Chaos Computer Club

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Chaos Computer Club
upright=Article à illustrer Organisation
Kabelsalat le logo du CCC
Image dans Infobox.
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Forme juridique
Objectifs
Bildung (en), sécurité de l'information, liberté de l'information, Freedom of communication (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Siège
Pays
Organisation
Membres
6 300 ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Fondateurs
Wau Holland, Steffen Wernéry (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Affiliation
European Digital Rights (en), Deutsches JugendherbergswerkVoir et modifier les données sur Wikidata
Identifiants
OpenCorporates

Le Chaos Computer Club, que l'on désigne souvent par le sigle CCC, est l'une des organisations de hackers les plus influentes en Europe. Le Club se décrit plus poétiquement en tant que communauté galactique des êtres de la vie, indépendante de l'âge, du sexe, de l'origine ethnique ou de l'orientation sociale, qui œuvre par delà les frontières pour la liberté d'information […].

Le Chaos Computer Club est principalement actif dans les pays germanophones mais les différents congrès qu'il organise depuis 1984 attirent des milliers de personnes à travers l'Europe et ailleurs dans le monde.

Un Chaos Computer Club France a vu le jour dans les années mais il ne s'agissait en réalité que d'un faux groupe de pirates informatiques monté par Jean-Bernard Condat pour le compte de la Direction de la Surveillance du territoire.

Activités[modifier | modifier le code]

Objectifs et communication[modifier | modifier le code]

Le Chaos Computer Club est une communauté mondiale, qui fait campagne pour la liberté de l'information et de la communication sans aucune censure – par n'importe quel gouvernement ou compagnie – et qui étudie autant les possibilités de la technologie que ses impacts sur la société et l'individu[1],[2].

Le CCC se considère comme étant une plate-forme de communication pour les pirates informatiques dits chapeaux blancs (white hats) et ceux qui veulent le devenir[3].

Le Chaos Computer Club est un organisme influent non seulement dans le milieu du « hacking » mais aussi auprès du gouvernement allemand, en agissant comme un contre-pouvoir sur les questions liées à la protection de la vie privée, la sécurité informatique ou la démocratie. Le député européen Jan Philipp Albrecht estime que « Le CCC a grandement contribué à la tenue d'un débat éclairé sur la cybersécurité et la gouvernance de l'internet en Allemagne »[1],[2].

Ainsi, si les points de vue du CCC sont souvent sollicités par diverses structures, il n'est pas uniquement le sujet des couvertures des médias mais il a également accès à ceux-ci : à travers leurs actions, le haut niveau de connaissances technologiques de ses membres est souvent l'occasion de communiquer vers différents publics, ce qui lui permet de politiser des thèmes précis. Le club diffuse les résultats de ses investigations ou ses réflexions par l'intermédiaire d'une variété de canaux : congrès, événements publics et participations aux réunions et discussions politiques. Il possède sa propre radio, Chaosradio[4].

Philosophie[modifier | modifier le code]

Le nom du club fait référence à la théorie du chaos, car pour son cofondateur Wau Holland, c'est ce qui explique le mieux la façon dont le monde fonctionne[5].

Les activités et la philosophie du Chaos Computer Club reposent sur les principes énoncés en par Steven Levy dans son livre L'Éthique des hackers, auxquels le club ajoute les deux dernières lignes[6],[7] :

  1. L'accès aux ordinateurs — ainsi que tout ce qui peut vous apprendre quelque chose sur le fonctionnement du monde — doit être illimité et total.
  2. Toute information devrait être libre.
  3. Se méfier de l'autorité — encourager la décentralisation.
  4. Les hackers devraient être jugés par leurs actes, et non selon de faux critères comme l'apparence, l'âge, la race, le genre ou le rang social.
  5. On peut créer l'art et le beau à l'aide d'un ordinateur.
  6. Les ordinateurs peuvent changer votre vie pour le meilleur.
  7. Ne fouillez pas dans les données d'autres personnes.
  8. Utilisez les données publiques, protégez les données privées.

Sans représenter des règles strictes, ces principes offrent des lignes directrices aux membres du CCC. Ainsi, lorsque Hans Hübner (Pengo), un des protagoniste de l'affaire du « KGB Hack » (voir le chapitre Piratage du KGB) déclare après coup[7] :

« Pour moi, pirater des ordinateurs étrangers était déterminé et guidé par le plaisir et la fascination. Quand je le faisais, je ne me posais aucune question sur l’éthique hacker [...] La fascination pour la technologie a mené plus ou moins automatiquement à une fascination pour le pouvoir. »

Wau Holland répond alors[7] :

« [...] Le Chaos Computer Club n’est pas juste un groupe de techno-freaks. Dès le début, nous avons réfléchi aux conséquences sociales de la technologie, et je crois que notre force vient en partie de nos normes morales. […] Nous acceptons la fascination, mais être fasciné, c’est être enchaîné. Quiconque est fasciné est asservi : voilà où est la limite. Chacun doit affronter la question : Qu’est-ce que je fais, au juste ? »

Histoire[modifier | modifier le code]

Le dans une tribune du Die Tageszeitung, Wau Holland fait part de sa crainte de voir les entreprises et les autorités abuser de leurs pouvoirs grâce à l'émergence de l'informatique. Il note cependant la nécessité de permettre à un grand nombre de personnes d'accéder plus facilement à ce medium naissant. Selon lui, les ordinateurs peuvent donner du pouvoir au peuple et être utilisés en faveur des droits de l'homme en rendant les choses plus transparentes. Dans cette tribune, co-signée par quatre autres personnes et intitulé « TUWAT,TXT Version » (« Faites quelque chose, version texte »), Waw Holland appelle les passionnés d'informatique (« Komputerfrieks ») à une réunion le à Berlin[8],[note 1]. Il propose des thèmes nombreux et variés : réseaux, « droit des données », matériel, chiffrement ou encore jeux informatiques et langages de programmation[9]. Deux douzaines de personnes participent cet évènement qui peut être considéré comme la première réunion du Chaos Computer Club. Deux ans plus tard, Holland rencontre Steffen Wernéry lors d'une autre réunion tenue dans une librairie de Hambourg qui attire une poignée de personne[6],[10],[1].

Le Chaos Computer Club est établi de façon formelle en alors qu'il publie le premier numéro de son magazine Die Datenschleuder et organise le premier Chaos Communication Congress attirant environ une centaine de personnes[1],[6].

Rüdiger Proske (de) interview Steffen Wernéry (chemise bariolée) et Wau Holland (chemise rouge), fin .

Cette même année, le CCC devient mondialement célèbre lorsque Wau Holland et Steffen Wernéry attaquent le Bildschirmtext (de), un système Vidéotex similaire au Minitel, réussissant à pénétrer une banque locale et à détourner plus de 134 000 DM (48 000 dollars de l'époque) sur son compte bancaire. L'argent sera retourné le lendemain[11],[2].

En , Andy Müller-Maguhn étend la base du club, traditionnellement située à Hambourg, en ouvrant une section locale à Berlin qui attire de nombreux « hackers » de l'ex-RDA. Ces derniers apportent au CCC une nouvelle dynamique ainsi que leur expérience sur les techniques utilisées par un régime autoritaire pour destabiliser des groupes[1],[6].

En , Rena Tangens et Barbara Thoens créent Haecksen (un jeu de mots relatif à « Hexen », qui signifie Sorcières), une association de femmes issues du Chaos Computer Club[12],[13],[14].

