Les Ricains

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Les Ricains
Single de Michel Sardou
extrait de l'album Petit/Les Ricains
Sortie
Durée 2:15
Genre variété française
Format 7"
Auteur Michel Sardou
Compositeur Guy Magenta
Label Barclay

Singles de Michel Sardou

Les Ricains est une chanson française, composée par Guy Magenta et écrite et interprétée par Michel Sardou en 1967. Elle est publiée chez Barclay d'abord en single 45 tours, puis, dans une deuxième version, sur l'album J'habite en France sorti en 1970. Barclay publie alors l'album Petit - Les Ricains reprenant les premiers succès du chanteur dont Les Ricains, en 1971[1]. En 1989, la chanson est réenregistrée pour l'album Sardou 66.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Bases de l’USAF et du Canada en France métropolitaine avant leur évacuation de 1966 à 1967.

Sur un arrangement country, la chanson rend hommage au sacrifice des soldats américains lors du débarquement Allié sur les plages de Normandie le , durant la Seconde Guerre mondiale, la France était alors, depuis quatre ans, occupée par l’Allemagne nazie ; deux mois plus tard la capitale Paris était libérée. Trois ans plus tard naissait l’auteur et interprète de la chanson.

La chanson est sortie en 1967, au moment où le Général de Gaulle, alors Président de la République, condamne la guerre du Viêt Nam, menée par les États-Unis en soutien de la République du Viêt Nam contre le Nord-Vietnam communiste (à la suite de guerre coloniale et anticommuniste de la France de 1946 à 1954) et décide de retirer la République française du commandement intégré de l’OTAN; tout en restant membre de l’organisation. En conséquence de ce retrait, les bases de l’US Air Force présentes en métropole depuis 1950, à la demande de la France, sont évacuées à sa même demande vingt ans plus tard.

Cette chanson est originellement pour Alain Delon qui veut à cette époque enregistrer un disque, mais ce dernier décline la proposition[réf. nécessaire]. Remarquée par ses paroles politiquement engagées, la chanson est censurée à la demande des autorités gaullistes et interdite de radio. Elle vaut à Sardou, âgé de 20 ans, de se faire une petite notoriété, d’avoir un premier succès d'estime et d'être catalogué comme un chanteur de droite alors que les chansons engagées dans les années 1960 penchent plutôt à gauche[2]. Mais malgré ce titre remarqué, sa carrière ne décolle pas encore et ses ventes de disque restent faibles.

En 1970, il reprend le titre pour l'album J'habite en France. C’est aussi l’année des premiers grands succès de Sardou. Depuis, elle est devenue l’un des classiques du chanteur.

Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, par ailleurs fan du chanteur, répondit à une question de journalistes lors d’un voyage à Washington en novembre 2007 que sa passion de l’Amérique venait de cette chanson[3]. Le , le même Nicolas Sarkozy soumettait au vote de l’assemblée nationale le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN. Ce retour était acté lors du Sommet de l’OTAN Strasbourg-Kehl des 3 et 4 avril 2009.

Signification des titres, paroles et gestes[modifier | modifier le code]

Soldats allemands lors de l'occupation de la France, en juin 1940.
Soldats américains à Omaha Beach lors de la libération française, en juin 1944.

Le terme « ricain » est un terme d’argot servant à désigner, de manière péjorative, les américains dans le sens restrictif d’« habitants des États-Unis ».

Le texte fait écho à deux périodes historiques distinctes, celle de la Seconde Guerre mondiale qui a précédé et celle, alors contemporaine, de la guerre froide. Dans un monde devenu bipolaire, la France est en guerre larvée au sein de l’OTAN, sous influence américaine, contre le Pacte de Varsovie sous influence russe soviétique.

