Coupe Sheriff Dewar

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Coupe Dewar
Généralités
Sport Football
Création 1899
Disparition 1915
Autre(s) nom(s) Coupe Sheriff Dewar
Organisateur(s) USFSA
Éditions 17
Périodicité Annuelle
Nations Drapeau de la France France
Statut des participants Amateur
Palmarès
Plus titré(s) Standard AC (4)
RC France (4)

La Coupe Sheriff Dewar, communément appelée Coupe Dewar, est une compétition française de football à élimination directe, disputée annuellement entre 1899 et 1915.

La compétition est mise en place et dotée d'un trophée par M. Sheriff Dewar, industriel irlandais, qui délègue à l'USFSA le soin d'organiser les rencontres. La Coupe est disputée presque exclusivement pas des clubs parisiens. Populaire et considérée comme importante à ses débuts, elle devient de moindre importance à la fin des années 1900. Après une dernière édition en 1915, elle s'arrête en pleine Première Guerre mondiale et ne reprend pas à la fin de celle-ci.

Sept clubs ont remporté la Coupe Dewar, les plus titrés étant le Standard Athletic Club et le Racing Club de France avec quatre titres.

Historique[modifier | modifier le code]

Création et mise en place[modifier | modifier le code]

Dans les années 1890, le football en France, en particulier à Paris, est l'apanage des Anglais[s 1]. Pour favoriser l’éclosion des clubs de Français, M. Manier, président de Paris Star, créé en 1897 la Coupe Manier, compétition réservée aux clubs n'alignant pas plus de trois joueurs étrangers. En réaction, M. Dewar, industriel irlandais, décide de créer en 1898 une compétition dotée d'un trophée à son nom, appelée Coupe Sheriff Dewar ou plus simplement Coupe Dewar[s 2],[1]. Dans son ouvrage Le football dans Paris et ses banlieues, Julien Sorez note que Sheriff est simplement le prénom de M. Dewar[s 2], tandis qu'une source d'époque indique que Sheriff était une fonction occupée par M. Dewar[2].

Une autre raison de la fondation de cette compétition est que les Britanniques de simple passage à Paris ne pouvaient pas prendre part aux compétitions officielles de l'USFSA et de la FSAF, à cause des délais de qualification des joueurs. La Coupe Dewar se veut alors ouverte à tous sans aucune restriction, les clubs pouvant même aligner dans leur équipe des joueurs d'autres clubs[3]. La compétition se déroule en fin de saison, contrairement à la Coupe Manier, épreuve de début de saison. Sheriff Dewar délègue à l'USFSA le soin d'organiser les rencontres[s 2],[4]. Le règlement prévoit qu'un club s'adjuge définitivement le trophée quand il gagne la Coupe soit trois fois consécutivement, soit quatre fois en tout[5]. Le Standard AC se verra attribué le premier trophée en 1904 après sa quatrième victoire, le RC France remportera le deuxième en 1907 après sa troisième victoire consécutive[6], tandis que le troisième trophée mis en jeu ne sera jamais adjugé.

Premier trophée, remporté par le Standard AC (1899-1904)[modifier | modifier le code]

Les sources concernant la Coupe Dewar sont extrêmement rares dans les ouvrages traitant de football. Les résultats ne sont connus que grâce aux quelques journaux d'époque qui accordaient une place au football dans leurs colonnes[note 1], en particulier Le Matin, La Presse et Le Petit Journal, trois grands quotidiens nationaux éditant à Paris, lieu de la quasi totalité des matchs de la Coupe Dewar.

La mise en place de la Coupe Dewar est annoncée dans le bulletin officiel de l'USFSA en août 1898[4]. La première édition se tient donc en fin de saison 1898-1899. Le vainqueur n'est pour l'instant connu que par le texte de présentation d'une demi-finale de la Coupe Dewar 1900 paru dans La Presse, qui annonce que le Standard Athletic Club est le détenteur du challenge[7]. La deuxième édition est remportée le 9 avril 1900 par le Club français, qui réalise de surcroit le triplé championnat de Paris-Coupe Dewar-Coupe Manier[8].

Pour l'édition 1901, le Standard AC remporte son deuxième titre le 31 mars en battant le RC France par 3-0[9],[10]. À cause de ce match et d'un calendrier surchargé, le Standard doit envoyer le même jour son équipe seconde disputer la dernière journée du championnat de Paris, que le club était toutefois assuré de remporter depuis deux journées[9]. Le Standard réalise une saison pleine, remportant le championnat de France de l'USFSA deux semaines plus tard face au Havre AC. L'édition suivante est une nouvelle fois remportée par le Standard AC, par 1-0 en finale contre l'United SC grâce à un but de Wooley. L'organisation est délicate ; la partie, initialement prévue à Suresnes, est décalée au dernier moment à Levallois-Perret, ce qui empêche beaucoup de spectateurs de venir assister à la rencontre. De surcroit, le terrain est envahie à plusieurs reprises par les spectateurs pendant le match[11],[12]. Le photographe Jules Beau, considéré comme le premier reporter sportif, est présent le jour du match. Il prend plusieurs photos, dont les deux équipes avant le coup d'envoi.