Au milieu des années , le Chaos Computer Club joue un rôle important dans l'émergence des fab lab aux États-Unis, les hackers américains n'ayant jusqu'alors pas de lieux adaptés ni pour se rencontrer, hormis dans leur résidence, à l'école ou à l'université, ni pour se rassembler et se rendre visibles vis-à-vis de leur communauté. Une association est alors créée, la Hacker Fondation. Deux ans plus tard, en , une délégation de 40 américains, les « Hackers on a Plane » (dont font partie Mitch Altman et Bre Pettis (en)) installe sa tente au Chaos Communication Camp. Ils font ensuite une tournée des hackerspaces d'Allemagne et d'Autriche afin de comprendre leur fonctionnement et de ramener l'idée aux États-Unis. Le voyage se termine au 24e Chaos Communication Congress en où les fondateurs du CCC de Cologne et Düsseldorf leur apprennent tout ce qu'ils savent sur la gestion d'un hackerspace. L'année suivante, les hackerspaces comme Noisebridge, HacDC (en) ou NYC Resistor (en) ouvrent leurs portes et huit ans plus tard, la Hacker Fondation en fédère plus de 400 aux États-Unis et plus de 1200 sur la planète[15],[16].

Constitué au milieu des années par environ 150 personnes, le Chaos Computer Club rassemble aujourd'hui plusieurs milliers de membres, une trentaine de sections locales en Allemagne et d'autres dans le monde[17],[1],[2].

Événements réguliers[modifier | modifier le code]

Tente au Chaos Communication Camp avec le drapeau dit Pesthörnchen, détournement du Posthorn, ancien logo de la poste fédérale

Depuis , le Chaos Computer Club organise un congrès annuel, le Chaos Communication Congress qui a lieu habituellement entre Noël et le jour de l'an à Berlin, Hambourg ou Leipzig. Un slogan différent est donné à chaque congrès, à l'exception de celui tenu en , l'année des révélations d'Edward Snowden[18]. Le projet WikiLeaks est présenté par Julian Assange durant le Chaos Communication Congress de [19].

Tous les quatre ans depuis , le club organise également le Chaos Communication Camp. Pendant du congrès annuel, le camp de 60 à 100 000 m2 en plein air a pour objectif de « promouvoir les échanges entre les idées et les concepts techniques, sociaux et politiques afin de trouver de nouvelles manières de rendre ce monde un petit peu plus amical pour les êtres intelligents »[20].

Entre et (sauf en ), le Chaos Computer Club organise une conférence annuelle à Cologne, centrée sur les aspects techniques et sociaux du numérique, notamment la surveillance. Nommée SIGINT (de l'anglais « Signals Intelligence »), l'évènement est créé afin d'alléger la charge du Chaos Communication Congress, mais il est finalement abandonné en [21],[22].

Actions notoires[modifier | modifier le code]

Piratage du BTX[modifier | modifier le code]

un Bildschirmtext, terminal videotex allemand.
Un Bildschirmtext (BTX).

En , le Chaos Computer Club prévient la Deutsche Bundespost que son système Bildschirmtext (de) (BTX) comporte une faille de sécurité mais la mise en garde est ignorée par la poste allemande. Wau Holland et Steffen Wernéry découvrent en effet qu'un défaut dans le système d'édition des pages révèle en clair les codes d'accès du réseau télématique de la caisse d'épargne de Hambourg (de)[11],[2].

Afin de sensibiliser l'opinion publique de la piètre sécurité du BTX (à ce titre, une cible privilégiée des hackers de l'époque), les deux hommes organisent le piratage du serveur de la banque (de). La facturation reposant sur le principe de paiement à la demande (9,97 deutsche mark), ils font en sorte que le BTX de l'institution appelle celui du CCC de façon récurrente durant toute la nuit du 16 au . Afin de marquer les esprits, l'idée est que la somme dérobée atteigne 100 000 DM, soit un montant dix fois supérieur à ce que peut rapporter un bracage de banque. Ils récolteront 134 694,70 deutsche mark[11].

« Nous avons démarré le truc chez Steffen dans sa piaule, puis je suis allé chez moi. Steffen a dormi sur place, et je sais qu'il a merveilleusement bien dormi parce que le relais faisait toujours « clac-clac, clac-clac », et il savait que deux fois clac-clac signifiait 9 marks 97 »[11]

Le lundi, une conférence de presse est convoquée et l'argent restitué en direct devant les caméras. Le Chaos Computer Club force ainsi la Deutsche Bundespost à colmater les failles de sécurité du BTX tout en se faisant connaitre auprès du grand public grâce à ce piratage aujourd'hui devenu légendaire[11].

