Bloc (escalade)

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Bloc
Autres appellations Escalade de bloc
Fédération internationale IFSC
Image illustrative de l'article Bloc (escalade)
Jeune grimpeur sur un bloc avec un crash pad, site de Saint-Just (France).
Pratique de bloc. Himachal Pradesh (Inde), 2014.

Le bloc est un sport et un type d'escalade, consistant à grimper des blocs de faible hauteur. Le bloc se pratique aussi bien en extérieur sur des sites rocheux, qu'en intérieur sur des structures artificielles. Les pratiquants sont appelés « grimpeurs » ou plus précisément « bloqueurs ».

De manière générale, la surface à grimper - simplement appelée « bloc » - ne dépasse pas 5 mètres de hauteur et permet de retomber au sol avec un risque réduit de blessures. Le bloc se pratique donc sans l'équipement classique d'assurage en escalade, tels la corde, les mousquetons, le baudrier.

Ce sport est apparu comme une méthode d'entrainement pour l'escalade encordée et l'alpinisme ; pour tester des mouvements difficiles, développer l'endurance et augmenter la force des doigts. Au cours des années 1900, il devint une discipline sportive autonome. Sa pratique ne cesse d'augmenter à partir des années 2000 et un championnat du monde est organisé depuis 2001.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Histoire de l'escalade.

Jeu de montagnard[modifier | modifier le code]

L'escalade rocheuse apparait comme une discipline sportive à la fin du XIXe siècle, avec l'émergence de l'alpinisme et la conquête des sommets. Dès cette époque, les alpinistes pratiquent l'escalade sur de petits rochers, comme une forme d'entrainement pour les courses d'alpinisme ou comme une distraction pour les jours pluvieux rendant impraticables les falaises[1]. Progressivement apparait une pratique sportive autonome, l'escalade de blocs, par l'émulation et les défis pour l'ascension de blocs de faible hauteur, probablement dès les années 1880 en Angleterre et Écosse[1].

L'alpiniste anglais Oscar Eckenstein (1858-1921) est parfois considéré comme l'un des précurseurs, sur les blocs de Lake District et du Pays de Galle[2]. En 1898 est rédigé un topo du bloc « Y-shaped » de Wasdale Head : un plan annoté avec la description des vingt-deux passages possibles, avec certaines prises éliminantes[3]. On suppose que les grimpeurs britanniques atteignent le niveau 5 en bloc (V0/V1) vers 1900[1]. En 1916 est publié Boulder Valley, un véritable topo-guide décrivant des blocs et « problèmes » des alentours de Coniston[3].

Au début du XXe siècle, les rochers de la forêt de Fontainebleau en France deviennent aussi un lieu important d'escalade de bloc. Cette pratique est popularisée dans les années 1930, par le Groupe de Bleau et par Pierre Allain (1904-2000), créateur du premier chausson d'escalade. En 1946, René Ferlet réalise La Marie Rose, premier 6A de Fontainebleau, en 1950 Robert Paragot réalise Joker (7A)[4]. Mais les bleausards restent peu nombreux, ils considèrent leur activité plutôt comme une sorte de jeu.

John Gill en bloc, dans un mouvement dynamique, vers 1965

Pratique moderne[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, l'Américain John Gill, ancien gymnaste, intègre de nouveaux principes à cette pratique de bloc, inspirés par la gymnastique artistique : l'enchainement de mouvements déterminés (plutôt que la simple ascension du rocher), un système de cotation des difficultés d'enchainement, l'importance de l'entrainement à la force (plutôt que seulement technique), la valorisation des mouvements « contrôlés dynamiques » (les jetés). Gill introduit aussi l'usage de la magnésie pour maintenir les mains des grimpeurs sèches. Tous ces principes, étrangers à la pratique classique de l'alpinisme et de l'escalade, devinrent peu à peu la norme pour la pratique moderne du bloc[5]. Fin des années 1960, John Gill réalise des blocs jusqu'à 7A+, exceptionnellement autour 7C/+[1].

Dans les années 1970, l'Américain Jim Holloway se consacre comme quelques autres exclusivement au bloc, comme style de vie. Il est surtout l'un des premiers à tenter (« travailler ») un bloc particulier pendant plusieurs jours ou semaines, et même à s'entrainer pour un bloc sur un simulateur bricolé à domicile (pan). Holloway réalise ainsi dans les années 1970 de nombreux blocs autour de 8A/8A+, une difficulté exceptionnelle pour l'époque, à l'exemple de Trice (1975, 8A+/V12)[1].

Cette pratique moderne et athlétique, focalisée sur la difficulté maximale des blocs et l'entrainement physique spécifique (force), prend son essor plus tardivement en Europe. À partir des années 1980 émerge ainsi une nouvelle génération de grimpeurs à Fontainebleau, réalisant des blocs très difficiles après travail[1]. En 1977, Jérôme Jean-Charles réalise Carnage premier 7b ; en 1983 Pierre Richard réalise L'Abbé Résina (7C) ; en 1984 Jacky Godoffe C’était demain (8A) puis en 1989 Mouvement perpétuel (8B)[4].

