Tarasques

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne un peuple amérindien. Pour la bête imaginaire, voir Tarasque.
Des hommes tarasques en train de tisser des nasses.
Pécheur p'urhépecha au bord du lac Pátzcuaro (2005).

Les Tarasques (également appelés Purépechas) sont un peuple amérindien habitant le Michoacán et les États limitrophes du centre-ouest du Mexique.

Géographie physique du pays tarasque[modifier | modifier le code]

Le pays tarasque s'étend sur les 2/3 nord de l'actuel Michoacan. Il peut être divisé en trois sous-régions que sont les bassins des rios Lerma et Tepalcatepec et la cordillère néovolcanique.

Le bassin du rio Lerma[modifier | modifier le code]

La limite septentrionale du royaume tarasque se caractérise par une succession de vallées que séparent des chaînes montagneuses. L'altitude générale tourne autour de 1500 - 2000 m. L'ensemble est irrigué par le bassin du rio Lerma, fleuve qui prend sa source dans l'État de Mexico et se déverse dans le lac de Chapala (1524 m) après un parcours de 515 km.

La cordillère néovolcanique[modifier | modifier le code]

Immédiatement au sud, on trouve la cordillère néovolcanique qui traverse le centre du Michoacan d'est en ouest. Le volcan Paricutin (2800 m) est un des phénomènes naturels les plus connus de cette entité géographique de 880 km de long. Le relief se présente sous la forme d'une suite interminable de montagnes entre lesquelles s'insèrent de petites vallées et des lacs entre 1500 et 2600 m d'altitude. De par sa superficie, 111 km², le lac de Patzcuaro (2035 m) est le plus vaste. Il se rattache au système hydrographique du rio Lerma.

La dépression du rio Tepalcatepec[modifier | modifier le code]

Une dépression inférieure à 1000 m borde la façade méridionale de l'Axe Néo-Volcanique. Cette limite méridionale du pays tarasque est constituée de petite collines qui délimitent en partie une plaine où coule le rio Tepalcatepec, principal affluent du rio Balsas.

Le climat[modifier | modifier le code]

Un climat tempéré caractérise les hautes terres du pays tarasque: les hivers sont froids et secs, les étés chauds et humides. Les variations thermiques annuelles se situent entre 0° et 22°. La végétation est dominée par les pins, les chênes et les agaves. Une atmosphère tropicale règne sur le bassin du rio Tepalcatepec: Les températures annuelles qui ne descendent pas en dessous de 20° permettent la culture du coton, du cacao, du melon, de la mangue, de la vanille, de l'ananas, de la papaye, de l'ananas... La région est sujette à la déforestation[1].

Toponymes et ethnonymes[modifier | modifier le code]

Purepecha[modifier | modifier le code]

Les Tarasques actuels se désignent eux-mêmes sous le nom de « P'urhépecha »). Ce nom, qui apparaît dans la seconde moitié du XVIe siècle et se traduit par « les Hommes », est la conséquence d'une incompréhension culturelle entre les Espagnols et les Tarasques. Les premiers cherchèrent à savoir sous quel ethnonyme s'identifiaient les seconds. Or, toutes les civilisations de l'Amérique pré-hispanique ignoraient ce qu'était un ethnonyme. Les Amérindiens se désignaient en tant que membre d'une cité et non d'une nation (Ch Duverger, 2003). L'une des raisons évoquées vient de ce que chaque culture préhispanique se caractérisait par une grande diversité linguistique : les Tarasques parlaient non seulement le tarasque, mais aussi le nahuatl (parlé dans toute la Méso-Amérique), l'otomi, le mazahua et le matlatzinca[réf. nécessaire]. Plusieurs de ces groupes pouvaient vivre dans une même cité mais dans des quartiers séparés. Pour compliquer le tout, les traits culturels de la civilisation tarasque étaient nahuas[réf. nécessaire] mais la langue du pouvoir était le tarasque (la structure étatique était d'esprit nahua).

