmanin », sur Franceinfo, (consulté le ).
  20. « Mosquée de Strasbourg : pourquoi sa construction suscite une vive polémique », midilibre.fr, 29 mars 2021.
  21. M.B., « Darmanin cajole la mosquée séparatiste », Le Canard Enchaîné, no 5238,‎ .
  22. « Avec Millî Görüş, Larcher avance mosquée », Le Canard Enchaîné, no 5239,‎ .
  23. « Mosquée de Strasbourg : Millî Görüs retire sa demande de subvention », sur lefigaro.fr (consulté le ).
  24. (de) « Die Staatsanwaltschaft Köln erhebt wegen Verdachts auf Spendenbetrug Anklage gegen den Milli-Görüs-Generalsekretär », Der Spiegel, 12 mai 2013.
  25. (de) Daniel Bax, Klagen gegen Milli-Görüş-Funktionäre: Die verschlungenen Wege des Geldes (ISSN 0931-9085).
  26. (de) Ansgar Siemens, Prozess gegen Ex-Islamfunktionäre: Das Millionenopfer (lire en ligne).
  27. (de) Yuriko Wahl-Immel, « Islamverband Milli Görüs soll jahrelang Gläubige und Fiskus betrogen haben », Die Welt,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  28. (de) Joachim Frank, Türkische Islam-Verbände: Ditib und Milli Görüs im Schulterschluss, Kölner Stadt-Anzeiger (lire en ligne).
  29. (de) « Große Erwartungen, falsche Voraussetzungen – murat-kayman.de » (consulté le ).
  30. (de) Bundesregierung Antwort Kleine Anfrage, « DITIB als verlängerter Arm des Türkischen Präsidenten Erdoğan », Deutscher Bundestag Drucksache 19/1869, (consulté le ).
  31. (de) « Osmanische Krieger am Rheinufer – murat-kayman.de » (consulté le ).
  32. (de) Yasemin Ergin, Berlin, Türken in Deutschland: Schwindender Rückhalt für Erdogan, FAZ.NET (ISSN 0174-4909, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]