Parti républicain du peuple (Turquie)

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Parti républicain du peuple
(tr) Cumhuriyet Halk Partisi
Image illustrative de l'article Parti républicain du peuple (Turquie)
Logotype officiel.
Présentation
Président Kemal Kılıçdaroğlu
Fondation 9 septembre 1923
Siège No: 38 Cankaya, Ankara
Positionnement Gauche
Idéologie Kémalisme
Social-démocratie
Républicanisme
Affiliation européenne Parti socialiste européen (membre associé)
Affiliation internationale Internationale socialiste
Couleurs rouge
Site web chp.org.tr
Représentation
Députés
133 / 550

Le Parti républicain du peuple (en turc : Cumhuriyet Halk Partisi ou CHP) est un parti politique turc, de type républicain, social-démocrate et laïc. Il est membre de l'Internationale socialiste et membre associé du Parti socialiste européen. Il constitue depuis 2002 le principal parti d'opposition face au Parti de la justice et du développement (AKP). Représentant historique du kémalisme, le symbole du Parti républicain du peuple est composé des six flèches qui rappellent les six principes de cette idéologie.

Histoire[modifier | modifier le code]

1923-1945[modifier | modifier le code]

Le parti est fondé par Mustafa Kemal Atatürk en 1923, qui se pose en leader des progressistes laïcs au sein du parlement turc, afin d'éliminer le groupe conservateur favorable à la charia et au maintien de l'institution du califat. Les nouvelles élections législatives permettent au parti d'acquérir la majorité à l'Assemblée nationale et de voter la création de la nouvelle république turque (158 voix sur 286), se substituant à l'ancien Empire ottoman.

De 1923 à 1945, il est le parti unique en Turquie, mises à part deux brèves périodes (1924-1925 et août-novembre 1930) où un parti d'opposition a été toléré, d'abord le Parti républicain progressiste, puis le Parti républicain libéral.

D'abord connu sous la dénomination de Parti du peuple (Halk Fırkası), rebaptisé en 1924 le Parti républicain du peuple (Cumhuriyet Halk Fırkası) à la suite de la création d'un parti d'opposition, le Parti républicain progressiste. Ce parti est créé par les quatre leaders nationaux du pays (le général Kazim Karabeklr, le commandant Ali Fuat Cebesoy, Rauf Orbay et Refet Bele) qui ne trouvent pas leur place dans le Parti Républicain du Peuple (PRP), accaparé par Ataturk.

Ces leaders, qui convoitaient un partage du pouvoir politique, sont expulsés du parti par Mustapha Kemal suite aux désaccords sur la politique à suivre dans le pays, les 4 hommes n'étant partisans ni de la République, ni de la laïcisation de l'État et de la société.

La proclamation de la République de Turquie et la dissolution du khalifat ne faisaient pas l'unanimité dans le milieu religieux, qui s'opposait à la politique de laïcité d'Ataturk. Le Parti républicain progressiste, par son refus des reformes et surtout par son article 6 "le parti respecte les pensées et les croyances religieuses" gagne la confiance du milieux théologique. Le peuple, sensible aux arguments religieux et mécontent à l'oppression du pouvoir, est massivement canalisé vers le nouveau parti.  Bien que celui-ci ne se soit pas organisé dans tout le pays, grâce à l'exploitation de l'islam, il acquiert une popularité plus grande que celle du CHP, menaçant le pouvoir kémaliste et les réformes entreprises depuis 1921.

La révolte de Cheik Sait qui éclate début février 1925, fournit au CHP l'occasion de se débarrasser d'un rival devenu assez dangereux. Après avoir découvert des liens étroits entre le Parti républicain progressiste et les insurgés, le pouvoir le dissout le 3 juin 1925 et fait emprisonner ses dirigeants.

En 1930, Ataturk, constatant l'abstention grandissante du peuple lors des élections décide de créer de toutes pièces un nouveau parti politique : le Parti Républicain Libéral afin de donner un nouveau souffle au régime politique turc qui ne s'est maintenu jusqu'à présent que par la répression. Mais le nouveau parti n'évolue pas dans le sens voulu et devient une menace pour le régime républicain. Le peuple turc, qui rejette les réformes kémalistes et l'attitude des bureaucrates du CHP, adhère massivement au nouveau parti qui, sous son influence, prend un virage clairement religieux et anti laïc. La victoire éclatante du Parti Républicain Libéral aux élections municipales convainc Ataturk de mettre fin au multipartisme pour sauvegarder les réformes et la République. Le parti est alors dissout le 17 novembre 1930, 3 mois après sa création. L'islam est alors remis sur la surveillance et la répression de l'État.

