Casque d'Agris

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le casque d'apparat d'Agris (Musée des beaux-arts, Angoulême)
Détail de la partie basse du casque montrant les feuilles d'or repoussées, rivetées par des rivets en argent à tête sertie de fleurons d'or, avec des restes d'éléments décoratifs de corail sertis dans les alvéoles de certains motifs

Le casque d'Agris est un casque gaulois en or, argent, bronze et corail, découvert au cours d'une fouille légale en mai 1981 dans la grotte des Perrats, à Agris, en Charente, près de La Rochefoucauld, sur le territoire d'un peuple celte dont le nom reste inconnu (désigné par commodité Écolismiens, d'après le nom de sa capitale Ecolisma sous le Bas-Empire romain[1],[N 1]). Sa fabrication est datée du second quart du IVe siècle av. J.-C.. Légèrement restauré, il est exposé au Musée des beaux-arts d'Angoulême. Le casque d'Agris est, du fait des techniques mises en oeuvre, des matériaux et procédés de décoration et de mise en forme de ceux-ci, l'illustration des solides relations à longue distance et des courants d'échanges efficaces traversant l'Europe, le monde balkanique, le monde étrusco-phénicien et grec, échanges qui constituèrent les moteurs de mutations affectant l'extrême occident de l'Europe pendant les premiers siècles de l'âge du fer.

La découverte[modifier | modifier le code]

Le casque est découvert dans la grotte des Perrats le 10 mai 1981 par José Gomez de Soto, directeur de recherche émérite du CNRS[2], faisant suite à l'appel d'un érudit local, M. Raynaud, président de l’Association de recherches spéléologique de La Rochefoucauld, qui découvre lors d'une exploration de la grotte, sur un cône de terre rejetée d’un terrier un fragment du casque couvert d'or. José Gomez de Soto, accompagné de Stéphane Verger, se rend sur les lieux de la découverte ; les deux archéologues mettent alors rapidement en place une fouille de sauvetage, tenue totalement secrète pour préserver les lieux de tout pillage du fait de la nature exceptionnelle de la découverte. La poursuite des fouilles permet de mettre au jour progressivement des fragments de l'objet, avec par exemple en 1983, la découverte d'une paragnathide et de trois fragments de pièces ornementales[3]. La base du cimier est découverte en 1986. L'exploration de la zone dura jusqu'en 1994[4].

Le casque reposait, apex vers le bas et ouverture vers le haut, dans le coude d’un terrier de blaireau. Quasiment intact, il fut restauré au Romische-Germanische Zentral Museum de Mayence, spécialisé dans l'armement antique. Propriété de l’État (qui a racheté les droits du propriétaire du terrain), le casque d’Agris est aujourd’hui exposé au musée d’Angoulême[4].

Description[modifier | modifier le code]

Matériaux employés[modifier | modifier le code]

Le casque d’Agris est constitué d’une coque en fer martelée à l’arrière de laquelle un couvre-nuque rapporté est fixé par rivetage. Toute la surface est recouverte de bandes ornementales de bronze dont le décor, en léger relief, a été entièrement revêtu de feuilles d’or pur à 99%, le pourtour et la calotte sont ornés de nombreux coraux à cabochon.

Description et comparaisons typologiques[modifier | modifier le code]

Le casque est proche d'un autre casque celtique célèbre, celui d'Amfreville-sous-les-Monts en Normandie ; il est cependant plus ancien que ce dernier. Sa proximité typologique se constate aussi dans la facture et le décor : il est formé d'une coque en fer (en bronze à Amfreville) martelée à l'arrière de laquelle un couvre-nuque a été fixé par rivetage. Il a conservé la base de son cimier et un des deux protège-joues mobiles (paragnathides) percé et décoré d'un serpent à tête de monstre - sans doute un carnassier - à cornes bélier. Vu la richesse des matériaux employés et le travail d'ornementation (décors végétaux avec palmettes, lotus et motifs géométriques indéfiniment répétés), il s'agit d'un casque d'apparat. Le casque constitue un des chefs d'oeuvres de l'art celtique, la pureté de l'or employé témoignant d'ailleurs d'un métal extrait dans le sud-ouest de la France, ce qui permettrait d'écarter l'hypothèse traditionnelle d'une fabrication étrusco-italique comme c'est souvent le cas pour une partie de la vaisselle métallique découverte dans les sépultures celtiques en France.

