Yoland Bresson

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Yoland Bresson

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Yoland Bresson lors d'une conférence à Montreuil (2012)

Biographie
Naissance 7 mars 1942
Décès 22 août 2014 (à 72 ans)
Nationalité Drapeau de la France Française
Thématique
Intérêts revenu de base, monnaie
Idées remarquables revenu d'existence
Œuvres principales L'Après Salariat, Pour une Clémente Économie,
Auteurs associés
Influencé par Philippe Van Parijs, Jacques Duboin, Henri Guitton

Yoland Bresson est un économiste français, né le 7 mars 1942 et mort le 22 août 2014[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Diplômé de l'École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE) en 1964, Yoland Bresson est la même année diplômé de troisième cycle de l'Institut d'étude du développement économique et social (IEDES) de l'université Paris I. En 1965, il est docteur ès sciences économiques, sa thèse s'intitule Critères d’Investissement et Développement-Essai d’analyse Théorique. En 1966, il est agrégé de droit et des sciences économiques (avec dispense d'âge).

Yoland Bresson est professeur de sciences économiques et de gestion à Paris XII de 1970 à 1976, puis à Abidjan (Côte d'Ivoire) de 1976 à 1978. Il reprend son poste à Paris XII de 1990 à 1995.

En 1985, il fonde l'Association pour l'Instauration du Revenu d'Existence (A.I.R.E.) avec Henri Guitton et en 1986, il fonde le B.I.E.N. (Basic Income Earth Network) à Louvain en Belgique, avec notamment Philippe Van Parijs.

Découverte du Revenu d'Existence[modifier | modifier le code]

En 1971 commencent les études commerciales sur l'avion supersonique « Concorde » techniquement prêt a relier Paris à New-York en gagnant trois heures de trajet. Il s’agit de déterminer le prix du transport permettant de garantir la rentabilité de l’avion. Un groupe de recherche franco-américain (Mathématica-Snecma) est constitué à cette fin. Il réunit des professeurs d’économie de l’Université de Princeton, notamment ceux ayant fondé la société de recherche Mathématica dirigée par Oskar Morgenstern (spécialiste de la théorie des jeux), et quelques enseignants et chercheurs français. Yoland Bresson fait partie de cette équipe en qualité de professeur d’économie, alors essentiellement économètre.

Pendant près de deux ans d’intenses recherches, le groupe se heurte à l’impuissance des outils traditionnels de la micro-économie à appréhender efficacement le temps comme un bien économique, et donc la mesure du prix que les demandeurs potentiels étaient prêts à payer pour ce gain de trois heures sur un voyage Paris-New-York. Des enquêtes qualitatives révèlent un fait paradoxal : les revenus, et particulièrement ceux des personnes susceptibles de devenir des clients du Concorde, dépendent fort peu de leur contribution à la production de richesse et de leur quantité de travail. Au contraire, la corrélation est manifeste, entre leur temps disponible et leur niveau de revenu. Les personnes ayant la maîtrise de leur temps et de son emploi, disposent donc aussi des ressources monétaires les plus élevées. Aucune théorie économique n’avait jusqu’alors, non seulement retenu ce qui apparaissait comme un paradoxe, et en outre ne permettait de l’expliquer.

C’est à cette tâche que Yoland Bresson s'est attelé. Finalement, le modèle élaboré n’a que peu emprunté aux concepts micro-économiques habituels. Le « Capital Temps » publié en 1977 donne une grille de lecture de la mobilité sociale et de l’évolution des revenus individuels permettant de lier ces catégories au temps disponible. Elle établit une sorte de carte d’« iso-revenus » conforme à la hiérarchie des fonctions, ordonnée selon le temps disponible, qui dessine l'évolution des revenus auxquels pourrait prétendre un individu, tout au long de sa vie, s’il reste dans la même catégorie. Les revenus de départ, à l’entrée dans la vie active, sont ordonnés dans le même sens que le temps disponible laissé par les fonctions dans lesquelles les individus sont engagés. Les revenus s’élèvent d’autant plus et d’autant plus longtemps que ce temps libre permet d’obtenir des promotions, d’accéder à des fonctions qui libèrent du temps socialement contraint, à la condition évidemment de l’exploiter à cette fin.

La « valeur temps »[modifier | modifier le code]

Le « Capital-Temps » n’était à ce stade qu'une observation, non pas une théorie rigoureuse, mathématiquement vérifiable. Il fallait trouver la loi théorique reliant revenu et temps disponible personnel. Cette loi fondée sur la « valeur-temps » a été enfin découverte et publiée par Yoland Bresson dans la revue d’« Économie Appliquée » (no 2, 3) en 1981. « L’après-salariat », reprenant plus complètement cette thèse, parut seulement en 1984.

