Combava

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Citrus hystrix

Le combava (ou combawa, cumbava, cumbaba, makrut, citron combera, kaffir lime) est un agrume du sous-genre papeda [1] dont le nom provient des anciennes cartes maritimes où l'île indonésienne de Sumbawa, à l’est de Bali dans l'archipel de la Sonde, dans la mer des Moluques, est nommée Combava par les marins occidentaux[2],[3]. Il est originaire de ces îles.

Combava est le nom de l'arbre, Citrus hystrix et de son fruit.

La feuille de combava est un condiment usuel dans la cuisine de l'Asie méridionale, et du sud de l'océan Indien, dont La Réunion[4]. Depuis la décennie 2010, son utilisation devient fréquente en Grande-Bretagne sous l'influence du green curry du chef Jamie Oliver largement médiatisé, et de par le monde chez les restaurants thaïlandais. En Asie tropicale, la feuille et le fruit servent aussi d'insecticide, de shampoing, de médicament.

Historique[modifier | modifier le code]

La plante a été introduite dans l'océan Indien, à l'île Maurice, par Pierre Poivre à la fin du XVIIIe siècle et de là au jardin botanique de Montpellier où de Candolle la décrit [1] sous le nom de Mauritius papeda (1824)[5].

Il apparaît tardivement (1914) dans les textes anglophones sous le nom de kaffir lime tandis que sa présence à La Réunion est relatée depuis son introduction. En 1902, La Réunion envoie de la « très bonne » liqueur de combava à l'Exposition Coloniale[6].

Description[modifier | modifier le code]

L'arbre de petite taille est épineux (d’où son nom hystrix), ses feuilles ont le pétiole largement ailé des papeda, le fruit est sphérique d'un diamètre de 4 à 6 cm avec une écorce grumeleuse caractéristique. Le fruit et la feuille sont riches d'une huile essentielle fortement parfumée, d'un parfum rappelant la citronnelle. «Le fruit globuleux est verruqueux et a quelque peu l'odeur de mélisse» écrit le Bulletin du Jardin colonial et des jardins d'essai des colonies françaises de 1911 [7].

L'huile essentielle de combava est principalement composée de monoterpènes, dont 11% de β-pinène et 4.7% de limonène, elle possède une teneur élevée en terpinène-4-ol , en α-terpinéol, en 1,8-cinéole et en citronellol[8],[9]. Son parfum puissant est dû aux concentrations élevées de citronellol, de limonène et de nérol[10].

Le combava n'est pas une plante domestiquée, mais une plante sauvage cultivée dont il existe des hybrides naturels[1].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Écorces de combava

Le combava et son huile essentielle sont utilisés en cuisine comme condiment, dans la préparation de boissons, comme plante pharmaceutique, dermatologique et antimicrobienne, comme répulsif des insectes, et comme plante décorative.

Utilisation culinaire[modifier | modifier le code]

On utilise le zeste du fruit ou la feuille principalement à La Réunion, aux Comores, à Madagascar et en Asie du Sud-Est (Thaïlande, Cambodge, Viêt Nam, etc.), pour relever le goût de nombreux plats et sauces, comme les rougails de tomates ou les sauces de piment, la mayonnaise créole, l'amok (poisson ou poulet en sauce, cuit dans une feuille de bananier) et le tom yam thaï. Les feuilles fraiches sont finement hachées pour les curry, spécialement le curry panang à la noix de coco [5]. Au Laos, le sousi pa gnon est un curry de poisson, avec coco et combava[5].

On utilise le jus pour préparer une boisson désaltérante. Les feuilles et le zeste entrent dans la composition de nombreux cocktails [11], de gin [12], de vodka, et enfin de sirop.

Les fruits pressés avec les olives donnent une huile d'olive parfumée au combava [13].

Utilisation pharmaceutique[modifier | modifier le code]

En médecine traditionnelle asiatique, les extraits de combava sont utilisés en cas d'affection pulmonaire et de maux d'estomac[14]. L'huile essentielle est stimulante : en aromathérapie, elle soulage la dépression et le stress[15] ; les compresses des massages thaïlandais contiennent du combava[5]. Margaret Landon (1949) parle d'un bain rituel thaï dans l'eau chaude avec des feuilles de combava[16]. L'extrait de combava a montré (2005, 2017) une activité anti-proliférative de cancers humains ou murins[17],[18]. Sa principale utilisation dans le domaine de la santé est comme bactéricide et fongicide.

Depuis 2017, les publications académiques se multiplient sur une capacité antioxydante, antidiabétique [19] et hépato-protectrice [20] : chez le rat, l'extrait de combava réduit considérablement l'hépato-toxicité du paracétamol [21].


Utilisation antibactérienne et fongicide[modifier | modifier le code]

L'huile essentielle crue présente un large spectre d'inhibition contre les bactéries gram-positives dont le Staphylocoque doré et Listeria monocytogenes, les levures et moisissures, ce qui la rend précieuse pour le préservation des aliments [22],[23].

