Créole guadeloupéen

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Créole guadeloupéen
Pays Guadeloupe et à la Dominique
Région Guadeloupe
Nombre de locuteurs environ 700 000, dont 450 000 à la Guadeloupe et la Dominique (2006)
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-3 [1] gcf[1]
IETF gcf[1]

Le créole guadeloupéen est une langue créole à base lexicale française parlé en Guadeloupe et la Dominique[réf. nécessaire]. Il est le reflet de l'histoire de ses locuteurs, les descendants des esclaves des Antilles françaises, et d'immigrés venus des Indes. Il a été formé autour du français du XVIIIe siècle ainsi que de plusieurs langues d’Afrique de l'ouest mais l'incessant jeu de conquêtes et de pertes de territoires entre Anglais, Portugais, Néerlandais l'a aussi influencé. Aujourd'hui encore, les mots d'origine caraïbe, africaine, ou encore indienne sont toujours bien présents dans le créole guadeloupéen. Contrairement au créole haïtien, qui était plus proche du français mais qui s'en éloigne, le créole guadeloupéen suit le mouvement inverse du fait de l'influence permanente de la culture française sur les médias et du français sur la vie de tous les jours.

Il est très proche des créoles martiniquais, saintois, guyanais et haïtien, ainsi que des formes de créoles parlées dans les îles anciennement francophones (à la Dominique et à Sainte-Lucie). Parfois le créole guadeloupéen, le créole dominiquais, le créole martiniquais et créole sainte-lucien sont considérés comme une seule langue - le créole antillais.

exemple de créole guadeloupéen
« Ralentissez (Levez votre pied), il y a des enfants qui jouent ici ! »

Créolisation des mots français[modifier | modifier le code]

Si le créole guadeloupéen a emprunté une multitude aux langues africaines, amérindiennes et aux autres langues coloniales (anglais et espagnol notamment), la majorité de son lexique provient du français du XVIIIe siècle et d'aujourd'hui. Ces emprunts ont subi une transformation de prononciation avant de s'insérer dans le corpus linguistique du créole guadeloupéen. Cette créolisation perdure de nos jours : quand les mots créoles sont inconnus pour exprimer des idées, on emprunte directement le mot au français en le transformant selon des règles simples (mais pas toujours applicables) que voici :

Les r :

  • se prononcent w quand ils se trouvent le plus souvent après une consonne. Ainsi gros sera gwo, presser, pwésé.
  • sont élidés quand ils se trouvent devant une consonne ou en fin de mot. Ainsi sourd sera soud (le d de sourd a survécu en créole alors qu'il a disparu en français moderne).

Par exemple, est-ce que tu as / as-tu pris ton gros sac noir ?. Pa' ègzanp, ès ou pwan gwo sak nwè' a-w ?

Les u et eu se prononcent i. À quelle heure passe le bus ? A ki lè bis-la ka pasé ?

Les e se prononcent i, 'é ou ou. Apporte ta chemise bleue Poté chimiz blé a-w / Nous avons retrouvé le cheval Nou ritouvé chouval-la Nou woutouvé chouval-la

Les eur(e) en fin de mot se transforment en è. Heure, beurre, fleur deviennent lè, bè, flè.

Le son o fermé comme dans eau se trouve le plus souvent en toute fin de mot, sans consomme derrière. Donne-moi de l'eau sera ban mwen dlo tandis qu'une faute sera prononcée avec un o ouvert, couramment écrit o-accent-grave : ò. Guillaume, combien de fautes as-tu faites dans la dictée? sera ainsi Giyòm, konmyen fòt ou fè an dikté-la?.

Les terminaisons -embre, -ambre, -endre, -andre, -ample, -ambe, -anne, -ane, seront invariablement déformées en -ann et -anm, le son an français qu'on nasalise afin de prononcer un nouveau n. Ainsi, Alexandre, comment va ta jambe depuis ta blessure en décembre quand tu coupais la canne? sera Aleksann, ki jan janm-aw yé dépi ou pété-y lè ou té ka koupé kann an désanm ? Les terminaisons -aindre, -eindre, -indre seront de même -enn ou -èn. Tu me fais de la peine sera ou ka fè mwen lapenn.

