Civilisation de Caral

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La civilisation de Caral ou Caral-Supe ou encore de Norte Chico est une société précolombienne complexe qui comprenait trente centres majeurs de population dans ce qui est aujourd'hui la région de Norte Chico au centre de la côte nord du Pérou, à environ 200 kilomètres de Lima. C'est la plus ancienne civilisation connue d'Amérique dont l'âge d'or se situe entre le XXXe et le XVIIIe siècle av. J.-C.[1],[2]. Son autre dénomination, Caral-Supe, vient du site archéologique de Caral dans la vallée de la rivière Supe. Cette société du Norte Chico émergea juste un millénaire après celle de Sumer, fut contemporaine des pyramides de l'Égypte antique et précéda celle des Olmèques de près de deux millénaires.

Vestiges de pyramides de la civilisation de Caral

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Dans la nomenclature archéologique, Caral est une culture pré-céramique de l'Archaïque tardif précolombien ; on n'y retrouve aucune céramique et, selon les traces archéologiques, elle semble avoir été largement dépourvue de réalisations artistiques. La plus impressionnante réalisation de cette civilisation est son architecture monumentale, comprenant des plateformes surélevées et des places circulaires creuses. Des traces archéologiques suggèrent une possible maîtrise du textile ainsi qu'un culte lié à des symboles divins, deux éléments récurrents des cultures précolombiennes. Une forme complexe de gouvernement semble avoir été mis en place pour diriger la société, mais des questions restent en suspens concernant son organisation et, en particulier, l'impact de la gestion des ressources vivrières sur la politique.

Sur près de 1000 ans d’histoire, ils ont bâti un large site consistant en 6 pyramides, 1 amphithéâtre, un temple et plusieurs habitations dans la plateforme laissée vierge au centre des pyramides. Aucune fortification ne fut construite et aucune arme qui n'eût été retrouvée par les archéologues. La société de Caral a prospéré autour d’une économie de commerce complexe, axée sur le troc avec les pêcheurs de la côte avec lesquelles ils échangeaient des filets de pêche tissés avec le coton qu’ils produisaient contre du poisson [3]. Des vestiges de flûte en os et de coquille d'escargot utilisées dans la fabrication de collier ont été retrouvés sur le site, cependant ce genre de marchandise ne pouvait provenir de cette région et venait donc du commerce effectué avec d’autres parties du continent [4].

L’aménagement de canaux provenant des nombreuses rivières permettait l’agriculture. De nombreuses rivières descendant des Andes vers la mer passant par le site créaient une oasis propice à l’agriculture. Les aliments cultivés étaient notamment les haricots, les courges et les patates douces. De plus, ils cultivaient le coton, mais ne maîtrisaient pas l’élevage de bétail [5]. Le coton avait une importance toute particulière puisqu'il servait non seulement à la confection de vêtement, mais était aussi un élément important du troc qu’ils pratiquaient à plus de 300 km à la ronde[6].

Les flûtes illustrées ci-contre sont en os de condor. Elle démontrent un intérêt pour la musique et les rituels de la part des membres de la civilisation de Caral[4]. Les flûtes reflètent également une partie importante de leurs vies, soit le commerce qu’ils faisaient à grande échelle. En effet, les flûtes sont sculptées dans des os de condor et proviennent de la forêt amazonienne [7].

Découverte archéologique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Caral.

Les archéologues ont pris conscience de sites anciens dans cette région d'Amérique au moins depuis les années 1940. Des travaux plus anciens ont eu lieu à Aspero, à proximité de la côte, un site identifié en 1905[8], puis à Caral, plus à l'intérieur des terres. Des archéologues péruviens conduits par Ruth Shady Solis fournirent la première étude approfondie de la civilisation, à la fin des années 1990, grâce à des travaux entrepris à Caral[9]. Un article de 2001 paru dans la revue Science rapporte une étude sur Caral et, en 2004[10], un article de Nature décrit le travail de terrain et les datations au carbone effectuées sur une zone plus étendue[11]. Ceux-ci révèlent l'importance de la civilisation de Caral et piquèrent la curiosité du public[12].