La forme générale du casque évoque les casques à bouton étrusco-italiques traditionnellement désignés comme casques de type Montefortino. Cependant, son décor appartient au Premier style occidental celtique. De même, sa calotte en fer est comparable à certains casques produits dans les Alpes centrales à la même époque.

Du point de vue de la technique de mise en forme de la décoration, les archéologues s'étant livré à l'observation optique et aux analyses physico-chimiques de l'objet ont formulé plusieurs conclusions : les quatre registres décorés de la calotte, la bordure inférieure et le couvre-nuque ont été chacun revêtus de feuilles d'or après l'application d'une feuille de bronze sur la coque en fer ; ces feuilles d'or ont été fixées par simple pression au brunissoir (en bois ou en os, par exemple). La feuille d'or fine a épousé étroitement chaque aspérité des décors en relief, ceux-ci facilitant sans doute cette bonne adhérence du placage.

Le contexte de dépôt cultuel[modifier | modifier le code]

La grotte des Perrats, site occupé au cours du Mésolithique, du Néolithique et de l'âge du bronze, fut pendant la période gauloise et au début de la période romaine un sanctuaire chthonien où ont été également trouvées des poteries du second âge du fer[5]. La fragmentation du casque est la conséquence de la fréquentation ultérieure de la grotte à l'époque médiévale et de l'activité des animaux fouisseurs ayant perturbé les sédiments dans lesquels le casque se trouvait.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Souvent assimilé aux Santons dont la civitas s'est séparée au Bas-Empire romain.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-François Buisson et Gomez de Soto, 2002
  2. « Musée d’Angoulême : quoi de neuf sur le casque d’Agris ? », SudOuest.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 12 octobre 2018)
  3. Christiane Eluère, José Gomez de Soto et Alain-René Duval, « Un chef-d'œuvre de l'orfèvrerie celtique : le casque d'Agris (Charente) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 84, no 1,‎ , p. 8–22 (ISSN 0249-7638, DOI 10.3406/bspf.1987.9805, lire en ligne, consulté le 12 octobre 2018)
  4. a et b « Charente : l’incroyable récit de la découverte du casque d’Agris », SudOuest.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 12 octobre 2018)
  5. Sébastien Ducongé, Les poteries du second âge du Fer de la grotte des Perrats à Agris (Charente). Apport à l'interprétation des occupations du site au cours de la Tène, dans « Aquitania», Tome 19, 2003.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Buisson et José Gomez de Soto, Les « Écolismiens », les Santons et les autres. De l’identité de l’Angoumois celtique et gallo-romain, ou de l’usage contemporain des traditions érudites erronées. In Garcia D. et Verdin F., dir., Territoires celtiques. Espaces ethniques et territoires des agglomérations protohistoriques d’Europe occidentale (actes du XXIVe colloque international de l’AFEAF, Martigues, 1-4 juin 2000), Paris, Errance, 2002, p. 256-260
  • José Gomez de Soto, Pierre-Yves Milcent et al., « La France du Centre aux Pyrénées (Aquitaine, Centre, Limousin, Midi-Pyrénées, Poitou-Charentes) : Cultes et sanctuaires en France à l'âge du Fer », Gallia, vol. 3, t. 60, no 1,‎ , p. 107-138 (DOI 10.3406/galia.2003.3145, lire en ligne, consulté le 14 décembre 2016)
  • José Gomez de Soto et Stéphane Verger, Le casque celtique de la grotte d’Agris. Angoulême, Germa, 1999.
  • José Gomez de Soto et Stéphane Verger, Le casque d’Agris, chef-d’œuvre de l’art celtique occidental, in « L'archéologue », 106 (2010), p. 56-59 ([PDF] voir en ligne).
  • Les Celtes. Histoire et dictionnaire, des origines à la romanisation et au christianisme, Robert Laffont, coll. Bouquins. 2000
  • Martin A. Guggisberg, « Le Casque d'Agris (France), vers -350 av. J.-C. », L'Archéologue/Archéologie Nouvelle, no 103,‎ , p. 51 (ISSN 1255-5932)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :