La Sortie de l'usine Lumière à Lyon

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La Sortie de l'usine Lumière à Lyon
Réalisation Louis Lumière
Sociétés de production Société Lumière
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Documentaire
Durée 45 secondes
Sortie 1895

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

45° 44′ 42.7″ N 4° 52′ 10.7″ E / 45.745194, 4.869639

Photogramme du film La Sortie de l'usine Lumière à Lyon (un dimanche de 1895).
Plaque de la rue du premier film à Lyon, France.
Vue du hangar tel qu'il est de nos jours.

La Sortie de l'usine Lumière à Lyon est un film français réalisé par Louis Lumière, sorti en 1895, qui existe en au moins trois versions reconnues, et fait partie des 10 films montrés au Salon indien du Grand Café à partir du .

Cet ouvrage a longtemps été considéré - et l'est encore - par des historiens du cinéma comme ayant été le premier film. Aussi, les commémorations du Centenaire du Cinéma furent-elles organisées en France en mars 1995. Cette datation se retrouve aussi bien par exemples dans l'Encyclopédie Larousse ou sous la plume de Michel Faucheux [1], que dans le monumental ouvrage de l'historien américain Charles Musser [2]. Mais d'autres historiens donnent la priorité à l'année 1891, date de l'apparition des premiers films produits par Thomas Edison, réalisés par William Kennedy Laurie Dickson. Ainsi, l'historien français Georges Sadoul note que « les bandes tournées par Dickson sont à proprement parler les premiers films »[3], et Laurent Mannoni, conservateur en chef des appareils à la Cinémathèque française, précise qu'« entre 1891 et 1895, Edison réalise quelques soixante-dix films »[4], tandis que Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin n'hésitent pas à qualifier de mensonge chauvin la primauté de La Sortie... dans la plupart des histoires du cinéma et rappellent que le cœur du cinéma et de tout ouvrage audiovisuel est bien ce qu'Edison a nommé pour la première fois un film. Ces auteurs n'en dégagent pas moins l'importance historique de ce film et l'apport esthétique fondamental de Louis Lumière dans le processus de création des « vues photographiques animées », le mot que les frères Lumière utilisent pour désigner leurs bobineaux impressionnés [5]. Voir aussi plus loin : Polémiques sur "premier film" et "centenaire du cinéma".

Hangar du premier film (vue de la charpente).

Argument[modifier | modifier le code]

Le personnel de l'usine Lumière sort de son lieu de travail, d'abord les ouvrières, puis les cadres. Dans la première version, on voit fermer les portes après la sortie.

Contexte[modifier | modifier le code]

La Sortie de l'usine Lumière à Lyon est le premier film tourné avec le Cinématographe (marque déposée) des frères Lumière, et le premier film d'images photographiques animées de l'histoire du cinéma à être projeté sur grand écran. Les films qui le précèdent, dès 1891, ont été tournés avec le Kinétographe de Thomas Edison et de William Kennedy Laurie Dickson, et sont visionnés individuellement à l'aide du Kinétoscope, une machine qui montre les images en mouvement, éclairées par l'arrière, vues à travers un œilleton et un jeu de loupes. Quant aux premières projections animées sur grand écran, ce sont - avant les projections Lumière - celles qu'organisa dès 1892 Émile Reynaud dans le cadre de son Théâtre optique, dont les Pantomimes lumineuses — les premiers dessins animés du cinéma — utilisent aussi un support souple en gélatine recouverte d'une couche de protection en gomme-laque, mais n'ont pas recours à la prise de vues sur une émulsion photosensible, ce qui ne les exclut pas le moins du monde du spectacle cinématographique [6].

Cette « vue photographique animée » dure 45 secondes et a été tournée le [7]. On y voit la sortie du personnel de l'usine, essentiellement des ouvrières, au 21-23 rue Saint-Victor (aujourd'hui rebaptisée rue du Premier-Film), au sein du quartier de Monplaisir, dans le 8e arrondissement de Lyon.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Différentes versions[modifier | modifier le code]

Il existe au moins trois versions de ce film. En effet, les tirages de copies malmenaient les négatifs originaux, et on n'utilisait pas encore d'internégatifs établis par l'intermédiaire d'un contretype, dont la définition laissait à désirer à cette époque. Il fallait donc refaire un tournage pour enregistrer un nouveau négatif. Ce n'est que dans la dernière version (la plus connue) que tous les personnages parviennent à sortir et fermer l'usine avant la fin de la pellicule. Mais ce qui distingue plus particulièrement la première version des deux suivantes tient dans le fait que Louis Lumière a demandé aux ouvriers et ouvrières de revenir le dimanche après la messe pour tourner la deuxième et la troisième version. Ainsi, contrairement à la première version où tout un chacun et chacune est en habit de travail, dans les deux autres, tout le monde est en habit du dimanche (voir le photogramme ci-dessus). C'est en comparant les trois films que cette conclusion a pu être déduite.

