Vespro della Beata Vergine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Vespro della Beata Vergine (SV 206 et 206 bis), Vêpres de la Vierge (1610), ou plus simplement les Vêpres de 1610 en français, sont une composition musicale de Claudio Monteverdi. C'est une des œuvres majeures de la littérature musicale.

Histoire et contexte[modifier | modifier le code]

Les Vêpres sont l'une des Heures de l'Office divin et la structure en est restée inchangée au cours des quinze derniers siècles. Les Vêpres sont construites autour de plusieurs textes bibliques dont l'Église catholique se sert traditionnellement pour la liturgie à l'occasion de certaines fêtes mariales ; l'introduction (Deus in adjutorium, tiré du Psaume 69), cinq psaumes (les Psaumes 109, 112, 121, 126, 147), des concerti sacrés entre les psaumes, une hymne, le texte du Magnificat, et en conclusion Benedicamus Domino.

Les Vêpres mariales de 1610 sont la première œuvre de musique sacrée de Monteverdi depuis sa toute première œuvre publiée vingt-huit ans plus tôt ; elles se distinguent par leur assimilation des deux styles, l'ancien et le nouveau, même si ces styles qui font contraste ne peuvent pas être qualifiés exactement en eux-mêmes de prima prattica et de seconda prattica. Les Vêpres ont été publiées en juillet 1610, en combinaison avec une messe à six voix bâtie sur un motet de Nicolas Gombert, In illo tempore loquante Jesu. Près de quatre cents ans après son achèvement, les intentions exactes de ce travail ne sont toujours pas clairement connues ou comprises. Cela reste un sujet de débat entre musicologues depuis des décennies, et Graham Dixon a même suggéré que la structure donnée aux Vêpres par Monteverdi serait mieux adaptée pour une utilisation à l'occasion de la fête de sainte Barbara ; il souligne, par exemple, que les textes empruntés au Cantique des Cantiques du roi Salomon pourraient s'appliquer à n'importe quelle sainte. Il ajoute que la mise en forme des Vêpres pour les appliquer à une fête mariale en fait quelque chose de plus « vendable ». Plusieurs faits appuient un tel point de vue ; on ne trouve que deux chants mariaux dans toutes les Vêpres : Audi Coelum et Ave Maris Stella ; la sonate pourrait très facilement être remaniée pour s'adapter au nom de n'importe quelle sainte et le texte du Duo Seraphim est lié à sainte Barbara (parce qu'elle est généralement en rapport avec la Trinité).

Les Vêpres furent imprimées pour la première fois à Venise en 1610, alors que le compositeur travaillait à la cour ducale de Mantoue. Rien ne nous indique si Monteverdi les a effectivement fait jouer à Mantoue ou à Venise ; il se peut que le travail ait été composé comme une pièce d'audition afin d'obtenir des postes à Venise (Monteverdi devint maître de chapelle à la basilique Saint-Marc en 1613) et à Rome (où aucun poste ne lui fut offert).

Les conditions de la première exécution publique des Vêpres ne semblent pas établies avec certitude. Selon certaines sources[1], la première création daterait de 1607. Jordi Savall, dans la présentation de son enregistrement de 1988, situe précisément la première exécution dans la Basilique Santa Barbara de Mantoue le 25 mars 1610.

Une conception musicale entre Renaissance et baroque[modifier | modifier le code]

