François Antoine

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François Antoine
François Antoine
François Antoine abat la Bête du Gévaudan.
Estampe coloriée, BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765.

Naissance 1695
Décès 1771 (à 76 ans)
Dax
Allégeance Royaume de France
Arme Capitainerie Royale de Saint-Germain-en-Laye
Grade Sous-lieutenant
Faits d'armes Avoir tué l'une des possibles bêtes du Gévaudan

François Antoine, né en 1695 et mort en 1771 à Dax, est un militaire français, sous-lieutenant de la Capitainerie Royale de Saint-Germain-en-Laye et porte-arquebuse de Louis XV[1].

Il est principalement connu pour avoir tué la Bête du Gévaudan ou l'un des canidés désignés sous ce nom collectif, le . Ce fait d'armes est contesté puisque les attaques reprirent peu de temps après son départ du Gévaudan[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1695[3],[4], François Antoine est membre de la noblesse en tant qu'écuyer[5].

François est son nom de baptême (autrement dit son prénom), Antoine son patronyme héréditaire[4]. Aucun « nom de terre » n'est accolé à son nom, contrairement aux affirmations de nombreux auteurs et historiens qui donnent erronément à Antoine le nom de famille « de Beauterne ». En réalité, il s'agit d'un titre de courtoisie utilisé par son fils cadet Robert-François Antoine de Beauterne[6], né en 1748[n 1].

François Antoine commence sa carrière dans le régiment royal des dragons réguliers de Beaucourt en 1720. Il est chargé par la suite d'éradiquer les loups dans le royaume sous les ordres de Louis XV. Le 10 novembre 1754, il est fait sous-lieutenant des chasses de la capitainerie royale de Saint-Germain-en-Laye, accompagnant le roi pendant les chasses à l'étranger et lui sauvant la vie plusieurs fois. Le peintre Alexandre-François Desportes le représente aux côtés du monarque dans l'un de ses tableaux [8]; tout comme Jean-Baptiste Oudry qui lui offre une peinture figurant la chasse au loup de Versailles[9],[10]. Il reçoit la croix de Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le 1er février 1755. Il s'éteint en 1771 à Dax à l'âge de 76 ans[11].

La Bête du Gévaudan[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bête du Gévaudan.
Représentation de la Bête féroce nommée hiene.... Dix représentations des méfaits de la Bête encadrent la scène centrale qui dépeint la « Pucelle de Paulhac » perçant son agresseur de sa baïonnette. Estampe coloriée, BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765.

En juin 1765, sous les ordres de Louis XV et de Étienne-François de Choiseul, François Antoine succède aux louvetiers normands, les D'Enneval, pour tuer la Bête du Gévaudan[12]. « Le Roi vient de se déterminer à envoyer le sieur Antoine, son porte-arquebuse, avec six autres bons tireurs et de bons chiens, dans le Gévaudan, pour y donner la chasse au monstre »[13]. Antoine reçoit l'ordre du roi le 8 juin et parvient au Malzieu le 22 du même mois, accompagné de son fils Robert-François de Beauterne, jeune chevau-léger de dix-sept ans[14].

Pour Antoine, la Bête n'est rien d'autre qu'un loup, c'est d'ailleurs ce qu'il écrit dans l'une de ses nombreuses correspondances : les traces relevées n'offrent « aucune différence avec le pied d'un grand loup »[15]. Le porte-arquebuse ne parvient cependant pas immédiatement à débusquer l'animal. Il est mis à mal par la géographie du pays et demande donc de nouveaux chiens en renfort[15]. À la mi-juillet, il s'installe avec ses gardes au Besset, paroisse de La Besseyre-Saint-Mary.

Le 9 août, la Bête est débusquée près de Servières mais elle s’enfuit sans qu’on puisse la tirer. Les chasseurs rebroussent chemin vers le Besset. Moins de trois heures plus tard, la Bête vient tuer une vachère à moins de 500 mètres des fenêtres du château[16]. Le 16 du même mois, il fait enfermer trois membres du clan Chastel à Saugues, après une altercation avec ses propres gardes de la capitainerie royale.

