Oxycodone

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Oxycodone
Image illustrative de l’article Oxycodone
Structure de l'oxycodone
Identification
Nom UICPA (5R,9R,13S,14S)-4,5-α-époxy-14-hydroxy-3-méthoxy-17-méthyl-morphinan-6-one
No CAS 76-42-6
No ECHA 100.000.874
Code ATC N02AA05
Propriétés chimiques
Formule brute C18H21NO4  [Isomères]
Masse molaire[1] 315,3636 ± 0,0173 g/mol
C 68,55 %, H 6,71 %, N 4,44 %, O 20,29 %,
Données pharmacocinétiques
Métabolisme hépatique
Demi-vie d’élim. 2-3 heures
Excrétion

urine

Considérations thérapeutiques
Classe thérapeutique Analgésique
Voie d’administration oral, IM, sous-cutanée, rectale
Grossesse Déconseillée
Conduite automobile Déconseillée (niveau 2)
Antidote Naloxone
Caractère psychotrope
Catégorie Stupéfiant
Risque de dépendance Très élevé

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

L’oxycodone, dihydrohydroxycodéinone, ou dihydro-oxycodéinone, est un analgésique stupéfiant très puissant dérivé de la thébaïne. Il appartient à la famille des opioïdes. Développé en 1916 en Allemagne, il est prescrit pour soulager les douleurs modérées et sévères sous la dénomination commerciale, entre autres, d'OxyContin.

Chimie[modifier | modifier le code]

L’oxycodone se présente sous la forme d’une poudre blanche cristalline, inodore, dérivée d’un alcaloïde polysynthétique de l’opium : la thébaïne. La structure chimique de l'oxycodone est le méthyléther de l'oxymorphone : 3-méthyl-oxymorphone. On pourrait le décrire comme 14-hydroxy-codéinone. Sa biodisponibilité va jusqu'à 87 % (per os).

On le rencontre en général sous forme de chlorhydrate d’oxycodone.

Synthèse[modifier | modifier le code]

Cette molécule est synthétisée à partir de la thébaïne. Elle est semblable à la codéïne, mais plus puissante et avec un potentiel de dépendance plus élevé.

Structure chimique de la codéine

Législation[modifier | modifier le code]

Il est répertorié comme stupéfiant.

En France, la prescription de l'OxyContin et de l'Oxynorm est limitée à 28 jours, en toutes lettres sur ordonnance sécurisée.

Aux États-Unis, l'explosion d'addictions et de morts par overdose est due à la prescription massive de cette molécule ou de voisines. Ces prescriptions font suite aux recommandations de plus de 700 "visiteurs médicaux" envoyés par Purdue Pharma depuis 1996 pour diffuser l'OxyContin hors de son domaine initial d’application (malades du cancer en phase terminale et chirurgie lourde). Aucun des procès menés par des États contre Purdue Pharma principal diffuseur avec Mundipharma de l'OxyContin n'ont abouti à une condamnation, des arrangements financiers à l'amiable ayant systématiquement été trouvés en dehors des procès[2], à l'exception d'un procès intenté par le gouvernement fédéral des États-Unis en 2007, à l'issue duquel ils sont condamnés à une amende de 635 millions de dollars pour publicité mensongère[3].

Pharmacologie[modifier | modifier le code]

L’oxycodone est un agoniste opioïde pur dont l'action thérapeutique principale est l’analgésie. Les autres membres les plus connus de la classe des agonistes des opioïdes sont la morphine, l’hydromorphone, le fentanyl, la codéine, et l’hydrocodone. Leurs effets pharmacologiques sont l'euphorie, le sentiment de relaxation, la dépression respiratoire, la constipation, le myosis, l’anxiolyse et la suppression de la toux, aussi bien que l'analgésie. Comme tous les analgésiques agonistes des opioïdes, l'augmentation des doses augmente l'analgésie, à la différence des analgésiques mélangés agonistes/antagonistes ou non-opioïdes, où il y a une limite à l'effet analgésique avec l'augmentation des doses. L’oxycodone n'a aucune dose maximum définie. Le plafond de l'efficacité analgésique est imposé seulement par les effets secondaires, les plus sérieux pouvant inclure la somnolence et la dépression respiratoire.

L'oxycodone, comme les autres morphiniques, doit être maniée avec précaution lorsqu'elle est utilisée avec d'autres dépresseurs du système nerveux central (SNC), notamment avec les benzodiazépines ou l'alcool, car ceux-ci peuvent augmenter la somnolence ou la dépression respiratoire (pouvant être fatale en cas de surdosage) liées à l'utilisation de l'oxycodone.

Surdosage[modifier | modifier le code]

Le surdosage d'oxycodone provoque une dépression du système nerveux central, de la somnolence jusqu'au coma, et une dépression respiratoire, pouvant être fatale. En cas d'association avec de l'alcool ou d'autres dépresseurs respiratoires ou du SNC (benzodiazépines, barbituriques, alcool), le risque de surdosage mortel est particulièrement important.