R2D2[modifier | modifier le code]

En , lorsque l'avocat Patrick Schladt consulte les preuves présentées contre un de ses clients, il suspecte que l'ordinateur de celui-ci soit la cible d'un cheval de Troie placé par les autorités allemandes, et demande au Chaos Computer Club d'analyser le disque dur de la machine[23].

Statuette représentant un cheval de Troie aux couleurs du drapeau allemand.
Représentation plastique du Bundestrojaner par le Chaos Computer Club.

Le CCC découvre effectivement le logiciel espion qui aurait été installé dans l'ordinateur lors d'un contrôle aux douanes à l'aéroport de Munich. En plus d'enregistrer les communications VoIP et les frappes au clavier, le cheval de Troie est capable de prendre des captures d'écran, d'activer le microphone, la caméra et d'installer d'autres logiciels. Piloté via un serveur situé aux États-Unis, les données envoyées par le logiciel sont insuffisamment chiffrées et celles qu'il reçoit ne le sont pas du tout, permettant ainsi à un tiers d'en prendre le contrôle, ce que le CCC parvient à faire en fabriquant son propre terminal de contrôle. Baptisé 0zapftis ou Bundestrojaner, mais plus souvent R2D2 car figurant dans une chaîne de caractères trouvée dans son code source, le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung publie une partie de celui-ci dans cinq des pages du journal[23],[24],[25].

Selon le Chaos Computer Club, ce cheval de Troie, de par ces caractéristiques, enfreint les lois du pays. Si le recours à un logiciel espion par les autorités n'est pas prohibé en soi, son utilisation est strictement encadrée par le jugement de la cour constitutionnelle allemande du  : un tel dispositif ne devant être mis en place que dans le cas de circonstances exceptionnelles constatées par un juge et en aucun cas prendre le contrôle du système informatique visé, afin de ne pas porter atteinte à l'intégrité de la preuve. Le jugement de la cour oblige également que soit préservé le « noyau dur » de la vie privée (les sentiments ou les relations intimes)[24].

Alors que l'affaire provoque une vague d'indignation de tout le spectre politique et des médias, le ministre de l'Intérieur Hans-Peter Friedrich appelle les Länder à suspendre l'utilisation de logiciels espions, le temps de vérifier leur conformité à la constitution[25].

Élections[modifier | modifier le code]

En , le Chaos Computer Club affirme que les machines à voter devant être utilisées en Allemagne sont si faciles à manipuler qu'elles peuvent être reprogrammées pour jouer aux échecs. Le constructeur des ordinateurs de vote met alors le club au défi d'y parvenir. Un mois plus tard, les machines jouent aux échecs. Les membres du CCC admettent toutefois « qu'elles n'y jouent pas très bien ». En conséquence, le Tribunal constitutionnel fédéral interdit l'utilisation de machines à voter, citant dans sa décision la démonstration effectuée par le club[2].

En , le CCC dénonce l'existence de nombreuses failles de sécurité dans PC-Wahl, le logiciel de comptage des votes. Selon le club, les « principes élémentaires de sécurité informatique ne sont pas respectés » au point qu'il est possible de modifier le décompte des voix. Il estime que ces logiciels sont de nature à miner la confiance des électeurs car d'autres produits concurrents présentent eux aussi des vulnérabilités[26].

Biométrie[modifier | modifier le code]

À plusieurs reprises, le Chaos Computer Club démontre qu'il est possible de déjouer les systèmes de contrôle biométriques.

Empreintes digitales de Wolfgang Schäuble.
Copie de l'empreinte digitale du ministre fédéral de l'intérieur Wolfgang Schäuble.

