Memento (film)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Memento.
Memento
Titre original Memento
Réalisation Christopher Nolan
Scénario Christopher Nolan
Jonathan Nolan
Acteurs principaux
Sociétés de production Newmarket Films
Team Todd
Summit Entertainment
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Thriller
Durée 116 minutes
Sortie 2000

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Memento (« souviens-toi » en latin) est un thriller américain sorti en 2000, réalisé par Christopher Nolan et mettant en vedette Guy Pearce, Carrie-Anne Moss et Joe Pantoliano.

« Le personnage principal, Leonard Shelby, ne se souvient plus de rien dès qu’il a quitté un lieu ou un personnage. C’est pour cela qu’il a toujours avec lui un appareil photo à développement instantané, pour remplacer sa mémoire défaillante par des traces tangibles qu’il pourra décrypter plus tard, de même qu’il porte sur son corps des tatouages rappelant des phrases et des faits essentiels de sa vie. »[1]

Résumé[modifier | modifier le code]

Leonard Shelby, un homme souffrant d’une amnésie antérograde à la suite d'un traumatisme crânien, part à la recherche du meurtrier supposé de sa femme, un certain John G.. Avec l'aide de Teddy et de Natalie, il croit avoir retrouvé sa trace et décide de se venger en le tuant. Mais l’assassin n’est pas celui qu’il croit.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Source et légende : version française (VF) sur RS Doublage[3]

Synopsis[modifier | modifier le code]

Un simple énoncé des séquences serait incompréhensible, étant donné la construction à la fois chronologique, antichronologique et uchronique du scénario. Il est nécessaire de trouver des repères temporels.

Chronologie et antichronologie[modifier | modifier le code]

Le réalisateur et scénariste Christopher Nolan a écrit son scénario selon un principe de construction original :

  • Des scènes principales en couleurs sont découpées en séquences dont la continuité temporelle est soudain interrompue pour passer à une autre scène dont la dernière séquence sera elle aussi interrompue brutalement. La suite de ces séquences inabouties intervient plus tôt ou plus tard dans le récit, reliée et identifiée à leur seconde ou première apparition grâce à un plan caractéristique du début ou de la fin de cette apparition.
  • Des séquences en noir et blanc reviennent tout au long du film, dans un ordre strictement chronologique, au cours desquelles Leonard s’entretient avec un mystérieux interlocuteur dont on n’entend même pas le bourdonnement de la voix alors que les gros plans devraient au moins le faire deviner (la folie de Leonard le fait-il soliloquer ?). Le bruit d’un combiné qui raccroche, entendu au moment où Leonard est pris d’une angoisse paranoïde provoquée par la vision d’un de ses tatouages (Don’t answer phone », « pas répondre au téléphone »), n’est pas suffisante pour prouver qu’il a réellement un correspondant au bout du fil.

Leonard a reçu un coup à la tête et a perdu sa capacité à utiliser sa mémoire à court terme. Désormais, toute nouvelle information s'efface de sa mémoire au bout de quelques instants, « depuis la nuit tragique où sa femme a été assassinée par un homme qui l’aurait violée dans la salle de bain avant de l’étouffer. Léonard n’est pas amnésique, il se souvient de ce qui s’est passé avant la mort de sa femme, mais depuis le meurtre il est incapable de se rappeler le passé immédiat, les souvenirs s’effacent en moins d’un quart d’heure. Il reconnaît sa voiture parce qu’il l’a prise en photo, son polaroïd ne le quitte jamais, il photographie tous ceux avec qui il est en relation et griffonne des notes pour ne pas oublier qui ils sont et quels sont ses rapports avec eux. Il s’est même fait tatouer sur le corps quelques éléments essentiels, comme le nom de celui qu’il pense être l’assassin de sa femme et qu’il veut retrouver pour la venger. »[4]

Uchronie[modifier | modifier le code]