Tarasque[modifier | modifier le code]

L'ethnonyme «Tarasque» apparait à la fin de la première moitié du XVIe siècle. Ce sont les Espagnols qui donnèrent ce nom aux Indiens du Michoacan. Les sources ethno-historiques de l'époque coloniales divergent quant à son étymologie :

  1. Selon Bernardino de Sahagún, le terme dériverait du nom du dieu Tares Upeme ou Taresupeme (il s'agit de Mixcóatl : divinité aztèque du Nord, de la chasse et de la voie lactée).
  2. Pour la Relation de Michoacán, le dictionnaire Espagnol / Tarasque de F. Maturino Gilberti ou la Relation de la Cité de Pátzcuaro (1581) de B. J. Martínez... l'ethnonyme désignerait soit le gendre, soit la belle-fille, soit les beaux-enfants des deux sexes, soit le beau-père, soit les beaux-parents.

Michoacan[modifier | modifier le code]

Les Aztèques appelaient le pays tarasque Michoacán que l'on peut traduire par : « le pays des pêcheurs ». Ce nom nahua est composé d'un radical - Mich - (de Michin : "le poisson") + un suffixe possessif -oa- : « qui à, qui possède...» + un suffixe locatif -can-. Les habitants du Michoacán étaient les Michoaques[2].

Langue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Langue purépecha.

La langue tarasque n'appartient à aucun des phyla américains connus. Deux chercheurs ont tenté de mettre fin à cette situation d'isolat en faisant appel à la lexico-statistique: Il s'agit de comparer le vocabulaire de plusieurs langues puis d'en comptabiliser le pourcentage de racines communes. M. Swadesh découvrit ainsi des affinités entre le tarasque et l'aymara (parlé sur les rives du lac Titicaca), le quechua (parlé dans toutes les Andes centrales) ou encore le Zuñi (parlé dans le sud-ouest des États-Unis). J. H. Greenberg présente des conclusions radicalement différentes: la langue tarasque appartiendrait à un phylum nommé Chibcha-Paeza. Cette famille linguistique se divise en deux branches : le sous-groupe Chibcha, auquel appartient le groupe linguistique tarasque, et le sous-groupe Paeza. Les divergences de point de vue entre les études de M. Swadesh et de J. H. Greenberg incitent à utiliser les résultats obtenus à partir de la lexico-statistique avec la plus grande prudence.

Histoire[modifier | modifier le code]

Histoire préhispanique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume tarasque.

La préhistoire du Michoacan est relativement mal connue. Des indices laissent à penser que des populations ethniquement tarasques et parlant tarasque auraient occupé la région dès -1500[3].

Nous arrivons sur un terrain plus ferme à l'Époque postclassique. Nous disposons d'une source ethnohistorique, la Relacion de Michoacan, écrite peu après la conquête espagnole, qui nous renseigne sur la formation du royaume tarasque: un groupe de Chichimèques venant du nord, s'appelant les Uacúsecha, se serait installé dans la région du lac de Patzcuaro vers 1200, dominant les populations locales et constituant progressivement un État centralisé, en compétition avec les Aztèques. Impressionnés par la conquête de l'Empire aztèque par les conquistadores espagnols, les Tarasques n'opposèrent quasiment aucune résistance à ces derniers[4].

De la conquête à l'époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Après la mort du dernier Cazonci, le territoire tarasque fut intégré à la Nouvelle-Espagne. En 1536 fut créé le diocèse de Michoacan. L'économie de la région fut réorganisée en fonction des nouveaux besoins des Espagnols. De nombreux Tarasques furent envoyés vers le nord pour y travailler dans les mines d'argent du Querétaro, du Guanajuato et du Zacatecas. L'élite tarasque parvint d'abord à conserver quelque pouvoir en collaborant avec les Espagnols. La capitale fut déplacée de Tzintzuntzan vers Patzcuaro en 1540 et ensuite vers l'actuelle Morelia en 1580. Au XVIIe siècle il ne restait plus de la population tarasque que des communautés rurales dans le centre et le nord du Michoacan.