L'accent guadeloupéen reprend beaucoup de ces principes, quelque peu atténués en fonction de la maîtrise de la langue créole du locuteur. Fleur sera prononcé fleuw en « français créolisé » mais flè en bon créole. De plus, la créolisation est différente suivant les régions de Guadeloupe. Ainsi, le français dit voiture, la plupart des Guadeloupéens diront vwati en créole (même si ce terme n'est pas toujours le plus usuel) mais les Saintois disent plutôt vwatu. Notons que la véritable traduction de voiture en créole est loto (de l'auto(mobile)).

Lire le créole[modifier | modifier le code]

Le créole est une langue orale car les maîtres esclavagistes avaient toujours pris grand soin de ne pas lettrer les esclaves. En plus d'un souci économique (à quoi bon éduquer un homme dont la seule qualité est sa force de travail?) s'ajoutait un souci de sécurité. En effet, le seul livre à l'époque qui était disponible partout était naturellement la Bible, et le message qui y est enseigné, tous les hommes sont égaux[2] aurait pu donner des idées aux esclaves. Différentes tentatives d'écrire le créole ont vu le jour sans résultats concluants, jusqu'à l'écriture codifiée par le GEREC, Groupe d'Études et de Recherches en Espace Créolophone et Francophone.

Les règles sont simples. À chaque son correspond une unique lettre ou combinaisons de voyelles. Ainsi français, belle deviennent fwansè, bèl.

L'alphabet utilisé est l'alphabet standard avec une lettre supplémentaire, le o ouvert, que l'on prononce comme dans la mode en français. Initialement écrit avec un accent aigu ó, il est plus courant aujourd'hui de le transcrire plutôt par un o accent grave ò, pour des raisons pratiques à cause de la disposition des claviers français usuels utilisés en Guadeloupe, et parce que cela ne prête à aucune confusion (le o accent grave n'existe pas à l'origine en français ou en créole). Notons que dans l'alphabet créole, c q ne sont pas considérées comme des lettres, leur consonance étant d'ores et déjà référencée par k. Cependant, ch est considéré comme une seule même lettre. De même,u et x n'existent pas en créole et sont souvent substituées respectivement par ou et par ks, kz ou z. Par exemple: Xavier, est-ce que tu es là ? devient Pa èkzanp: Zavyé, ès ou la ?.

Dans le tableau ci-dessous ne sont recensées que les lettres qui diffèrent de leur emploi français standard.

Créole Français Prononciation standard
g g toujours dur. Ainsi gorge en français devient gòj en créole.
h h aspiré comme en anglais.
i i remplace parfois le u français.
j j remplace le g mouillé. Ainsi manger en créole devient manjé.
k k remplace le c dur, q, k.
w r  le w remplace le r en français ainsi rouler deviendra woulé
s s remplace le c cédille ou ss français, jamais prononcé z.
y y ne scinde pas en deux le son et se rattache directement à celui-ci. Ainsi camion sera prononcé /ca-mion/ ( 2 syllabes) et non cami-on (3 syllabes).
z z remplace le s mouillé.
an an nasalisé.
àn ane assez rare, se prononce comme l'âne en français.
ann   an français avec n nasalisé (comme dans ennui en français).
anm   an français avec m nasalisé.
ay jamais prononcé comme è ou -eill.
in ine jamais nasalisé comme en français.
en ain toujours nasalisé.
enn   ène nasalisé.
on   on français.
onm   on français avec m nasalisé.
onn   on français avec n nasalisé.
ch   comme dans chyen ou chaplé (chapelet).

Grammaire[modifier | modifier le code]

Les pronoms personnels[modifier | modifier le code]

Créole Français Variante courante
an, mwen je, moi
ou tu, vous, toi vou, w (placé après le verbe)
i il, elle, lui
nou nous
zòt vous
yo ils, elles, eux

Littéralement, le vouvoiement n'existant pas en créole, « zòt » ou « zò » sont toujours utilisés pour s'adresser à plusieurs personnes : Zòt dé. Vous deux.