La compréhension du scénario est habilement compliquée par ce qui est présenté comme un souvenir professionnel de Shelby en noir et blanc, quand il était inspecteur chargé de débusquer les arnaques à l'assurance. Le tatouage le plus visible de Leonard, situé sur sa main gauche à la jonction du pouce et de l'index, est Remember Sammy Jankis (« Souviens-toi de Sammy Jankis »). Ce tatouage obsédant aide Shelby à prendre conscience de son état après chaque oubli, du moins c’est ce qu’il affirme. Sammy Jankis, lui aussi atteint d’amnésie rétrograde, était soupçonné de vouloir finir sa vie aux dépens de son assurance. L’épouse de Sammy, diabétique, doutait de la maladie de son mari et s’était même sacrifiée pour connaître la vérité. Sammy l’avait tuée en lui administrant une surdose d’insuline, apparemment sans se souvenir de chacune des injections qu’il lui avait faites. Il vit donc désormais dans une maison de retraite, dont les frais de séjour sont pris en charge par l’assurance, et il ne sait pas que sa femme est morte. Le sacrifice de Madame Jankis paraît un peu fantasmatique et le spectateur est en droit de se poser la question de savoir si Sammy Jankis n’est pas le véritable nom de Leonard, et le sacrifice de sa femme une allégorie positive du meurtre commis par Leonard lui-même. Après avoir étranglé Jimmy Grantz, ne croit-il pas l’avoir entendu l’appeler dans un murmure : « Sammy » ? Pourtant, Jimmy Grantz est bien mort, et ce murmure impossible. Est-ce la voix de la conscience de Leonard qui lui rappelle un autre meurtre par strangulation ?

En effet, la femme de Leonard a été assassinée, étouffée, mais par qui ? Leonard se souvient dans plusieurs flash backs récurrents d’une scène traumatique en couleurs : il s’était réveillé au milieu de la nuit, sa femme n’était plus dans le lit. C’est alors qu’il avait entendu des gémissements provenant de la salle de bain. Saisissant son pistolet, il était entré et avait découvert un homme couché sur son épouse, qui, pensa-t-il, l’avait violée et était en train de l’asphyxier avec le rideau de douche.

Leonard est persuadé que plus tard il a tué cet homme mais il croit se rappeler que les agresseurs étaient deux car un second homme l’a assommé pendant qu’il tuait le premier. Il avoue que la police n’a jamais cru à l’existence de cet autre homme et c’est pourtant après lui qu’il court pour compléter sa vengeance, puisque le premier aurait déjà payé pour son crime[5].

« Leonard est fou, et sa folie le conduit à recommencer sa quête d’un autre meurtrier dès lors qu’il a tué celui qu’il poursuivait. Il repart inlassablement à la chasse d’un nouveau coupable, repoussant sa propre culpabilité, devenant par la force de ses fantasmes maladifs un tueur en série. » [6]

Ce que prouve la toute fin du film, quand Léonard note l’immatriculation du véhicule de Teddy et décide de repartir en chasse. Cette séquence est entrecoupée par des flashes successifs en couleurs sur sa vie, où l’on découvre la femme qui aurait été son épouse (interprétée par Jorja Fox), la tête sur la poitrine de Leonard Shelby, là où il porte déjà les tatouages qui l’aident à se souvenir. Or, Leonard ne s’est fait tatouer qu’à partir de son traumatisme crânien (provoqué par le complice du soi-disant violeur de son épouse). Cette femme qui se blottit contre lui ne peut pas être Madame Shelby et ces flashes confirment la folie criminelle de Leonard par une série de quatre plans qui se complètent petit à petit :

- Gros plan de Jorja Fox (l’« épouse ») ;

- Gros plan de Jorja Fox, avec un panoramique aboutissant sur la poitrine de Guy Pearce, interrompu tout aussitôt ;

- Gros plan identique, avec le panoramique s’arrêtant plus haut sur la poitrine de Guy Pearce : on y voit nettement tous les tatouages que nous avons déjà vus au cours du récit ;

- Gros plan identique, le panoramique dépasse la poitrine et découvre le visage de Guy Pearce ; on entend sa voix en off : « Oui, le monde est toujours là ! ». On peut remarquer ici l’absence de la double cicatrice que porte le personnage de Leonard depuis qu’il s’est battu avec Jimmy Grantz qu’il a étranglé (voir § Cicatrices).

Ces plans révèlent que l’image de la soi-disant Madame Shelby (Jorja Fox), récurrente dans le déroulement de tout le film, est une fausse piste. Cette femme inconnue a été éventuellement séduite par Leonard Shelby, puis assassinée par lui en raison d’une jalousie maladive ou par simple folie meurtrière, au moyen d’injections d’insuline à doses mortelles, ou par strangulation. Le tout étant brouillé dans la mémoire de Leonard, et rapporté par le biais tantôt de flashes d’un assassinat où le visage de la victime est caché par le rideau de douche que l’assassin utilise pour l’étouffer, tantôt par la fiction d’une enquête d’assurance menée par Leonard à propos d’un personnage (Sammy Jankins) et de son épouse qu’il a tuée accidentellement, et dont Teddy affirme à Leonard qu’elle n’existait pas (« Sammy Jankins n’a jamais été marié. »).

Repères chronologiques[modifier | modifier le code]

Le film s'ouvre sur une photographie polaroïd couleurs, secouée par une main (geste nécessaire pour activer le développement d’un polaroïd). Ce premier plan est tourné en marche arrière, l’image représentée (le cadavre de Teddy) s’efface donc petit à petit et l’on voit ensuite, toujours en marche arrière, l’assassinat de Teddy, abattu par Leonard de plusieurs balles de pistolet.

Ce début a une double signification :

  • il indique au spectateur l'ordre chronologique choisi pour les séquences en couleurs : partir de la fin et revenir vers le début. Mais le scénario brouille cette construction chronologique en utilisant également son inverse, l’ordre antéchronologique, qui ajoute à la confusion dans l’esprit du spectateur ;
  • il suggère que plus on essaie d'y voir clair sur le passé (ce qui figure sur la photographie), plus ce dernier s'échappe, s'efface, à l'instar d'une mémoire défaillante, mais cette suggestion et le discours sur la mémoire que tient plusieurs fois Leonard ne sont là que pour démontrer sa propre confusion.

Cicatrices[modifier | modifier le code]

Double cicatrice de Leonard[modifier | modifier le code]

Au début du film, lors de la marche arrière sur le polaroïd couleurs et l’assassinat de Teddy par Leonard Shelby, celui-ci est marqué sur la joue gauche de la cicatrice d’une double griffure. Dans les séquences en noir et blanc qui démarrent aussitôt après, Leonard ne porte aucune cicatrice sur le visage.

À la fin du film, dans une séquence qui commence en noir et blanc, Leonard rencontre Jimmy Grantz (l’amant de Natalie la serveuse), qui entre dans le bâtiment abandonné en appelant « Teddy ! ». L’homme, étonné de voir Leonard et non Teddy, semble pourtant connaître Leonard puisqu’il l’appelle en se moquant : « l’amnésique ». Leonard le frappe et ils se battent furieusement. Lors du combat, Jimmy griffe Leonard au visage, avant d’être étranglé par lui. Les cicatrices de cette double griffure étaient présentes dans toutes les séquences en couleurs précédentes. Et c’est à l’occasion du développement instantané de la photo polaroïd que Leonard prend pour se souvenir du cadavre de Jimmy, que la séquence bascule en couleurs. Ce constat tardif révèle au public que les séquences en noir et blanc sont antérieures à toutes les autres scènes en couleurs et sont reliées au récit à partir du meurtre de Jimmy Grantz, révélant aussi que ce dernier et Leonard se connaissent préalablement aux confidences plus tardives de Natalie (quand Leonard la rencontre, il porte déjà la double cicatrice sur sa joue gauche).

Cicatrice de Natalie[modifier | modifier le code]

Dans les séquences en couleurs, donc chronologiquement dans l’histoire après le meurtre de Jimmy Grantz, mais chronologiquement dans le scénario, avant ce meurtre, Natalie force Leonard à sortir de sa réserve en le provoquant par des insultes, et Leonard la frappe, dont elle conservera une cicatrice à la lèvre, y compris quand Leonard pense qu’il vient de la rencontrer pour la première fois.

En revanche, quand il la découvre dans son travail de serveuse au "Ferdy’s Bar", on remarque qu’elle ne porte pas de cicatrice à la lèvre. Par conséquent, il s’agit là de leur première rencontre, au cours de laquelle elle va prendre conscience de l’état mental de Leonard et le vérifier en souillant de crachats la bière qu'elle lui offre, et fomenter le meurtre de Teddy qu’elle croit coupable du meurtre de son amant Jimmy Grantz, en ignorant que le véritable assassin est Leonard lui-même. Car elle aussi veut venger la mort d’un être aimé, une intention qu’elle confie un soir à Leonard qui vient de lui avouer qu’il tuera le fameux « John G. » s’il réussit à le retrouver. C’est elle qui va s’arranger pour que Leonard soit persuadé dans son délire que Teddy est bien l’un des assassins de son épouse. En tuant Teddy, Leonard est persuadé de s’être vengé, et il ne sait pas qu’il a échappé à la vengeance de Natalie.

