La Fée aux choux

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La Fée aux choux
Réalisation Alice Guy
Sociétés de production Gaumont
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Conte
Durée 51 secondes
Sortie 1896

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Fée aux choux est un film de fiction d'Alice Guy, première femme réalisatrice dans l'histoire du cinéma. Daté de 1896, il a été transposé en 35 mm en 1900[1],[2],[3],[4].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Dans un jardin, une fée se penche sur des choux immenses. Elle en sort comme par magie un, puis deux nouveau-nés qui gigotent, puis un troisième figuré par une poupée, qui sont successivement déposés à terre, donnant ainsi foi à la légende du folklore français selon laquelle les petits garçons naissent dans les choux et les petites filles dans les roses.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : La Fée aux choux, ou La Naissance des enfants[4] (The Cabbage Patch Fairy en anglais [La Fée de la parcelle de choux], El hada de los repollos en espagnol, A Fada do Repolho en portugais, Капустная фея en russe, Blomkålsfe en suédois)
  • Réalisation : Alice Guy
  • Société de production : Société L. Gaumont et compagnie
  • Pays d'origine : Drapeau de la France France
  • Genre : Film de féerie
  • Durée : 51 secondes
  • Métrage : 23 m
  • Format : Noir et blanc
  • Date de sortie : entre 1896 et 1902
  • Licence : Domaine public

Distribution[modifier | modifier le code]

Selon les déclarations d'Alice Guy :

  • En 1896 :
    • La jeune mariée :
    • Le jeune marié :
    • Le paysan : Anatole Thiberville, ou un ouvrier du laboratoire
  • En 1900 :
    • La fée : une inconnue (Germaine Serand peut-être[5], ou Yvonne Mugnier-Serand)
  • En 1902 :
    • La marchande, Mme Féauchoux : Germaine Serand
    • La jeune mariée : Yvonne Mugnier-Serand, alors âgée de 17 ou 16 ans[6],[1]. Toutefois, l'actrice étant née en 1886 selon Maurice Gianati, il y a peu de chance que ce soit elle qui figure dans l'original de 1896[7].
    • Le jeune marié : un ou une inconnu(e). Peut-être Alice Guy elle même.

Dans l'histoire du cinéma[modifier | modifier le code]

Sage-femme de première classe (1902), nouvelle et ultime version de La fée aux choux en 1902

Selon sa petite-fille[8], le thème aurait été inspiré par l'invention des « couveuses » en Belgique et leur présentation à l’Exposition universelle de Paris de 1889.

Ce film est historique, non par son antériorité absolue (daté de 1896 [1],[3],[9],[10], il est postérieur à L'Arroseur arrosé des frères Lumière projeté en 1895), mais parce qu'il s'agit du premier film jamais tourné par une femme réalisatrice.

Alice Guy indique en 1914 au New Jersey Star que son premier film date de 1896 et a été refait au moins deux fois (at least twice) car la version originale a connu un tel succès que ses copies ont été “ruinées” (desintegrated). Il y aurait donc 2 ou 3 films connus sous ce nom. D'abord, le film de 30 m en 60 mm de 1896 (avec deux hommes, une femme et un vrai bébé) ; ensuite, un film de 1900 de 23 m sous la forme d'un remake en 35 mm (avec une femme et deux vrais bébés) ; enfin, en 1902, une version longue de 100 m, plus connue sous le nom Sage-femme de première classe (ou La naissance des enfants)[4], qui met en scène, d'après ses propres descriptions, trois personnages (deux femmes et un homme, ainsi que six vrais bébés) et emprunte également le motif légendaire des bébés sortis des choux (le chou en bas à gauche est identique sur les deux derniers films).

Néanmoins, Alice Guy, dans ses témoignages donnés en 1953 et 1963, appelle le film de 1902 La fée aux choux, soit qu'elle le considère comme un remake du précédent, soit qu'à cet âge elle ait simplement oublié voire ignoré l'autre titre donné dans le catalogue Gaumont de 1902, alors qu'à cette occasion il lui est d'ailleurs présenté, intitulé différemment, comme : Les aventures d'une sage femme et qu'il porte également d'autres noms, comme La naissance des enfants.