Le 18 septembre, après de long mois de traque et d'échecs, il se rend près de Saint-Julien-des-Chazes en Auvergne alors que la Bête n'y a jamais été signalé. Il voit un énorme loup venir à lui et lui tire dans l'œil avec sa canardière, chargée de 5 coups de forte poudre, de 35 postes à loup et d’une balle de calibre. Ce coup le fait reculer de deux pas. Le loup tombe mais se relève aussitôt. Antoine, qui n’a pas eu le temps de recharger, tire son couteau de chasse et retourne sa canardière pour assommer l’animal avec la crosse. Le garde-chasse Rinchard accourt et tire un coup de carabine. Le loup fait quelques mètres et meurt[17]. Antoine en conclut qu'ils s'agit de la Bête et la fait aussitôt ouvrir par un chirurgien de Saugues. La dépouille arrive jusqu'à Versailles. Le Roi déclare la Bête du Gévaudan officiellement morte, et attribue à son porte-arquebuse le droit de porter un loup mourant, symbolisant la Bête, dans ses armes[18],[n 2].

Pourtant, le cauchemar continue en Gévaudan. Les massacres reprennent derechef après le départ des chasseurs pour Paris. L’Intendant de justice de Clermont-Ferrand rapporte dans une lettre les soupçons à l'encontre du porte-arquebuse du Roi : « On a dit que rien ne prouvait que le loup tué fût l’auteur de tous les maux »[19]. Pour Ollier, curé de Lorcières, François Antoine « a trompé et la Cour et les peuples en disant que c'est un loup ». Bès de la Bessière, consul de Saint-Chély-d'Apcher, déclare que « l'animal tué par Antoine n'était pas la Bête qui avait fait tant de dégâts; Antoine tua 3 loups dans la même chasse et les conduisit à Paris en poste; mais sans doute il n'en montra qu'un pour mieux jouer son rôle et faire croire que c'était la fameuse Bête. Peut-être céda-t-il les autres à des gens qui les portèrent çà et là pour gagner de l'argent ».

Malgré le mécontentement général et la consternation des curés, François Antoine ne reviendra pas en Gévaudan et soutiendra qu'il a bien tué la Bête, bien que les actes de sépultures de 1766 et 1767 contredisent ses affirmations.

Descendance[modifier | modifier le code]

Jean François Antoine[3], fils aîné de François Antoine et capitaine aux chevau-légers de la maison du roi, succède à son père en tant que « seul porte-arquebuse du roi. » C'est ensuite le fils cadet de François Antoine, Robert-François Antoine de Beauterne, qui hérite de l'office après son frère aîné[20].

Par la branche cadette des Antoine de Beauterne, la génération suivante est représentée par Norbert Antoine de Bauterne[3], devenu à son tour le porte-arquebuse de Napoléon Ier lorsque celui-ci rétablit l'office[21] au sein du service du grand veneur[22] de la cour impériale, dans la continuité des usages monarchiques de l'Ancien Régime[23].

Enfin, Robert-Augustin Antoine de Beauterne (1803-1846)[24], auteur d'ouvrages catholiques édifiants destinés aux adolescents[25], personnifie la sixième génération de la famille Antoine[26].

