Couvent des Cordeliers de Dinan

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Couvent des Cordeliers
Dinan (22) Couvent des Cordeliers Portail.jpg
Le portail gothique du couvent des Cordeliers de Dinan.
Présentation
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Société privée
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Le couvent des Cordeliers de Dinan est un monument religieux datant du XIIIe siècle. Cet édifice est situé dans la ville de Dinan, dans les Côtes-d'Armor. Le couvent abrite aujourd'hui le collège-lycée privé catholique des Cordeliers.

Historique[modifier | modifier le code]

Ne voulant pas faire l'histoire des anciens Cordeliers, il nous suffit de constater qu'en 1768 cette maison, composée de 6 religieux, déclarait 3.793 livres  de revenu, et qu'en 1790, ces dites rentes s'élevaient à 1.633 livres en argent, plus 63 boisseaux et demi de froment et 72 boisseaux de seigle. Les charges annuelles de la communauté atteignaient 2.405 livres 17 sols, sur lesquelles 132 livres de décimes et subventions. Les dettes de la maison formaient un total de 2.653 livres 18 sols, dont 1.200 livres dues à un négociant en vins de Libourne ; 850 livres au boucher Arot, non payé depuis un an ; 458 livres au chirurgien Harrouard, non réglé depuis trois ans, etc.., etc...

Le mobilier de la maison et de la chapelle des Cordeliers, non compris les ornements et les vases sacrés, fut prisé 638 l. 19 s. le 4 mai 1791. Sa vente rapporta 1.231 livres les 18 mai et jours suivants. L'argenterie de la chapelle des Cordeliers consistait en 7 calices, 2 croix, 4 chandeliers, un bénitier et son goupillon, un encensoir et sa navette, 2 ostensoirs, 2 ciboires, 2 burettes et leur plateau, une petite lampe et un reliquaire ; le tout, d'argent, fut versé pour la Monnaie. Les religieux possédaient aussi 8 couverts et 2 louches d'argent pour leur usage personnel.

Quant aux bâtiments d'habitation, les experts avaient jugé le 4 mai 1790 que de grandes réparations leur seraient nécessaires pour les rendre habitables. Ils furent adjugés le 6 juin 1792 pour 13.200 livres à Charles-Helen-Bernardin Beslay, le futur député libéral de la. Restauration, auquel Kerviler a consacré une notice sympathique au t. IIIème, p. 139, de sa Bio-Bibliographie bretonne, et sur les acquisitions de biens nationaux de qui, on peut lire L. Du­breuil : La Vente des Biens nationaux dans les C.-du-N., op. cité, p. 122, 123, 134, 204, 250 ; et même auteur : Le Régime Révolution­naire dans le district de Dinan, op. cité, p. LXXIV et LXXXIX. Les autres propriétés des Cordeliers vendues à cette époque furent : un jardin proche le couvent acquis par Julien-François Gouin le 28 février 1791; un autre petit jardin proche la Rue-Neuve, vendu à la même date ; la pièce du Hangard, achetée par Etienne Merienne, le 27 mai 1791 ; une maison rue Chauffepieds, adjugée au marchand Jean Cabaret, dit Basse-Maison, le 4 mars 1791 ; le verger des Cordeliers acquis par Jean et Gilles Harrouard, de Dinan, le 4 mars 1791 ; et la Vallée-Brûlée, au Bas-Bourgneuf, achetée par Françoise-Marie Corvaisier, épouse Lohier, le 4 mai 1792 ; la pièce de terre des Castines, vendue à Pierre Rolland le 6 août 1792.


DESCRIPTION SOMMAIRE DES OBJETS D'ART EXISTANT DANS LA CHAPELLE DES CORDELIERS DE DINAN

(Archives des Côtes-d'Armor, série Q).

Nous croyons intéressant de reproduire ici cet inventaire inédit, qui fut dressé le 28 juillet 1791, quelques jours seulement après la fermeture des Cor­deliers de Dinan, par le peintre Laurent Le Bourguignon, né dans cette ville le 12 juin 1737, lequel devint maire de Dinan sous la Terreur. Nous ne nous porterons point garant, tout au contraire, de la compétence du sieur Le Bourguignon comme appréciateur des objets d'art. Du reste, les hommes de cette époque éprouvaient un profond dédain pour tout ce qui touchait au Moyen-Age et leur mentalité nous a valu la destruction d'une foule de chefs-d'oeuvre dont nous déplorons chaque jour la perte. Nous reproduisons à peu près intégralement le procès-verbal de cet expert, sauf à en corriger le style, quand son incorrection le rend complètement incompréhensible. Toutes les fois que nous y avons ajouté quelque chose, nous avons pris garde de l'indiquer par des parenthèses.