Il est cependant possible d'utiliser le pronom « vou » (directement emprunté au français) dans certains cas au singulier notamment pour marquer un certain détachement de classe (souvent ironique) : Sé vou misyé ki di mwen sa. C'est Vous (au singulier) monsieur qui m'avez dit ça.

Notez l'absence de pronom indéfini. Le créole se dote de noms en plus, Misyé et Fanm-la [ le monsieur, le mec... et la Dame, la meuf... ] qui remplacent i très fréquemment. En effet, comme le créole ne différencie pas les sexes, afin d'expliciter une phrase, un locuteur créole aura systématiquement tendance à remplacer le il ou elle français par misyé ou boug-la et fanm-la.

Je parle avec lui et il me dit que Jocelyne ne vient pas car d'après lui elle fâchée avec moi. ⇒ An ka palé é boug-la é misyé ka di mwen Joslin pa ka vini pas dapwé misyé fanm-la kòlè (ni on bab) épi mwen.

Les pronoms possessifs et les pronoms personnels compléments.[modifier | modifier le code]

Ils sont identiques. Les pronoms possessifs se placent systématiquement derrière le nom et se forment systématiquement avec a/an comme pour dire c'est à moi à lui.

Créole Français Exemple
mwen me, moi, ma, mon, mes Ban mwen biten an mwen,Donne moi mes affaires/ ma chose/ mon truc
vou, 'w te, ta, ton, tes, toi Ou vlé an ba'w biten a'w?, tu veux que je te donne tes affaires?/ta chose /ton truc
i se, le, la, lui, sa, son, ses Ba'y biten a'y, donne lui ses affaires.
nou nos, nous Ban nou biten an nou, donnez nous nos affaires.
zòt vos, vous Zò vlé an ba zòt biten a zòt? Vous voulez que je vous donne vos affaires?
yo les, leur, leurs Ba yo biten a-yo, donnez leur leurs affaires.
  • le « 'w », est en fait une contraction de « a-ou » pour la seconde personne du singulier (ta, te...).
  • le « 'y », est en fait une contraction de « a-i » pour la troisième personne du singulier( le, lui, se...).
  • Cette contraction doit être prononcé comme indiqué « a'w » comme l'anglais out sans le « t » et « a'y » comme ail

Le groupe nominal[modifier | modifier le code]

Il existe quatre types de groupes nominaux:

  1. le groupe nominal générique. Zafè kabrit pa zafè lapen: les affaires du cabri ne sont pas celles du lapin. (Mêle-toi de tes oignons). Nonm ki nonm pa ka bat fanm: Un homme qui est un homme ne bat pas de femme.
  2. le groupe nominal indéterminé. On flè: une fleur.
  3. le groupe nomninal déterminé. Flè-la: la fleur.
  4. le groupe nominal démonstratif.
    1. singulier. Flè-lasa: cette fleur.
    2. pluriel. Sé flè-lasa: ces fleurs. À noter, la particule postposée sa tend à disparaître dans cet emploi.

Le pluriel français n'existe pas en bon créole et se rend par le groupe nominal générique. Cependant, le du Français les tend à se généraliser pour des groupes nominaux déterminés: les amis étant lé zanmi. Il arrive aussi que le « lé » soit directement compris dans un mot lorsque son usage n'a lieu qu'au pluriel (ou dans la plupart des cas). Exemple: Lévwaz, qui signifie les voisins ou le voisinage.

Il n'existe pas de genre en créole ainsi tout groupe nominal déterminé se formera en -la que l'on retrouve parfois abrégé en -a. En créole martiniquais, l'abréviation en -a est systématique derrière les mots se finissant en voyelle. L'eau est sale, dlo la sal.

Les verbes[modifier | modifier le code]

Les prédicats et leurs combinaisons[modifier | modifier le code]

Les verbes en créole sont généralement créés à partir des verbes français et prononcés différemment( voir prononciation). Par exemple partir=pati, apprendre= aprann.

