Olympe Audouard

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Olympe Audouard
Olympe Audouard (Sirot).png

Portrait photographique issu de la collection Sirot.

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 57 ans)
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Nationalité
Activités

Olympe Félicité Audouard, née de Jouval le à Marseille et morte le à Nice, est une écrivaine voyageuse[1] féministe française.

Elle a été une des représentantes les plus importantes du mouvement féministe français de la seconde moitié du XIXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Mariée, à vingt ans, au notaire marseillais Henri-Alexis Audouard, son mariage s’est terminé sur un échec au bout de quelques mois[2] lorsqu’elle a demandé la séparation de corps en l’accusant de libertinage. De cette union est né un enfant qui est resté à la mère malgré sa séparation d’avec son mari[3].

Alexandre Dumas, passant à Marseille, avait loué ses essais manuscrits. — Que ne venez-vous à Paris ? lui dit-il. — J’y songeais ! répliqua-t elle. Et elle prit le train, avec le propos bien arrêté d’occuper dans les lettres la place de George Sand[4]. Arrivée à Paris, elle fréquenta, outre Dumas, des célébrités telles que Théophile Gautier, Lamartine, Jules Janin, rencontres qu'elle raconte dans ses mémoires[5].

Après la finalisation de son divorce, prononcé en 1855[6], elle profita aussitôt de sa liberté retrouvée pour faire, comme écrivaine professionnelle[6], un long voyage à travers l’Égypte, la Syrie, la Palestine, la Turquie[7]. De là, elle passa en Russie, parcourant l’Allemagne, la Pologne[2].

Elle revint alors à Paris, où elle s’essaya au commerce des modes, mais les affaires convenant peu à sa nature, elle se lança en littérature avec un roman intitulé Comment aiment les hommes, où elle disait déjà au sexe fort un certain nombre de choses désagréables qu’elle ne manqua jamais plus tard de répéter dans ses nombreuses conférences.

En même temps, qu’elle collaborait à la Revue cosmopolite, elle fonda un éphémère organe mondain intitulé Le Papillon[8]. Deux ans après, elle tenta de se lancer également en politique, et elle demanda une autorisation de transformer la Revue cosmopolite en feuille de politique courante, au ministre de l’Intérieur, qui la lui refusa, sous prétexte qu’elle ne pouvait être accordée qu’à un « Français » jouissant de ses droits civils et politiques[4].

Après avoir vivement protesté dans les journaux contre ce nouvel acte de tyrannie masculine, elle partit pour l’Amérique, où elle fit, dans les villes des États-Unis, dont Salt Lake City[9], une série de conférences qui eurent un très vif succès, dû à son réel talent de conférencière.

Elle a exigé, dans une infinité d’exposés et de publications, en particulier, à côté de réformes générales dans la législation civile, du divorce et de la question de l’assimilation des femmes, l’égalité complète pour les femmes, y compris le droit de voter et de se présenter aux élections.

Très attaquée par Barbey d’Aurevilly, qui professait une grande haine pour le bas-bleuisme, elle réagit en donnant une conférence contre lui, qui fut publiée. Barbey, qui pensait que les femmes de lettres n’avaient dans la tête qu’un seul roman, le leur, et qu’elles ne se lassaient pas de le raconter au public, qui d’ordinaire n’en avait cure, déploya contre elle un tel acharnement, qu’un beau matin, perdant patience, elle lui adressa un cartel[4]. Barbey ne crut pas devoir accepter ce duel, mais cet incident fut une bonne fortune pour la petite presse, surtout les journaux à caricatures, qui vécurent quinze jours sur le combat manqué de Barbey et d’Olympe[4]. Olympe fit rire d’elle, mais Barbey ne fut pas épargné non plus[4].

Possédant un sentiment très vif de la dignité littéraire, un jour vint où, séparée de son mari, elle en fut réduite à lui réclamer, pour vivre, judiciairement quelques subsides, elle s’en fut présenter elle-même au magistrat compétent sa requête qu’elle avait signée « femme de lettres ». « Femme de lettres ! fit le prudhomme avec raideur. Croyez-moi, madame, si vous voulez qu’on s’intéresse à vous, rompez bien vite avec une profession où on ne rencontre que des mangeurs (sic) ou des gens sans aveu (sic), comme Jules Janin, Théophile Gautier, Michelet, Arsène Houssaye et tutti quanti !

— Monsieur, répondit froidement la requérante, avez-vous connaissance d’une statistique publiée, l’année dernière, par ce même Gautier que vous méprisez si fort ?

— Dieu m’en garde !

— Je le regrette, car elle vous aurait appris que, si l’on a vu parfois au bagne des ministres, des procureurs, des avoués, des notaires, voire des magistrats, on n’y a jamais vu de littérateurs[10] ! »