SACRISTIE « Entré dans la sacristie, avons trouvé un édifice d'une élévation extraordinaire, dont les murs et le lambris en voûte d'ogive, tout couvert de peinture, mérite peu d'attention : ce sont une infinité de saints, d'apôtres et d'armoiries. Au milieu de cette chapelle (dite de Montafilant et servant de sacristie), sont accolés deux tombeaux élevés de trois pieds, longs de sept et larges de cinq, sur lesquels sont couchées deux figures grandeur naturelle ; sur l'un, un guerrier armé, ayant son sabre et son bouclier pendant, sur lequel on voit quatre fusils (fusées) accolés et six pesons, dont trois en chef et trois en pointes (qui sont les armes des Dinan-Montafilant). Ce guerrier est accompagné de deux petits anges et a sur la tête une niche gothique et un lion sous les pieds. L'autre figure est une femme de même grandeur, habillée en religieuse, accompagnée de deux anges ; une niche gothique est au-dessus de sa tête et elle a les pieds sur une levrette. Ce monument est en pierre de tuf. Au côté droit, (se voit) un autre tombeau de même matière, élevé de quatre pieds (et) pris dans le mur sous voûte. Il mesure sept pieds de long et trois de large ; sur lequel est couchée une figure de femme en religieuse, ayant dent anges à ses côtés, même couronnement que les précédents, et un lion sous les pieds. Un autre tombeau (de) même matière, d'une femme de même costume, et même accompagnement, avec un chien sous chaque pied, également sous voûte, pris dans le mur, même élévation. Au côté gauche, deux tombeaux de même matière, et même élévation, longs de sept pieds sur cinq, une figure couchée sur chaque. L'une d'un guerrier armé, les mains jointes, son sabre et son bouclier pendants, sur lequel est un écu écartelé au premier de quatre fusées accolées de six pesons dont deux en chef, deux en pointe ; au second de France ; au troisième de France, et au quatrième quatre fusées et six pesons, deux en chef, deux en pointe (qui sont les, armes alliancées de Dinan et Chateaubriant). Cette figure, accompagnée de deux anges (et) couronnée d'une niche gothique, un lion sous les pieds. La seconde est une femme costumée en religieuse, accompagnée de deux anges, même couronnement ; sous chaque pied, un chien. Un autre tombeau de même matière de trois pieds de haut, long de sept, pris dans le mur sous voûte, une figure de femme costumée en religieuse, accompagnée de deux anges, le couronnement comme les deux autres ; toute mutilée. Une mauvaise Vierge, même matière, de 3 pieds, de mauvais goût. Un mauvais tableau peint sur toile de cinq pieds et demi de large et de six pieds de haut. Pour sujet, un nom de Jésus. Un Jésus porté dessus, deux anges adorant à ses côtés, plusieurs Chérubins autour de la gloire qui l'environne. La Vierge et Saint Joseph debout au bas du tableau. Entre eux Saint François avec les marques du Stigmat (sic). Deux anges à genoux. Le tout pitoyable ».

EGLISE « Le premier autel au bas de l'église, du côté droit, mesure 18 pieds de haut sur huit de large. Il est composé de deux ordres corinthien. Le premier présentant 4 colonnes, un tableau au milieu pour sujet : un vœu à la Sainte Famille. Entre les colonnes des côtés sont deux figures en bois fort incorrectes placées en des niches, l'une de Sainte Catherine, l'autre de Sainte Marguerite... Accolé sur le mur, sur un cul de lampe en bois, une mauvaise figure de Saint Jean-Baptiste, de 4 pieds (de haut) en tuf.

Sous une voûte, prise dans le mur, une mauvaise figure de Saint Laurent, de 3 pieds de haut, en bois.