L'équation fondamentale qui résume l'impact de la notion de « valeur temps », consiste à représenter le champ économique \mathcal{J} comme :

\mathcal{J}=\frac{{\mathrm d} k}{k} + \frac{{\mathrm d} m}{m} - \frac{{\mathrm d} p}{p} - \frac{{\mathrm c} p}{c}

Où :{k} représente l'étalon temps, {m} la masse monétaire, {p} les prix et {c} la production.

Le champ économique est ainsi représenté comme la différence entre les impacts différentiels relatifs de production monétaire, et les impacts différentiels relatifs de production et d'échange économique.

En conséquence de la loi de répartition des revenus, établie, démontrée et vérifiée, fondée sur la valeur-temps, Yoland Bresson propose un changement de paradigme économique, social et culturel : la « valeur temps » pourrait donner, selon Yoland Bresson, une valeur au temps individuel du citoyen, quelle que soit son activité, via un revenu minimum inconditionnel.

« Il faut que la collectivité, par le biais de l’État, alloue périodiquement à tout citoyen économique, sans autres considérations que celle de son existence, l’équivalent monétaire de la valeur de l’unité de temps. »

— Yoland Bresson, « L’après-salariat », 1re édition 1984, p.150.

Liens avec d'autres chercheurs[modifier | modifier le code]

Synchronicité étonnante : la même année que la publication de « L’après-salariat » (1984), sans aucun lien et par des voies d’analyse différentes, plusieurs chercheurs européens annoncent qu'ils sont sur des voies similaires :

Philippe Van Parijs de l’Université de Louvain (Belgique), spécialiste de philosophie politique conduisant avec son équipe une réflexion sur la théorie de la Justice, propose le principe de « l’Allocation Universelle »[2]. L’allocation universelle est tout à fait identique dans son principe avec la conclusion de « L’Après-salariat ». Elle est conçue égale pour tous, inconditionnelle, et cumulable avec les revenus d’activité.

En Allemagne, le sociologue Claus Offee (de) aboutit au même résultat et propose un « Grundeinkommen » [3] (de)(revenu de base).

L'économiste anglais spécialiste de la sécurité sociale, Keith Roberts, à partir d’une analyse des pratiques administratives, conclut à l’introduction d’un Citizen Income[4] (en) (revenu de citoyenneté) parfaitement semblable, qu’il juge plus simple et plus efficace que la multiplicité des allocations conditionnelles.

En Irlande, l'économiste Hermione Parker[5] rejoint ces mêmes conclusions.

En France, l'ingénieur Stéphane Laborde retrouve des résultats proches de la valeur temps avec une approche théorique d'une économie homogène et isotrope dans l'espace et le temps (avec 4 libertés économiques), qui prend en compte le renouvellement des générations humaines dans le temps d'une espérance de vie. Il aboutit à la démonstration de la forme d'une monnaie libre dans la Théorie Relative de la Monnaie que Yoland Bresson préface dès sa première version en 2010.

Ce rapprochement fortuit entre des chercheurs ayant abouti aux mêmes conclusions par des voies différentes, n'était que le début d'une longue série qui se poursuit encore actuellement[6].

Fondation du B.I.E.N et de l'A.I.R.E[modifier | modifier le code]

Alors que Philippe Van Parijs reçoit en 1984 le prix du Roi Baudouin[7] pour ses travaux sur l'allocation universelle, il découvre cette convergence et rassemble les codécouvreurs pour en débattre à Louvain en 1986. À l’issue de ce séminaire ils fondent le B.I.E.N. (Basic Income European Network, rebaptisé en 2004 Basic Income Earth Network), et décident de se retrouver tous les deux ans en congrès pour discuter de l’avancement de l’idée.

À Paris, le professeur Henri Guitton, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, contacte Yoland Bresson après avoir lu « l’Après-Salariat ». Henri Guitton, qui bute depuis des années sur les liens entre le temps et l’économie assure à Yoland Bresson qu'il vient d’ouvrir la voie à la solution. L’allocation inconditionnelle est pour lui la réponse à l’évidente dégradation de notre modèle social, impuissant devant la montée du chômage, et de plus en plus impuissant pour éradiquer la pauvreté et pour lutter contre la précarité.

Henri Guitton et Yoland Bresson fondent un groupe de réflexion pour approfondir le sujet, qui se réunit d’abord à l’Université catholique de Paris, puis à l’ancienne École polytechnique. C'est dans ce contexte que naît l’AIRE (Association pour l'Instauration du Revenu d'Existence).

Le terme « Revenu » est choisi à dessein, et non « allocation », car pour les fondateurs de l'A.I.R.E, un revenu est une dotation reçue en contrepartie d’une participation à la création de richesses, tandis qu'une allocation est attribuée à titre d’assistance. Le terme « Existence » est choisi pour stipuler qu’il s’agit d’attribuer ce revenu, « parce qu’on existe et non pour exister ».