Engouement pour le bloc[modifier | modifier le code]

Fred Nicole, grimpeur de premier plan des années 1990 et 2000, sur un essai de Le Boa (8C).
Adam Ondra, Coupe du monde 2015

Jusqu'aux années 1990, la discipline est encore relativement confidentielle (pratiquants peu nombreux), restreinte à quelques lieux historiques d'escalade : Fontainebleau, Yosemite, Peak District, Frankenjura). Le bloc ne suscite encore ni l'enthousiasme ni l'intérêt des autres grimpeurs. Mais elle commence à se diffuser plus amplement à travers le monde et devient progressivement plus populaire parmi les grimpeurs. De nouveaux sites de blocs sont explorés dans différentes parties du monde[4]. Quelques compétitions de bloc commencent aussi à être organisées fin des années 1990.

Les premiers crash pads apparaissent vers 1990 à Hueco Tanks[4]. Ces tapis de réception limitent les risques de blessures et permettent d'escalader des blocs qui seraient trop dangereux sans cet équipement de protection. Par la suite, l'usage occasionnel de cordes (travail en moulinette) disparait de la pratique de bloc.

Les structures artificielles de bloc se multiplient également durant les années 1990 : elles permettent aux grimpeurs de poursuivre leur entrainement toute l'année, à l'intérieur, quelles que soient les conditions climatiques.

En 1990, le Suisse Fred Nicole réalise Radja, premier 8B+. En 1998, la Française Catherine Miquel réalise le premier 8A bloc féminin[4], en 2002 le premier bloc féminin 8B[6]. En 2000, Fred Nicole réalise Dreamtime premier 8C bloc. En 2003, Josune Bereziartu réalise le premier 8C féminin.

Au début des années 2000, le bloc devint beaucoup plus populaire avec le partage de de vidéos sur Internet (Youtube, Facebook), facilitant l'apprentissage de techniques et la promotion des réalisations les plus difficiles. De même, des réseaux sociaux dédiés à l'escalade favorisent la médiatisation des réalisations, à l'exemple de 8a.nu ou de bleau.info, qui confortent l'image d'une pratique mondiale, jeune, communautaire et très ouverte aux femmes. À la même époque le circuit mondial des compétitions s'organise. Par la médiatisation de l'activité et le sponsoring, certains compétiteurs et grimpeurs de haut-niveau deviennent professionnels.

Dans les années 2010 se distinguent de nombreux grimpeurs professionnels, « chasseurs de croix » ou compétiteurs, venus d'Europe comme Adam Ondra, Nalle Hukkataival, Alexander Megos, Jan Hojer et de nombreux Américains comme Daniel Woods, Paul Robinson, Dave Graham, Alex Puccio et la jeune Ashima Shiraishi. Des grimpeurs issus du bloc se distinguent à haut-niveau dans d'autres styles d'escalade (falaise, difficulté). De même, la pratique du bloc est devenue une méthode incontournable d'entrainement pour les grimpeurs d'autres disciplines.

Les blocs les plus difficiles au monde, confirmés à 8C+, ont été ouverts dans la dernière décennie : à l'exemple de l'emblématique Gioia (Italie) ouvert par Christian Core en 2008 ou The Game (Boulder) ouvert en 2010 par Daniel Woods. Parmi les nouvelles tendances dans la difficulté extrême émergent des blocs aux nombreux mouvements (traversée, highball), réclamant de l'endurance et brouillant la frontière entre le bloc, la falaise et le solo.

Principes[modifier | modifier le code]

Le bloc est un style d'escalade qui se concentre sur la puissance, la force pure et la dynamique (les grimpeurs parlent « d'explosivité ») : le grimpeur recherche la difficulté d'un mouvement ou d'une séquence courte de mouvements, contrairement à l'escalade en falaise, qui demande généralement plus d'endurance et se pratique sur de grandes longueurs de rocher où la difficulté des mouvements est moindre. Les voies de bloc sont communément appelées « pas » ou « passage » en référence aux passages des circuits de bloc originellement conçus à Fontainebleau pour l'entraînement des grimpeurs durant l'hiver. Les Britanniques utilisent plus volontiers le mot problem parce que la nature de l'escalade est souvent courte, bizarre et souvent comparable à un casse-tête. Parfois ces passages sont « éliminants », c'est-à-dire que certaines restrictions sont imposées (prises interdites, départ assis, etc).

Afin de réduire le risque de blessures dues à une chute, les grimpeurs dépassent rarement une hauteur de 3 à 5 mètres au-dessus du sol. Les passages dépassant 7 mètres de hauteur sont généralement considérés comme des « solos ». Le mot anglais highball[7] désigne généralement ces voies trop hautes pour constituer des pas de bloc et trop courtes pour être des voies d'escalade à part entière. En plus de la hauteur, le nombre de mouvements à effectuer est une manière de différencier un bloc d'une voie.

