Homme de Ceprano

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Homo cepranensis)
Aller à : navigation, rechercher
Ceprano 1
Image illustrative de l'article Homme de Ceprano
Ceprano 1, holotype de Homo cepranensis[1].
Coordonnées 41° 33′ 00″ nord, 13° 31′ 00″ est
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Régions d'Italie Latium
Provinces d'Italie Province de Frosinone
Vallée Vallée de Ceprano
Localité voisine Ceprano
Daté de 353 000 ans[2]
Période géologique Quaternaire
Époque géologique Pléistocène moyen
Découvert le 1994[3]
Découvreur(s) Italo Bidittu
Nom commun Ceprano 1
Particularités Diversité du Pléistocène moyen
Identifié à Homo cepranensis[4]

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
Ceprano 1

Géolocalisation sur la carte : Europe

(Voir situation sur carte : Europe)
Ceprano 1

L'homme de Ceprano désigne le crâne Ceprano 1, découvert en 1994 près de Ceprano[3], daté de 353 000 ans[2] et dont l'originalité a conduit en 2003 à le désigner par une nouvelle espèce controversée, Homo cepranensis[4]. Ses premières datations d'environ 800 000 ans[3] font d'abord de lui le plus vieil européen connu, contribuant à développer l'hypothèse d'une colonisation ancienne de l'Europe[5]. La faible quantité de caractères communs avec les autres hominidés connus et ses traits archaïques conduisent alors à créer un nouveau taxon pour le désigner[4],[6], qui demeure problématique[5]. Cependant les découvertes de la Sima del Elefante en 2007[7] puis d'Orce en 2013[8] placent les premiers européens à une période bien plus ancienne d'au moins 1,2 Ma. Surtout, la datation subit entre 2009 et 2011 une série de trois corrections qui rajeunissent le spécimen à 353 000 ans[9],[10],[2]. Sa classification en est depuis d'autant plus compliquée par la faiblesse non moins négligeable de ses liens anatomiques avec les autres hominidés du Pléistocène moyen, démontrant désormais plutôt la diversité du genre Homo en Europe à cette période[10],[5]. Le fossile est actuellement conservé à la surintendance du Service d'Anthropologie pour le Patrimoine Archéologique du Latium.

Découverte[modifier | modifier le code]

La découverte date du dimanche 13 mars 1994 : l'archéologue Italo Biddittu cherchait assidûment des fossiles lors des prospections de surface effectuées pour le tracé d'une route près de Ceprano. Italo nota la présence d'un crâne endommagé par un bulldozer, et une exploration du site de plusieurs semaines supplémentaires permis de retrouver d'autres fragments[3],[11]. Les morceaux étaient inclus dans une couche d'argile, ce qui a conduit Biddittu à surnommer le crâne Argil[12].

Datations[modifier | modifier le code]

Les découvreurs envisagent d'abord un âge d'environ 800 000 ans[3],[11], avant plusieurs réévaluations successives externes en 2009, 2010 et 2011. Ces nouvelles informations conduisent à une période bien plus proche d'environ 353 000 ans. Elles retirent ainsi à Ceprano 1 son rôle de preuve d'un peuplement ancien de l'Europe[2], tandis qu'elles en font un emblème de la diversité du Pléistocène[10],[5].

  • En 1996 la publication de la découverte informe que les morceaux du crâne se trouvent sous une couche volcanique, datée par K-Ar de 700ka, et propose une date d'environ 800 000 ans[3], confortée par les premières reconstructions du crâne qui le classent en Homo erectus[3],[11].
  • En 2009 toutefois les estimations géochronologiques précédentes sont balayées par une nouvelle estimation à environ 450 000 ans, en tout cas cadrée entre 0,58 et 0,35 Ma, d'après des datations au K-Ar de faciès de pollens de la vallée[9].
  • En novembre 2010 l'estimation précédente est reprécisée entre 430 et 385 Ka[10].
  • Enfin en octobre 2011 la datation par 40Ar/39Ar conduit à un âge encore inférieur, d'environ 353 000 ans, à 4 000 ans près[2].

Reconstitutions et classifications[modifier | modifier le code]

Des caractéristiques propres[modifier | modifier le code]

La fragmentation par le bulldozer causa une fragmentation du crâne en 50 morceaux[4]. Les découvreurs classent initialement le squelette en Homo erectus tardif sur la base de la forme du crâne. Ils notent aussi la possible proximité avec la mandibule 3 de Ternifine au Maroc[3]. Leur reconstruction initiale, qui conduit à un volume crânien de 1 158 cm3[3], est d'abord réévaluée en 2000 par le sud-africain Ron J. Clarke (université du Witwatersrand). Il conclut également à un classement en Homo erectus mais revoit le volume à 1 067 cm3[11]. Peu après un dernier avis sur la reconstruction est proposé par Marie-Antoinette de Lumley de l'institut de Paléontologie humaine parisien et Francesco Mallegni de l'Université de Pise. Ils notent que deux tiers seulement des caractéristiques de Homo erectus sont visibles et concluent à un volume crânien de 1 057 cm3[13].

En 2003 en revanche, sur la base d'une comparaison informatique des caractéristiques du crâne avec celles d'autres représentants connus du genre Homo, l'équipe propose d'en faire une nouvelle espèce. Homo cepranensis serait davantage apparenté à une forme précoce de Homo rhodesiensis, contribuant peu au peuplement européen, et ayant émigré d'Afrique il y aurait 1 Ma[4]. L'hypothèse n'est pas partagée unanimement mais semble toutefois plausible[6].

Le changement de rôle[modifier | modifier le code]

Carte de l'Europe en orange sur laquelle 11 sites prénéandertaliens et 4 zones de glaciation apparaissent en violet.
Carte de répartition des principaux sites ayant livré des restes de pré-Néandertaliens ou de Néandertaliens anciens.

À partir de 2009, le changement complet de datation, couplé au constat renouvelé de l'absence de caractère néandertalien, laisse imaginer une réécriture du scénario de l'homme de Ceprano : loin de représenter une première sur le sol européen, il illustrerait alors au contraire la diversité du Pléistocène moyen, en regard de Homo heidelbergensis ou des spécimens de la Sima de los Huesos. Ces variations de caractères démontreraient la coexistence de plusieurs espèces, ou bien une forte variabilité intra-spécifique[10]. Cette variabilité, toujours difficile à cerner sans plus d'éléments, laisse aussi imaginer d'autres taxonomies pour lier ce crâne aux hommes européens du Pléistocène moyen, comme en faire lui-même un Homo heidelbergensis[1] ou une de ses sous-espèces[5], ce qui rendrait au passage le taxon Homo cepranensis caduque.

v · d · m


Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Aurélien Mounier, Silvana Condemi et Giorgio Manzi, « The stem species of our species : a place for the archaic human cranium from Ceprano, Italy », PLOS One,‎ (DOI 10.1371/journal.pone.0018821, lire en ligne)
  2. a, b, c, d et e (en) Sébastien Nomade, Giovanni Muttoni, Hervé Guillou, Eric Robin et Giancarlo Scardia, « First 40Ar/39Ar age of the Ceprano man (central Italy) », Quaternary Geochronology, 5e série, vol. 6,‎ , p. 453-457 (DOI 10.1016/j.quageo.2011.03.008, lire en ligne)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) A. Ascenzi, I. Biddittu, P.F. Cassoli, A.G. Segre et E. Segre-Naldini, « A calvarium of late Homo erectus from Ceprano, Italy », Journal of Human Evolution, 5e série, vol. 31,‎ , p. 409-423 (DOI 10.1006/jhev.1996.0069, lire en ligne)
  4. a, b, c, d et e Francesco Mallegni, Emiliano Carnieri, Michelangelo Bisconti, Giandonato Tartarelli, Stefano Ricci, Italo Biddittu et Aldo Segre, « Homo cepranensis sp. nov. and the evolution of African-European Middle Pleistocene hominids », Comptes Rendus Palevol, 2e série, vol. 2,‎ , p. 153-159 (DOI 10.1016/S1631-0683(03)00015-0, lire en ligne)
  5. a, b, c, d et e (en) Giorgio Manzi, « Humans of the Middle Pleistocene: The controversial calvarium from Ceprano (Italy) and its significance for the origin and variability of Homo heidelbergensis », Quaternary International, vol. 411,‎ , p. 254-261 (DOI 10.1016/j.quaint.2015.12.047, lire en ligne)
  6. a et b (en) Emiliano Bruner et Giorgio Manzi, « Landmark-based shape analysis of the archaic Homo calvarium from Ceprano », American Journal of Physical Anthropology, vol. 132,‎ , p. 355-366 (DOI 10.1002/ajpa.20545, lire en ligne)
  7. (en) Eudald Carbonell, José María Bermúdez de Castro, Josep M. Parés, Alfredo Pérez-González, Gloria Cuenca-Bescós, Andreu Ollé, Marina Mosquera, Rosa Huguet, Jan van der Made, Antonio Rosas, Robert Sala, Josep Vallverdú, Nuria García, Darryl E. Granger, María Martinón-Torres, Xosé P. Rodríguez, Greg M. Stock, Josep M. Vergès, Ethel Allué, Francesc Burjachs, Isabel Cáceres, Antoni Canals, Alfonso Benito, Carlos Díez, Marina Lozano, Ana Mateos, Marta Navazo, Jesús Rodríguez, Jordi Rosell et Juan Luis Arsuaga, « The first hominin of Europe », Nature, vol. 452,‎ , p. 465-469 (DOI 10.1038/nature06815, lire en ligne)
  8. (en) Isidro Toro-Moyano, Bienvenido Martínez-Navarro, Jordi Agustí, Caroline Souday, José María Bermúdez de Castro, María Martinón-Torres, Beatriz Fajardo, Mathieu Duval, Christophe Falguères et Oriol Oms, « The oldest human fossil in Europe dated to ca. 1.4 Ma at Orce (Spain) », Journal of Human Evolution, 1e série, vol. 65,‎ , p. 1-9 (DOI 10.1016/j.jhevol.2013.01.012, lire en ligne)
  9. a et b (en) Giovanni Muttoni, Giancarlo Scardia, Dennis V. Kent, Carl C. Swisher et Giorgio Manzi, « Pleistocene magnetochronology of early hominin sites at Ceprano and Fontana Ranuccio, Italy », Earth and Planetary Science Letters, série 1-2, vol. 286,‎ , p. 255-268 (DOI 10.1016/j.epsl.2009.06.032, lire en ligne)
  10. a, b, c, d et e (en) Giorgio Manzi, Donatella Magri, Salvatore Milli, Maria Rita Palombo, Vasiliki Margari, Vincenzo Celiberti, Mario Barbieri, Maurizio Barbieri, Rita T. Melis, Mauro Rubini, Massimo Ruffo, Barbara Saracino, Polychronis C. Tzedakis, Annalisa Zarattini et Italo Biddittu, « The new chronology of the Ceprano calvarium (Italy) », Journal of Human Evolution, 5e série, vol. 59,‎ , p. 580-585 (DOI 10.1016/j.jhevol.2010.06.010, lire en ligne)
  11. a, b, c et d (en) R.J. Clarke, « A corrected reconstruction and interpretation of the Homo erectus calvaria from Ceprano, Italy », Journal of Human Evolution, 4e série, vol. 39,‎ , p. 433-442 (DOI 10.1006/jhev.2000.0426, lire en ligne)
  12. (en) « A cranium for the earliest Europeans: Phylogenetic position of the hominid from Ceprano, Italy by G. Manzi, F. Mallegni, and A. Ascenzi », National Center for Biotechnology Information (consulté le 10 décembre 2015)
  13. (en) A. Ascenzi, F. Mallegni, G. Manzi, A.G. Segre et E. Segre Naldini, « A re-appraisal of Ceprano calvaria affinities with Homo erectus, after the new reconstruction », Journal of Human Evolution, 4e série, vol. 39,‎ , p. 443-450 (DOI 10.1006/jhev.2000.0425, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]