Les verbes en créole sont invariables en genres, cas, pluriels, et expression du temps, qui est marquée par 5 prédicatifs, mots que l'on place devant un verbe afin d'indiquer le temps. Cette partie de la grammaire créole est très similaire à la grammaire anglaise.

  • « ø » (ø signifie l'absence de prédicat), exprime le présent de vérité pour un état ou le présent de vérité générale.
  • « ka » exprime l'action en train d'être réalisée (-ing anglais).
  • «  » exprime le futur
  • «  » et expriment le passé.
  • « ø » exprime le passé quand il est utilisé avec un verbe d'action .
  • « ja » signifiant déjà et sa négation po ko, pas encore.
Créole Signification Exemple anglais Négation Exemples
ka action en train d'être réalisée be -ing pa ka, pa'a Ou ka pati ? Awa. Tu pars ? non. « ka » c'est aussi le présent d'une action quotidienne. « An ka travay lizin touléjou », « Je travaille à l'usine tous les jours ».
futur will pé ké, pé'é Ou ké ay? Awa, an pé ké ay. Tu iras? Non, je n'irai pas.
kay (= ka + verbe « ay »), kalé (ka + alé) futur proche be going to pa kay An kay manjé talè. Je vais bientôt manger. Ainsi An té kay manjé se traduit par « J'allais manger », la négation étant « pa té kay ».

Kijan ou kalé fè sa ? Comment vas-tu t'y prendre ?

ø passé prétérit pa ø Ou manjé? Awa. Tu as mangé ? Non.
situe l'action dans le passé pa té Si'w té di mwen sa, Si tu me l'avais dit.
sòti action dans un passé proche I have just -ed Michel sòti rivé. Michel vient juste d'arriver. « I té sòti rivé » se traduit donc « Il venait juste d'arriver ». Par ailleurs « I sòti sòti » signifie « Il vient juste de sortir ».
té ka action progressive dans le passé was -ing pa té ka Ou té ka pati lè i rivé? Tu partais quand il est arrivé?
té ké, (té'é) conditionnel I would (have) pa té ké Si fanm-la pa té la, an té ké pati. Si elle n'était pas là (ou si elle n'avait pas été là), je serais parti.
té ké ka, té'é ka action passée qui aurait été en train d'être réalisée I would have been -ing pa té ké ka Si nou té pwan tan pou nou té palé, kolé séré nou té ké ka dansé. Si nous avions pris le temps de parler, nous serions en train de danser coller serrer.
ja déjà/pas encore poko, po'o, pò'ò Ou poko ba-y lajan oben ou ja ba-y li ? Tu ne lui as pas encore donné l'argent ou (bien) tu le lui as déjà donné?
té ja avoir déjà/pas encore passé potoko An potoko fin palé, i té ja koumansé babyé. Je n'avais pas encore fini de parler qu'il commençait déjà à vitupérer.

Les temps[modifier | modifier le code]

En plus des temps indiqués plus haut, il y a :

L'impératif[modifier | modifier le code]

Alors qu'en français l'impératif ne comprend que trois personnes, tu, nous, vous le créole supporte aussi je.

Créole Français Remarque
Ban mwen pati! Que je parte! Ban an pati est aussi fréquent et par accrétion se prononce banh'h.
Pati! Pars! Une expression courante est Foumalkan qui signifie Fous moi le camp
Fo yo pati! Qu'ils partent! Un verbe doit porter l'impératif comme fo ou di ou .
Annou pati! Partons! Annou tout seul remplacera le français allons qui sert à s'encourager.
Foukan! Partez!
Annou ay! Allons-y. ! contraction « ann'ay »

Les verbes sans le prétérit[modifier | modifier le code]

Tous les verbes en créoles se construisent avec des prédicats avec quelques exceptions qui ne necessitent pas la présence de ka.