Pour plus de sécurité, les grimpeurs utilisent généralement un crash pad qu'ils placent au sol pour amortir la chute. En plus de cette sécurité passive, le grimpeur nécessite le plus souvent le complément d'une sécurité active : la parade. Cette technique effectuée par les partenaires consiste en cas de chute du grimpeur à s'assurer que les parties sensibles de son corps (tête, dos…) ne vont pas cogner le sol ou les objets environnants (rocher proéminent, arbre…). Les partenaires devront ainsi diriger le corps du grimpeur vers le crash pad, lors de la chute.

Salles de bloc[modifier | modifier le code]

Une salle d'escalade sur pan
Un pan d'escalade

L'escalade de bloc est devenue très populaire ; les salles de bloc, appelées « salles de pan », ou plus simplement « pan », sont souvent présentes dans les salles d'escalade et certaines salles proposent uniquement du pan. Ce sport devient de plus en plus populaire chez les enfants, autant que chez les adultes.

Cotations[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cotation (escalade).

Comme tous les autres types d'escalade, le bloc a développé ses propres systèmes de cotations afin de comparer la difficulté des passages. Les systèmes les plus communément utilisés sont :

  • Le système de cotations dit de « Fontainebleau », dont l'échelle est comprise entre 1 et 8C+.
  • Le système Vermin du surnom de son inventeur John Sherman (en), dont l'échelle est comprise entre V0- et V16 (The Wheel of Life, V16, première ascension par Dai Koyamada le 12 janvier 2004, dans les Grampians en Australie).

Ces deux échelles sont ouvertes vers le haut et la cotation maximum de chaque échelle est repoussée chaque fois que des grimpeurs parviennent à escalader des passages plus difficiles.

Compétitions[modifier | modifier le code]

Dorothea Karalus lors de la Coupe du monde 2012.

En compétition, les grimpeurs tentent une succession de passage court d'escalade, à vue, sans corde. À titre d'exemple, dans les compétitions françaises, il y a entre 4 et 6 blocs à réaliser, avec en moyenne entre 4 et 8 prises de main par bloc et une hauteur maximale de chute ne dépassant pas 3 mètres. Selon les compétitions, un grimpeur dispose de 4 à 6 minutes pour faire ses essais d'un bloc (s'il chute, il recommence depuis la position de départ) ; à la fin du temps imparti ou après avoir « réalisé » le bloc, il retourne en salle d'isolement pour récupérer quelques minutes avant d'être appelés pour tenter un nouveau bloc. La position de départ d'un bloc est signalée par un marquage (scotch coloré) des prises de main et de pied. La réalisation du bloc est validée par le « contrôle » de la prise de sortie (marquée) ; par exemple avec une saisie à deux mains durant quelques secondes[8].

Une compétition de bloc peut se dérouler en plusieurs tours : les qualifications, la demi-finale et la finale, voire une super-finale. Dans une compétition de type circuit, les blocs sont réalisés à vue (avec parfois une période d'observation collective), dans un ordre déterminé. Dans une compétition de type contest, les blocs sont tentés librement (dans le temps imparti) avec la possibilité d'observer les tentatives d'autres compétiteurs. Le classement est déterminé par un score calculé d'après les blocs réussis, les temps de réalisation, le nombre d'essais, les prises bonus contrôlés, les pénalités, etc[8].

À la fin des années 1990 apparaissent les premières compétitions internationales de bloc. En 2001, l'épreuve de bloc est intégrée aux Championnats du monde d'escalade organisés tous les deux ans par la Fédération internationale d'escalade (IFSC).

Matériel[modifier | modifier le code]

La pratique du bloc peut s'effectuer sans aucun matériel. En général sont utilisés :

  • une paire de chaussons ;
  • de la magnésie ou du pof (colophane dans une poupée de tissu) ;
  • un tapis, moquette ou paillasson pour poser les pieds propres afin de préserver l’adhérence ;
  • un crash pad, c’est-à-dire un tapis qui amortit les chutes ;
  • une brosse pour nettoyer les prises sales.

Impact environnemental[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) John Gill, « Bouldering History ». en ligne
  2. David Chambre, Le 9ème degré, 2015, p. 17
  3. a et b http://www128.pair.com/r3d4k7/Bouldering_History1.1a.html
  4. a, b, c, d et e Chambre 2015, p.262-271
  5. Chambre 2015, p.64
  6. http://climbingaway.fr/fr/grimpeurs/catherine-miquel
  7. highball, littéralement « haute boule »
  8. a et b FFME, « Escalade : Les règles du jeu », version 01/04/2016 lire en ligne

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • David Chambre, Le 9e degré : 150 ans d'escalade libre, Mont-Blanc, 2015. (ISBN 9782365450201)
  • (en) Access Fund, « Bouldering: Understanding and Managing Climbing on Small Rock Formations » en ligne

Annexes[modifier | modifier le code]

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