Elle décrit en effet au moins deux scenarii différents sous le même titre :

  • d'une part dans une conférence de Victor Bachy de 1944 reprenant ses propos : « À Belleville, se trouvait un petit jardin, précédé d'une terrasse au sol bitumée, close par un grand mur. C'est là que je mis en scène mon premier film "La fée aux choux". Un rideau de fond brossé par un peintre éventailliste du voisinage, des rangées de choux découpés dans du carton et peints d'un vert cru, des bébés de carton, sauf celui qui devait être découvert pour leur plus grande joie par un couple d'amoureux ... Je ne vous dirais pas que ce fut une merveille ... Cependant, si extraordinaire que cela puisse paraître aujourd'hui ce fut un succès. » (à moins qu'elle ait omis l'apparition préalable d'une fée, c'est donc à la jeune fille, qu'en 1944, elle donne ce nom), de même dans une lettre à Louis Gaumont de 1953 : « Deux jeunes mariés se promenaient dans les champs pendant leur lune de miel. Ils arrivaient auprès d'un champ de choux où un paysan travaillait. Le jeune homme se penchait à l'oreille de sa jeune femme et lui demandait si elle aimerait avoir un poupon. Elle acceptait en baissant les yeux (c'était la mode en 1900) et le jeune homme interrogeait le paysan. Celui-ci dérangé dans son travail leur donnait avec humeur la permission de chercher dans son champ. Le jeune mari découvrait tout d'abord un bébé de carton qui les décevait intimement mais la jeune femme entendait soudain un gazouillis derrière un chou plus éloigné, elle y courait et découvrait un beau poupon bien vivant qu'elle rapportait en triomphe à son mari. Après avoir dédommagé le paysan ils partaient tous les deux ravis pendant que le paysan retournait à son champ en haussant les épaules. » (ce scénario d'un film inconnu correspondrait à la version détruite de 1896), et dans ses mémoires, au sujet de son premier film tourné à Belleville en 60 mm : « Comme artistes : mes camarades, un bébé braillard, une mère inquiète bondissant à chaque instant dans le champ de l'objectif » (on notera le pluriel du mot camarades, car il y a plusieurs personnages adultes dans le film de 1896)[2] ;
  • D'autre part, dans son interview de 1963, au vu cette fois des photos du film de 1902 : « On m'a donné deux assistants … Louis Feuillade … et une secrétaire, Yvonne Serand qui joua dans La fée aux choux et deviendra la femme du metteur en scène Arnaud », ce qui correspond au film de 1902. Elle réitère cette affirmation dans une lettre à Louis Gaumont de 1954 : « Dans la photo de La fée aux choux figurent mes amies Germaine Serand et Yvonne Serand. »[2].

Par ailleurs, un remake de 23 m en 35 mm, dont la page de titre mentionne : Gaumont – The Cabbage Patch Fairy (La Fée aux choux) – Alice Guy – 1900", est retrouvé en 1996 seulement au Svenska Filminstitutet[11] et correspond à celui décrit dans le catalogue Gaumont de 1901 comme : « Une fée dépose des bébés vivants qu'elle retire des choux. », ce qui dément au surplus les propos de Maurice Gianati selon lesquels elle n'aurait pas tourné avant 1902[2].

Controverse actuelle[modifier | modifier le code]

La controverse porte sur deux points: la date de tournage et la réalisation par Alice Guy.

Le film La fée aux choux est daté de 1896 et représente, selon les souvenirs d'Alice Guy elle-même, son premier film[1],[3]. Les premières fictions d'Alice Guy sont postérieures à 1895[12],[1],[3]. Pour des raisons commerciales, les archives Gaumont affirment que ses premiers films sont plus tardifs[13]. La controverse sur la date repose sur deux arguments[2] :

  • Si le film date de 1896, il est tourné en 60 mm avec le chronophotographe de Georges Demenÿ et il n'aurait pas été possible de le transposer en 35 mm. Une étude attentive de l'appareil utilisé à l'époque[14] et le fait que le film La biche aux bois de 17 m, tourné initialement en 1896 en 60 mm par Jacques Ducom, nous est d'ailleurs parvenu en 35 mm, montre que cela est pourtant possible.
  • Le film apparaît dans le catalogue dès 1901 sous le no 379. Mais la numérotation des catalogues est une donnée peu fiable, et d'autres versions initialement en 60 mm y apparaissent dans le même groupe avec les no 377, 378 et 380 [15].