Lors de l'édition 1903, après deux défaites en finale, l'United SC, alors considérée comme la meilleure équipe française du moment, notamment grâce à son côté gauche Havercroft-Probert-Mainwaring, parvient à remporter son premier titre en battant 4-3 le Club français après prolongation[13],[14]. Le Standard AC s'empare ensuite définitivement du trophée en remportant sa quatrième victoire lors de la Coupe Dewar 1904. Le club bat en finale le RC France par 2-1, dans une « partie disputée avec beaucoup d'acharnement »[15],[16].

Deuxième trophée, remporté par le RC France (1905-1907)[modifier | modifier le code]

Le RC France remporte sa deuxième Coupe Dewar en 1906. Au stade de Charentonneau à Maison-Alfort, le Racing s'impose en finale face au Gallia Club par 2-1, après une partie « très acharnée »[17].

Le RC France a l'occasion de remporter définitivement le trophée lors de l'édition 1907. En effet, il atteint une nouvelle fois la finale, cette fois contre Olympique lillois, premier club provincial à s'engager dans la compétition, qui atteint la finale en allant battre notamment en demi-finale le Standard AC sur son terrain à Suresnes[18]. Devant un millier de spectateurs, les Parisiens, récents champions de France[19], s'imposent face aux Nordistes sur un score incertain, la presse évoquant les résultats de 2-0 et de 4-0[6],[20].

Troisième trophée, jamais adjugé (1908-1916)[modifier | modifier le code]

Le Racing Club de France, triple tenant du titre et de nouveau favori, est éliminé dès le premier tour de la Coupe Dewar 1908. L'élimination est toutefois de peu d'importance pour le club, qui doit défendre son titre de champion de France en mars et en avril, et qui s'est de plus engagé dans le Challenge international du Nord[21],[note 2]. Le Cercle athlétique de Paris, nouvelle place forte du football parisien[note 3], se qualifie pour la finale aux dépens du Club athlétique du XIVe sur un coup du sort. Dans une deuxième prolongation, le gardien du CA XIVe, qui avait jusque là arrêté de nombreux tirs, se tord le genou sur un arrêt. Privé de ses moyens, il laisse le CA Paris marquer quatre fois dans le dernier quart d'heure[22]. Le CA Paris remporte ensuite en finale une « victoire méritée » face à l'AS française par 2-1[23].

1915[modifier | modifier le code]

Le 25 avril 1915, l'AS française se qualifie pour la finale en battant le SC Choisy-le-Roi par 9-0[24]. Le 2 mai, le Stade français, remporte la finale par 3-2[25].

Fin de la Coupe Dewar[modifier | modifier le code]

Populaire et considérée comme importante à ses débuts, elle devient de moindre importance à la fin des années 1900. Nombre de clubs envoient en effet souvent leurs équipes réserves jouer en Coupe Dewar à cette période. En 1911, le Club français déclare même forfait en demi-finale[26]. De plus, la Coupe devient régionale en étant réservée aux seuls clubs de la région parisienne. Ses dernières éditions se jouent dans l'indifférence[27].

L'année de la dernière édition de la Coupe Dewar est difficile à déterminer. La dernière finale jouée avec certitude est celle de l'édition 1915. En pleine Première Guerre mondiale, les journaux, qui déjà auparavant n'accordaient au mieux que quelques lignes aux résultats de football, ne mentionnent que très rarement la tenue des matchs. Dans L'Ouest-Éclair daté du 22 juin 1916, le journaliste mentionne que la saison de football n'est toujours pas terminée[note 4], et que notamment les demi-finales de la Coupe Dewar restent encore à disputer[28]. La tenue d'une éventuelle finale n'a pas pu être retrouvée[note 5].

Palmarès[modifier | modifier le code]