Remakes[modifier | modifier le code]

Le dimanche 19 mars 1995, lors des cérémonies du centenaire du Cinématographe à Lyon[8] un remake de même durée est tourné avec le même matériel d'époque sur pellicule 35 mm. Il s'intitule La sortie des cinéastes, les ouvriers et cadres des usines Lumière sont "interprétés" par des réalisateurs du XXe siècle. Le casting comporte notamment : Carlos Diegues, André de Toth, Jerry Schatzberg, Mrinal Sen, Youssef Chahine, Bertrand Tavernier, Jean Rouch, Paul Vecchiali, Jacques Deray, John Lvoff... Le jeudi 19 mars 2015 la commémoration du 120e anniversaire du tournage du premier film de l’histoire du Cinématographe, est l'occasion de tourner 21 films de 50 secondes chacun, au même endroit, chemin Saint-Victor, rebaptisé rue du Premier-Film.

Lors du Festival Lumière de Lyon, à partir de 2013[9], des remakes, toujours de 50 secondes, sont réalisés par les cinéastes invités. Les premiers réalisateurs sont Quentin Tarantino, Jerry Schatzberg et Michael Cimino (en 2013), puis Pedro Almodóvar, Xavier Dolan et Paolo Sorrentino (en 2014). Les films sont joués par des artistes du cinéma international.

Le premier film du Cinématographe Lumière[modifier | modifier le code]

Type de pellicule cinéma Lumière, le 35 mm actuel est le type Edison ci-dessous :
Pellicule 35 mm perforations Edison.JPG

Louis Lumière et son mécanicien Charles Moisson ont travaillé presque une année pour mettre au point leur machine. C'est le père, Antoine Lumière, qui a convaincu ses fils qu'il leur fallait abandonner provisoirement leurs recherches sur les plaques couleur sèches, dès qu'il est rentré en septembre 1894 d'un séjour à Paris[10], où il a pu admirer les projections en public des dessins animés du Théâtre optique d'Émile Reynaud et où il a pu assister, émerveillé selon son propre aveu, à une démonstration du Kinétoscope de Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson, qui se déroulait à quelques centaines de mètres du musée Grévin où officiait Reynaud[11]. Les envoyés d'Edison lui avaient donné une trentaine de centimètres de la pellicule souple inventée par John Carbutt en 1887, et commercialisée dès 1888 par l'industriel George Eastman. Forts de toutes ces inventions antérieures, les Lumière dépassèrent leurs modèles en inventant l'astucieuse caméra-appareil de projection-tireuse de copies Lumière. Prévenus également que le film 35 mm conçu par Edison avec 2 jeux de 4 perforations latérales rectangulaires par photogramme, avait fait l'objet de plusieurs dépôts de brevets internationaux, ils chargèrent leur machine avec un film Eastman 35 mm qu'ils dotèrent d'un seul jeu de 2 perforations rondes par photogramme, afin de ne pas entrer en contrefaçon avec l'invention de leurs prédécesseurs. La presse française baptisa d'ailleurs la machine des deux frères, « le Kinétoscope Lumière »[12].

Article connexe : Histoire du cinéma.

Louis Lumière activa lui-même la manivelle de son appareil, lors de sa première prise de vues destinée à être montrée en public (elle avait été bien sûr précédée par de nombreux essais)[10]. C'est pourquoi son personnel se hâte de sortir et ne s'attarde pas, si l'on excepte un jeune garçon et… un chien, du moins dans l'une des versions. Le patron semblait les surveiller avec cette nouvelle machine, et les Lumière n'étaient pas réputés pour être des employeurs faciles. Les conditions de travail étaient chez eux extrêmement dures et ils mettaient volontiers les fortes têtes à la porte[13]. C'est pour rendre hommage à leur père Antoine que les deux frères lui demandèrent lors de la fameuse première séance du à Paris, au Salon indien du Grand Café, de tourner la manivelle du Cinématographe auquel ils avaient adjoint une forte lanterne pour assurer la projection du film sur un drap blanc aux dimensions modestes.

Hangar du premier film[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hangar du premier film.

Le décor naturel de ce film, dont il ne reste que la partie appelée « Hangar du Premier film », est actuellement utilisé comme hall d'entrée d'une salle de cinéma par l'Institut Lumière[14]. Il est inscrit aux monuments historiques par un arrêté du , puis classé à l'occasion des célébrations intitulées « centenaire du cinéma » en 1995, comme lieu de tournage du premier film de Louis Lumière.

Polémiques sur « premier film » et « centenaire du cinéma »[modifier | modifier le code]

Ces formulations « premier film » et « centenaire du cinéma » sont sources de polémiques. Certains historiens du cinéma rappellent que « les bandes tournées par Dickson sont à proprement parler les premiers films[15]. » À l'époque des premières projections du Cinématographe Lumière, le Kinétoscope d'Edison bénéficiait déjà depuis 1893 d'un grand succès auprès du public populaire qui se pressait dans les Kinetoscope Parlors en payant un droit d'entrée d'un quart de dollar. La presse, invitée aux premières projections Lumière, rend compte, non pas du Cinématographe, cela viendra plus tard, mais du « Kinétoscope (ou du Kinétographe) des frères Lumière[16] ». Le 22 mars 1895, Louis Lumière, lorsqu'il présente son invention aux savants de la Société d'encouragement, la nomme « Kinetoscope de projection[17] ». « Il est bien difficile de déterminer précisément le moment à partir duquel les frères Lumière ont commencé à travailler sur la projection d’images animées, leurs souvenirs sur ce point étant contradictoires. Le Kinétoscope Edison est en revanche toujours cité comme point de départ de leurs réflexions visant à rendre visible par un public, et non plus individuellement, des images animées : ce n’est donc qu’à partir de septembre 1894 qu’ils ont pu, ou leur père Antoine, voir cette nouvelle attraction à Paris[16]. » Le Kinétoscope d'Edison ne permettait le visionnement des films que par un spectateur à la fois, debout, dans une position relativement inconfortable, mais son objet de spectacle était bien des films, le produit caractéristique du cinéma. Certes, le Cinématographe se révèle une amélioration considérable et une redoutable concurrence. La date de 1995, choisie pour célébrer le centenaire de l'invention du cinéma, est discutable car seul un faisceau d'inventions a pu concourir à l'émergence de ce procédé. On ne peut toutefois nier qu'elle est celle du centenaire de l'invention de l'appareil appelé le Cinématographe[18], et du tournage des premières « vues photographiques animées ». Elle célèbre surtout celle du centenaire de la première projection d'images photographiques animées sur grand écran devant un public.

Ce brillant début ne dure qu'un an et demi, ainsi que le rappelle l'historien du cinéma Georges Sadoul : « Les apports de Louis Lumière et de ses opérateurs sont considérables. Mais le réalisme lumérien, qui reste dans une certaine mesure mécanique, refuse au cinéma ses principaux moyens artistiques. Après dix-huit mois, les foules délaissent le Cinématographe. La formule, purement démonstrative, des photographies animées une minute durant, dont l’art se limitait au choix du sujet, au cadrage et à l’éclairage, avait conduit le film dans une impasse[19]. »

Les frères Lumière pensaient que le cinéma était un feu de paille qui serait vite éteint, ainsi que le reconnaît le petit-fils de Louis Lumière, Maurice Trarieux-Lumière : « Mon grand-père m'a dit qu'il croyait que le Cinématographe fatiguerait la vision des spectateurs. C'était comme une attraction qui aurait passé. Il ne vit pas, c'est vrai, comme Léon Gaumont ou Charles Pathé, l'essor que le cinéma prendrait[20]. » Par ailleurs, l’un des plus célèbres opérateurs qui coururent à travers le monde pour ramener des vues photographiques animées à la société Lumière, Félix Mesguich, raconte dans ses mémoires que lors de son embauche, Louis Lumière l'avait mis en garde contre tout débordement d’enthousiasme : « Je ne vous offre pas un emploi d’avenir, mais plutôt un travail de forain. Ça durera un an ou deux, peut-être plus, peut-être moins. Le cinéma n’a aucun avenir commercial[21]. » Mais en 1964, dans le livre que Georges Sadoul consacre à la mémoire de Louis Lumière, l’historien du cinéma rapporte que son interlocuteur conteste avec énergie la paternité d’une prédiction aussi peu clairvoyante, et la prête à son père Antoine, mort depuis longtemps[22].

