Tabghach

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Les Tabgach (du vieux-turc : 𐱃𐰉𐰍𐰲, translittération : Tabgač, Tabγač ou Tabɣač), parfois écrit Tabghatch[1], souvent appelés Tuoba en Occident (du chinois : 拓跋氏 ; pinyin : tuòbá shì ; EFEO : T’o-Pa ? ; littéralement : « clan Tuoba »), IIIe – VIe siècle, étaient un clan parmi les populations turcs des Xianbei[2]. Ce peuple fonda, en Chine, la dynastie des Wei du Nord ou Bei Wei (386-534) dans la région du fleuve Jaune.

Caractéristiques culturelles et histoire[modifier | modifier le code]

Les archéologues mongols chinois ne distinguent pas les éléments Tabgach/Tuoba de ceux des populations Xianbei[3]. Ce sont essentiellement des cavaliers. Une riche tombe de l'élite à Chaoyang (province du Liaoning), a livré un superbe harnachement de cheval en bronze doré daté du IVe siècle. Sous les Wei ils représentent une partie de l'armée. Une armée très hétéroclite, par ailleurs, composée en partie de Herchu (des Xiongnu ?), les chinois fournissant l'infanterie.

À l'origine, en 258, c'est une fédération nomade signalée à l'extrême nord du Shanxi[4], au nord de la Grande Muraille. Ils se déplacent ensuite au Sud, au-delà de la Grande Muraille et établissent une « capitale » dans la région de Hélingeer (Hélíngé'ěr). Mais vers 350 ils sont liés à la Chine, installés par l'État des Qin antérieur dans le Shaanxi. À la fin du IVe siècle leur chef Tuoba Gui vainc les Xianbei Murong (royaume Tuyuhun, fondé en 329 par Murong Tuyuhun). Tuba Gui fonde, alors, une dynastie « chinoise », baptisée Wei. Ils sont, ensuite, plus ou moins sinisés à partir de leur migration, en vagues successives, sur les anciens territoires situés au nord de l'empire Han. Ils fondent leur capitale à Pincheng, l'actuelle Datong, en 386. L'empereur Tuoba Tao est l'un de ceux qui opprimèrent le plus le bouddhisme, en particulier en 438. Pour renforcer leur empire les Wei du Nord opèrent des transferts de populations, suivant la tradition chinoise depuis la fondation du premier empire. L'élite Tabghach installée à la cour se sinise et adopte la religion bouddhiste. C'est dans ce contexte qu'elle participe probablement, avec l'élite chinoise, aux commandes des grands sanctuaires bouddhistes rupestres de Yungang, proches de Datong, et ensuite celles de Longmen, à proximité de la seconde capitale, Luoyang.

En effet, l'année 494 voit le déplacement de la capitale depuis Datong jusqu'à Luoyang, au Henan, à 700 km. plus au Sud. Dès lors la langue, les noms et le costume traditionnels sont interdits[4]. On voit qu'ainsi le grand ensemble des grottes bouddhistes de Yungang, où se sont mêlés plusieurs courants culturels venus d'Inde et d'Asie centrale, du Xinjiang et souvent interprétés « à la chinoise » mais sans apport Tabghach, a été la première étape significative dans ce processus d'acculturation où s'efface la culture des steppes[5]. Par ailleurs si le bouddhisme semble attesté sous les Han occidentaux, au Ier siècle avant notre ère, c'est au IVe siècle (selon la tradition, en 372) qu'il parvient en Corée, par l'État de Qin antérieur. Il était ainsi implanté depuis longtemps en Chine, et ne cessait de se répandre quand il a pu forger, entre moine et élite Tabghach, une relation mutuelle où le succès du bouddhisme était solidement attaché à la dynastie impériale.

Les Wei subirent un échec déterminant contre la Chine du Sud en 507, et leur affaiblissement s'amplifia avec la « révolte des six garnisons » en 534. Ils se divisent ensuite en une dynastie Wei de l'Ouest (534-550) et en une dynastie Wei de l'Est (534-557).

De leur côté les Xianbei de Tuyuhun - devenus alliés des Tabghach sous Tuoba Tao - furent anéantis en 663 par l'Empire du Tibet dirigé alors par Songtsen Gampo, lors d'une guerre l'opposant à l'Empire chinois de la dynastie Tang. Les survivants fuirent afin de demander la protection de la dynastie Tang (618 - 907). L'empereur Jingzong, issu de ce clan, fonda ensuite la dynastie des Xia occidentaux (1032 - 1227).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « the Chinese Names for Tibet, Tabghatch, and the Turks », Archivum Eurasiae Medii Aevi, no 14,‎ , p. 5-20
  2. (en) Tseveliin Shagdarsuren, université d'État de Mongolie, « The Mongolian Language and Scripts », sur mongolinternet.com
  3. I. Lebedynsky, 2017, p. 144-145
  4. a et b I. Lebedynsky 2017, p. 143-144
  5. (en) Angela Falco Howard, Wu Hung, Li Song et Yang Hong, Chinese sculpture, New Haven, Yale University Press, , 521 p., 31 cm. (ISBN 0-300-10065-5 et 978-0-300-10065-5), p. 230

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Iaroslav Lebedynsky, Les nomades : les peuples nomades de la steppe des origines aux invasions mongoles : IXe siècle av. J.-C.-XIIIe siècle apr. J.-C., Errance, , 3e édition, revue, corrigée et augmentée éd., 301 p., 25 cm. (ISBN 978-2-87772-621-4).
  • (zh) 簡修煒, 北朝五史辭典 'Dictionnaire des cinq histoires des dynasties du Nord, 济南市, 山东教育出版社,‎