Histoire et Géographie[modifier | modifier le code]

Repères chronologiques[modifier | modifier le code]

La civilisation de Caral a prospéré entre 3000 et 1800 av. J.-C., en même temps que la culture Valdivia, en Équateur. La société complexe de Caral émergea juste un millénaire après les sumériens et fut contemporaine des pyramides d'Egypte ; elle précéda les mésoaméricains Olmèques de près de deux millénaires.

Le Pérou Andin a été reconnu comme une zone de développement de civilisations, au même titre que le croissant fertile, par exemple. Ces régions sont au nombre de six dans le monde ; l'Amérique en compte deux, le Pérou Andin et la Mésoamérique[11].

La culture de Chavin, vers 900 av. J.-C., a longtemps été considérée comme la première civilisation de la région et est toujours généralement citée comme telle.

Aire d'expansion[modifier | modifier le code]

La découverte du site de Caral a déplacé les recherches auparavant effectuées dans les hautes terres des Andes (où les Chavins puis les Incas avaient leurs centres majeurs) vers le littoral péruvien et les régions côtières.

Le site de Caral est situé dans une région au Nord-Est de la côte, environ à 200 kilomètres de Lima ; il est grossièrement limité par la vallée de Lurín, au Sud, et la vallée de Casma, au Nord. Il comprend quatre vallées côtières : Huaura, Suoe, Pativilca et Fortaleza. Les sites connus sont concentrés dans les trois premières vallées, qui partagent une plaine côtière commune. Celles-ci couvrent seulement 1800 km² et les recherches ont porté sur les centres de population les plus denses.

En comparaison avec d'autres centres mondiaux de développement, le littoral péruvien apparaît par ailleurs un candidat surprenant pour les premiers développements d'une civilisation. La région est extrêmement aride, en raison de l'influence des Andes, à l'est, et des alizés du Pacifique, à l'ouest, qui arrêtent les précipitations. La région est cependant ponctuée de plus de cinquante rivières qui transportent la neige fondue des Andes et le développement d'une irrigation importante grâce à ces eaux de sources semble décisif dans l'émergence de Caral[13]. Toutes les architectures monumentales trouvées sur les différents sites ont été trouvées près des canaux d'irrigation.

Disparition du peuple de Caral[modifier | modifier le code]

La disparition d’une civilisation aussi prospère s’est étalée sur un siècle soit entre -1900 et -1800. Le site étant situé à la rencontre de deux plaques tectoniques les tremblements de terre sont chose courante et ce tant à l’époque que maintenant, selon l’archéologue Ruth Shady. La population s’en accommodant facilement, réparant fissure et autre dommage apporté aux structures[4]. Cependant, une série de tremblements de terre d’une puissance minimum de 7 sur l’échelle de Richter, accompagné du dérèglement climatique El Niño ont entrainé la déchéance de ce peuple. Sur les bâtiments des traces visibles de réparation de fissure du à d’anciens tremblements de terre son visible tandis que les fissures du dernier avant leurs disparitions n’ont pas été réparées, ce qui permet de mesurer l’ampleur des dégâts causés. Par la suite, le sable ayant recouvert le tout, les structures ont été préservées des secousses sismiques suivantes et sont donc dans l’état où les habitants les ont laissées[14].

El Niño étant déclenché par un réchauffement de l’océan près des côtes péruviennes, là où se trouvaient des courants froids. Le mélange de chaud et froid entrainant des pluies très intenses, la disparition de nombreuses sortes de poissons pendant la période du dérèglement et des glissements de terrain. Ce dérèglement climatique laisse également des traces sur les coraux environnant ce qui permet de dater et d’affirmer la présence de ce phénomène climatique à ce moment-là[15]. L’eau des pluies entrainant les éboulements causés par les tremblements de terre bouchant les rivières et détruisant certaines constructions. Le vent causé également par ce dérèglement entraîna le sable du littoral et couvrit les terres agricoles, détruisant tous les efforts de survie de ce peuple[14].