Au XIXe siècle, les communautés de langue et de culture tarasque ne constituaient plus que 20 % de la population. Les meilleures terres étaient occupées par de grandes haciendas. Sous le gouvernement de Porfirio Diaz, le développement de l'exploitation forestière ouvrit la région au monde extérieur[5], entraînant la création de voies de chemin de fer et l'établissement de mestizos et diminuant encore la proportion de Tarasques dans la population du Michoacan.

Au XXe siècle, la révolution mexicaine toucha durement la région, entraînant une émigration tarasque vers les États-Unis. Au cours de la Guerre des Cristeros (1927), de nombreux paysans tarasques soutinrent la rébellion et le mouvement d'émigration s'accéléra.

En 2000, l'Institut National Indigéniste recensait 121 409 locuteurs de langue tarasque (dont 103 168 bilingues tarasque / espagnol). Ces chiffres sont faussés car un certain nombre d'Indiens tentent de se faire passer pour métis devant l'enquêteur. La raison vient de ce que le terme Indio conserve dans le langage courant une connotation insultante et que les indigènes qui occupent le niveau le plus bas de l'échelle sociale sont victimes de discriminations. De plus, les enfants de moins de cinq ans ne sont pas recensés. Les estimations présentent donc une erreur d'environ 15 % (M. Antochiw, J. Arnauld, A. Breton).

Culture contemporaine[modifier | modifier le code]

Chant[modifier | modifier le code]

Un chant traditionnel tarasque, la pirekua, a été classé au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO le [6].

Bibliographie et liens externes[modifier | modifier le code]

Monographies spécialisées sur les Tarasques[modifier | modifier le code]

  • Philippe Schaffhauser, Les Purépechas au Mexique : une sociologie de l'identité, L'Harmattan,‎ 2000, 319 p. (ISBN 2738493521).
  • (en) H. P Pollard, Tariacuri's legacy : The prehispanic tarascan state, University Of Oklahoma Press, Norman, 1993.
  • (es) S. Pulido Mendez, Los Tarascos y los Tarascos-Uacusecha : Diferencias sociales y arqueológicas en un grupo, Mexico, Instituto Nacional de Antropología e historia,‎ 2006.

Ouvrages sur la Mésoamérique traitant des Tarasques[modifier | modifier le code]

  • I. Bernal et M. Simoni-Abbat, Le Mexique: Des origines aux Aztèques, Gallimard, Paris, 1986.
  • E. Taladoire et B. Faugère-Kalfon, Archéologie et art précolombiens: La Méso-Amérique, École du Louvre, Réunion des Musées Nationaux, La Documentation Française, Paris, 1995.
  • Ch. Duverger, La Méso-Amérique : L'art préhispanique du Mexique et de l'Amérique Centrale, Paris, Flammarion,‎ 1999.

Articles[modifier | modifier le code]