La course aux machines était terminée, les frères Lumière l'avaient sans conteste gagnée, et La Sortie de l'usine Lumière à Lyon est un jalon déterminant de l'invention du cinéma, comme le fut Dickson Greeting (Le salut de Dickson), mais il fallait encore inventer le cinéma en tant que technique de narration et langage. Ce fut l'affaire, non pas d'industriels, mais celle d'artistes et d'artisans, comme les Français Émile Reynaud, Georges Méliès, et les Britanniques de l'École de Brighton, George Albert Smith, James Williamson, puis enfin l'Américain D. W. Griffith[23].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Faucheux, Auguste et Louis Lumière, Paris, Gallimard, coll. « Folio Biographies »,‎ , 288 p. (ISBN 978-2-07043-938-6)
  2. (en) Charles Musser, History of the American Cinema, Volume 1, The Emergence of Cinema, The American Screen to 1907,‎ , 613 p. (ISBN 0-684-18413-3)
  3. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Paris, Flammarion,‎ , 719 p., p. 16
  4. Laurent Mannoni (célébration du 22 mars 1895, année française de l’invention du cinéma), Lexique, Paris, SARL Libération (numéro spécial), coll. « supplément » (no 4306),‎ , p. 3
  5. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde,‎ , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3), p. 11 à 17
  6. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde éditions, 2010 (ISBN 978-2-84736-458-3), 588 pages, voir pages 21 à 23
  7. Jean-Pierre Dufreigne, « C'était le 19 mars 1895, à midi… », L'Express, 16 mars 1995.
  8. « 19 MARS 1995 : CENTENAIRE DU CINÉMA ORGANISE PAR L'INSTITUT LUMIÈRE A LYON, photographies de Anik Couble » (consulté le 1 mai 2015)
  9. « J'ai tourné sous la direction de Xavier Dolan et Pedro Almodovar, Télérama 18 octobre 2014 » (consulté le 1 mai 2015)
  10. a et b www.institut-lumiere.org|Patrimoine Lumière|Le Cinématographe
  11. Maurice Trarieux-Lumière (entretien avec le petit-fils de Louis Lumière, président de l'association Frères Lumière), La Lettre du premier siècle du cinéma no 7, association Premier siècle du cinéma, supplément à la Lettre d'information du ministère de la Culture et de la Francophonie no 380, du 3 décembre 1994 (ISSN 1244-9539)
  12. Édouard Waintrop, 22 mars 1895 : la première séance, à la Une de Libération, numéro spécial, supplément au no 4306 du 22 mars 1995, célébrant le 22 mars 1895, année française de l’invention du cinéma
  13. Édouard Waintrop, Les Images animées de Monsieur Louis Lumière, in Libération, numéro spécial, op. cité, voir page 2
  14. Le Hangar du Premier-Film, sur le site de l'Institut Lumière
  15. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Paris, Flammarion, 1968, citation de la page 16
  16. a et b Patrimoine Lumière, Le Cinématographe
  17. Édouard Waintrop, 22 mars 1895 : la première séance, à la Une de Libération, op. cité
  18. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, op. cité, voir page 11
  19. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Paris, Flammarion, 1968, 719 pages, citation de la page 24
  20. Maurice Trarieux-Lumière (entretien avec le petit-fils de Louis Lumière, président de l'association Frères Lumière), La Lettre du premier siècle du cinéma no 7, association Premier siècle du cinéma, supplément à la Lettre d'information du ministère de la Culture et de la Francophonie n° 380, du 3 décembre 1994, (ISSN 1244-9539)
  21. Félix Mesguich, Tours de manivelle, mémoires d'un chasseurs d'images, Bernard Grasset, Paris, 1933. Amazon Standard idenfification Number (ASIN) B0000DY4JG
  22. Georges Sadoul, Louis Lumière, Paris, Seghers, collection Cinéma d’aujourd’hui, 1964
  23. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Le Personnage, de la "Grande" histoire à la fiction, Paris : Nouveau Monde éditions, 2013 (ISBN 978-2-36583-837-5) 436 pages, voir pages 292 à 294

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]