Dans l'histoire de la musique, les Vêpres, très imaginatives, ouvrent une voie nouvelle et originale. C'est une œuvre foisonnante, parfois monumentale. Elles nécessitent un chœur assez nombreux (20-25 choristes par ex.) et à coup sûr expérimenté, capable d'assurer jusqu'à dix parties vocales au cours de certaines pièces et de se diviser en chœurs séparés dans d'autres (mais elle peut aussi bien se chanter à dix). L'auteur fait alterner les interventions très diverses du chœur, avec des épisodes pour sept solistes en tout, qu'il répartit tout au long de la partition de manière également très nouvelle et variée. Les solos instrumentaux sont expressément prévus pour un violon et un cornet à bouquin, tandis que Monteverdi n'a pas précisé l'instrumentation du ripieno (ce qu'on pourrait appeler le chœur instrumental, ou pour employer une expression plus moderne, l'ensemble orchestral, bien qu'il ne s'agisse pas réellement d'un orchestre). De même, le compositeur n'annonce aucun ensemble spécifique d'antiennes en plain-chant à insérer avant chaque psaume et avant le Magnificat qui vient en conclusion. Cela permet de faire entendre une musique « sur mesure », en fonction du nombre d'interprètes disponibles et des circonstances d'exécution de l'œuvre (la liturgie de jours de fête particuliers comprend des antiennes qu'il est parfaitement possible de chanter avant les psaumes de Monteverdi).

La façon très inventive et très nouvelle avec laquelle Monteverdi aborde chaque partie des Vêpres a valu à cette œuvre une place unique dans l'histoire. Elle présente des moments d'intense recueillement à l'intérieur d'une partition qui peut aussi devenir exubérante ou encore, monumentale. Dès l'invitatoire (Deus in adjutorium), elle intègre des éléments d'origine profane sans renoncer à son objectif religieux. Cet équilibre entre des composantes a priori antagonistes représente évidemment une difficulté pour l'interprétation.

Autre aspect, l'utilisation de l'écho, en usage à l'époque baroque pour son aspect de jeu avec les mots et d'illusion. Par exemple dans l’Audi Cælum, les derniers vers de chaque strophe sont prolongés par un écho qui constitue en fait une réponse du ciel à ce qu'on vient d'entendre. C'est ainsi que la première strophe (« Écoute, ô Ciel, mes paroles... ») qui se termine par les mots « Et perfusa gaudio » (« Et remplies de joie ») se voit répondre : « Audio » (« J'écoute »). Etc.

Les différents épisodes présentent tout un éventail de formes, liturgiques (hymnes et psaumes, écrits ici en style de motet souvent concertant) ou qui peuvent devenir presque purement musicales (comme la Sonata sopra Sancta Maria), sans jamais perdre le but auquel tend l'office, c'est-à-dire de rendre grâce et d'inciter à la prière. Les Vêpres conservent cependant leur unité tout en établissant un lien entre tradition et modernité : chaque partie est élaborée sur le plain-chant (le chant grégorien) utilisé comme cantus firmus (principe constitutif autour duquel tout se construit, dans cette partition comme dans la polyphonie pratiquée depuis plusieurs siècles, pour les grandes pièces musicales d'église). Ici, Monteverdi ne renie rien, mais crée une perspective entièrement nouvelle.

Structure[modifier | modifier le code]

  1. Invitatorium (Invitatoire) : Versiculum (Verset) "Deus, in adjutorium meum intende" et Responsorium (Répons) : "Domine ad adjuvandum"
  2. Psalmus (Psaume) I : "Dixit Dominus" (Psaume CX)
  3. Concerto (en réalité, pièce concertante) : "Nigra sum"
  4. Psalmus II : "Laudate pueri" (Psaume CXIII)
  5. Concerto : "Pulchra es"
  6. Psalmus III : "Laetatus sum" (Psaume CXXII)
  7. Concerto (en réalité, pièce concertante) : "Duo seraphim"
  8. Psalmus IV : "Nisi Dominus" (Psaume CXXVI)
  9. Concerto (en réalité, pièce concertante) : "Audi coelum"
  10. Psalmus V : "Lauda Jerusalem" (Psaume CXLVII)
  11. Sonata sopra Santa Maria (« Sonate[2] sur » l'invocation « Sancta Maria ora pro nobis » (« Sainte Marie, prie pour nous »)
  12. Hymnus (Hymne) : "Ave Maris Stella"
  13. Magnificat

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Esprit et Vie n°116 - novembre 2004. Vespro della Beata Vergine
  2. Ce n'est pas une sonate au sens moderne du mot, mais une pièce sonnée (jouée) sur les instruments, qui prennent largement le pas sur le cantus firmus, fil conducteur présent lui aussi, mais chanté

Discographie[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive, les Vêpres de la Vierge étant l'une des œuvres les plus enregistrées de tout l'œuvre de Monteverdi et de la musique en général.