Le régime kémaliste de 1923 à 1945 a changé considérablement le visage de la Turquie. L'Assemblée nationale dote le pays d'une nouvelle Constitution en 1924. Cette nouvelle Constitution remplace la souveraineté divine de l'ancien Empire Ottoman par une nouvelle souveraineté nationale exercée par la grande Assemblée Nationale au nom du peuple turque. Le pouvoir politique se trouve ainsi doté d'une légitimation laïque après l'abolition du khalifat la même année. Le pouvoir kémaliste entreprend la laïcisation de l'appareil étatique (armée, tribunaux, école), puis la laïcisation de la société turque (changement de l'habillement, adoption du code civil, nouvel alphabet latin, dissolution des confréries religieuses) afin de réduire l'influence de l'islam par la création d'une idéologie nationaliste et légitimer le nouvel État-nation turc. Enfin, en 1923 est créé la Présidence des affaires religieuses, organisme chargé de contrôler l'islam et de le réformer afin que celui-ci soit conforme à l'esprit laïc du nouvel État. Toutes ces réformes mises en œuvre durant les 22 années de parti unique doivent aboutir à la création d'un nouvel État turc moderne, laïc, capitaliste et souverain, afin de concurrencer les grandes puissances européennes.

Le Parti républicain du peuple défend à cette époque le laïcisme d'Atatürk avec le maintien d'une stricte neutralité de l'espace publique, un contrôle étatique de l'islam sunnite hanafite (majoritaire en Turquie), et une école libre de toute influence religieuse.

1945-1960[modifier | modifier le code]

Le régime kémaliste du parti unique, qui a duré pendant 22 ans d'affilée, sauf deux brèves interruptions dues à deux tentatives de multipartisme, prend fin définitivement en 1945. Le 19 mai, le président de la République, ÎNÔNU, qui avait pris le titre de « chef national » dès la mort d'Atatürk, affirme la nécessité de faire plus de place aux principes démocratiques. Et, le 1er novembre, dans son discours à l'ouverture de la Grande Assemblée Nationale, il annonce le changement du système politique : "Pendant toute la période de la République, on a gardé le caractère démocratique en tant que principe. Le régime dictatorial, en plus de n'avoir jamais été accepté, a toujours été désapprouvé comme nuisible et inconvenant à la nation turque. La seule chose qui nous manque est l'existence d'un parti politique face au parti du gouvernement ". Le ministre de l'Intérieur autorise la création du premier parti d'opposition, le Parti du Redressement National. Puis, au mois de janvier, le Parti Démocrate qui va jouer un grand rôle dans la vie politique turque.

Les élections législatives se déroulent le 21 juillet 1946 avant que les partis d'opposition n'aient pu achever leur organisation politique locale (le PD ne présente par exemple que 273 candidats) et le scrutin n'est pas secret. Les élections se concluent par la victoire du CHP qui gagne 395 sièges, le PD 66 et les indépendants 4.

Une fois élu, les députés kémalistes font voter plusieurs lois visant à assouplir le régime autoritaire hérité d'Ataturk. La loi sur les associations du 5 juin 1946 permet la création de nouvelles organisations secondaires indépendantes du pouvoir politique censées mieux représenter les intérêts de la population. Cette loi apporte en même temps plusieurs restrictions, dont l'une concerne la religion "la création des associations basées sur les principes de religions ou sur ceux de sectes et d'ordres religieux est interdite'".

En 1950, le Parti démocrate gagne les élections et son dirigeant Adnan Menderes devient Premier ministre jusqu'au coup d'État militaire kémaliste de 1960, au terme duquel il est exécuté en 1961 et le Parti démocrate dissout.

Le CHP, qui devient un parti d'opposition, ne peut empêcher les premières remises en cause de la laïcité kémaliste avec le retour progressif des signes religieux dans l'espace public et des cours de religion à l’école.

1960-1971[modifier | modifier le code]

(du coup d'État de 1960 au coup d'État de 1971)

1971-1980[modifier | modifier le code]

(du coup d'État de 1971 au Coup d'État de 1980)

1981-1992[modifier | modifier le code]

(de l'interdiction des anciens partis à la suite du Coup d'État de 1980 au rétablissement officiel du Parti républicain du peuple)

1992-2002[modifier | modifier le code]

2002 à nos jours[modifier | modifier le code]

Le CHP est, depuis 2002, le principal parti d’opposition en Turquie, s’opposant au Parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdoğan.

