Casque à pointe

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Un casque à pointe de la police prussienne
Casque d'officier prussien du corps des dragons

Le casque à pointe (en allemand Pickelhaube) est un modèle de casque militaire utilisé par les armées prussiennes, puis allemandes au XIXe siècle et début du XXe siècle. Sa pointe devait protéger les fantassins des coups de sabre de la cavalerie[1]. On le trouvera ensuite plus ponctuellement dans d'autres armées à travers le monde. En France, puis au Royaume-Uni, il deviendra sous les traits des caricaturistes, le symbole du militarisme allemand.

Histoire[modifier | modifier le code]

Militaires de l'Empire allemand en 1914 avec un téléphone de campagne.

Le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse décide en 1842 d'équiper son armée d'un nouveau casque. Selon la légende, le roi aurait copié un modèle russe, aperçu sur la table du tsar Nicolas 1er[2]. Un casque similaire existait effectivement dans l'armée impériale russe, Bismarck l'avait remarqué dans son voyage en Russie en 1835[2]. Wilhem Jaeger, un métallurgiste d'Elberfeld, ville de la province prussienne de Westphalie, propose en 1841 au ministère prussien de la Guerre un prototype tout en métal[2]. La pointe est censée dévier sur les côtés les coups de sabre et autres armes. Christian Harkort, un tanneur de Haspe, près Hagen, dans cette même province, propose de l'alléger en remplaçant le fer par du cuir[2]. Son projet est retenu, et les première commandes sont passées aux deux[2].

Au moment de son apparition, le casque à pointe est innovant[2]. Il remplace le traditionnel shako[2], un casque venu de Hongrie qui protégeait mal des coups portés, tombait fréquemment sur les yeux et dont le feutre sous la pluie se gorgeait d'eau[2].

Le casque à pointe est fait de cuir bouilli avec des renforts et une pointe en métal. Doté d'une visière et d'un couvre nuque, il protége bien de la pluie et du soleil[2] et est résistant. Des aérations sur son dessus évitent la sudation et un tapissage interne en cuir lui procure une bonne stabilité [2]

Recouvert d'un vernis noir, il a des garnitures en métal blanc ou jaune selon les régiments[3]. Le modèle intégralement métallique est destiné aux cuirassiers, et apparaît souvent sur les portraits de personnalités de haut-rang.

Après avoir adopté par la Prusse, ce modèle se répand lentement dans les autres principautés allemandes[2]. La Bavière est le dernier royaume allemand à l'adopter en 1886[2] mais avec un peu de réticence. Lors des cérémonies officielles en présence du prince-régent Luitpold, les officiers portent leur ancien couvre-chef[2].

A la toute fin du XIXe, ces garnitures brillant au soleil et rendant le camouflage impossible, le casque est progressivement équipé d'une bombe en liège recouvert de toile coton beige feldgrau qui devient obligatoire dans le règlement des troupes en campagne en 1910[2], avec le numéro du régiment imprimé en rouge sur le côté[2].

Au début de la Première Guerre mondiale, le casque va montrer ses limites face au développement de l'armement. Il protège mal des éclats d'obus qui sont alors responsables de 80% des blessures à la tête des soldats[2]. Dès 1915, la pointe, trop voyante, est supprimée[2], une cervelière est alors rajoutée sous le casque. La qualité de celui-ci baisse, car pour cause de pénurie, au cuir est souvent substitué du carton compressé et de la feutrine. En 1916, il est remplacé par le Stahlhelm[2] (littéralement « casque d'acier »), porté par les troupes allemandes jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Ce casque, du même genre que le Pickelhaube allemand, a été utilisé par le Corps des Marines des États-Unis (1892-1904).

Le casque à pointe continua d'être utilisé pour les cérémonies, avant d'être complètement abandonné à la fin de la Première Guerre mondiale, avec la chute de l'Empire allemand.

D'autres pays l'ont utilisé, ou avaient un modèle similaire. Aux États-Unis, le corps des Marines l'a adopté entre 1892 et 1904, avant de l'abandonner. La Grande-Bretagne[2], la Suède[2] et plusieurs états d'Amérique du Sud l'adopteront[2], porté par la réputation de qualité de l'armement allemand qui se répand alors à la fin du XIXe[2]. Au Chili et en Colombie, il reste en usage pour la tenue d'apparat de différentes unités[2].

En France, après la défaite de 1871[2] dans la guerre franco-prussienne, puis en Grande-Bretagne jusqu'à la Première Guerre mondiale, il figurera dans les dessins de presse pour caricaturer le militarisme allemand[2].

Éléments constitutifs[modifier | modifier le code]

Ses éléments constitutifs pour les casques de l'armée impériale allemande renseignent sur l'arme, le grade, la région d'origine du porteur. Ce sont :

  • la pointe : démontable[2], elle peut être cannelée ou non. c'est une boule pour l'artillerie (jugée plus sure[2]). Pour la garde royale de Prusse, qui deviendra ensuite la garde impériale, et dans certaines unités de gendarmerie, la pointe est remplacée par un aigle moulé[2] ;
  • la plaque frontale est différente pour chaque état de l'Allemagne (les Lands), par exemple des lions pour la Bavière, l'aigle pour la Prusse…) ;
  • les cocardes, une de chaque côté au niveau de la fixation de la jugulaire, la droite étant peinte aux couleurs du Reich, la gauche aux couleurs de l'État (Land), sont de formes diverses ;
    • les cocardes indiquent également le grade. Par exemple, pour un sous-officier, par un petit cercle métallique additionnel masquant la couleur blanche de la cocarde du Reich ;
  • la jugulaire est en cuir ou en écailles de métal.

Chez les cuirassiers, le casque est entièrement en métal et le couvre-nuque descend plus bas[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Crochet et Gérard Piouffre, La Première Guerre mondiale : Verdun : L'essentiel de la première guerre mondiale, Novedit, , 379 p. (ISBN 978-2-35033-823-1), p. 84
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab et ac "Le Pickelhaube, fleuron d'une technologie de pointe", Un objet, une histoire, par Jean Lopez, Guerres & Histoire n°37, juin 2017.
  3. Jean-Claude Laparra, Jacques Didier, La machine à vaincre : de l'espoir à la désillusion. Histoire de l'armée allemande 1914-1918, 14-18 éditions, , p. 87

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]