Inscriptions sur les polaroïds[modifier | modifier le code]

La prise d’une photo polaroïd couleurs rythme chaque rencontre que fait Leonard et rappelle certains lieux où il doit se rendre. À chaque fois, il note en marge de la photo ou au dos une indication importante qu’il peut annuler ou compléter. Ces repères sont difficiles à mémoriser par le spectateur en tant que repères temporels. En revanche, ils mettent en lumière le phénomène d’autopersuasion de Leonard qui transforme les interprétations qu’il fait de certains actes comme autant de preuves évidentes caractérisant les personnages qu’il observe. Ils soulignent aussi à quel point il est influencé par les affirmations du dernier personnage qui a parlé.

Analyse du film par Christopher Nolan[modifier | modifier le code]

Le réalisateur a laissé au public le choix dans l’interprétation de la fin du film, comme le prouvent les commentaires audio sur les versions éditions spéciales des DVD, - attestant le mensonge de Teddy -, et aussi la version édition limitée américaine, qui comprend un commentaire qui atteste de la sincérité de Teddy[7]. Mais il faut aussi considérer que ces commentaires sont destinés à une fonction promotionnelle et que Christopher Nolan n’a aucun intérêt à lever le voile sur les ombres de son scénario dont l’imbroglio calculé a assuré le succès.

Si Teddy dit la vérité[modifier | modifier le code]

Quand Teddy raconte que l’agresseur a été trouvé et tué il y a un an, que la femme de Leonard a survécu à l’agression mais a été tuée plus tard par une surdose d’insuline, Leonard ne se le rappelle pas. Mais il est confronté à la possibilité que cela pourrait être vrai, constatant alors la boucle interminable dans laquelle il aurait vécu pendant des années. Il décide d’y mettre fin en laissant intentionnellement des indices qui le mèneront à tuer Teddy, l’homme qui a également profité de son handicap.

Dans sa voiture il s'avoue alors le paradoxe dans lequel il s’est enfermé, et décide de manipuler sa mémoire pour pouvoir enfin vivre en paix. Selon une autre interprétation, il prendrait conscience que sa vie n’a aucun sens à cause de son handicap, qu’il est contraint de chasser un homme imaginaire pour poursuivre sa vengeance, toujours insatisfaite, toujours oubliée, afin d'abolir la vacuité de son existence. Il préfèrerait donc refuser la réalité et recommencer un autre puzzle.

Plusieurs indices corroborent les paroles de Teddy dans le film. Tout d’abord l’image subliminale qui montre Leonard à la place de Sammy dans l’hôpital psychiatrique ; les brefs flashbacks montrant Leonard injectant de l'insuline à sa femme ; les autres flashbacks montrant son épouse qui bouge les yeux après son agression ; enfin les flashbacks dans lesquels on le voit aux côtés de sa femme, avec les tatouages qu'il se fera plus tard dans l'histoire et un tatouage, « I have done it  » (je l’ai fait), qui n'apparaît à aucun autre moment du film.

Si Teddy est un menteur[modifier | modifier le code]

Tout au long du film, le public est informé que les gens profitent du handicap de Leonard et que Teddy est un menteur. Ils ont tous les éléments en main pour ne pas croire les propos de Teddy, mais le public est habitué aux retournements de situation de dernière minute.

« À ce stade du récit, le public en est à un tel point, il a une telle soif de vérité, tout comme Leonard, qu'il accepte les explications du menteur. Le public accepte ces réponses parce que c'est ce qu'il veut. C´est ce qu'il attend. On a voulu remettre ça en cause. Les gens s'accrochent à cette grammaire du cinéma, qui veut que l'on nous dévoile la vérité à la fin, alors que ce film la défie clairement  »

— Christopher Nolan, Commentaire audio DVD

D'après le réalisateur, l'histoire de Sammy n'est pas celle de Leonard ; elle a pour but de montrer les différents fonctionnements de la mémoire et, notamment, la réaction de Leonard. En tentant de manipuler les souvenirs de Leonard, Teddy s'attaque à sa mémoire à long terme, de ce qu'il a gardé du souvenir de sa femme avant son accident. Lorsqu'il évoque les piqûres d'insuline à répétition, Leonard a seulement des flashes de son ancienne vie ; sa femme n’ayant jamais été diabétique, Leonard comprend le mensonge. Il dit d’ailleurs « Tu crois que je ne connais pas ma femme ? », puis il se dirige vers sa voiture et note le numéro d’immatriculation de Teddy. Le dialogue qui suit devient alors clair, Leonard se parle à lui-même et décide d'inventer les pistes qui conduiront au meurtre de Teddy. « Je ne suis pas un tueur. Je suis simplement un homme qui cherche réparation. Est-ce que je me laisse oublier ce que tu m’as dit ? Est-ce que je me laisse oublier ce que tu m’as fait faire ? Tu crois que je fabrique un nouveau puzzle, un nouveau John G. à retrouver ? Tu es un John G. Tu peux très bien être le mien. Tu crois que je me mens pour être en paix ? Dans ton cas, Teddy, c'est ce que je vais faire. »

Pourtant dans le film, Leonard explique qu'il a appris quand il était enquêteur que l'on ne pouvait se fier à sa propre mémoire à long terme, « les souvenirs sont l'interprétation des faits ». Il se ment donc à lui-même quand il dit : « Tu crois que je ne connais pas ma femme ? ».

«  Il surmonte ici son désespoir et, au contraire du public, fait un choix. Il s'accroche au but de sa quête. C'est là qu'il écrit « Ne crois pas ses mensonges » sous la photo de Teddy et décide de relever son numéro de plaque. Teddy a voulu manipuler les sentiments enfouis de Leonard, sa mémoire à long terme. Il est allé trop loin. C'est maintenant la fin d'une série de cycles. C'est le dernier. La fin d'une longue histoire entre ces deux-là. Leonard va mettre la machine en route qui va l'amener à tuer Teddy. Cela va le libérer, car Teddy lui a menti et ses mensonges se sont accumulés jusqu'à créer un déclic dans l'inconscient de Leonard, qui révèle la manipulation. Teddy a attaqué les plus précieux souvenirs de Leonard. Il a menti une fois de trop.  »

— Christopher Nolan, Commentaire audio DVD

Distinctions[modifier | modifier le code]

Sauf mention contraire, cette liste provient d'informations de l'Internet Movie Database[8].

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Box-office[modifier | modifier le code]

Le film rapporte 39 723 096 $ au box-office mondial (dont 25 544 867 aux États-Unis et au Canada)[2]. Il a réalisé 217 204 entrées en France, 63 789 en Belgique, 29 422 au Québec et 10 379 en Suisse[9].

Production[modifier | modifier le code]

Développement[modifier | modifier le code]

En , les frères Christopher et Jonathan Nolan ont effectué un voyage de Chicago à Los Angeles (Christopher déménageait sur la côte Ouest). Durant le trajet, Jonathan se montre intéressé par l'histoire du film de son frère[10]. Après leur arrivée à Los Angeles, Jonathan part pour Washington afin de terminer ses études universitaires. Christopher demande à Jonathan à maintes reprises de lui envoyer un premier projet, et après quelques mois, Jonathan le lui envoie[11]. Deux mois plus tard, Christopher a l'idée de raconter le film en brouillant les pistes chronologiques et commence à travailler sur le scénario. Au même moment, Jonathan écrit une nouvelle de son côté. Les deux frères continuent à correspondre et échangent leurs versions[12].

La nouvelle de Jonathan, intitulée « Memento Mori »[13], est radicalement différente du film de Christopher, même si elle en conserve les éléments essentiels. Dans la version de Jonathan, Leonard est nommé Earl et est un patient dans un établissement psychiatrique[14]. Comme dans le film, Earl a perdu sa femme et sa mémoire à court terme lors d'une agression par un tueur anonyme. Comme Leonard, Earl utilise des pense-bêtes ainsi que des tatouages pour retrouver le tueur. Toutefois, dans la nouvelle, Earl réussit à se convaincre par ses propres notes de s’échapper de l’hôpital psychiatrique et d’assassiner le tueur de son épouse, pour se venger. Contrairement au film, il n'y a aucune ambiguïté sur le fait qu'Earl réussit à tuer l’agresseur et ainsi se venger[14].