  • Capella Reial de Catalunya, Coro del Centro Musica Antiqua di Padova, dir. Jordi Savall - Alia Vox, 1989 ; rééd. 2007 Alia Vox AVSA9855
  • Choralschola der niederalteicher Scholaren, Kammerchor Stuttgart, Musica Fiata Köln, dir. Frieder Bernius - Deutsche Harmonia Mundi, 1989.
  • Monteverdi Choir, English Baroque Soloists, dir. John Eliot Gardiner - Decca Universal, 1990 ; rééd. 1998, 2003
  • Les Petits Chanteurs de Tölz (Der Tölzer Knabenchor), École chorale de la Chapelle de la Hofburg de Vienne, Chœur Arnold Schoenberg, Concentus Musicus de Vienne, dir. Nikolaus Harnoncourt - Teldec. Das alte Werk, 1993 ; rééd. 2009
  • Cantus Cölln, dir. Konrad Junghänel - BMG, 1995
  • Scholars Baroque Ensemble, dir. David van Asch - Naxos, 1995
  • Ensemble Vocal et Instrumental de Lausanne, dir. Michel Corboz - Erato, 1996
  • Vokalensemble Frankfurt, Instrumentalensemble Il Basso, dir. Ralf Otto - Capriccio, 1995
  • Nederlands Kammerkoor, dir. René Jacobs - Harmonia Mundi, 1996
  • The Sixteen, dir. Harry Christophers - Hyperion, 1997
  • Ensemble Alte Musik Dresden, dir. Hans-Christoph Rademann - Raumklang, 1998
  • Les Sacqueboutiers de Toulouse, Les Arts Florissants, dir. William Christie - Erato, 1998
  • Bach Collegium Japan, dir. Masaaki Suzuki - Bis, 1999, 2001.
  • Ensemble More Antiquo, Concerto Palatino, dir. Diego Fasolis - Arts Music, 2000
  • The Choir of Clare College, dir. Timothy Brown - Regis, 2001
  • Concerto Palatino, Tragicomedia, dir. Stephen Stubbs - Atma, 2003
  • Concerto Italiano, dir. Rinaldo Alessandrini - Opus 111, 2004
  • Pro Cantione Antiqua, Collegium Aureum, Escolania y Capella de Musica Montserrat, dir. Franz Josef Maier - Deutsche Harmonia Mundi, 2005
  • La Chapelle Royale, Collegium Vocale de Gand, Les Sacqueboutiers de Toulouse, dir. Philippe Herreweghe - Harmonia Mundi, 2006
  • The King's Consort, dir. Robert King - Hyperion, 2006
  • Gabrieli Consort and Players, dir. Paul McCreesh - DG Archiv Produktion, 2006
  • The Rodofus Choir, Southern Sinfonia, dir. Ralph Allwood - Signum Cassics, 2008
  • La Petite Bande, dir. Sigiswald Kuijken - Challenge records, 2008
  • Taverner Consort, Choir and Players, dir. Andrew Parrott - EMI, rééd. 2009
  • Chœur de la Cathédrale de Ratisbonne, dir. Hanns Martin Schneidt - Universal, rééd. 2010
  • Chœur Antonio Il Verso, Chœur Madrigalia, dir. Gabriel Garrido - K 617, 2010
  • Apollo's Fire Baroque Orchestra, dir. Jeannette Sorrell - Avie, 2010
  • Ensemble Concerto, Ensemble la Pifarescha, dir. Roberto Gini - Dynamic, 2010
  • Chœur du New College d'Oxford, Charivari agréable, dir. Edward Higginbottom - Novum, 2010

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • [file:///C:/Users/François/Downloads/LivretinternetK617220.pdf Texte de présentation de Giuseppe Collisani, avec livret, sur CD, dir. Gabriel Garrido : Vespro...]

Articles connexes[modifier | modifier le code]