En , alors que l'Allemagne met en place l’insertion des empreintes digitales dans les passeports, le CCC publie dans son magazine tiré à 4 000 exemplaires, les empreintes d'un doigt de Wolfgang Schäuble, ministre de l'Intérieur et promoteur de la mesure. Collectée sur un verre d'eau utilisé par le ministre durant une visite à l'université de Humboldt, les empreintes sont imprimées sur un film de caoutchouc souple, permettant ainsi aux lecteurs du magazine de les laisser où bon leur semble. Il n'a pas été possible de vérifier si l'empreinte de Wolfgang Schäuble pouvait tromper un ordinateur, mais deux douzaines de lecteurs ainsi que Jan Krissler (Starbug), le hackeur à l'origine de la démonstration, ont pu tester la méthode sur eux-mêmes avec succès[27],[28].

En , Jan Krissler annonce avoir réussi à contourner le Touch ID, le lecteur d'empreintes digitales du nouvel iPhone 5S. Le procédé est plutôt laborieux car il nécessite, entre-autres étapes complexes, de mouler une empreinte précise en latex à partir d'une numérisation en haute définition. Toutefois, la démonstration implique que la technologie du lecteur d'empreintes ne soit pas basée sur l'analyse en profondeur des vaisseaux sanguins comme le prétend Apple à l'époque[29].

L'année suivante, durant le 31e Chaos Communication Congress, Krissler réitère la démonstration. Plutôt que de collecter des empreintes laissées sur une surface, il utilise cette fois des images. À partir de photographies de presse disponibles publiquement, il parvient à fabriquer un clone des empreintes digitales d'un pouce de Ursula von der Leyen, alors ministre de la Défense du gouvernement allemand[30].

Durant le 35econgrès du CCC en , il présente, avec Julian Albrecht, une méthode pour tromper les systèmes de reconnaissance veineuse (présentés comme plus sûr que les systèmes basés sur les empreintes digitales). Le procédé consiste à photographier une main à l'aide d'un appareil dont le filtre à rayons infrarouges est enlevé, puis imprimer l'image et l'appliquer sur de la cire d'abeille afin de reproduire la texture de la peau humaine. Albrecht et Krissler ont testé cette méthode avec succès sur les systèmes Fujitsu PalmSecure et Hitachi VeinID, les plus vendus au monde[31].

Piratage du KGB[modifier | modifier le code]

Le piratage du KGB – comprendre « par » le KGB – (en anglais comme en allemand, KGB Hack (de)) est une affaire de cyberespionnage (en) qui implique involontairement et indirectement le Chaos Computer Club.

Contexte[modifier | modifier le code]

Ordinateurs DEC VAX au Computer History Museum
Ordinateurs VAX de Digital Equipment Corporation, ici de -.

Christian Stoessel, un officier de terrain du Service fédéral de renseignement (BND), observe le CCC dès l'année de sa création en , ainsi que deux groupes de pirates informatiques : les VAXBusters, spécialisés dans la pénétration des ordinateurs VAX de Digital Equipment Corporation (DEC), et un groupe situé à Hanovre[17].

En , le KGB commence à recruter des hackers pour son Opération EQUALIZER dont le but prioritaire est de pénétrer des systèmes informatiques occidentaux afin de copier le code source des DEC VAX et IBM 360 et 370. La même année, le réseau ouest-allemand Datex-P (de) est relié aux autres réseaux informatiques par la passerelle internationale Tymnet (en)[17].

Bach et Handel découvrent une porte dérobée d'administration dans les ordinateurs DEC VAX et Steffen Weirhruch développe un rootkit permettant de l'exploiter. Tous sont membres du groupe VAXBusters qui a aidé le CCC lors du célèbre piratage du Bildschirmtext (BTX) d'une banque en . Les VAXBusters participent au second Chaos Communication Congress en et l'année suivante, un des thèmes discutés au troisième congrès porte sur les virus pour ordinateurs VAX[17].

Événements et conséquences[modifier | modifier le code]

En , Karl Koch, un pirate informatique recruté par le KGB et futur membre du groupe de hackers de Hanovre, se rend au Chaos Communication Congress dans le but d'entrer en contact avec Hans Hübner (de) et le groupe VAXBusters[17].

Carte du réseau MILNET en 1986
Le réseau MILNET en .

