Crâne de Ceprano

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Crâne de Ceprano
Image illustrative de l’article Crâne de Ceprano
Dessin du crâne de Ceprano d'après sa reconstruction de 2000.
Coordonnées 41° 33′ 00″ nord, 13° 31′ 00″ est
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Régions d'Italie Latium
Provinces d'Italie Province de Frosinone
Vallée Vallée de Ceprano
Localité voisine Ceprano
Daté de 353 000 ans[1]
Période géologique Quaternaire
Époque géologique Pléistocène moyen
Découvert le 1994[2]
Découvreur(s) Italo Bidittu
Nom commun Ceprano 1
Particularités Diversité du Pléistocène moyen
Identifié à Homo cepranensis[3],
ou Homo heidelbergensis[4],[5],
ou prénéandertalien[6],[7]

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Crâne de Ceprano

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Crâne de Ceprano

Le crâne de Ceprano (prononcer /tʃeprano/ en italien) désigne le fossile Ceprano 1, découvert en 1994 près de Ceprano dans le Latium[2], et daté de 353 000 ans[1]. Sa première datation, d'environ 800 000 ans[2], avait d'abord fait de lui le plus vieux fossile européen connu, contribuant à faire naître l'hypothèse d'une colonisation ancienne de l'Europe[4]. Cependant d'autres fossiles plus anciens furent découverts par la suite sur le continent, comme à la Sima del Elefante en 2007, ou encore à Orce en 2013, deux sites espagnols dont les fossiles humains dateraient de plus de 1,2 Ma[8],[9]. D'autre part, la datation du crâne de Ceprano a subi entre 2009 et 2011 une série de trois corrections qui ont rajeuni le fossile de moitié[10],[11],[1].

Découverte[modifier | modifier le code]

La découverte date du dimanche 13 mars 1994 : l'archéologue Italo Biddittu cherchait assidûment des fossiles lors des prospections de surface effectuées pour le tracé d'une route près de Ceprano. Il découvrit les fragments du crâne, qui avait été éclaté par un bulldozer en une cinquantaine de morceaux[3]. Italo entreprit une exploration de plusieurs semaines pour rassembler ces fragments. Cependant les éléments faciaux restèrent introuvables[2],[12]. Les morceaux étaient inclus dans une couche d'argile, ce qui a conduit Biddittu à surnommer le crâne Argil[13].

Description[modifier | modifier le code]

Le fossile était initialement très fragmenté, en plus d'avoir subi une déformation taphonomique conséquente. Ses reconstructions ont ainsi été revues depuis sa découverte jusqu'en 2017 pour la dernière en date. Ses traits identifiables sont relativement archaïques, éloignés de ceux de Néandertal, et ont peu de similitudes avec ses contemporains connus. Tous ces éléments, en plus du bousculement de datation, ont laissé imaginer de nombreuses hypothèses de classement divergentes[14],[4],[6],[5], allant même jusqu'à créer en 2003 l'espèce Homo cepranensis[3]. Faute de pouvoir le relier clairement à d'autres spécimens proches dans le temps, il participe en tout cas à illustrer la diversité des types morphologiques qui précèdent Néandertal, aux côtés des autres découvertes européennes de cette période[11],[4],[7].

Datations[modifier | modifier le code]

Les découvreurs envisagent d'abord un âge d'environ 800 000 ans[2],[12], avant plusieurs réévaluations successives externes en 2009, 2010 et 2011. Ces nouvelles informations conduisent à une période bien plus proche d'environ 353 000 ans. Elles retirent ainsi à Ceprano 1 son rôle de preuve d'un peuplement ancien de l'Europe[1], tandis qu'elles en font un emblème de la diversité du Pléistocène moyen[11],[4].

  • En 1996 la publication de la découverte annonce que les morceaux du crâne se trouvent sous une couche volcanique, datée par K-Ar de 700 000 ans, et propose une date d'environ 800 000 ans[2], confortée par les premières reconstructions du crâne qui le classent en Homo erectus[2],[12].
  • En 2009 toutefois les estimations géochronologiques précédentes sont balayées par une nouvelle estimation à environ 450 000 ans, en tout cas cadrée entre 0,58 et 0,35 Ma, d'après des datations au K-Ar de faciès de pollens de la vallée[10].
  • En novembre 2010 l'estimation précédente est reprécisée entre 430 et 385 Ka[11].
  • Enfin en octobre 2011 la datation par 40Ar/39Ar conduit à un âge encore inférieur, d'environ 353 000 ans, à 4 000 ans près[1].

En 2017, la reconstruction informatique des déformations taphonomiques subies par le fossile montrent que la couche géologique où il a été découvert est bien sa couche d'origine, ce qui confirme les dernières datations basées sur les sédiments[5].

Reconstitutions et classifications[modifier | modifier le code]

Reconstruction délicate[modifier | modifier le code]

Le fossile actuel, selon la reconstruction finale de 2000.
Le fossile actuel, selon la reconstruction finale de 2000[15],[16].

La première reconstruction par l'équipe de Ceprano conduit à un volume crânien de 1 158 cm3. Alors que la datation était encore supposée à environ 800 000 ans, les découvreurs proposent de classer le fossile en Homo erectus tardif sur la base de ses caractéristiques les plus évidentes, et notent aussi des similitudes avec la mandibule 3 de Ternifine au Maroc. Ces premiers travaux sont publiés en 1996[2].

Cette approche est d'abord réévaluée en 2000 par le sud-africain Ron J. Clarke (université du Witwatersrand). Il conclut également à un classement en Homo erectus mais revoit le volume à 1 067 cm3[12]. Peu après, un dernier avis sur la reconstruction est proposé par Marie-Antoinette de Lumley de l'institut de Paléontologie humaine parisien et Francesco Mallegni de l'Université de Pise. Ils notent que deux tiers seulement des caractéristiques d'Homo erectus sont visibles et concluent à un volume crânien de 1 057 cm3[16].

En 2003 en revanche, sur la base d'une comparaison informatique des caractéristiques du crâne avec celles d'autres représentants connus du genre Homo, l'équipe propose d'en faire une nouvelle espèce. Homo cepranensis serait davantage apparenté à une forme précoce d'Homo rhodesiensis, contribuant peu au peuplement européen, et ayant émigré d'Afrique il y aurait 1 Ma[3]. L'hypothèse n'est pas partagée unanimement mais semble toutefois plausible[14].

En 2017, une nouvelle reconstruction est effectuée par imagerie 3D. Le plâtre utilisé lors des reconstructions précédentes gêne les modifications nouvelles sur le fossile mais peut être virtuellement retiré sur le modèle, montrant alors des erreurs importantes dans la reconstruction physique antérieure. Cette nouvelle reconstruction virtuelle effectuée, les chercheurs ont ensuite appliqué au modèle 3D un algorithme qui inverse la déformation taphonomique subie par le crâne. Ils parviennent ainsi à retrouver une forme plus naturelle et symétrique, qui devrait permettre de revoir les nombreuses interprétations divergentes basées sur la morphologie complexe du fossile. Selon les auteurs, cette nouvelle visualisation réduit l'intensité des caractères qui faisait de ce crâne un spécimen si particulier, et le rapprocherait alors d'autres fossiles comme ceux de Kabwe et de Petralona[5].

Interprétations divergentes[modifier | modifier le code]

Carte de répartition des principaux sites prénéandertaliens d'Europe.
Carte de répartition des principaux sites prénéandertaliens d'Europe.

À partir de 2009, le changement complet de datation, couplé au constat renouvelé de l'absence de caractères néandertaliens, laisse imaginer une réécriture du scénario de l'homme de Ceprano : loin de représenter une première sur le sol européen, il illustrerait alors au contraire la diversité du Pléistocène moyen, aux côtés de sites comme la Sima de los Huesos, Aroeira et Tautavel[7]. Ces variations de caractères démontreraient la coexistence de plusieurs espèces, ou bien une forte variabilité intra-spécifique[11].