Utilisation médicale[modifier | modifier le code]

En France, l'utilisation d'oxycodone est indiquée pour les douleurs intenses ou rebelles aux antalgiques de niveau inférieur et surtout réservée au traitement des douleurs cancéreuses. Depuis septembre 2012, l'oxycodone est autorisée pour certaines douleurs sévères non cancéreuses[4]. On estime que l'oxycodone est deux fois plus puissante que la morphine dont le facteur de conversion (en dose per os, c'est-à-dire par voie orale) est de 1,5 à 2 soit 10 mg de morphine = 5 mg d'oxycodone. La morphine reste l'antalgique de première intention en cas de douleur intense, cependant, en cas d'échec ou d'intolérance à la morphine, l'oxycodone est une alternative dans le processus de rotation des opioïdes, rotation nécessaire pour éviter la tolérance à la plupart des opioïdes et l'augmentation des doses qui en découle.

Cependant, si en France elle est rarement utilisée en dehors du cadre du traitement de la douleur cancéreuse, en Amérique du Nord, il n'en est pas de même. En effet, le cadre de prescription des analgésiques de niveau III (OMS) est beaucoup plus large au Canada et aux États-Unis. Ainsi, on l'utilise pour traiter des douleurs postopératoires modérées, par exemple, ou des douleurs lombaires ou dorsales, etc.

Formes commerciales[modifier | modifier le code]

  • Belgique : OxyContin, OxyNorm (Mundipharma) ; générique : Oxycodon (Sandoz)
  • France : OxyContin, OxyNorm, OxyNormoro (Mundipharma)
    • OxyContin LP : 5 mg, 10 mg, 20 mg, 30 mg, 40 mg, 60 mg, 80 mg, 120 mg
    • OxyNorm :
      • Voie orale, gélule : 5 mg, 10 mg, 20 mg
      • Solution injectable : 10 mg/ml, 50 mg/ml
    • OxyNormoro : 5 mg, 10 mg
  • Canada : Supeudol, Percocet, Percodan, OxyNEO, oxycodone
  • Suisse : OxyContin, Oxynorm (Mundipharma)
  • On la rencontre également dans certains pays, comme les États-Unis, en association avec l'aspirine ou avec le paracétamol.

Usage détourné[modifier | modifier le code]

L'oxycodone peut provoquer une très forte dépendance[5].

Depuis quelques années, un autre comprimé d'oxycodone à action rapide est disponible sous l'appellation commerciale Supeudol et Oxy IR ; chaque comprimé contient 5, 10 ou 20 mg d'oxycodone. Une forme posologique d'oxycodone à action prolongée est aussi disponible ; chaque comprimé contient de 10 à 80 mg d'oxycodone. Ce produit à action prolongée se vend sous l'appellation commerciale OxyContin et est formulé pour libérer de l'oxycodone sur une longue période. Or, s'il est écrasé, croqué, prisé ou injecté, l'oxycodone sera libérée et absorbée rapidement, produisant un effet d'euphorie semblable à celui de l'héroïne[5]. À l'instar d'autres opioïdes, cependant, le mésusage et l'abus peuvent facilement entraîner la dépendance et la tolérance à l'oxycodone, d'où le besoin de consommer plus souvent et à plus fortes doses. La dépendance qu'entraîne l'oxycodone est semblable à celle de l'héroïne, extrêmement forte. Elle peut conduire à une marginalisation sociale.

Depuis la fin des années 1990 et dans les années 2000, les cas d'abus d'oxycodone ont été en constante augmentation en Amérique du Nord, ainsi que le nombre d'hospitalisations pour surconsommation d'oxycodone. L'abus d'OxyContin est devenu un problème de santé publique majeur aux États-Unis et au Canada[6]. En 2012, au Canada, Purdue Pharma, la firme pharmaceutique distribuant l'OxyContin a décidé de créer l'OxyNEO, un médicament contenant les mêmes dosages d'oxycodone, mais étant impossible à s'injecter, tentant ainsi d'endiguer le phénomène alarmant de dépendance au Canada[7].

Alertes spéciales[modifier | modifier le code]

En 2016, la FDA (US Food and drug administration) a émis une alerte spéciale concernant les médicaments antidouleurs de la classe des opiacés (dont fait partie l'oxycodone), afin d'informer le public sur certaines interactions médicamenteuses nouvelles pouvant provoquer de graves problèmes de santé. Parmi celles-ci se trouvent le syndrome sérotoninergique ; la diminution de production du cortisol par les glandes surrénales ; et la diminution des niveaux d'hormones sexuelles, pouvant conduire à une baisse importante de la libido, à l'impuissance et même à l'infertilité.