Ainsi, les pirates informatiques de Hanovre, parrainés par le KGB, réunissent suffisamment de compétences pour s'introduire dans les systèmes américains à partir de la société Mitre Corporation, via la passerelle Tymnet, puis le Laboratoire national Lawrence-Berkeley (LBNL) et finalement atteindre avec succès et de manière répétée les réseaux MILNET (en) et ARPANET où 400 serveurs sont attaqués par le groupe. En , l'équipe de Koch commence à s'attaquer également aux entreprises françaises Philips France et SGS-Thomson[17].

Bien qu'aucun des pirates en question ne soit membre du Chaos Computer Club, les services de renseignements perçoivent les deux groupes comme étant une seule entité. C'est le cas notamment lorsqu'à l'automne , le service de renseignement allemand perquisitionne et arrête plusieurs membres du club à la demande des services français (DGSE) qui ne font pas la distinction entre les VAXBusters et le CCC. Ainsi, lorsque Bach et Handel du groupe VAXBusters se font arrêter et dévoilent la liste complète de toute leurs cibles qui est transmise à la CIA et la DGSE, cette dernière prend Bach et Handel pour des membres du CCC[17].

Parallèlement, le Chaos Computer Club déclare en avoir collecté des mots de passe du réseau de la NASA grâce à un cheval de Troie de leur fabrication. DEC et la NASA finissent par admettre le piratage lorsque les médias allemands annoncent la nouvelle[32]. Le , Steffen Wernery, cofondateur du CCC, se rend à Paris afin de participer à la conférence SECURICOM en tant qu'orateur sur le thème du piratage de la NASA. Une rencontre avec une équipe de Philips France est également prévue mais il est arrêté par la police française alors qu'il sort de l'avion et accusé d'avoir participé à l'intrusion d'un ordinateur VAX de l'entreprise[33],[34].

En , un pirate pénètre les ordinateurs du Jet Propulsion Laboratory (JPL) et par ricochet, d'autres systèmes dont celui de l'US Navy. Le JPL accuse dans un premier temps le Chaos Computer Club avant de préciser que si la méthode est similaire, elle est toutefois différente[35].

Avant la fin de la décennie, l'équipe formée par Hans Hübner (Pengo), Peter Kahl, Dirk Brescinsky, Markus Hess (de) et menée par Karl Koch, est arrêtée pour leurs intrusions dans des ordinateurs américains et européens au profit du KGB[17],[36].

Dans ce contexte et alors que les liens entre le CCC et le groupe indépendant de Karl Koch sont pourtant ténus au regard des évènements, l'affaire fait les titres des journaux au niveau international et affaiblissant grandement l'image du Chaos Computer Club dans l'opinion publique et provoque des dissensions internes, au point de menacer son existence même[4],[6],[37].

Personnalités notoires[modifier | modifier le code]

Wau Holland, cofondateur du Chaos Computer Club meurt en . À partir de la fin des années , son compère Steffen Wernéry s'éloigne du monde des ordinateurs, qu'il juge épuisant, pour s'adonner à sa passion du crochetage de serrure. Il cofonde Sportsfreunde der Sperrtechnik Deutschland e.V.(SSDeV), la première association sportive de crochetage de serrures au monde et donne des cours très prisés de cette activité durant les congrès du CCC[38],[39],[40].

Boris Floricic dit « Tron » est considéré par ses pairs comme un hacker très talentueux. Il clone les cartes téléphoniques allemandes et pirate les décodeurs numériques de télévisions payantes. Son mémoire de thèse porte sur son prototype (fonctionnel) de téléphone RNIS pouvant chiffrer de lui-même les communications. En , il est retrouvé pendu dans un parc de Berlin. L'enquête conclue à un suicide mais sa famille et plusieurs membres du Chaos Computer Club, dont le porte-parole du club Andy Mueller-Maguhn, ne croient pas à cette conclusion[41],[42].