La controverse sur l'attribution de la qualité d'auteur(e) se fonde sur la confusion entre deux films d'Alice Guy, La fée aux choux et Sage-femme de première classe (1902). La confusion est entretenue par Alice Guy elle-même qui, dans ses écrits, mélange les deux sources à propos des titres. Mais elle est très âgée et possède uniquement des photos de tournage du second film [16]. Le film de 1896 est alors attribué sans aucune preuve à Jacques Ducom (co-réalisateur avec Edmond Floury de La biche aux bois, une féérie tournée au théâtre du Châtelet en 1896). Alison McMahan, la dernière biographe d'Alice, voit dans La fée aux choux un film de démonstration de Gaumont en vue d'obtenir le contrat du Châtelet[17].

Dès 1914[18] et jusque dans ses mémoires posthumes, Alice Guy déclare avoir commencé le film en 1896. Léon Gaumont confirme cette date[19]. Or, si elle a bien débuté en 1896, on ne voit aucune raison de lui refuser la maternité de ce film.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Vincent Pinel, Le cinéma muet, Paris, Larousse, 2010, p. 47 et 61
  2. a, b, c, d et e PW1949, « Alice Guy: la fée aux choux », sur plateauhassard.blogspot.fr,
  3. a, b, c et d La fée aux choux (1900) de Alice Guy, analyse, blog L'œil sur l'écran, 7 nov. 2010
  4. a, b et c Conférence de Maurice Gianati, Alice Guy a-t-elle existé ?, Conservatoire des techniques cinématographiques, conférence du 4 juin 2010, mis en ligne le 13 mars 2011 sur le site de la Cinémathèque française, voir surtout de 43e à 54e min, et de la 94e à la 105e min
  5. En 1902, le sourire de Mme Féauchoux qui ouvre la porte ressemble à celui de la fée.
  6. Alison McMahan, Alice Guy Blaché: lost visionary of the cinema, éd. Continuum International Publishing Group, 2002, p. 22
  7. Conférence de Maurice Gianati, Alice Guy a-t-elle existé ?, Conservatoire des techniques cinématographiques, conférence du 4 juin 2010, mis en ligne le 13 mars 2011 sur le site de la Cinémathèque française, voir 102e à 104e min.
  8. « Trois questions à la petite fille d’Alice Guy Blaché : Régine Blaché-Bolton », sur Encre & Lumière (consulté le 9 juillet 2017)
  9. L'Univers d'Alice Guy, présentation de l'exposition 2011 au Musée d'Orsay sur l'œuvre d'Alice Guy
  10. Conférence de Maurice Gianati, Alice Guy a-t-elle existé ?, Conservatoire des techniques cinématographiques, conférence du 4 juin 2010, mis en ligne le 13 mars 2011 sur le site de la Cinémathèque française, voir surtout de 54e à 61e min
  11. Alison McMahan, Alice Guy Blaché: lost visionary of the cinema, éd. Continuum International Publishing Group, 2002, p. 19
  12. Alice Guy, toujours la première, sur le site du Musée Gaumont
  13. (it)Kim Tomadjoglou Alice Guy : Omaggio a una pioniera del cinema, Cinetecadibologna Lien Pdf
  14. En 1896 il n'existe chez Gaumont qu'un chronophotographe en 60 mm. Pour obtenir un film de 20 min en 35 mm il faut transposer un film de 35 min en 60 mm, mais dans le courant du 2e semestre 1896, Mareschal décrit l'appareil avec des bobines de 35 mm
  15. Le format 60 mm est abandonné dès début 1897 par Gaumont au profit d'un nouveau chronophotographe 35 mm. Cf. courriers de Gaumont dans Les premières années de la société Gaumont, collectif, 1999. Par ailleurs, Victor Blachy et McMahan signalent les retirages
  16. This confusion, one of the rare points where the Autobiographie is clearly unreliable is in a way entirely understandable Adam Williams & Joan Simon, p. 36
  17. With a demonstration film like La fée aux choux, it would have been easier for Gaumont to win such a contract with the Châtelet, p. 15
  18. Interview au New jersey Star
  19. Dans une note manuscrite sur « Les premiers clients », on lit: « Ce furent des forains, les Grenier qui avaient une grande loterie. Alice Guy qui réalisa les premiers films Gaumont, à partir de 1896, raconte qu'elle fut invitée... ». cf. BiFi LG364-B50

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]