Cette activité antibactérienne est également démontrée chez les pathogènes du système respiratoire (Streptococcus pneumoniae notamment) [24] et les bactéries causes de l’acné : les Propionibacterium acnes [25]. A noter une publication rapportant l'inhibition de Vibrio cholerae par des micro-capsules d'huile essentielle de combava (2012)[26].

Utilisation comme répulsif[modifier | modifier le code]

L'huile essentielle est insecticide (larvicide) et acaricide[27], mais le combava n'a qu'un faible pouvoir de répulsion contre les moustiques comparé à la citronnelle ou au DEET[28].

Le zeste serait utilisé par les populations rurales d'Asie du Sud-Est (Cambodge, Thaïlande, Laos) pour repousser les serpents.[réf. nécessaire].

Production[modifier | modifier le code]

Le combava est produit dans les pays tropicaux consommateurs. La Thaïlande et l'Inde exportent des fruits et des feuilles. Dans l'Union européenne, il existe une petite production à La Réunion. Cette plante est cultivable en pot, à condition de la rentrer pendant la saison froide (rusticité −5 °C)[29].

Les fruits sont distribués frais et leur zeste séché. Les feuilles sont distribuées fraiches, congelées ou séchées parfois réduites en poudre. Le séchage courant, à l'air chaud, diminue la teneur en composés phénoliques et en flavonoïdes[30], les composés aromatiques sont affectés par une température de séchage de 60° et au-delà[31]. K. V. Peter écrit dans son Handbook of Herbs and Spices (2012) « dans les salades et les condiments l'utilisation des feuilles fraiches est indispensable, les feuilles sèches ne sont pas un substitut satisfaisant »[5].

L'huile essentielle est produite à Java, Madagascar et en Thaïlande [10], par extraction à la vapeur qui donne un bon résultat[32].