En , la petite amie de Christopher, Emma Thomas, montre son scénario à Aaron Ryder, un des dirigeants de Newmarket Films. Ryder déclare que c’est « peut-être le script le plus innovant que j’ai jamais vu »[15] et, peu après, Newmarket dote le réalisateur d'un budget de 4,5 millions de dollars[16]. La pré-production dure sept semaines pendant lesquelles le lieu de tournage principal se déplace de Montréal à Los Angeles afin de créer une atmosphère plus réaliste et noire[17].

Casting[modifier | modifier le code]

Brad Pitt a été initialement prévu pour jouer le rôle principal de Leonard. Il s'était intéressé au script, mais n’a pas pu accepter en raison d'un emploi du temps chargé[18]. D'autres acteurs ont été envisagés, tels que Aaron Eckhart, Alec Baldwin et Thomas Jane, mais c'est Guy Pearce qui a le plus impressionné Nolan et c’est à lui que le rôle a été attribué. Pearce a été choisi en partie pour son « manque de célébrité » et son enthousiasme pour le rôle, enthousiasme attesté par un appel téléphonique personnel de Pearce à Nolan pour discuter du film[19].

Après avoir été impressionné par la performance de Carrie-Anne Moss dans le film de science-fiction Matrix en 1999, Jennifer Todd (en) l'a proposée pour interpréter Natalie. Tandis que Mary McCormack faisait pression pour le rôle, Nolan décida d'engager Moss en disant : « Elle a ajouté un enrichissement énorme au rôle de Natalie qui n'était pas sur la page »[20]. Angelina Jolie, Famke Janssen et Ashley Judd furent également sollicitées pour le rôle.

Pour l'agent de police corrompu Teddy, Moss a suggéré son partenaire dans Matrix, Joe Pantoliano. Pantoliano semblait trop crapuleux pour son rôle, mais en parlant avec Nolan, ce dernier s'est dit surpris par la subtilité de l'acteur dans son travail[21]. Avant que Pantoliano accepte le rôle, le premier choix était Denis Leary, qui a refusé.

Les autres personnages du film ont été rapidement trouvés après que les trois rôles principaux furent établis. Stephen Tobolowsky et Harriet Sansom Harris furent choisis pour jouer les rôles de Sammy Jankis et de son épouse. Mark Boone Junior a décroché le rôle de Burt, réceptionniste du motel, car Jennifer Todd aimait « son apparence et son attitude ». Il est d’ailleurs réapparu pour des rôles mineurs dans une autre réalisation de Nolan : Batman Begins)[22]. Larry Holden joue Jimmy Grantz, trafiquant de drogue et petit ami de Natalie, tandis que Callum Keith Rennie remplit le rôle de Dodd, un gangster avide de récupérer l'argent de Jimmy. Pour compléter le casting, Jorja Fox prend le rôle de la soi-disant épouse de Leonard, et Kimberly Campbell celui d'une escort-girl.

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage s'est déroulé du 7 septembre au 8 octobre 1999[23]. Guy Pearce est le seul acteur à avoir été présent durant tout le tournage, alors que toutes les séquences où apparaît Carrie-Anne Moss ont été tournées dès la première semaine[24]. Une auberge de voyage à Tujunga a été repeinte et utilisée comme décor pour les chambres de motel de Leonard et de Todd. Les séquences du domicile de Sammy Jankis ont été tournées dans une étroite maison de banlieue à Pasadena, tandis que la maison de Natalie est située à Burbank[25]. L'équipe de tournage avait prévu de tourner les séquences se situant dans un bâtiment à l'abandon (où Leonard tue Teddy et Jimmy) dans une construction en briques de style espagnol appartenant à une compagnie ferroviaire. Toutefois, une semaine avant le tournage, la société a placé une rame de plusieurs douzaines de voitures devant le bâtiment, rendant impossible le tournage des plans extérieurs. Une raffinerie de pétrole près de Long Beach a été utilisée à la place, et la séquence où Leonard brûle les biens de son épouse a été filmée de l'autre côté de la raffinerie[26]. À la fin du tournage, Guy Pearce a enregistré sa narration en voix off et le réalisateur lui a laissé carte blanche pour improviser sur les scènes en noir et blanc, afin de donner à sa voix un ton « documentaire »[27].

