Combava

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Citrus hystrix

Combava est le nom du Citrus hystrix et de son fruit, un agrume du sous-genre papeda [1].

Le nom combava (ou combawa, cumbava, cumbaba, makrut, citron combera, kaffir lime) provient des anciennes cartes maritimes où l'île indonésienne de Sumbawa, à l’est de Bali dans l'archipel de la Sonde (mer des Moluques), est nommée Combava par les marins occidentaux[2],[3]. L'arbre est originaire de ces îles.

Historique[modifier | modifier le code]

Le premier, G. E. Rumphius (1628-1702) a dessiné un combava en provenance d'Amboine (Indonésie). Pierre Sonnerat (1748-1814) en a collecté des spécimens en 1771-72 et elle figure dans l'Encyclopédie Méthodique de Lamarck (1796) [4].

La plante a été introduite à l'île Maurice, par Pierre Poivre à la fin du XVIIIe siècle et de là, par M. Rolland, en 1808 au jardin botanique de Montpellier où Augustin de Candolle l'a décrite sans en voir la floraison (1813) sous le nom de Citrus hystrix ainsi que le mentionne Ernst Gottlieb von Steudel en 1821[1],[4],[5],[6]. Jusqu'à la publication d'Henri Chapot (1952), « Le Combava, Citrus de la Réunion et de Madagascar », la systématique est confuse, y compris l'orthographe longtemps Combara chez Rafinesque, Guillaumin, Swingle, jusqu'à l'adoption de Combava par Paul Hubert en 1912[7],[8]. Le combava est longtemps confondu avec Citrus macroptera dont il est génétiquement très proche [9].

En 1816, le combava était cultivé vendu par la pépinière Audibert , près de Tarascon [10].

Le combava apparaît tardivement (1914) dans les textes anglophones sous le nom de kaffir lime tandis que sa présence à La Réunion est relatée depuis son introduction. En 1902, La Réunion envoie de la « très bonne » liqueur de combava à l'Exposition Coloniale[11].

Description[modifier | modifier le code]

L'arbre de petite taille est épineux (d’où son nom hystrix) ; ses feuilles ont le pétiole largement ailé des papeda. Le fruit est sphérique d'un diamètre de 4 à 6 cm avec une écorce grumeleuse caractéristique. Il fait penser au citron vert et est parfois confondu avec la bergamote (fruit du bergamotier) qui lui ressemble fortement mais dont le goût est totalement différent.

Le fruit et la feuille sont riches d'une huile essentielle fortement parfumée, d'un parfum rappelant la citronnelle. «Le fruit globuleux est verruqueux et a quelque peu l'odeur de mélisse» écrit le Bulletin du Jardin colonial et des jardins d'essai des colonies françaises de 1911 [12].

L'huile essentielle de combava est principalement composée de monoterpènes, dont 11% de β-pinène et 4.7% de limonène, elle possède une teneur élevée en terpinène-4-ol , en α-terpinéol, en 1,8-cinéole et en citronellol[13],[14]. Son parfum puissant est dû aux concentrations élevées de citronellol, de limonène et de nérol[15].

Le combava n'est pas une plante domestiquée, mais une plante sauvage cultivée dont il existe des hybrides naturels[1].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Écorce sèche de combava

Parties de la plante utilisées[modifier | modifier le code]

  • La feuille de combava est un condiment usuel dans la cuisine de l'Asie méridionale, et du sud de l'océan Indien, dont les Mascareignes[16]. Depuis la décennie 2010, son utilisation devient fréquente en Grande-Bretagne sous l'influence du green curry du chef Jamie Oliver largement médiatisé, et de par le monde chez les restaurants thaïlandais.
  • Le fruit est utilisé pour son zeste, pour son jus, et aussi entier confit. En Asie tropicale, la feuille et le fruit servent aussi d'insecticide, de shampoing, de médicament. Une publication indonésienne (2020) montre que le jus a un pouvoir anti-oxydant ( flavonoïdes et vitamine C) du même ordre que le jus d'orange[17].
  • L'huile essentielle est extraite de l'ensemble des parties aériennes. L’extraction de l'huile essentielle est un marché en croissance, spécialement travaillée par les malais, et pour lequel divers méthodes sont en concurrence[18]. Elle se fait à partir de feuilles séchées (5 jours maximum à température ambiante) ou de feuilles fraiches [19]. Elle est produite à Java, Madagascar et en Thaïlande, par extraction à la vapeur ou par extraction assistée par micro-ondes [15]'[20].
Les feuilles fraiches, puissamment aromatiques, s'utilisent crues ou dans les cuissons.

Utilisation culinaire[modifier | modifier le code]

Le combava et son huile essentielle sont utilisés en cuisine comme condiment, dans la préparation de boissons. On utilise le zeste du fruit ou la feuille principalement à La Réunion, aux Comores, à Madagascar et en Asie du Sud-Est (Thaïlande, Cambodge, Viêt Nam, etc.), pour relever le goût de nombreux plats et sauces, comme les rougails de tomates ou les sauces de piment, la mayonnaise créole, l'amok (poisson ou poulet en sauce, cuit dans une feuille de bananier) et le tom yam thaï. Les feuilles fraîches sont finement hachées pour les curry, spécialement le curry panang à la noix de coco [5]. Au Laos, le sousi pa gnon est un curry de poisson, avec coco et combava[5],[21].

On utilise le jus pour préparer une boisson désaltérante. Les feuilles et le zeste entrent dans la composition de nombreux cocktails [22] à base de gin [23] ou de vodka, ainsi que de sirops.

Une confiture à la banane, à la mangue et au combava a obtenu la médaille d'argent au concours général agricole 2020 [24].

Les fruits pressés avec les olives donnent une huile d'olive parfumée au combava [25].