Galerie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « hystrix_2454 », sur citrusvariety.ucr.edu (consulté le 18 mai 2019)
  2. (en) John Seller, William Hacke et John Carter Brown Library, A Collection of original voyages (1699): a facsimile reproduction, Published for the John Carter Brown Library by Scholars' Facsimiles & Reprints, (lire en ligne)
  3. Joseph Francois Charpentier de Cossigny, Voyage a Canton, capitale de la province de ce nom, a la Chine; par Goreée, le Cap de Bonne-Espérance, et les isles de France et de la Réunion; suivi d'observations sur le voyage à la Chine, de lord Macartney et du citoyen Van-Braam, et d'une esquisse des arts des indiens et des chinois. Par le c. Charpentier Cossigny.., chez André, imp.-libraire, rue de la Harpe, no 477, (lire en ligne)
  4. « Citrus hystrix DC. », sur www.mi-aime-a-ou.com (consulté le 18 mai 2019)
  5. a b c d et e (en) K. V. Peter, Handbook of Herbs and Spices, Elsevier, (ISBN 9780857095688, lire en ligne)
  6. Rapports du Jury international ..., Imprimerie nationale, (lire en ligne)
  7. Bulletin du Jardin colonial et des jardins d'essai des colonies françaises, A. Challamel., (lire en ligne)
  8. (en) Jean Waikedre, Annabelle Dugay, Isabel Barrachina et Christine Herrenknecht, « Chemical Composition and Antimicrobial Activity of the Essential Oils from New Caledonian Citrus macroptera and Citrus hystrix », Chemistry & Biodiversity, vol. 7, no 4,‎ , p. 871–877 (ISSN 1612-1880, DOI 10.1002/cbdv.200900196, lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)
  9. Akiyoshi Sato, Kenichi Asano et Toshiya Sato, « The Chemical Composition of Citrus Hystrix DC (Swangi) », Journal of Essential Oil Research, vol. 2, no 4,‎ , p. 179–183 (ISSN 1041-2905, DOI 10.1080/10412905.1990.9697857, lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)
  10. a et b Name, « Kaffir Lime Oil (Indonesia) », sur Ultra International B.V. (consulté le 18 mai 2019)
  11. (en) « 10 Best Kaffir Lime Drink Recipes », sur www.yummly.com (consulté le 18 mai 2019)
  12. (en-GB) « Kaffir Lime Leaves - a wonder botanical used in gin », sur Gin Foundry (consulté le 18 mai 2019)
  13. « Olive Oil | Kaffir Lime Grower and Distributor selling Kaffir Produce and Kaffir Lime Grower and Distributor », sur www.wholesale-kaffirlimes.co.uk (consulté le 18 mai 2019)
  14. « A Review of Genetic Taxonomy, Biomolecules Chemistry and Bioactivities of Citrus Hystrix DC. - ProQuest », sur search.proquest.com (consulté le 18 mai 2019)
  15. (en) Tapanee Hongratanaworakit et Gerhard Buchbauer, « Chemical composition and stimulating effect of Citrus hystrix oil on humans », Flavour and Fragrance Journal, vol. 22, no 5,‎ , p. 443–449 (ISSN 1099-1026, DOI 10.1002/ffj.1820, lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)
  16. (en) Margaret Landon, Never Dies the Dream, Doubleday, (lire en ligne)
  17. « ScienceDirect », sur www.sciencedirect.com (consulté le 18 mai 2019)
  18. (en-US) Woro Anindito Sri Tunjung et Elsa Dilla Dertyasasa, « Volatile Organic Compounds of Kaffir Lime (Citrus Hystrix DC.) Leaves Fractions and Their Potency as Traditional Medicine », Biosciences Biotechnology Research Asia, vol. 14, no 4,‎ , p. 1235–1250 (lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)
  19. (en) Wenny Irawaty et Aning Ayucitra, « Assessment on antioxidant and in vitro antidiabetes activities of different fractions of Citrus hystrix peel. », International Food Research Journal, vol. 25,‎ , p. 2467–2477 (lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)
  20. Md Mohabbulla Mohib, Kazi Afnan, Tasfiq Zaman Paran et Salma Khan, « Beneficial Role of Citrus Fruit Polyphenols Against Hepatic Dysfunctions: A Review », Journal of Dietary Supplements, vol. 15, no 2,‎ , p. 223–250 (ISSN 1939-0211, PMID 28641051, DOI 10.1080/19390211.2017.1330301, lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)
  21. « ScienceDirect », sur www.sciencedirect.com (consulté le 18 mai 2019)
  22. (en) Sumonrat Chanthaphon et al., « Antimicrobial activities of essential oils and crude extracts from tropical Citrus spp. against food-related microorganisms », Songklanakarin J. Sci. Technol. 30 (Suppl.1),,‎ , pp 125-131 (lire en ligne)
  23. « Preservative effects of kaffir lime (Citrus hystrix DC) leaves oleoresin incorporation on cassava starch-based edible coatings for refrigerated fresh beef - ProQuest », sur search.proquest.com (consulté le 18 mai 2019)
  24. (en) Vimol Srisukh et al., « Antibacterial activity of essential oils from Citrus hystrix (makrut lime) against respiratory tract pathogens », ScienceAsia 38,‎ , p. 212 à 217 (lire en ligne)
  25. (en) S. Luangnarumitcha et al., « Antimicrobial Activity of Essential Oils Against Five Strains of Propionibacterium acnes », Mahidol University Journal of Pharmaceutical Sciences 34(1-4),‎ , p. 60 à 64 (lire en ligne)
  26. J. Adamiec, C. Borompichaichartkul, G. Srzednicki et W. Panket, « Microencapsulation of Kaffir Lime Oil and Its Functional Properties », Drying Technology, vol. 30, no 9,‎ , p. 914–920 (ISSN 0737-3937, DOI 10.1080/07373937.2012.666777, lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)
  27. (en) Narong Chungsamarnyarti et Weerapol Jansawanz, « Acaricidal Activity of Peel Oil of Citrus spp. on Boophilus microplus », Kasetsan J. (Nat. Sci.) 30,‎ , p. 6 (lire en ligne)
  28. (en) Apiwat Tawatsin et al., « Repellency of Volatile Oils from Plants against Three Mosquito Vectors », Journal of Vector Ecology, Vol. 26, No. 1,‎ , p. 76 à 82 (lire en ligne)
  29. Christophe Köppel, « Un agrume pour gastronomes : le combava, kaffir (citrus hystrix) », sur Réseau de permaculture d'Alsace, (consulté le 16 juillet 2017).
  30. (en) Pornpimol Raksakantong, Sirithon Siriamornpun et Naret Meeso, « Effect of drying methods on volatile compounds, fatty acids and antioxidant property of Thai kaffir lime (Citrus hystrix D.C.) », International Journal of Food Science & Technology, vol. 47, no 3,‎ , p. 603–612 (ISSN 1365-2621, DOI 10.1111/j.1365-2621.2011.02883.x, lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)
  31. (en) Wannee Jirapakkul, Patcharaporn Tinchan et Siree Chaiseri, « Effect of drying temperature on key odourants in kaffir lime (Citrus hystrix D.C., Rutaceae) leaves », International Journal of Food Science & Technology, vol. 48, no 1,‎ , p. 143–149 (ISSN 1365-2621, DOI 10.1111/j.1365-2621.2012.03170.x, lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)
  32. N. Kasuan, M. Yunus, M. H. F. Rahiman et S. R. S. Aris, « Essential oil composition of Kaffir lime: Comparative analysis between controlled steam distillation and hydrodistillation extraction process », 2009 IEEE Student Conference on Research and Development (SCOReD),‎ , p. 479–482 (DOI 10.1109/SCORED.2009.5442958, lire en ligne, consulté le 18 mai 2019)

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