Accueil[modifier | modifier le code]

Réception critique[modifier | modifier le code]

Le film est accueilli très favorablement par la critique, recueillant 93 % de critiques positives, avec une note moyenne de 8,1/10 et sur la base de 140 critiques collectées, sur le site internet Rotten Tomatoes[28]. Il obtient un score de 80/100, sur la base de 34 critiques, sur Metacritic[29]. En 2008, le magazine Empire l'a classé à la 173e place dans sa liste des 500 meilleurs films de tous les temps[30]. Il figure à la 29e place du Top 250 du classement des films de l'Internet Movie Database, basé sur les votes du public, avec une note moyenne de 8,7/10[31].

En France, les critiques ont également été dans l'ensemble plutôt positives. Le Journal du dimanche évoque « un film déboussolant, difficile, dont on sort anéanti et assommé. Et qu'on voit devenir culte » ; Le Nouvel Observateur parle d'un scénario « impeccable et implacable » qui « ménage des zones d'ombre à donner le vertige » ; Le Monde estime que ce « film noir intéressant » « devient passionnant » en tant qu'« étude sur la folie » ; Le Parisien situe le film « quelque part entre Usual Suspects et Sixième Sens » et lui « prédit un grand avenir ». Positif et Première délivrent des critiques plus mitigées, tous les deux se révélant respectivement agacés, malgré l'inventivité du film, par le « bavardage incessant et présomptueux sur le handicap du héros » et par « le système de narration » répétitif. Les Cahiers du cinéma délivrent une critique négative, évoquant un « souci forcené de faire original » et une « fausse bonne idée »[32].

Remakes[modifier | modifier le code]

Le réalisateur indien A.R. Murugadoss s'est librement inspiré de Memento pour son film Ghajini, film de langue tamoule sorti en 2005. Le film a été un grand succès en Inde et A.R. Murugadoss a réalisé un remake bollywoodien de son propre film, en langue hindie, également sous le titre Ghajini. Sortie en 2008, cette autre version a aussi obtenu un grand succès en Inde.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde, , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3)
  2. a et b (en) « Memento », Box Office Mojo (consulté le 4 avril 2011)
  3. « Fiche du doublage français du film » sur RS Doublage
  4. Marie-France Briselance, Les 36 situations dramatiques, Paris, Nouveau Monde, coll. « Leçons de scénario », , 363 p. (ISBN 2-84736-180-4), p. 257
  5. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde, , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3), p. 258
  6. Briselance et Morin 2010, p. 258
  7. (en) Note on the commentary http://www.christophernolan.net/memento_dvd.php
  8. (en) « Awards for Memento », Internet Movie Database
  9. « Memento », Base de données Lumière (consulté le 4 avril 2011)
  10. Anthony Kaufman, « Mindgames; Christopher Nolan Remembers "Memento" », sur IndieWire.com,
  11. Mottram 2002, p. 162
  12. Mottram 2002, p. 166
  13. Souviens-toi que tu es mortel
  14. a et b Jonathan Nolan. Memento Mori (Mottram 2002, p. 183 à 195).
  15. Mottram 2002, p. 176
  16. Mottram 2002, p. 177
  17. Mottram 2002, p. 151-152
  18. Mottram 2002, p. 106
  19. Mottram 2002, p. 107-108
  20. Mottram 2002, p. 111
  21. Mottram 2002, p. 112
  22. Mottram 2002, p. 114
  23. Mottram 2002, p. 125
  24. Mottram 2002, p. 127
  25. Mottram 2002, p. 154-155
  26. Mottram 2002, p. 156-157
  27. Mottram 2002, p. 133
  28. (en) « Memento », Rotten Tomatoes (consulté le 4 avril 2011)
  29. (en) « Memento », Metacritic (consulté le 4 avril 2011)
  30. (en) « The 500 Greatest Movies of All Time », Empire (consulté le 4 avril 2011)
  31. « Memento », Internet Movie Database
  32. « Memento - Critiques Presse », AlloCiné (consulté le 4 avril 2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(en) James Mottram, The Making of Memento, New York, Faber, (ISBN 0571214886).

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liens externes[modifier | modifier le code]