Accolé contre le mur, un pauvre autel, élevé de 15 pieds, large de 6, composé de 2 colonnes, une niche au milieu, dans laquelle une statue de Sainte Vierge, en pierre de tuf, mal traitée, de grandeur naturelle, peinte et dorée à l'huile. A côté, se lit cette inscription : « Autel de N.-D. des Anges, dite de la Portioncule »

Un tombeau élevé de 3 pieds, de 7 de longueur sur 5 de large, en pierre de grain, sur lequel (sont sculptées) deux figures en bas-relief, dont l'une en armure portant au cou le cordon de Saint-Michel costumée selon le règne de Henri IV. De chaque côté de la tête, un écusson entouré du cordon de Saint-Michel. L'autre (figure) représentant une femme, un écu de chaque côté de sa tête, portant en alliance, l'un une demie tour, et l'autre une roue en chef et une poupée (sic) en pointe.

Une mauvaise figure de cordelier en bois, ayant mitre en tête et croix en main, haute de 4 pieds.

A l'entrée du choeur, deux autels, hauts de dix-sept pieds sur douze de large. Entre deux colonnes, sous l'entablement cintré en éventail... un tableau de cinq pieds sur quatre et demi, dont le sujet est un Jésus dans une gloire accompagné d'anges et Saint François à genoux en prières. (De l'autre côté) faisant pendant, est une Vierge tenant son enfant sur une nuée soutenue par un ange présentant un cordon de Saint-François à quatre personnages qui sont le Pape, Saint Louis et deux Reines. Ces deux tableaux sont passablement traités.

De chaque côté de l'entrée du chœur, sur des culs-de-lampe, sont deux figures de bois, grandeur naturelle, passablement traitées, fort maniérées et incorrectes, par Durocher.

Au-dessus d'un buffet d'orgues bien délabré, trois figures en bois : un Scriste (sic) (Christ), la Vierge et Saint Jean.

Un tombeau élevé de deux pieds et demi sur six de longueur, pris dans le mur, en voûte, dont la table est de bois. Sur celle-ci est une figure du Sauveur couché dans une bière, grandeur naturelle et en bois. Dans le fond de la voûte, deux anges soutenant un écusson traversé d'une bande, trois molettes, deux en chef et une en pointe, le dit écusson en bas-relief sur pierre de tuf. De chaque côté, les mêmes écussons surmontés d'un casque à visière close, supporté par un lion et de l'autre un aigle ; dans le milieu, un buste de femme en bas-relief. Au-devant du tombeau, quatre figures de pénitentes en bas-relief, le tout eu tuf et terminé par un écusson écartelé au premier de pesons sans nombre bandé d'hermines en pale ; au second de même ; au troisième : 3 merlettes, deux en chef et une en pointe ; au quatrième, 3 pesons en chef et un chevron en pointe, le tout couronné d'un casque en fasce, la visière grillée et ceint d'un cordon de Saint-Michel. Au-dessus des deux pilastres qui terminent les côtés, deux figures de 4 pieds, en bois et fort mauvaises, dont l'une représente un cordelier mitré et en chape, un petit cordelier à genoux à ses pieds, et l'autre de 3 pieds, en bois, une Madeleine.

Un tombeau de pierre de grain de 7 pieds de long sur 3 de large, élevé de 2 pieds et demi, un écu au milieu de la face portant un chêne arraché sur un croissant entre deux rosettes. Ce tombeau pris dans le mûr sous voûte. Sur un pilier qui partage un autre tombeau pris également sous voûte, (se voit) pareil écusson soutenu par les deux mains d'un terme (sic) qui a deux têtes et un pied...

A côté, pris également dans le mur, même élévation, un autre tombeau, sur la pierre duquel (se voit) un écu alliancé, portant au premier une bande avec un fer à cheval, et au second coupé, allié aux mêmes armes.

Un autel élevé de 12 pieds, large de 8, présentant 2 colonnes qui portent un fronton en arc, au milieu duquel est un tableau de la Pentecôte, également qu'un tableau peint sur toile et très passé, figurant Saint François sur un groupe de nuées supporté par des anges, au-dessus le Saint-Esprit au milieu d'une gloire avec le Sau­veur et le Père Eternel.

Un tombeau élevé d'un pied, long de sept pieds sur cinq, pris dans le mur sous voûte, deux pierres tombales ; au-dessus de cette voûte, sur un corbelet de pierres en forme de cul-de-lampe, est une mauvaise statue de Saint Roch de 3 pieds de haut.

Un autel pris dans le mur sous voûte ; entre deux colonnes est un mauvais tableau sur toile dont le sujet représente la Vierge Immaculée, d'un côté, un paralytique la priant, et de l'autre trois figures à genoux dont une femme tenant un chapelet. Au bas est écrit : Notre-Dame de Grande-Puissance,, et plus bas Saint Luc pinxit 1687. Sur l'entablement, une niche décorée de deux consoles dans laquelle une mauvaise Vierge de bois, haute de 3 pieds. Au côté de l'autel, deux figures de 4 pieds dont l'une : l'Ange Gardien en bois conduisant l'Enfant, et l'autre un Cordelier ayant 3 mitres et 3 écussons à ses pieds sculptés eu pierre de tuf ; au-dessus est écrit : « Bernardinus ; 1625 ». Au-dessus de la voûte, un grotesque Saint Michel haut de 4 pieds, en bois, habillé en guerrier à la romaine, une couronne sur la tête et un enfant sur l'épaule.

Dans le choeur, le grand autel, dont la table en pierre de grain mesure 11 pieds et demi de long sur 3 de large. Le rétable présente 20 pieds d'élévation en archivolte. Au-dessus de celui-ci, dans un cartouche, se voient les armes de Saint François.

Entre deux colonnes, sur lesquelles (sont posés) des vases à flammes, est un tableau peint sur toile, haut de cinq pieds sur quatre de large, représentant la Vierge tenant une cuiller en main pour repaître son Enfant, Saint Jean-Baptiste tenant le plat. Saint Joseph derrière et dans le fond des anges qui apportent des présents ; ce tableau assez bien copié d'après Vouet (peintre français, 1590-1649), niais d'une manière noire.

Aux côtés du grand autel, sont deux autres (autels) de 14 pieds. Sur leur entablement se pose un chevron brisé, duquel se dresse un chérubin... Au-dessus des colonnes surgissent des vases à flammes. Entre ces colonnes, deux statues de cordeliers, en bois, grandeur naturelle, passablement traitées, dont l'une représente Saint François avec les Stigmates et l'autre un cordelier (Saint Antoine de Padoue) tenant l'Enfant Jésus sur son livre, toutes les cieux dans des niches avec des culs-de-lampe avancés.

Au côté gauche, dans l'épaisseur du mur, sous voûte, un tombeau élevé de trois pieds, ayant dans sa face la forme de niches gothiques où sont des figures eu demi-bas-relief d'un pied et demi. Sur la pierre tombale, une figure d'un jeune homme en relief, couché, en armure de guerre, et pour support un coussin posé sous sa tête : deux restes d'anges ; sous ses pieds : une levrette pauvrement traitée en pierre de tuf. Au-dessus, un écusson en pierre, coupé en alliance ; d'un côté, des billettes à trois rangées (qui sont Beaumanoir) et de l'autre bandé en pale, trois d'argent et trois de gueules.

Au-dessus de la voûte, un mauvais tableau peint sur toile représentant Saint Yves. sur lequel est écrit : « Saint Yves, patron de Bretagne, du tiers-ordre de Saint François ».

Un tombeau en tuf pris dans le mur sous vade, élevé de 3 pieds, long de sept. Sur la pierre, la figure d'un cordelier couché, accompagné de quatre anges, deux en tête et deux aux pieds. (C'était Henri d'Avaugour, fondateur du couvent).

Au côté droit, deux tombeaux accolés, moitié pris dans le mur sous voûte, fermés par une grille de fer. Ces tombeaux élevés de 3 pieds. Sur leurs pierres tombales, deux figures couchées. L'une porte une couronne sur la tête avec un manteau ducal, vêtue en cordelier, accompagnée de quatre anges, deux en tête et deux aux pieds. L'autre est une femme vêtue en religieuse du même ordre, avec le même accompagnement, à côté un écusson avec les armes alliancées au premier d'une tête de sanglier (qui est Rosnyvinen), au second écartelé au premier et au troisième d'un fond de damier et au deuxième et au quatrième d'une bande en chef. (Dubuisson-Aubenay décrit aussi ce tombeau, qui est celui de Guillaume de Rosnyvinen et de Perrine de Meulant, son épouse).

Au-dessus du banc des prêtres, un mauvais tableau peint sur toile, représentant Sainte Rose de Viterbe... Ce tableau, dans lequel figurent plusieurs personnages à genoux qui semblent des portraits, paraît être l'exécution d'un voeu.

Entre deux vitraux, un mauvais tableau de sept pieds de haut sur quatre de long et un portrait en pied.

Trouvé dans le cloître une croix, dont l'arbre d'une seule pierre de grain sculpté en tronc d'arbre mesure dix pieds de hauteur, sur lequel, d'une autre seule pierre de grain, le bras de la croix, le Christ, la Vierge et Saint Jean; chaque figure ayant deux pieds de hauteur, ayant pour piédestal un massif en pierre de grain de quatre pieds.

Et c'est tout ce que nous avons trouvé dans la dite maison. Tous les pavés de la sacristie et de l'église sont des pierres tombales chargées de figures d'armoiries et d'inscriptions effacées.

Il n'y a rien qui mérite attention que le tableau du maître-autel. A Dinan, ce 28 juillet 1791. Signé : Le Bourguignon ».


— PERSONNEL —

JEAN-BAPTISTE-FRANÇOIS HERCOUET, né à Dinan le 13 novembre 1741, du mariage de Louis, sieur de la Vigne, et de Jeanne Larcher, fit profession chez les Franciscains en 1760 et prit le grade de docteur en Sorbonne. Après avoir été gardien de la maison de Nantes en 1783, il était en 1790 gardien du couvent de Dinan. Comme tel, il exprima d'abord, le 4 mai 1790, « son intention de vivre et de mourir dans son état religieux », puis ses idées se modifièrent au cours des événements et, dans une nouvelle déclaration, quelques mois plus tard, il fit connaître son désir « de sortir du cloître ». Bien plus, il déclarait dans une lettre au district de Dinan, dans le premier mois de 1791, « qu'il était prêt à s'assermenter et qu'il s'assermentera toutes les fois qu'il en sera requis ». Elu le 12 juin 1791 curé constitutionnel de Plouër, il accepta ce poste, où il éprouva les plus grands déboires, au point « d'être souvent tenté, écrivait-il, de regretter sa cellule de moine » (Robidou : Histoire et Panorama d'un beau pays, IIème édition, p. 321). Il mourut prématurément le 15 mars 1792.

PIERRE-EMMANUEL AUBUT, âgé de 52 ans en 1790, profès depuis 1756, désira toujours, au contraire du précédent, continuer la vie commune. Dans ce but, il s'en fut résider au couvent des Cordeliers de Rennes, où il se trouvait le 31 mai 1791, mais il en fut expulsé avec les autres religieux de cette maison le 27 janvier 1792. Incarcéré ensuite au convent de la Trinité de Rennes au milieu de cette même année, puis transféré au Mont Saint-Michel en 1793, nous retrouvons le P. Aubut, qualifié d'ex-cordelier, signant à Rennes avec les prêtres insermentés de cette localité, le 2 juillet 1795, un acte de soumission aux lois purement civiles de la République. Là s'arrêtent nos renseignements sur ce bon religieux.

MATHURIN-JOSEPH DUBOIS naquit le 2 novembre 1752, mais nous ignorons dans quelle localité ; nous sommes en effet beaucoup moins bien renseigné sur le clergé régulier que sur le clergé séculier, faute d'avoir pu recourir aux Archives des grands ordres conservées en Italie. Le P. Dubois avait fait profession en 1768. Il déclara le 11 mai 1790 aux commissaires venus pour l'interroger, « que penser ou croire que la Nation ne paiera pas de pension aux religieux est un crime, et que, dans cette confiance, il désire rentrer dans le monde ». Elu le 21 mai 1791, curé constitutionnel de Saint-Enogat, il accepta son élection et, aidé par le dominicain Jean Cottié, qui prêta le serment de Liberté-Egalité à Saint-Enogat le 8 octobre 1792, il administra cette paroisse en qualité de curé intrus jusqu'en ven­tôse an II (mars 1794), date à laquelle, comme la majorité de ses collègues assermentés, il abdiqua son état et fonctions sur les injonctions du pouvoir. Cet acte de lâcheté ne l'empêcha pas d'être emprisonné plusieurs mois au Mont Saint-Michel pour le punir de n'avoir pas poussé l'oubli de ses serments jusqu'à prendre une épouse. L'ex-Père Dubois, après sa libération, remplit quelque temps les fonctions d'instituteur à Saint-Enogat. Un rapport de police du 20 avril 1796 le signale comme s'étant conformé aux lois sur le culte du 3 ventôse an III et du 7 vendémiaire an IV. Il exerçait alors dans l'église de Saint-Enogat. Il résidait encore dans cette paroisse en 1804, où il possédait toujours quelques partisans et harcelait l'autorité civile de ses dénonciations. Là s'arrêtent nos renseignements sur ce personnage.

MATHIEU GAUDICHEAU, profès depuis 1745, et âgé de 65 ans en 1790, dirigeait à cette époque les Dames de Sainte-Claire de Dinan. Il déclara vouloir alors demeurer fidèle à la vie religieuse et, à la fermeture de son couvent, il continua ses fonctions d'aumônier des Clarisses jusqu'à ce que celles-ci fussent obligées de se disperser, le 4 octobre 1792. Il est vraisemblable que l'âge avancé et les infirmités du P. Gaudicheau firent tolérer sa présence à Dinan. Toujours est-il qu'il continua quelques mois encore d'assurer les secours spirituels aux Clarisses, qui s'étaient retirées dans une maison voisine de leur ancien couvent pour y mener la vie de communauté. Mais bientôt l'état de santé du vieux Cordelier s'aggrava tellement qu'il parut indispensable de le faire entrer à l'Hôpital de Dinan, le 1er avril 1793. Pour rembourser à cet établissement les frais qu'entraînait sa présence, le Directoire des Côtes-du-Nord, sur requête des édiles dinannais, décida, le 14 avril suivant, que la pension du P. Gaudicheau, comme ex-religieux, serait versée chaque trimestre, à l'Econome du dit Hôpital, sur le pied de 1.000 francs par an ; le Père Gaudicheau, comme insermenté, ne pouvant personnellement percevoir ce secours. Cependant, la persécution religieuse devenant de plus en plus aigue, il ne fut même plus possible de tolérer la présence du vieux moine dans cet asile de la souffrance, et bien que « ses infirmités sans nombre fussent de nature à nécessiter pour lui des secours continuels et extraordinaires », il fallut le faire conduire à Saint-Brieuc le 21 février 1794, d'où on le dirigea ensuite sur les Carmélites de Guingamp. Il y fut interné avec les prêtres fidèles. Nous n'avons pu découvrir jusqu'ici la date et le lieu du décès du P. Gaudicheau.

HENRI BARRAUD, profès depuis 1775, était âgé de 51 ans en 1790 et exerçait à cette époque les fonctions de confesseur des religieux de Sainte-Claire. Il déclara vouloir alors mener la vie commune. A la fermeture de sa maison, ce religieux se retira en Vendée, où il se trouvait en 1792. Nous ignorons ensuite ce qu'il advint de lui.

VINCENT BERTIN BOUIN, dit frère Bernardin, était simple religieux convers en 1790. Il déclarait alors vouloir mener la vie commune à Dinan, si cette maison était conservée. Il avait 53 ans à cette époque, après laquelle nous le perdons complètement de vue.

Le Père BERNARD GALLAIS DE LA SALLE, religieux cordelier de la maison de Dinan, déclarait le 4 mai 1790 vouloir mener la vie commune et vivre et mourir dans l'état religieux. Dieu lui fit effectivement cette grâce, car il décéda à Dinan le 25 novembre de cette année, avant la fermeture de son couvent.

Bibliographie. Comme ouvrage général sur les communautés de religieux de la région de Dinan, cf. Lecestre : Abbayes, prieurés et couvents d'hommes en France en 1768, in-8, Paris, 1902. — Sur les Cordeliers, cf. Du Paz : Histoire généalogique de plusieurs mai­sons illustres de Bretagne, op. cité, p. 128, article des vicomtes de Dinan. Cet auteur place la fondation des Cordeliers en l'an 1251. Voir encore même ouvrage, p. 139. — D. Morice : Preuves, 1, col. 918, 1068, 1187, 1555. — Blanchard : Lettres et Mandements du duc Jean V, op. cité n° 63. — L'on trouvera dans Dubuisson-Aubenay : Itinéraire de Bretagne, 2 in-4, Nantes, 1898, une bonne description de l'église de cette maison aujourd'hui détruite, ainsi que des tom­beaux qu'elle renfermait. — Les Étrennes Dinannaises de 1849 ont consacré une petite notice à ce vieux couvent. On peut en lire une autre dans Odorici : Recherches sur Dinan, etc., op. cité. — L'abbé Lemasson a édité chez Guyon, à Saint-Brieuc, en 1919, l'Obituaire du Couvent des Cordeliers de Dinan. — D. Lobineau : Les Vies des Saints de Bretagne, etc., in-folio, Rennes, 1725, p. 286 et 287, raconte un miracle qui se serait passé en l'église des Cordeliers de Dinan à propos de Charles de Blois, dont plusieurs seigneurs et de nombreux assistants furent témoins. — Albert Le Grand : Les Vies des Saints de la Bretagne-Armorique, etc., Vème édition, Quimper, 1901, p. 170, parle de la fondation. des Cordeliers de Dinan et de l'image de N.-D. des Vertus, aujourd'hui conservée en l'église Saint-Sauveur. — Fouéré-Macé : Le Diocèse de Saint-Brieuc, etc., op. cité, I, p. 138, fournit quelques détails sur la fermeture et la liquidation de ce couvent. — Enfin, feu le chanoine Pierre Leclerc a publié dans le bulletin de l'Association des Anciens Élèves de l'Institution des Cordeliers, une intéressante Monographie de l'ancienne chapelle des moines franciscains de Dinan, et M. René du Guerny a édité aussi dans le même organe une étude sur les principales fondations faites à l'ancien couvent des Cordeliers. Comme documents manuscrits, consulter les Archives des Côtes-d'Armor, séries H, L/v et Q. — Archives d'Ille-et-Vilaine, C 1246. — Archives de Loire-Inférieure, B 60, 1260 et 1307. — D'après ces documents, l'église des Corde­liers contenait des chapelles dédiées à la Sainte Vierge, à sainte Anne, à saint François, à sainte Reine, à sainte Elisabeth, aux Anges Gardiens, ainsi qu'au Saint-Esprit.Ce couvent fut fondé par Henri II d'Avaugour, alors seigneur de Dinan, en 1241[1].

Entre 1247 et 1249, les Franciscains (ou Cordeliers) s'installent à Dinan[2]. En 1278, Henri II d'Avaugour prit l’habit de moine et s'y retira. Son fils, Alain II d'Avaugour, poursuivit l'édification de cet établissement religieux.

Composé à l'origine d'une dizaine de frères, le couvent s'étoffe au fils des années pour atteindre la trentaine de religieux aux XVe et XVIe siècles[2].

  • 1251 Construction du couvent des Frères Cordeliers, placé sous le patronage de Notre Dame des Vertus.
  • 1804 L’Abbé Berthier, de retour des pontons de Rochefort, s’installe dans le monastère des Cordeliers pour y poursuivre la tradition du collège ecclésiastique.
  • 1907 A la suite de la loi sur la séparation de l’Église et de l’État, c’est l’expulsion.
  • 1933 Sous le Supériorat du Chanoine Meinser (1914-1961) rachat des bâtiments.
  • 1934-1935 Grands travaux de restauration.
  • 1956 Construction du bâtiment St-Joseph.
  • 1961 Construction du bâtiment Notre-Dame.
  • 1989 Rénovation de l’internat, des cuisines, du CDI, des laboratoires, du bâtiment collège, mise aux normes de sécurité. Création du laboratoire de langues et de l’espace multimedia.

Dans la seconde moitié du XIVe et du XVe siècle, les Franciscains font réaliser d'importants travaux, à commencer par l'édification d'un porche monumental, orné de pilastres et coiffé de cordelières. Une galerie de niches à statues couronne l'ensemble. Le grand cloître, bordé par un vaste déambulatoire, desservait les différents espaces, à commencer par les salle capitulaire, qui abrita les États de Bretagne[2].

Prospère et dynamique jusqu'au XVIIIe siècle, le couvent n'abrite plus que sept religieux au moment de la Révolution. Fermé en 1791 puis vendu comme bien national, le couvent est racheté en 1807 par l'Abbé Berthier[2].

Depuis 1804, le monument est devenu un lieu d'enseignement privé catholique. Celui-ci regroupe un collège et un lycée.

Protection[modifier | modifier le code]

Son portail est classé monument historique depuis 1930[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Visite de Dinan sur France Horizons.
  2. a b c et d Ville de Dinan (plaque murale)
  3. Notice no PA00089073, base Mérimée, ministère français de la Culture

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raymond Cornon, Dinan - Ancien couvent des cordeliers, dans Congrès archéologique de France. 107e session. Saint-Brieuc. 1949, Société française d'archéologie, 1950, p. 183-185