Cette variabilité laisse aussi imaginer d'autres taxonomies pour lier ce crâne aux européens du Pléistocène moyen, comme en faire lui-même un Homo heidelbergensis[15] ou une de ses sous-espèces[4]. Lors de la nouvelle reconstruction de 2017, les défenseurs de cette branche italienne de Homo heidelbergensis réaffirment leur thèse. Dans cette interprétation, cette espèce embrasserait un vaste hypodigme qui représenterait les ancêtres des néandertaliens, des dénisoviens et des hommes modernes[5],[4], en contradiction avec les analyses paléogénétiques de 2016 qui dateraient cet ancêtre commun d'environ 660 000 ans[6].

Conservation[modifier | modifier le code]

Le fossile est actuellement conservé à la surintendance du Service d'Anthropologie pour le Patrimoine Archéologique du Latium.


v · d · m


Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en) Sébastien Nomade, Giovanni Muttoni, Hervé Guillou, Eric Robin et Giancarlo Scardia, « First 40Ar/39Ar age of the Ceprano man (central Italy) », Quaternary Geochronology, 5e série, vol. 6,‎ , p. 453-457 (DOI 10.1016/j.quageo.2011.03.008, lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e, f, g et h (en) A. Ascenzi, I. Biddittu, P.F. Cassoli, A.G. Segre et E. Segre-Naldini, « A calvarium of late Homo erectus from Ceprano, Italy », Journal of Human Evolution, 5e série, vol. 31,‎ , p. 409-423 (DOI 10.1006/jhev.1996.0069, lire en ligne)
  3. a, b, c et d Francesco Mallegni, Emiliano Carnieri, Michelangelo Bisconti, Giandonato Tartarelli, Stefano Ricci, Italo Biddittu et Aldo Segre, « Homo cepranensis sp. nov. and the evolution of African-European Middle Pleistocene hominids », Comptes Rendus Palevol, 2e série, vol. 2,‎ , p. 153-159 (DOI 10.1016/S1631-0683(03)00015-0, lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e, f et g (en) Giorgio Manzi, « Humans of the Middle Pleistocene: The controversial calvarium from Ceprano (Italy) and its significance for the origin and variability of Homo heidelbergensis », Quaternary International, vol. 411,‎ , p. 254-261 (DOI 10.1016/j.quaint.2015.12.047, lire en ligne)
  5. a, b, c, d et e (en) Fabio Di Vincenzo, Antonio Profico, Federico Bernardini, Vittorio Cerroni, Diego Dreossi, Stefan Schlager, Paola Zaio, Stefano Benazzi, Italo Biddittu, Mauro Rubini, Claudio Tuniz et Giorgio Manzi, « Digital reconstruction of the Ceprano calvarium (Italy), and implications for its interpretation », Nature, Scientific Reports, vol. 7,‎ (DOI 10.1038/s41598-017-14437-2, lire en ligne)
  6. a, b et c (en) Matthias Meyer, Juan Luis Arsuaga, Cesare de Filippo, Sarah Nagel, Ayinuer Aximu-Petri, Birgit Nickel, Ignacio Martínez Ana Gracia, José María Bermúdez de Castro, Eudald Carbonell, Bence Viola, Janet Kels, Kay Prüfer et Svante Pääbo, « Nuclear DNA sequences from the Middle Pleistocene Sima de los Huesos hominins », Nature, 7595e série, vol. 531,‎ , p. 504-507 (DOI 10.1038/nature17405, lire en ligne)
  7. a, b et c (en) Joan Daura, Montserrat Sanz, Juan Luis Arsuaga, Dirk L. Hoffmann, Rolf M. Quam, María Cruz Ortega, Elena Santos, Sandra Gómez, Angel Rubio, Lucía Villaescusa, Pedro Souto, João Mauricio, Filipa Rodrigues, Artur Ferreira, Paulo Godinho, Erik Trinkaus et João Zilhão, « New Middle Pleistocene hominin cranium from Gruta da Aroeira (Portugal) », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 13e série, vol. 114,‎ , p. 3397-3402 (DOI 10.1073/pnas.1619040114, lire en ligne)