Laïque et historiquement social-démocrate, le CHP a évolué sous Deniz Baykal, pendant 20 ans son président avant de devoir démissionner en mai 2010 à la suite d'une affaire de mœurs[1]. Baykal avait placé ses soutiens aux postes-clef du parti; selon Le Figaro:

« Sous la tutelle de Deniz Baykal, le Parti républicain du peuple n'avait plus aucun lien avec la social-démocratie dont il se revendiquait, avait glissé vers un nationalisme extrême et une laïcité rigide et s'opposait à toutes les réformes libérales[2]. »

Après avoir perdu le pouvoir en 2002, il a été laminé par l'AKP lors des élections anticipées de juillet 2007 en perdant 66 sièges. Il en a regagné 35 aux élections législatives de 2011, restant de loin devancé par l'AKP (135 contre 327).

Depuis le changement de direction et le départ de Baykal, le CHP a renoué avec ses origines idéologiques pour redevenir un parti social-démocrate. Son programme des dernières élections est ainsi revenu sur de nombreuses revendications sociales que le parti avait auparavant délaissé.

En réaction à la condamnation d'un député du parti à 25 ans de prison dans le cadre des purges en Turquie, le CHP organise en juin 2017 une « marche pour la justice » afin de dénoncer la soumission du système judiciaire au pouvoir politique[3]. D'une durée d'une vingtaine de jours et soutenue par le HDP, des syndicats et des associations, la marche est néanmoins menacée par des membres de l'AKP[4]. La marche rassemble plusieurs centaines de milliers de personnes à Istanbul, au dernier jour[5].

Changement de cap politique du CHP en vue des élections régionales de 2009[modifier | modifier le code]

Revirement de Deniz Baykal vis-à-vis du port du voile[modifier | modifier le code]

Alors que le CHP s'était de manière virulente opposé à la levée de l'interdiction du foulard dans les universités, souhaitée par l'AKP au pouvoir, Deniz Baykal a effectué fin novembre 2008 une volte-face complète en épinglant lui-même publiquement des badges de membres du parti à des femmes portant le tchador au cours d'un meeting électoral. Il a ensuite déclaré que « considérer l'habillement des gens comme un « défi pour l'État » est le résultat d'une obsession », « c'est une mentalité de régime de parti unique », « considérer que « tu n'es pas une des nôtres si tu portes un foulard est inacceptable, allons-nous être ceux qui divisent une partie des gens qui aiment la Turquie ? »[6].

Cette prise de position résulterait des efforts du dirigeant provincial stambouliote du CHP, Gürsel Tekin, ayant pour but d'affaiblir l'AKP en attirant les déçus de son électorat religieux[7]. Ce revirement a suscité de vives critiques de Devlet Bahçeli, dirigeant du parti nationaliste d'extrême droite MHP (Parti d'action nationaliste), accusant Baykal de se ranger derrière le « projet américain » de transformer la Turquie en un État islamique modéré, ce à quoi l'intéressé lui a répondu par courrier que le MHP avait voté avec l'AKP pour la levée de l'interdiction du turban dans les universités[8]. Si la traduction de cette nouvelle position donnera la possibilité aux femmes voilées d'adhérer au CHP, Deniz Baykal a réaffirmé quelques jours après que la ligne du parti ne changerait pas quant au port du foulard dans les universités[9].

Soutien à la liberté syndicale[modifier | modifier le code]

Le CHP a annoncé début décembre 2008 qu'il prendrait contact avec les membres anti-AKP des syndicats DISK (Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie), KESK (Confédération des syndicats de fonctionnaires) ainsi qu'avec des courants anti-AKP du syndicat Türk-Iş (Confédération des syndicats turcs), réputé être sous le contrôle de l'AKP. Le CHP a l'intention d'offrir la liberté d'association aux deux syndicats de gauche DISK et KESK dans les régions qu'il espère remporter lors des scrutins régionaux de mars 2009[10].

Le CHP et l'Internationale socialiste[modifier | modifier le code]

Sur la base d'un rapport de son Comité d'Éthique, le Conseil de l'Internationale socialiste, réuni le à Genève a décidé de la mise en place d'une procédure de contrôle du CHP. Ce rapport, adopté à l'unanimité, réclamait une enquête pour vérifier l'attachement du CHP aux principes de la démocratie[11].. Deniz Baykal n'est pas venu à Athènes à la réunion de l'Internationale socialiste du , le CHP reprochant "à certains partis en Europe, (comme les partis socialistes), de ne pas partager la même sensibilité que le CHP concernant l'indépendance de la justice". Le différend avec l'IS a éclaté en raison du procès d'interdiction à l'encontre du parti au pouvoir AKP[12].