Elle est morte à Nice où elle était venue tenter de soigner sa maladie au soleil[2], assistée, à ses derniers moments, par la princesse Waronsoff et son fils, le duc de Montelfi[11] des suites d'une congestion pulmonaire. Très patriote, elle resta à Paris pendant la guerre de 1870, et durant le siège de Paris, elle fut une des plus dévouées infirmières, prodiguant sans compter ses soins aux blessés[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bénédicte Monicat, « Écriture du voyage et féminisme : Olympe Audouard et le féminisme en question », The French Review, vol. 69, no 1,‎ , p. 24-36.
  2. a, b et c « Nécrologie. Madame Olympe Audouard », Le Gaulois : littéraire et politique, no 2694,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  3. Gabrielle Houbre, Le Livre des courtisanes : archives secrètes de la police des mœurs, Paris, Tallandier, , 637 p. (ISBN 978-2-84734-344-1, lire en ligne), p. 53.
  4. a, b, c, d et e « Propos divers », L’Univers, no 8054,‎ , p. 1-2 (lire en ligne).
  5. Olympe Audouard, Voyage à travers mes souvenirs : ceux que j'ai connu, ce que j'ai vu, É. Dentu, (lire en ligne)
  6. a et b Olivier Salmon (préf. Hussein I. El-Mudarris), Alep dans la littérature de voyage européenne pendant la période ottomane (1516-1918), t. III, Paris, Dar al-Mudarris & Dar Mardin, , 2e éd. (1re éd. 2011), 2123 p. (lire en ligne), p. 1822.
  7. Elle publiera, peu après ces voyages, trois relations de voyages intitulées les Mystères du Sérail et des Harems turcs (1863), les Mystères de l’Égypte dévoilés (1865) et l’Orient et ses peuplades (1867).
  8. Isabelle Ernot, « Olympe Audouard dans l’univers de la presse, (France, 1860-1890) », Genre & Histoire,‎ (lire en ligne)
  9. Voyage dans mes souvenirs : Ceux que j’ai connus, ce que j’ai vu, Paris, É. Dentu, (lire en ligne), p. 348.
  10. « La Vie parisienne », Figaro : journal non politique, no 14,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  11. « Au pays de l’azur », La France moderne : Littérature, sciences et arts contemporains,‎ (lire en ligne).
  12. « Nécrologie », Le Petit Parisien : journal quotidien du soir, no 4827,‎ , p. 3 (lire en ligne)

Publications[modifier | modifier le code]

  • À travers l'Amérique ; le Far-West, Paris, É. Dentu, 1869.
  • À travers l'Amérique… États-Unis, constitution, mœurs, usages, lois, institutions, sectes religieuses, Paris, É. Dentu, 1966, 1871.
  • Comment aiment les hommes, Paris, É. Dentu, 1862.
  • Guerre aux hommes, Paris, É. Dentu, 1866.
  • Gynécologie ; la femme depuis six mille ans, Paris, Dentu, 1873.
  • Histoire d'un mendiant, Paris, É. Dentu, 1862.
  • Il n'y a pas d'amour sans jalousie et de jalousie sans amour, comédie en un acte et en prose, Paris, É. Dentu, 1863.
  • La femme dans le mariage, la séparation et le divorce : conférence faite le 28 février 1870, Paris, É. Dentu, 1870.
  • L'Amie intime, Paris, 1873.
  • La Morale officielle S. V. P., lettre à M. de Goulard, ministre de l'Intérieur, Paris, É. Dentu, 1873.
  • L'Amour, le matérialisme, le spiritualiste, le complet et divin..., Paris, É. Dentu, 1880.
  • Le Canal de Suez, chapitre détaché d'un livre sur l'Egypte, qui paraîtra prochainement, Paris, É. Dentu, 1864.
  • Le luxe des femmes : réponse d'une femme à M. le procureur général Dupin, Paris, É. Dentu, 1865.
  • Le luxe effréné des hommes. Discours tenu dans un comité de femmes, Paris, É. Dentu, 1865.
  • Le Papillon arts, lettres, industrie, Paris, [s.n.], 1861-1863.
  • Les mondes des esprits, ou la Vie après la mort, Paris, É. Dentu, 1874.
  • Les escompteuses, études parisiennes, Paris, É. Dentu, 1883.
  • Les mystères de l'Égypte dévoilés, Paris, É. Dentu, 1865.
  • Les mystères du sérail et des harems turcs ; lois, mœurs, usages, anecdotes, Paris, É. Dentu, 1863.
  • Les nuits russes, Paris, É. Dentu, 1876.
  • Les roses sanglantes, Paris, É. Dentu, 1880.
  • Le Secret de la belle-mère, Paris, É. Dentu, 1876.
  • Les soupers de la Princesse Louba d'Askoff : drame d'amour et de nihilisme, Paris, Dentu, 1880.
  • Lettre à M. Haussmann, préfet de la Seine, Paris, imp. Balitout, Questroy et Cie, 1868.
  • Lettre aux députés, Paris, É. Dentu, 1867.
  • L'Homme de quarante ans, Paris, É. Dentu, 1868.
  • L'Orient et ses peuplades, Paris, É. Dentu, 1867.
  • M. Barbey-d'Aurevilly ; réponse à ses réquisitoires contre les bas-bleus. Conférence du 11 avril, Paris, É. Dentu, 1870.
  • Pour rire à deux : contes, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1884.
  • La Femme-Homme. Mariage adultère divorce. Réponse d'une femme à M. Alexandre Dumas Fils, Paris, É. Dentu, 1872.
  • Silhouettes parisiennes, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1883.
  • Singulière nuit de noce, drame de la vie parisienne, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1886.
  • Un mari mystifié, Paris, É. Dentu, 1863.
  • Voyage à travers mes souvenirs : ceux que j'ai connus ce que j'ai vu, Paris, É. Dentu, 1884.
  • Voyage au pays des boyards ; étude sur la Russie actuelle, Paris, É. Dentu, 1881.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Isabelle Ernot, « Olympe Audouard dans l’univers de la presse, (France, 1860-1890) », Genre & Histoire,‎ (lire en ligne).
  • (en) Rachel Nuñez, « Rethinking Universalism : Olympe Audouard, Hubertine Auclert, and the Gender Politics of the Civilizing Mission », French Politics, Culture & Society, New York, Berghahn Books, no 30,‎ , p. 23-45 (lire en ligne).
  • Bénédicte Monicat, « Écriture du voyage et féminisme : Olympe Audouard et le féminisme en question », The French Review, vol. 69, no 1,‎ , p. 24-36.

Liens externes[modifier | modifier le code]