Selon Ruth Shady, archéologue ayant découvert et procédé aux fouilles du site archéologique de Caral, c’est cet El Niño plus puissant que les autres ou une accumulation de plusieurs coups à coup qui aurait causé la fin de cette civilisation. Des photos satellites, l’étude des coraux, ainsi que des preuves sur le site archéologique même en ont confirmé la probabilité de cette hypothèse. Des fissures non réparées, et des couches de sable non déblayées à l’intérieur des structures ont permis à cette archéologue d’accorder plus de crédibilité quant à la véracité de cette théorie[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Duiker, p. 9
  2. (en) Helaine Silverman, Andean Archaeology, Malden, Blackwell Publishing,‎ 2004, poche, 342 p. (ISBN 978-0-631-23401-2, lire en ligne)
  3. Raucher, Émilie (2009). « Une civilisation préinca détruire par le climat », Science et Vie, no 1103, p.92-97.
  4. a, b et c Taylor, Martin (2002) Les pyramides oubliés de Caral [Enregistrement vidéo], Royaume-Uni, Horizon, 50 min
  5. Raucher, Émilie (2009). « Une civilisation préinca détruite par le climat », Science et Vie, no 1103, p.92-97.
  6. Histoire pour tous (2009). Caral ou la civilisation sans la guerre, Http://www.histoire-pour-tous.fr/civilisations/112-caral-ou-la-civilisation-sans-la-guerre.html
  7. Bouchard, Jean-François, André Delpuech, Danièle Lavallée, Dominique Legoupil, Stéphen Rostain (s d). « Précolombiens — Amérique du Sud », Encyclopædia Universalis, http://www.universalis-edu.com.proxy.cegepat.qc.ca/encyclopedie/precolombiens- Amérique du Sud/
  8. Moseley, Michael E.; Gordon R. Willey (1973). « Aspero, Peru: A Reexamination of the Site and Its Implications. » in American Antiquity 38 (4): 452–468. (OCLC 1479302)
  9. Ruth Shady Solís, La ciudad sagrada de Caral: supe en los albores de la civilización en el Perú, Perú: Universidad Nacional Mayor de San Marcos, Fondo Editorial, 1997. (OCLC 41299486)
  10. Ruth Shady Solis, Jonathan Haas et Winifred Creamer, « Dating Caral, a Preceramic Site in the Supe Valley on the Central Coast of Peru », dans Science, vol. 292, n° 5517, 27 avril 2001, pp. 723-726.
  11. a et b Jonathan Haas, Winifred Creamer, Alvaro Ruiz (23 décembre 2004). « Dating the Late Archaic occupation of the Norte Chico region in Peru. » in Nature 432: 1020–1023.
  12. Simon Hooper, New insight into ancient Americans, CNN, 4 janvier 2005
  13. Pringle, Heather, « The First Urban Center in the Americas », dans Science, vol. 292, n° 5517), p. 621.
  14. a, b et c (Science & Vie, 2009, revue)
  15. « Pérou : géographie physique » (s.d.) Encyclopédie Larousse, http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/P%C3%A9rou/187045

Médiagraphie[modifier | modifier le code]

  • (en) « Andean Urbanism » in Helaine Silverman et William Isbell, Handbook of South American Archaeology, Springer, 2008. (ISBN 9780387749068)
  • (en) William J. Duiker et Jackson J. Spielvogel, World History: Volume I: To 1800, Wadsworth, 2006. (ISBN 9780495050537)
  • (fr)Garcia, Albert (1975). La découverte et la conquête du Pérou : d'après les sources originales, Paris : Klincksieck, 777 p.
  • (fr), Émilie (2009). « Une civilisation préinca détruire par le climat », Science et Vie, no 1103, p.92-97.
  • (fr)Taylor, Martin (2002) Les pyramides oubliés de Caral [Enregistrement vidéo], Royaume-Uni, Horizon, 50 min