  • M.-C. Arnauld, M.-F. Fauvet-Berthelot et D. Michelet, "Les Tarasques du Michoacan", in Les Dossiers d'archéologie, n° 145, 1990.
  • G. Migeon, "Les grandes cités tarasques", in Archéologia, n° 393, 2002.
  • G. Migeon, "Les grandes cités tarasques du Malpais", in Archéologia, n° 394, 2002.
  • "Tarascos" (recueil d'articles), in Arqueología mexicana n° 19, vol. IV, 1996.
  • (es) R. M. Baracs, Convivencia y utopia : El Gobierno indio y español de la "ciudad de Mechuacan" 1521 - 1580, Mexico, Instituto Nacional de Antropología e Historia,‎ 2005
  • (es) P. Carot, Arqueologia de Michoacan, Nuevas aportaciones a la historia Purepecha, in: Introducion a la Arqueologia del Occidente de Mexico, Instituto Nacional de antropologia e Historia, 2004.
  • (es) M. Castro-Leal, Tzintzuntzan : Capital de los Tarascos, Morelia, Gobierno del estado de Michoacan,‎ 1986
  • B. Faugère-kalfon & V. Darras, Chupicuaro: Au-delà de la sphère du funéraire, in: Archéologies : 20 ans de recherches françaises dans le monde, Maisonneuve & Larose - ADPF, Paris, 2005.
  • (es) D. Flores, Ofrendas funerarias de Chupicuaro, Guanajuato, Catálogo de las colecciones arqueológicas del Museo Nacional de Antropología, Mexico, Instituto Nacional de Antropología e historia,‎ 1992
  • (en) J. H. Greenberg, Language of Americas, Stanford University Press, Stanford, 1987.
  • (en) D. Hosler, The sounds of colors of power: The sacred metallurgical technology of ancient Mexico, The MIT Press, Cambridge, Londres, 1994.
  • (es) A. Lopez-Austin et L. Lopez-Lujan, Los Mexicas y el Chac-Mool, in : Arqueología mexicana, vol. 09, N°49, Mexico, 2001.
  • (es) A. O. Morales, Tzintzuntzan, Michoacan, in: Arqueología mexicana, vol. 13, n°73, Mexico, 2005.
  • (es) A. Oliveros, El Opeño : un sitio formativo en el Occidente de Mexico in : Introducción a la arqueología del Occidente de México, Universidad de Colima, Instituto nacional de Antropogia e Historia, Mexico, 2004.
  • G. Olivier, Moqueries et métamorphoses d'un dieu aztèque: Tezcatlipoca, le "seigneur au miroir fumant", Institut d'Ethnologie, Paris, 1997.
  • (en) H. P. Pollard, An analysis of urban zoning and planning at prehispanic Tzintzuntzan, in: Proceedings of the American Philosophical Society: Held at Philadelphia for promoting useful knowledge, vol. 121, n°01, Philadelphie, 1977.
  • (en) M. Swadesh, Lexicostatistic classification, in : Handbook of Middle American Indians 5 : Linguistics, University of Texas Press, Austin, 1967.
  • (es) E. Taladoire, Las canchas de juego de pelota de Michoacan (CEMCA: Proyecto Michoacan), in: Trace, n°16, Paris, 1989.

Sources ethno-historiques de l'époque coloniale[modifier | modifier le code]

  • J. M. G. Le Clézio, Relation de Michoacán, Paris, Gallimard,‎ 1984
  • (es) R. Acuña, Relaciones geograficas del siglo XVI : Michoacan, Universidad Nacional Autónoma de México, Mexico, 1987.
  • (es) F. M. Gilberti, Vocabulario en lengua de Mechuacan, Morelia, Fimax Publicistas Editores,‎ 1989.
  • (es) F. Miranda, La Relation de Michoacan, Fimax Publicistas editores, Morelia, Mexico, 1980.
  • (es) F. B. de Sahagun, Historia general de las cosas de la Nueva-España, vol. 01 & 02, Editorial Nueva-España S. A., Mexico, 1946.
  • (es) J. Tudela, Relacion de las ceremonias y ritos y poblacion y gobierno de los Indios de la provincia de Michoacan (1541) : reproduccion y facsimil del Ms C. IV.5 de El Escorial, Balsal Editores S.A., Mexico, 1977.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.unesco.org.uy/ci/fileadmin/phi/aguaycultura/Mexico/14_Purepechas.pdf
  2. http://sites.estvideo.net/malinal/m/nahuatlMICH.html Dictionnaire du Nahuatl classique
  3. David Carraco, The Oxford Encyclopedia of Mesoamerican Cultures (vol. 3), Oxford University Press, 2001, p. 187
  4. Brigitte Faugère-Kalfon, La civilisation engloutie des Tarasques, in : L'Histoire, N° 226, novembre 1998, pp. 24-25
  5. Ralph Beals, The Tarascans, in : Handbook of Middle American Indians, University of Texas Press, vol. 8, 1969, p. 728
  6. La Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité s’enrichit de 46 nouveaux éléments.