Andy Müller-Maguhn est membre du Chaos Computer Club depuis et nommé porte-parole en . En , il est l'un des cinq membres élus au comité directeur de l'ICANN. Il est aussi cofondateur de l'ONG European Digital Rights (en) et dirigeant de Cryptophones, une entreprise qui développe des téléphones mobiles chiffrés. En tant que président de la Fondation Wau-Holland (en), Müller-Maguhn visite régulièrement Julian Assange alors réfugié à l'ambassade de l'Équateur à Londres. À ce titre, il est désigné comme étant une « cible prioritaire » par David Morales de UC Global qui, tout en offrant un service de sécurité à l'ambassade, espionne illégalement les visiteurs de Assange (pour ses faits, l'entreprise est traduite devant la justice espagnole en )[43],[44],[45],[46].

Tim Pritlove (de), de nationalité britannique, est né en Allemagne en . Entre et il est le principal organisateur des congrès du Chaos Computer Club. Podcasteur et artiste, il transforme la façade d'un immeuble abandonné du centre de Berlin en écran géant afin de souligner le 20e anniversaire du CCC en . Baptisée Blinkenlights, les passants peuvent y afficher des images à l'aide de leurs téléphones portables. L'opération est réitérée l'année suivante sous le nom de Arcade sur la tour 2 de la Bibliothèque nationale de France où, sur une surface de 3 370 m2, les passants peuvent jouer à des jeux comme Tetris ou Pacman[47],[48].

Daniel Domscheit-Berg est porte-parole de WikiLeaks jusqu'en , date à laquelle il quitte l'organisation avec fracas en emportant plusieurs milliers de documents et décide de monter son propre projet OpenLeaks. Durant le Chaos Computer Camp de l'été , il demande aux hackers de tester la fiabilité de sa plate-forme, provoquant la colère du conseil d'administration du CCC qui ne veut pas que le club soit perçu comme un organisme de certification. Par ailleurs, Andy Müller-Maguhn (porte-parole du club) tente durant onze mois de jouer le rôle d'intermédiaire entre Julian Assange et Domscheit-Berg afin que ce dernier rende les documents à WikiLeaks, sans succès. Dans ce contexte, le conseil d'administration du CCC décide d'exclure Domscheit-Berg du club, mais la mesure étant jugée exagérée par de nombreux membres, il est finalement réhabilité durant une session extraordinaire en , ce qui conduit à la démission de Andy Müller-Maguhn[49],[50],[51].

Linus Neumann (de) est un hacker porte parole du Chaos Computer Club mais aussi blogueur, cyberactiviste, psychologue et anarchiste. Ancien journaliste à netzpolitik.org (de), il milite pour la neutralité du Net et témoigne de nombreuses fois devant le parlement allemand sur les questions reliées à la démocratie et au numérique[52],[53],[2].

Constanze Kurz (de), porte-parole du Chaos Computer Club, est une informaticienne spécialisée dans les technologies de surveillance. Née à Berlin-Est en , elle est chef de projet à l'Université des sciences appliquées de Berlin jusqu'en . Elle est nommée experte auprès de la cour constitutionnelle fédérale, lors de la procédure de recours contre la rétention de données, et auprès de la commission parlementaire spéciale « internet et la société numérique »[54],[55],[56].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les quatre autres co-signataires sont : Klaus Schleisiek sous le pseudonyme Tom Twiddlebit, Wolf Gevert, et les deux non nommés sont Wulf Müller et Jochen Büttner.

Références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Andreas Hepp (dir.), Sebastian Kubitschko et al., Communicative Figurations : Transforming Communications in Times of Deep Mediatization, Palgrave Macmillan, Cham, , 444 p. (ISBN 978-3-319-65583-3, DOI 10.1007/978-3-319-65584-0, présentation en ligne, lire en ligne [PDF]), chap. 4 (« Chaos Computer Club: The Communicative Construction of Media Technologies and Infrastructures as a Political Category »). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (de) Daniel Kulla, Der Phrasenprüfer. Szenen aus dem Leben von Wau Holland, Mitbegründer des Chaos Computer Clubs [« Le vérificateur de phrases. Scènes de la vie de Wau Holland, co-fondateur du Chaos Computer Club. »], Grüne Kraft, , 144 p. (ISBN 978-3922708254).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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