Le premier Président de l'A.I.R.E est Henri Guitton, jusqu'à sa mort en 1992. Yoland Bresson lui succédera ensuite.

Clivage et controverses[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1990, l'idée de verser de manière inconditionnelle un revenu de base à chaque être humain, s'est très largement répandue sous différentes appellations en se teintant d'infinies nuances. Nombre d'économistes, intellectuels, activistes ou militants, et quelques personnalités politiques de sensibilités variées, ont pris fait et cause pour cette idée. Pour ne citer que quelques personnages français des deux premières catégories et de la dernière : Yann Moulier-Boutang, Jean-Marc Ferry, Jacques Marseille, Yves Cochet, Christine Boutin, dernièrement Dominique de Villepin[8] et Arnaud Montebourg[9], etc. Dans ce paysage auquel les clivages politiques et sociaux traditionnels ne manquent pas de s'appliquer, Yoland Bresson est à tort ou à raison classé « à droite » par la frange de « gauche »[10], à cause notamment du montant assez faible du revenu qu'il estime d'après ses calculs (entre 300 et 500 euros par mois et par personne).

Constatant ce clivage et ses controverses, et redoutant la confusion qu'elle pourrait entraîner, un groupe d'activistes de militants anonymes tente depuis 2009 de rassembler les différentes tendances dans le monde francophone à travers plusieurs initiatives citoyennes[11].Yoland Bresson, comme la plupart des personnes citées plus haut ont apporté leur soutien à cette démarche[12]. En 2012, l'association AIRE finança à hauteur de 1 500 euros le développement d'un nouveau site internet afin de soutenir une démarche transpartisane pour promouvoir le revenu de base en France[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Abhervé, « Décès de Yoland Bresson, le père du Revenu Minimum d’Existence », sur alternatives-economiques.fr,‎ 23 août 2014
  2. Collectif Charles Fourier. 1984a. L'allocation universelle. Le Travail dans l'Avenir. Bruxelles: Fondation Roi Baudouin, 9-16 (reproduit dans Réseaux 37, mars 1985, 1-3; dans Alternatives 23, mars-avril 1985, 4-11; dans La Revue Nouvelle 81, avril 1985, 345-351; Réelles (Genève) 13, nov.1985, 19-21; Bulletin du MAUSS, Trimestriel 23, Sept. 87, 11-17; La Grande Relève 852, 9-10; 853, février 1987, 11-12; Imagine 20, Printemps 87, 4-8.
  3. Claus Offee : Arbeitsgesellschaft. Strukturprobleme und Zukunftsperspektiven. Frankfurt/M.: Campus, 1984
  4. The Basic Income Research Group (BIRG) Bulletin No 3 : http://www.citizensincome.org/resources/Resources%20BIRG%20bulletins%201984-1992.shtml
  5. The Basic Income Research Group (BIRG) Bulletin No 4 : http://www.citizensincome.org/resources/Resources%20BIRG%20bulletins%201984-1992.shtml
  6. Yoland Bresson : préface de la Théorie Relative de la Monnaie (Stéphane Laborde), V2.0, 2011 : http://www.creationmonetaire.info/2012/11/theorie-relative-de-la-monnaie-2-718.html
  7. Philippe Van Parijs : Pris Agora Travail de la Fondation Roi Baudouin (1984): http://www.uclouvain.be/8729.html
  8. Définition du Revenu Citoyen selon Dominique de Villepin : Site de campagne
  9. Arnaud Montebourg : Antimanuel de Politique, Éditions Bréal 2012
  10. Séminaire Multitudes sur le Revenu garanti, 3 juin 2006 (compte-rendu) : http://p2pfoundation.net/Discussion_sur_le_Revenu_Garanti
  11. Appel pour le revenu de vie (2009) : http://appelpourlerevenudevie.org
  12. Liste des signataires de l'appel pour le revenu de vie : http://appelpourlerevenudevie.org/les-signataires/
  13. http://revenudebase.info/a-propos/mentions-legales/

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yoland Bresson, Le capital-temps : pouvoir, repartition et inegalites, Paris, Calmann-Levy,‎ 1977 (ISBN 978-2-702-10194-0)
  • Yoland Bresson, L'Après salariat : une nouvelle approche de l'économie, Paris, Economica,‎ 1993 (ISBN 2-717-82523-1)
  • Yoland Bresson, Le revenu d'existence, ou, la métamorphose de l'être social : es fondements philosophiques du revenu d'existence, Paris, L'Esprit frappeur,‎ 2000 (ISBN 2-844-05117-0)
  • Yoland Bresson, Une clémente économie : au-delà du revenu d'existence : perspective philosophique et économique sous-jacente au revenu d'existence, Paris, l'Esprit frappeur,‎ 2008 (ISBN 2-844-05233-9)

Liens externes[modifier | modifier le code]