Palmarès par édition
Édition Vainqueur Score Finaliste Lieu de la finale ou du barrage
1899 Standard AC  ?  ?  ?
1900 Club français 2 - 1 United SC  ?
1901 Standard AC (2) 3 - 0 RC France Place Collange, Levallois-Perret
1902 Standard AC (3) 1 - 0 United SC Place Collange, Levallois-Perret
1903 United SC 4 - 3 a. p. Club français Terrain du RC France, Le Vésinet
1904 Standard AC (4) 2 - 1 RC France Terrain du FC Paris, Joinville-le-Pont
1905[29],[30] RC France tapis vert¹ US parisienne Parc des Princes (Paris)
1906 RC France (2) 2 - 1 Gallia Club Stade de Charentonneau, Maisons-Alfort
1907 RC France (3) 2 ou 4 - 0 Olympique lillois Stade de Charentonneau, Maisons-Alfort
1908 CA Paris 2 - 1 AS française Hippodrome de Vincennes, Vincennes
1909[31] Gallia Club 5 - 0 AS française Stade de Charentonneau, Maisons-Alfort
1910 CA Paris (2) 3 - 1 Gallia Club Stade de Charentonneau, Maisons-Alfort
1911[32] CA XIVe 1 - 0 USA Clichy Stade du Matin (Colombes)
1912[33] RC France (4) 3 - 1 Club français Stade du Matin (Colombes)
1913[34] CA XIVe (2) 4 - 2 Club français Stade du Matin (Colombes)
1914[35] CA XIVe (3) 5 - 1 USA Clichy Stade de la Rue Olivier-de-Serres (Paris)
1915 Stade français 3 - 2 AS française  ?
1L'Union sportive parisienne gagne sur le terrain par trois à zéro. Le Racing gagne sur tapis vert.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le football est un sport très peu médiatisé en 1898. Les journaux qui accordent une place au sport mentionnent surtout les résultats de cyclisme, d'automobile et de courses de chevaux. La médiatisation du football croit dans les années 1900, mais la plupart du temps, seuls les résultats sont donnés, la présence de commentaires sur le déroulement des rencontres étant plus rares.
  2. Devant l'accumulation de matchs, le Racing devra même déclarer forfait en demi-finale du Challenge international du Nord, la rencontre étant programmée le jour des demi-finales du championnat de France et de la finale de la Coupe Dewar.
  3. Le CA Paris remporte notamment le championnat de Paris en 1906 et la Coupe Manier en 1905, 1906 et 1907.
  4. À cette époque, la saison de football s'arrête normalement vers le début du mois de mai.
  5. Les auteurs de l'article n'ont pas retrouvé les éventuels scores des demi-finales et de la finale de l'édition 1916 dans la presse d'époque.

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Julien Sorez, Le football dans Paris et ses banlieues : Un sport devenu spectacle,‎
  1. Sorez, p. 45-49
  2. a, b et c Sorez, p. 50

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. « Football association », L'Auto,‎
  2. L. Tellié, « Foot-ball association », La Culture physique, no A4, N54,‎ , p. 203 (lire en ligne)
  3. L. Tellié, « Foot-ball association », La Culture physique, no A4, N54,‎ , p. 204 (lire en ligne)
  4. a et b « Football association », Tous les Sports - Organe officiel de l'USFSA,‎
  5. Maurice Chérié, « Le sport - La Coupe Dewar », L'Aurore, no 3479,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  6. a et b « La vie sportive - Football association », Le Matin, no 8462,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  7. « La vie sportive - Football association », La Presse, no 2864,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  8. « La vie sportive - Football association », La Presse, no 2873,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  9. a et b « La vie sportive - Association », Le Matin, no 6245,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  10. « La vie sportive - Football association », La Presse, no 3229,‎ , p. 5 (lire en ligne)
  11. « La vie sportive - Football association », La Presse, no 3579,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  12. « La vie sportive - Association », Le Matin, no 6595,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  13. « La vie sportive - Football association », La Presse, no 3941,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  14. « La vie sportive - Football association », La Presse, no 3942,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  15. « Les sports - Football-association », Le Petit Journal, no 15088,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  16. « La vie sportive - Association », Le Matin, no 7358,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  17. « La vie sportive - Football association », Le Matin, no 8107,‎ , p. 5 (lire en ligne)
  18. « La vie sportive - Football association », Le Matin, no 8427,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  19. « La vie sportive - Football association », Le Matin, no 8441,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  20. « La vie sportive - La Coupe Dewar », L'Ouest-Éclair, no 3029,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  21. « La vie sportive - Football association », Le Matin, no 8784,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  22. « La vie sportive - Football association », Le Matin, no 8798,‎ , p. 5 (lire en ligne)
  23. « La vie sportive - Football association », Le Matin, no 8805,‎ , p. 5 (lire en ligne)
  24. « Football association », Le Matin, no 11381,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  25. « Football association », Le Matin, no 11388,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  26. Le Petit Journal, No 17671 du 15 mai 1911, p. 4, sur gallica.bnf.fr.
  27. « La Coupe Dewar se meurt! », La Vie sportive du Nord-Pas-de-Calais, A2-No 24 du 19 avril 1913, p. 7, sur gallica.bnf.fr
  28. E. J. F., « La vie sportive - La saison de football n'est pas encore terminée !!! », L'Ouest-Éclair, no 6249,‎ , p. 6 (lire en ligne)
  29. Le Matin, No 7722 du 17 avril 1905, p. 4, sur gallica.bnf.fr.
  30. Le Petit Journal, No 15452 du 17 avril 1905, p. 4, sur gallica.bnf.fr.
  31. Le Petit Journal, No 16915 du 19 avril 1909, p. 4, sur gallica.bnf.fr.
  32. Le Petit Journal, No 17678 du 22 mai 1911, p. 4, sur gallica.bnf.fr.
  33. Le Figaro, No 106 du 15 avril 1912, p. 6, sur gallica.bnf.fr.
  34. Le Figaro, No 104 du 14 avril 1913, p. 7, sur gallica.bnf.fr.
  35. Le Petit Journal, No 18707 du 16 mars 1914, p. 6, sur gallica.bnf.fr.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Julien Sorez (préf. Jean-François Sirinelli), Le football dans Paris et ses banlieues : Un sport devenu spectacle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire »,‎ , 412 p. (ISBN 978-2-7535-2643-3) Document utilisé pour la rédaction de l’article