  8. (en) Eudald Carbonell, José María Bermúdez de Castro, Josep M. Parés, Alfredo Pérez-González, Gloria Cuenca-Bescós, Andreu Ollé, Marina Mosquera, Rosa Huguet, Jan van der Made, Antonio Rosas, Robert Sala, Josep Vallverdú, Nuria García, Darryl E. Granger, María Martinón-Torres, Xosé P. Rodríguez, Greg M. Stock, Josep M. Vergès, Ethel Allué, Francesc Burjachs, Isabel Cáceres, Antoni Canals, Alfonso Benito, Carlos Díez, Marina Lozano, Ana Mateos, Marta Navazo, Jesús Rodríguez, Jordi Rosell et Juan Luis Arsuaga, « The first hominin of Europe », Nature, vol. 452,‎ , p. 465-469 (DOI 10.1038/nature06815, lire en ligne)
  9. (en) Isidro Toro-Moyano, Bienvenido Martínez-Navarro, Jordi Agustí, Caroline Souday, José María Bermúdez de Castro, María Martinón-Torres, Beatriz Fajardo, Mathieu Duval, Christophe Falguères et Oriol Oms, « The oldest human fossil in Europe dated to ca. 1.4 Ma at Orce (Spain) », Journal of Human Evolution, 1re série, vol. 65,‎ , p. 1-9 (DOI 10.1016/j.jhevol.2013.01.012, lire en ligne)
  10. a et b (en) Giovanni Muttoni, Giancarlo Scardia, Dennis V. Kent, Carl C. Swisher et Giorgio Manzi, « Pleistocene magnetochronology of early hominin sites at Ceprano and Fontana Ranuccio, Italy », Earth and Planetary Science Letters, série 1-2, vol. 286,‎ , p. 255-268 (DOI 10.1016/j.epsl.2009.06.032, lire en ligne)
  11. a, b, c, d et e (en) Giorgio Manzi, Donatella Magri, Salvatore Milli, Maria Rita Palombo, Vasiliki Margari, Vincenzo Celiberti, Mario Barbieri, Maurizio Barbieri, Rita T. Melis, Mauro Rubini, Massimo Ruffo, Barbara Saracino, Polychronis C. Tzedakis, Annalisa Zarattini et Italo Biddittu, « The new chronology of the Ceprano calvarium (Italy) », Journal of Human Evolution, 5e série, vol. 59,‎ , p. 580-585 (DOI 10.1016/j.jhevol.2010.06.010, lire en ligne)
  12. a, b, c et d (en) R.J. Clarke, « A corrected reconstruction and interpretation of the Homo erectus calvaria from Ceprano, Italy », Journal of Human Evolution, 4e série, vol. 39,‎ , p. 433-442 (DOI 10.1006/jhev.2000.0426, lire en ligne)
  13. (en) « A cranium for the earliest Europeans: Phylogenetic position of the hominid from Ceprano, Italy by G. Manzi, F. Mallegni, and A. Ascenzi », National Center for Biotechnology Information (consulté le 10 décembre 2015)
  14. a et b (en) Emiliano Bruner et Giorgio Manzi, « Landmark-based shape analysis of the archaic Homo calvarium from Ceprano », American Journal of Physical Anthropology, vol. 132,‎ , p. 355-366 (DOI 10.1002/ajpa.20545, lire en ligne)
  15. a et b (en) Aurélien Mounier, Silvana Condemi et Giorgio Manzi, « The stem species of our species : a place for the archaic human cranium from Ceprano, Italy », PLOS One,‎ (DOI 10.1371/journal.pone.0018821, lire en ligne)
  16. a et b (en) A. Ascenzi, F. Mallegni, G. Manzi, A.G. Segre et E. Segre Naldini, « A re-appraisal of Ceprano calvaria affinities with Homo erectus, after the new reconstruction », Journal of Human Evolution, 4e série, vol. 39,‎ , p. 443-450 (DOI 10.1006/jhev.2000.0425, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]