Propos de Canan Aritman[modifier | modifier le code]

Une députée smyrniote du CHP, Canan Aritman, a déclaré le , lors d'une réunion de la Commission des affaires étrangères du parlement turc, à des journalistes que l'attitude réservée du président Abdullah Gül dans l'affaire de la pétition des intellectuels demandant pardon pour le génocide arménien était peut-être à rechercher du côté de sa mère, faisant clairement allusion à une rumeur selon laquelle celle-ci serait d'origine arménienne. Ces propos, relayés par les médias turcs, ont provoqué un tollé, même de la part d'éditorialistes qui ne soutiennent pas la pétition mais condamnent sans réserve cette « manifestation d'une mentalité fasciste » dans des quotidiens comme Zaman (musulman), Bugün (ex-Tercüman, droite conservatrice), Milliyet ou Radikal. Des demandes ont été publiquement adressées à la direction du CHP, y compris d'élus ou de cadres du parti, pour que cette députée soit sévèrement rappelée à l'ordre et sanctionnée mais aucune mesure sérieuse n'a été prise à son encontre[13].

Plusieurs eurodéputés socialistes ont vivement réagi, notamment Hannes Swoboda, un des vice-président du groupe du Parti socialiste européen (PSE), qui a qualifié la déclaration de Canan Aritman de « raciste, nationaliste et inacceptable », ajoutant que « Tout ceci montre que le CHP et sa présente direction sont loin des standards européens ». Jan-Marinus Wiersma, également vice-président du PSE, a estimé que les déclarations de la députée CHP avait une connotation raciste. Selon le président de la délégation du Parlement européen à la commission parlementaire mixte UE-Turquie Joost Lagendijk, tout parti politique devrait avoir honte de telles déclarations[14].

Résultats électoraux[modifier | modifier le code]

Élections législatives[modifier | modifier le code]

Année Voix Sièges  % Rang Gouvernement
1977 6 136 171
213 / 450
41,38 1er Ecevit II
1995 3 011 076
49 / 550
10,71 5e Opposition
1999 2 716 094
0 / 550
8,71 6e
2002 6 113 352
178 / 550
19,39 2e Opposition
2007 7 317 808
112 / 550
20,88 2e Opposition
2011 11 155 972
135 / 550
25,98 2e Opposition
juin 2015 11 518 139
132 / 550
24,95 2e Opposition
novembre 2015 12 111 812
134 / 550
25,32 2e Opposition

Élections présidentielles[modifier | modifier le code]

Année Candidat Voix  % Rang
2014 Ekmeleddin İhsanoğlu 15 587 132 38,44 2e

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://www.youtube.com/watch?v=-2bfeo1o-u8&feature=related
  2. Laure Marchand, Le chef de l'opposition turque piégé par une vidéo d'alcôve, Le Figaro, 12 mai 2010
  3. « Turquie : le chef de l'opposition compare les purges à un "deuxième coup" », L'Orient-Le Jour,‎ (lire en ligne).
  4. « Turquie: le parti CHP lance une «marche pour la justice» », RFI,‎ (lire en ligne).
  5. « Un rassemblement sans précédent paralyse Istanbul à l’arrivée de la «marche de la justice» », sur fr.sputniknews.com
  6. (en) Yeni Şafak, « Main opposition CHP leader makes a historical self-criticism », Yeni Şafak (en), 4 décembre 2008, traduit du turc vers l'anglais par MEMRI.
  7. (en) Mümtaz'er Türköne, « CHP's dilemma », Zaman, 22 novembre 2008.
  8. (en) « Tension grows over CHP’s chador act », Hürriyet, 12 décembre 2008, traduit du turc vers l'anglais par MEMRI.
  9. (en) « New polls, old AKP faces », Hürriyet, 18 décembre 2008.
  10. (en) Turkey's CHP targets support of working class, after veiled women (Le CHP vise le soutien de la classe ouvrière après celui des femmes voilées), Hürriyet, 11 décembre 2008, traduit du turc vers l'anglais par MEMRI
  11. Marine Copin, « Le CHP « dans le collimateur » de l'Internationale Socialiste… », Observatoire de la vie politique turque (OVIPOT), .
  12. Stéphane, « Le CHP boycotte l'Internationale Socialiste », Armenews, .
  13. (en) Fatma Disli, Deputy's 'fascist' remarks met with criticism, Today's Zaman, 20 décembre 2008
  14. Stéphane, Des députés européens exigent que Canan Aritman s'excuse ou démissionne, Armenews, 26 décembre 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]