Les paroles font explicitement référence au débarquement de Normandie, le 6 juin 1944, où l'engagement de 75 000 soldats américains sur les plages d'Omaha Beach et d'Utah Beach a ouvert la voie à la libération de la France métropolitaine au prix de 3 200 victimes :

« Si les Ricains n’étaient pas là
Vous seriez tous en Germanie
À parler de je ne sais quoi
À saluer je ne sais qui. »

Il est notamment question d’un soldat américain type, anonyme, qui est décrit comme

« un gars venu de Georgie
Qui se foutait pas mal de toi
Est venu mourir en Normandie
Un matin où tu n’y étais pas. »

Les paroles font également part de l’ingratitude ou du manque de reconnaissance de certains Français (l'« amicale du fusillé » fait référence au Parti communiste français, qui s'est souvent présenté après 1944 comme le « parti des fusillés ») envers ses libérateurs :

« À l’amicale du fusillé
On dit qu’ils sont tombés pour rien. »

Si les paroles sont politiquement engagées, l’interprétation scénique lors des tours de chant ne l’est pas moins puisque son interprète fait le salut fasciste pour illustrer A saluer je ne sais qui, geste interdit par la législation française, qui était en usage dans les pays occupés par l’Allemagne nazie, ainsi que le poing levé[4], salut en usage dans les pays de l’Europe de l’Est où le régime communiste a été imposé par l’Union soviétique. Le chanteur condamne à la fois l’occupation historique de la France par l’Allemagne nazie et une hypothétique occupation soviétique en cas de non intervention des américains en Normandie en juin 1944.

Historiquement, à la suite du débarquement en Normandie les Alliés anglo-américains se sont lancés dans une course vers l’Est, ignorant Paris, pour parvenir à Berlin avant les soviétiques; mais ils ont échoué et le drapeau rouge a été hissé sur le Reichstag allemand vaincu. Du reste, les soviétiques ont effectivement occupé les pays d'Europe de l’Est après leur libération du joug nazi. Cette occupation, forcée comme en témoigne la révolte libérale de Prague en Tchécoslovaquie et la lutte anticommuniste de Solidarnosc en Pologne, a de fait lié les pays "libérés" au Pacte de Varsovie.

Controverse[modifier | modifier le code]

Cimetière américain de Colleville-sur-Mer où reposent les soldats américains morts pour la France lors du débarquement d’Omaha Beach.

La chanson, devenue un classique du répertoire de Michel Sardou, a pourtant suscité la critique, et ce pour différentes raisons, toutes d’ordre idéologique, qui parfois s’additionnent.

Ainsi, les antifascistes accusent l’interprète de complaisance en exécutant le salut hitlérien durant le tour de chant, les antiaméricains accusent l’auteur d’Atlantisme, les ex-collaborationnistes relativisent les méfaits de l’occupation allemande, les communistes dénoncent le caractère antisoviétique de l’interprétation par son assimilation du soviétisme au nazisme : à la fin du tour de chant l’interprète est bras tendu et enchaîne de la main le salut hitlérien avec le salut de Lénine en chantant

« Vous seriez tous en Germanie
À parler de je ne sais quoi
À saluer je ne sais qui » ;

si les crimes d’Hitler sont établis dès 1946 avec le procès de Nuremberg, ce n'est qu’en 1956 que sont révélés les crimes de Staline. Quant aux gaullistes, ils dénoncent la minimisation de la participation française à la libération du pays.

Discographie[modifier | modifier le code]

Il existe trois versions studio différentes du titre :

  • 1967, 1re version de 2:15, diffusée en 45 tours chez Barclay : la chanson débute sur une intro instrumentale.
  • 1970, 2e version de 2:26, l'album J'habite en France – chez Philips. Cette version débute et se conclut sur un enregistrement sonore diffusé en fond du « Sieg Heil ».
  • 1989, 3e version, sur l'album Sardou 66, constitué de réenregistrements de ses premières chansons.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Leblanc, « Michel Sardou : Les années Barclay », Jukebox Magazine, no 92,‎
  2. Pierre Saka et Jules Chancel, L'histoire de France en chansons, Larousse, , p. 161
  3. Vincent Jauvert, « Otan : De Gaulle, si tu savais… », L’Nouvel Observateur,‎
  4. Michel Sardou, « Les Ricains », Tour de chant, Google,‎ (lire en ligne [You tube])