Verbe Français Présent Passé Futur Traduction
ni, tini, tinn avoir an ni an té ni lajan an kay/ké ni lajan J'ai, j'ai eu, j'aurai de l'argent.
enmé aimer an enmé'w an té enmé'w an kay/ké enmé'w Je t'aime.
sav(é) savoir an sav an té sav an kay/ké sav Je sais, j'ai su, je saurai
hay haïr, détester an hay misyé an té hay li an kay/ké hay li Je déteste ce gars.
konèt connaître an konèt boug-la an té konèt li an kay/ké konèt li Je connais ce gars.

Remarque: D'autres verbes ne nécessite pas la présence du prédicat ka.

  • vlé (vé) = vouloir / pé = pouvoir : à noter que la négation est une exception pour « vé » et « pé » qui deviennent « vé pa » et « pé pa »

Si malgré tout le ka est présent pour tous ces verbes, il s'agit d'un procédé d'insistance ou de précision. Exemple: An ka ni lajan an sé moman-lasa. J'ai de l'argent dans ces moments-là.

Autres verbes spéciaux : être, falloir, donner.[modifier | modifier le code]

  • le verbe être est rendu par deux différents verbés, sé et yé et par l'absence de verbe.
    • ne s'emploie que pour attribuer une fonction un titre à quelqu'un. An sé doktè, je suis docteur.
    • ne s'emploie qu'en fin de phrase. Sé la an yé, c'est là que je suis. Ka sa yé ?, qu'est-ce que c'est ? Ki moun ou yé ? Qui es-tu ? / Qui êtes-vous ?
    • La charge du verbe se retrouve portée sur d'autres éléments de la phrase, qui deviennent adjectifs-verbes et adverbes-verbes (la dernière dénomination est bien sûre mal trouvée car un adverbe présuppose un verbe auquel s'adjoindre!).

Ou la? Tu es là? la porte ici la charge du verbe. Kaz-la rouj. La maison est rouge. Rouge porte la charge du verbe. Je suis fatigué. An las. Elle est belle. I bel.

  • le verbe falloir n'a été conservé en créole que sous sa forme au présent faut, fo que l'on place systématiquement en tête de phrase, sans prédicat.

Présent: Il faut qu'il parte. Fo-y pati. fo ne s'emploie qu'au présent aussi utilise-t-on ni pou (avoir pour) et dwèt (du français devoir) pour marquer l'obligation aux autres temps. Futur: Il faudra qu'il parte. I ké ni pou pati. Passé: Il fallait qu'il parte. I té dwèt pati. Futur dans le passé: Il aurait fallu qu'il parte. I té'é dwèt pati.

  • Le verbe donner est rendu par ba. Les verbes créoles sont systématiquement invariable hormis ba qui par nasalisation se prononce ban devant mwen et nou. Le verbe ba à la différence de donner et de give est un très contraignant car il suppose une syntaxe précise. Ainsi:
    1. I gave Julie a beautiful flower.
    2. I gave a beautiful flower to Julie.
    3. Julie was given a beautiful flower by me.
  • Ces trois formes sont valables en anglais alors qu'en français la 3. est fausse.
    1. J'ai donné à Julie une belle fleur.
    2. J'ai donné une belle fleur à Julie.
    3. Julie a été donnée par moi une belle fleur. (Faux).
  • En créole, cette restriction est encore plus forte car la forme 2. est aussi fausse (et la 3. anglaise est intraduisible).
    1. An ba Jili on bèl flè.
    2. An ba on bèl flè Jili. (Faux).
  • Alors qu'en anglais trois syntaxes sont possibles et en français deux, le créole ne supporte que Sujet Ba Receveur Objet donné.

Ba en plus d'être un verbe est aussi une préposition qui permet d'expliciter à qui s'adresse quelque chose. Ainsi :

  • An ba-y on flè? Je lui ai donné une fleur.
  • Ba ki moun? A qui?
  • Ba Jili. A Julie.
  • Fè sa ban mwen. Fais ça pour moi.
  • An ka palé ba-w. Je te parle.

Plasticité des mots[modifier | modifier le code]

Chaque mot en créole appartient à une catégorie, verbe, adjectif et nom comme en français, mais en déborde systématiquement du fait de la plasticité de la langue. Ainsi pour les verbes: an dòmi tout dòmi an mwen jòdi-la. J'ai dormi tout mon dormir aujourd'hui. Ainsi pour les adjectifs.