La FDA exigera maintenant[Quand ?] un nouvel étiquetage pour tous les médicaments opioïdes, afin d'informer les usagers des risques encourus. De plus, l'ajout d'informations sur l'emballage devra être fait sur les médicaments opioïdes à action rapide (Canada : OxyIR, supeudol, endocet, percocet, percodan; États-Unis : vicodin, etc.) à propos des risques de forte dépendance physique et psychologique, risques de décès et de surdosage entraînant la mort. Ces indications devront être suivies de la mention suivante : à cause de ces forts risques, tous les médicaments opioïdes à libération rapide doivent être réservés aux douleurs sévères exigeant la prescription desdits médicaments ou dans l'optique où les options thérapeutiques alternatives sont non tolérées ou inadéquates[8].

Dépendance et effets de sevrage[modifier | modifier le code]

Article connexe : opioïde.

L'oxycodone est un des médicaments opioïdes les plus puissants en termes de dépendance physique et psychologique avec l'hydromorphone et nouvellement, de par sa disponibilité en comprimés de fabrication "drogue de rue", le fentanyl. Chaque année, elle est responsable de nombreux décès par surdosage ou par dépendance (200 000 morts aux États-Unis entre 2000 et 2016 pour l'ensemble des opioïdes[9], dont une part majoritaire pour l'Oxy-Contin et le Fentanyl[10]. Cette « épidémie » a été favorisée par des indications doublement erronées : des effets de dépendance moindres que ceux des produits de type morphine ou opiacées et une durée d'action inférieure à la durée annoncée de 24 h. Les patients souffrant de douleur intenses étaient donc amenés à reprendre des comprimés d'Oxy-Contin au bout de quelques heures pour soulager leur souffrance réapparue, autrement dit à dépasser les doses prescrites, entraînant l'effet de dépendance.

Le risque d'éprouver des symptômes de sevrage sévères est élevé, particulièrement si une personne en fait usage quotidiennement et en fait l'arrêt de manière abrupte. Médicalement, en France plus particulièrement, une des raisons de limiter son usage à 28 jours est d'en limiter la dépendance et l'accoutumance physique[11]. Lorsque l'arrêt est envisagé, une réduction graduelle doit être faite sur une période relativement prolongée, tout dépendant du dosage et du temps de prise du patient ou du consommateur. Lorsque l'usage est fait de manière récréative, il n'est pas rare de voir des rechutes, et l'abstinence à long terme est l'exception.

Les symptômes de sevrage sont, entre autres : l'anxiété (fréquent), sudations (fréquent), douleurs sévères – particulièrement aux membres inférieurs/tibias – (fréquent), anorexie — perte d'appétit et de poids — (fréquent), diarrhées profuses (fréquent), insomnie (fréquent), faiblesse musculaire (fréquent), cauchemars, importante perte d'énergie pouvant perdurer sur plusieurs mois, nausées, vomissements, etc.

Il est à noter que l'oxycodone se transmet au fœtus d'une femme enceinte et que des syndromes de sevrage ont été observés chez des nouveau-nés portés par des mères consommatrices en fin de grossesse.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. Maxime Robin, « Overdoses sur ordonnance - Déjà 200 000 morts aux États-Unis », Le monde diplomatique,‎ , p. 1,16,17
  3. « OxyContin, un antidouleur addictif à la conquête du monde », sur courrierinternational.com,
  4. Document de la Haute Autorité e Santé
  5. a et b Mellar P. Davis, James Varga, Duke Dickerson et Declan Walsh, « Normal-release and controlled-release oxycodone: pharmacokinetics, pharmacodynamics, and controversy », Supportive Care in Cancer: Official Journal of the Multinational Association of Supportive Care in Cancer, vol. 11, no 2,‎ , p. 84–92 (ISSN 0941-4355, PMID 12560936, DOI 10.1007/s00520-002-0385-9, lire en ligne, consulté le 16 février 2018)
  6. Zone Santé - ICI.Radio-Canada.ca, « La vente d'Oxycodone inquiète les Premières Nations », sur Radio-Canada.ca (consulté le 3 septembre 2016)
  7. « Fin de l'anti-douleur OxyContin: sevrage de masse à venir chez des milliers d'autochtones dépendants », sur Psychomédia, (consulté le 3 septembre 2016)
  8. « UpToDate/recherche sur "oxycodone" », sur UpToDate (consulté le 9 mai 2016)
  9. « Épidémie d’opioïdes aux États-Unis : l’industrie pharmaceutique au banc des accusés », Courrier international,‎ (lire en ligne, consulté le 16 mars 2018)
  10. Maxime Robin, « Overdoses sur ordonnance », Le Monde diplomatique, .
  11. « Risques liés à l’utilisation de l’oxycodone, antalgique opioïde de palier III - Point d'information - ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé », sur ansm.sante.fr (consulté le 16 février 2018)