Utilisation pharmaceutique[modifier | modifier le code]

En médecine traditionnelle asiatique, les extraits de combava sont utilisés en cas d'affection pulmonaire et de maux d'estomac[26]. L'huile essentielle est stimulante : en aromathérapie, elle soulage la dépression et le stress[27] ; les compresses des massages thaïlandais contiennent du combava[5]. Margaret Landon (1949) parle d'un bain rituel thaï dans l'eau chaude avec des feuilles de combava[28]. L'extrait de combava a montré (2005, 2017) une activité anti-proliférative de cancers humains ou murins[29],[30]. Sa principale utilisation dans le domaine de la santé est comme bactéricide et fongicide.

Depuis 2017, les publications académiques se multiplient sur une capacité antioxydante, antidiabétique [31] et hépato-protectrice [32] : chez le rat, l'extrait de combava réduit considérablement l'hépato-toxicité du paracétamol [33]. Chez le rat hypercholestérolémique l'extrait alcoolique de zeste réduit sensiblement la cholestérolémie totale [34].

In vitro sur des cellules humaines les extraits de combava protègent de la sénescence neuronale induite par le glucose et améliorent les fonctions des cellules neuronales [35].

Utilisation antibactérienne et fongicide[modifier | modifier le code]

Antibactérien[modifier | modifier le code]

L'huile essentielle crue présente un large spectre d'inhibition contre les bactéries gram-positives dont le Staphylocoque doré et Listeria monocytogenes, les levures et moisissures, ce qui la rend précieuse pour le préservation des aliments [36],[37]. In vitro, la macération de feuilles pulvérisée dans l'alcool inhibe le plus efficacement la croissance de Staphylococcus aureus à une concentration de 20% [38].

Cette activité antibactérienne est également démontrée chez les pathogènes du système respiratoire (Streptococcus pneumoniae notamment) [39] et les bactéries causes de l’acné : les Propionibacterium acnes [40]. A noter une publication rapportant l'inhibition de Vibrio cholerae par des micro-capsules d'huile essentielle de combava (2012)[41].

Fongicide[modifier | modifier le code]

In vitro, la microémulsion faiblement dosée (1,08 mg / ml) d'huile essentielle de feuilles de combava dans l'eau présente une puissante activité antifongique contre Trichophyton mentagrophytes var. interdigitale (champignon de la teigne fréquent chez les animaux). Elle est active contre Aspergillus niger ( moisissure noire des fruits et légumes) et Candida albicans (candidoses des muqueuses digestive et gynécologique humaines) [42].

La microémulsion d'huile de feuilles de combava est stable entre à 4° C et 30° C pendant 1 mois, instable à 45° C.

Utilisation comme répulsif[modifier | modifier le code]

L'huile essentielle est insecticide (larvicide) et acaricide[43], mais le combava n'a qu'un faible pouvoir de répulsion contre les moustiques comparé à la citronnelle ou au DEET[44].

Le zeste serait utilisé par les populations rurales d'Asie du Sud-Est (Cambodge, Thaïlande, Laos) pour repousser les serpents.[réf. nécessaire].

Le fruit vert a une peau granuleuse caractéristique, 5 cm de diamètre et 40 g. lors de la commercialisation.

Production et conservation[modifier | modifier le code]

Le combava est produit dans les pays tropicaux consommateurs : la Thaïlande, l'Inde, l'Indonésie[45] et dans l'Union européenne à La Réunion et au Portugal qui se trouve dans l'espace de libre circulation de végétaux européen et distribue des feuilles fraîches accompagnées d'un certificat phytosanitaire. Cette plante est cultivable en pot, à condition de la rentrer pendant la saison froide (rusticité −5 °C)[46].

Les fruits sont distribués frais et leur zeste séché. Les feuilles sont distribuées fraîches, congelées ou séchées parfois réduites en poudre. Le séchage courant, à l'air chaud, diminue la teneur en acide ascorbique et en composés anti-oxydants [47] , le stockage au froid des feuilles fraîches réduit également le contenu en vitamine C mais augmente graduellement la teneur en composés phénoliques et en flavonoïdes [48], les composés aromatiques sont affectés par une température de séchage de 60° et au-delà[49].

K. V. Peter écrit dans son Handbook of Herbs and Spices (2012) « dans les salades et les condiments l'utilisation des feuilles fraîches est indispensable, les feuilles sèches ne sont pas un substitut satisfaisant »[5].

Galerie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « hystrix_2454 », sur citrusvariety.ucr.edu (consulté le 18 mai 2019)
  2. (en) John Seller, William Hacke et John Carter Brown Library, A Collection of original voyages (1699) : a facsimile reproduction, Published for the John Carter Brown Library by Scholars' Facsimiles & Reprints, (lire en ligne)
  3. Joseph Francois Charpentier de Cossigny, Voyage a Canton, capitale de la province de ce nom, a la Chine; par Goreée, le Cap de Bonne-Espérance, et les isles de France et de la Réunion; suivi d'observations sur le voyage à la Chine, de lord Macartney et du citoyen Van-Braam, et d'une esquisse des arts des indiens et des chinois. Par le c. Charpentier Cossigny.., chez André, imp.-libraire, rue de la Harpe, no 477, (lire en ligne)
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  5. a b c d et e (en) K. V. Peter, Handbook of Herbs and Spices, Elsevier, , 624 p. (ISBN 978-0-85709-568-8, lire en ligne)
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  8. Paul Hubert, Fruits des pays chauds, H. Dunod et E. Pinat, (lire en ligne)
  9. (en) Iqrar A. Khan, Citrus Genetics, Breeding and Biotechnology, CABI, (ISBN 978-1-84593-193-3, lire en ligne)
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