Fiction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon l'historien Jean-Marc Moriceau, Robert-François Antoine de Beauterne est le « troisième fils de François » et « gendarme de la garde du roi[7]. »
  2. [image] Blason des Beauterne avec l'adjonction du loup mourant.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chronologie et documentation raisonnées, Alain Bonnet, 2008
  2. La Bête du Gévaudan, L'innocence des loups, M.Louis, 1992, Perrin (Tempus)
  3. a, b et c Bézard 1924, p. 174.
  4. a et b Colin 1997, p. 51.
  5. Colin 1997, p. 50.
  6. Colin 1997, p. 49-50.
  7. Moriceau 2008, p. 12.
  8. Manufacture nationale, Sèvres
  9. La Chasse au loup, J-B Oudry, 1746, Musée du Louvre
  10. Notice des tableaux exposés dans les galeries du Musée impérial du Louvre..., Frédéric Villot, 1855
  11. Les Porte-Arquebuses du roi, Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise - 1924
  12. La Bête du Gévaudan – Michel Louis (1992, Perrin 2003)
  13. L'intermédiaire no 1733, vol.XCIII
  14. : Jean-Marc Moriceau, Histoire du méchant loup : la question des attaques sur l'homme en France, XVe-XXe siècle, Paris, Pluriel, coll. « Pluriel », , 634 p. (ISBN 978-2-8185-0505-2).
  15. a et b Félix Buffière, Ce tant rude Gévaudan [détail des éditions], tome II, p. 1162
  16. Lettre du 9/08/1765, Archives départementales du Puy-de-Dôme.
  17. François Fabre, La bête du Gévaudan, édition complétée par Jean Richard, édition De Borée, 2006, chapitre XII
  18. Mazel et Garcin 2008, p. 132.
  19. L’Année Littéraire, octobre 1765.
  20. Colin 1997, p. 49-51.
  21. Colin 1997, p. 51-52.
  22. Pierre Branda, Pierre-François Pinaud, Clémence Zacharie et Thierry Lentz (dir.), Quand Napoléon inventait la France : dictionnaire des institutions politiques, administratives et de cour du Consulat et de l'Empire, Paris, Tallandier, coll. « Bibliothèque napoléonienne », , 766 p. (ISBN 978-2-84734-410-3), p. 330.
  23. Charles-Éloi Vial, Les chasses impériales de Napoléon Ier (thèse), École des chartes, 2011, présentation en ligne.
  24. Catalogue général de la BnF, notice de personne, lire en ligne.
  25. (en) Frank Paul Bowman, French Romanticism : Intertextual and Interdisciplinary Readings, Baltimore / Londres, Johns Hopkins University Press, coll. « Parallax : re-visions of Culture and Society », , XII-243 p. (ISBN 0-8018-3884-3), p. 37.
  26. Colin 1997, p. ?.
  27. Nouvelle série 2015 : La Malbête sur le site de l'éditeur

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yvonne Bézard, « Les porte-arquebuses du Roi », Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, Versailles, Librairie Léon Bernard,‎ , p. 142-174 (lire en ligne).
  • Serge Colin, « Autour de la Bête du Gévaudan : le véritable état-civil du porte-arquebuse du roi », Bulletin historique de la Société académique du Puy-en-Velay et de la Haute-Loire, t. LXXIII,‎ , p. 45-52.
  • Sylvain Gagnière, « La Bête du Gévaudan était bien un loup », Revue du Gévaudan, des Causses et des Cévennes, Mende, Société des lettres, sciences et arts de la Lozère, no 6 (nouvelle série),‎ , p. 142-146.
  • Éric Mazel et Pierre-Yves Garcin (photographies de Didier Daarwin), La bête du Gévaudan à travers 250 ans d'images, Marseille, Gaussen, coll. « Les musées de l'imaginaire », , 141 p. (ISBN 978-2-35698-003-8).
  • Jean-Marc Moriceau, La bête du Gévaudan : 1764-1767, Paris, Larousse, coll. « L'histoire comme un roman », , 284 p. (ISBN 978-2-03-584173-5).
  • Edmond Du Fornel Du Roure de Paulin (baron), « La Bête du Gévaudan dans les armoiries de la famille Antoine », Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, Clermont-Ferrand, Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand, série 2e,‎ , p. 292-295 (lire en ligne)
    Tiré à part : Edmond Du Fornel Du Roure de Paulin (baron), La Bête du Gévaudan dans les armoiries de la famille Antoine : communication faite à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand, le 2 août 1906, Clermont-Ferrand, Louis Bellet, imprimeur-libraire, (lire en ligne).
  • Bernard Velay, « La Bête du Gévaudan « mise en scène » dans le blason de la famille Antoine grâce à une augmentation d'armoiries », Revue du Gévaudan, des Causses et des Cévennes, Société des lettres, sciences et arts de la Lozère, no 32 « Actes du colloque sur la Bête du Gévaudan »,‎ 2e semestre 2011, p. 103-116.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]