  1. Le gros arbre. Gwo pyébwa-la. Gros est ici adjectif épithète.
  2. L'arbre est gros. Pyébwa-la gwo. Gros est ici adjectif-attribut. En créole, au présent, il n'y a pas de verbe d'état apparent entre le sujet et l'adjectif.
  3. L'arbre était gros. Pyébwa-la té gwo. Ici, le verbe d'état « té » apparait (passé).

Exemples[modifier | modifier le code]

exemples ==


exemples ==


Mot Traduction Prononciation standard
ciel syèl
eau dlo
feu difé
terre latè
homme boug - nonm
femme fanm
garçon tiboug
fille tifi
enfant timoun
manger manjé
faim fen
boire bwè
vouloir vlé
grand gwan
petit piti
nuit lannwit le « t » est sonore
jour jou
se promener dwivé
mal élevé malélivé
coup de poing kyòk\tchòk
frappe-le fouté'y
avoir ni - tini - tin
savoir sav - savé
dans adan
dedans - à l'intérieur andidan
dehors déwò
sur anlè
moi, je mwen,
toi, tu vou - ou - w
il/elle i
nous nou
vous zòt - zò
ils/elles yo

Quelques proverbes créoles[modifier | modifier le code]

Voici quelques proverbes créoles et leur équivalent en français :

  • « A fòs makak karésé pitit a'y, i kyouwé'y » (À trop caresser son petit, le singe l'a tué) : Le mieux est l'ennemi du bien
  • « Batiman vapè ranni, i pa bourik pou sa » (Le bateau à vapeur hennit, il n'est pas un âne pour autant) : Il ne faut pas se fier aux apparences
  • « Two présé pa ka fè jou ouvè » (être trop pressé ne fait pas le jour se lever) : ça ne sert à rien de se précipiter
  • « An chandèl, kabrit ka sanb ti fi » (À la chandelle, la chèvre semble demoiselle) : La nuit tous les chats sont gris
  • «  A fòs frékanté chyen ou ka trapé pis' » (À fréquenter les chiens tu attrapes les puces) : Dis-moi qui tu fréquentes je te dirai qui tu es
  • « Sé gren diri ka fè sak diri » (Ce sont les grains de riz qui font les sacs de riz) : Les petits ruisseaux font les grands fleuves
  • « Malè pa ni klakson » (Le malheur n'a pas de klaxon) : Le malheur ne prévient pas
  • « Maladi vin a chouval, I kalé a pyé » (La maladie arrive à cheval et repart à pied)
  • « Ravèt pa ni rézon douvan poul » (Le cafard n'est pas le plus fort devant la poule) : Un pot de terre ne peut pas lutter contre un pot de fer.
  • « Réglé jis pa gaté zanmi » (Être juste dans les affaires ne nuit pas aux amis) : Les bons comptes font les bons amis
  • « Hay chyen mé di dan a'y blan » (Tu peux détester le chien, mais reconnais que ses dents sont blanches) : Reconnaitre les mérites de quelqu'un.
  • « Chak bourgo ka halé kaz a'y » (Chaque escargot a sa maison à porter) : À chacun son fardeau
  • « Zafè kabwit pa zafè lapen » (Les affaires du cabri ne sont pas celles du lapin) : Mêle-toi de tes oignons.
  • « An enkyèt kon tikyèt a finèt nèf a katrè-d maten » (Je suis inquiet comme le loquet d'une fenêtre neuve à quatre heure du matin): Je suis terrorisé.( Ce proverbe toutefois a presque disparu.)
  • « Chat pa la, rat ka bay bal » (Le chat n'est pas là, les rats vont au bal) : Quand le chat n'est pas là, les souris dansent.
  • «Achté van pou vann lè »(acheter du vent pour vendre de l'air):vendre un cheval borgne pour acheter un chaval boiteux.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b code générique
  2. Galate 3:28: « Car vous êtes tous un en Jésus-Christ »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Dictionnaires[modifier | modifier le code]