Tusculanes

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Tusculanes
Image illustrative de l'article Tusculanes
Manuscrit entre 1450 et 1460, bibliothèque de Naples

Auteur Cicéron
Genre Essai
Version originale
Titre original Tusculanae disputationes
Langue originale latin
Lieu de parution original Rome antique
Date de parution originale 45 av. J.-C.
Version française

Les Tusculanes font partie des œuvres philosophiques de Cicéron. Dans ces dialogues supposés, l'auteur cherche à établir l'immortalité de l'âme et démontre que le bonheur ne peut se fonder que sur la vertu. Il reprend bien souvent les exemples qui avaient été proposés par ses prédécesseurs pour fonder son propre raisonnement. Le titre exact est Tusculanae disputationes : il précise ainsi le genre de l’ouvrage (Disputatio) et signale le lieu de l’entretien (Tusculum). La forme utilisée, le dialogue supposé, est habituelle dans l’enseignement philosophique, mais elle est adaptée et simplifiée dans le cas des Tusculanes.

Date[modifier | modifier le code]

Cicéron entreprend à partir du 29 mai 45 av. J.-C. la constitution d'une recueil d'entretiens avec ses amis qui se sont tenus dans sa villa de Tusculum, travaux menés en même temps que la publication du De finibus bonorum et malorum[1]. Les cinq livres des Tusculanes furent publiés sans doute durant le mois d’août, car Cicéron dans une lettre du 30 juin 45[2] fait part à Atticus de son intention d'écrire désormais dans la tradition d'Aristote, c'est-à-dire en se figurant comme interlocuteur principal, procédé qu'il adopte pour la première fois avec les Tusculanes[3].

Contenu[modifier | modifier le code]

Dans les Tusculanes, le dialogue est fictif, les interlocuteurs ne défendent pas des positions tranchées comme dans les « dialogues » précédents ; ce n'est pas non plus un dialogue aristotélien classique, où un maître expose de façon continue à des disciples, seulement entrecoupé de questions sur les points à préciser[4]. L’auditeur présente le sujet du débat et intervient seulement pour marquer les étapes du parcours philosophique et accepter les arguments du maître. Il n’est désigné que par son appartenance à une classe d’âge : c’est un adolescent ou un jeune homme, interlocuteur anonyme et falot, qui peut être une partie de la personnalité de Cicéron, ce que Carlos Lévy interprète comme un artifice pudique pour parler de soi sans utiliser la première personne[5].

La villa de Tusculum est particulièrement chère à Cicéron ; mais c’est là qu’est décédée sa fille Tullia quelques mois plus tôt au début de l'année 45. Sans qu'il y fasse allusion directement, ce deuil atteint encore Cicéron, qui fait du chagrin le thème de son troisième livre[4]. En exhortant les autres au courage et à la dissimulation de la douleur, il s’exhorte lui-même; la philosophie devient médecine de l'âme. Cicéron y vérifie la valeur "pratique" des enseignements qu’il a reçus.

Les cinq conférences des Tusculanes abordent les questions existentielles traitées traditionnellement par les écoles philosophiques[6] :

La mort est-elle un mal ?

L'adolescent donne sa définition de la mort, qu'il voit comme le non-être et le malheur. Cicéron par une série de questions lui démontre ses imprécisions et ses erreurs de formulation, car ce qui n'existe pas ne peut souffrir, jusqu'à ce qu'il prie Cicéron de procéder par un exposé plutôt que par questionnement[7].

Si les morts n'ont plus de sensibilité, comme le disent les épicuriens, la mort ne peut être un mal. Si l'âme est immortelle, et de nature divine, elle va rejoindre les dieux, et ne peut alors qu'être heureuse. Sans qu'on puisse rien affirmer de certain, des indices sont en faveur de son immortalité[6].

La douleur est-elle le plus grand de tous les maux ?

Quoiqu'elle soit redoutable, la volonté peut la surmonter, et le désir de gloire peut soutenir cette volonté. Si la douleur devient insupportable, il reste le recours à la mort, argument que Cicéron emprunte aux stoïciens[6].

La douleur de l'âme. Le sage est-il susceptible de chagrin ?

Cicéron en a une expérience personnelle avec la mort récente de sa fille Tullia. Mais pour lui les douleurs de l'âme se nourrissent de faux jugements. Il fait un parallèle avec une autre maladie de l'âme, l'ambition. S'il existe un sentiment de gloire mérité par de grandes actions vertueuses, il en est un autre, recherche effrénée de magistratures, de commandements militaires et d'acclamations du peuple - César est ici implicitement visé. Se livrer au chagrin ou à l'ambition, deux maladies de l'âme[8],[6].

L’âme du sage est-elle totalement à l’abri des passions ?

La question est une généralisation de la précédente. Sur ce sujet, Cicéron rejoint les analyses des stoïciens, et de Chrysippe de Soles en particulier. Les passions prennent source dans des jugements erronées, la pratique de la philosophie permet de les éviter[6].

La vertu suffit-elle à assurer le bonheur ?

Cicéron reprend là une thèse qu'il avait déjà débattue avec Pison dans le De finibus[9]. Il remonte à Platon, pour qui le bonheur ne peut être atteint que par l'être à sa perfection. Sans vertu, le bonheur n'est pas possible.

Cicéron recours à des exemples historiques, pour montrer que l'homme injuste ne peut connaître le bonheur. Après un rappel de Cinna et de Marius que le pouvoir brutal n'a pas rendu plus heureux (Tusculane V, XIX), il s'attarde longuement (Tusculane V, XX-XXII) sur la figure de Denys l'Ancien, tyran de Syracuse, doué de grandes qualités mais se condamnant lui-même à la solitude du pouvoir, vivant malheureux du fait de ses injustices. Ce portrait de tyran renvoie implicitement une fois de plus à César, tempérant, énergique, maître suprême dans sa ville et solitaire[6].

La conférence donne souvent l’impression de ne pas aller droit au but. Les mêmes exemples peuvent servir plusieurs fois. Des digressions apparaissent, soulignées par Cicéron lui-même.

Ce désordre apparent obéit à des motifs pédagogiques et littéraires : il ne s’agit pas d’un discours prononcé au tribunal pour montrer qui est le coupable ; il faut amener l’interlocuteur à réfléchir en présentant la même question sous différents aspects ; car en philosophie, il n’y a pas de vérité absolue, ni de réponse universelle et parfaite sur le plan moral. Les Tusculanes suivent donc un rythme qui correspond à celui de la promenade que font le maître et son disciple.

Editions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Grimal 1986, p. 358
  2. Cicéron, Ad Atticum, XIII, 9, 4
  3. Lévy 2002, p. 23
  4. a et b Muller 1990, p. 254
  5. Lévy 2002, p. 27
  6. a, b, c, d, e et f Grimal 1986, p. 360-361
  7. Lévy 2002, p. 28
  8. Cicéron, Tusculanes, III, 3
  9. Lévy 2002, p. 29

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Cicéron, œuvres complètes, tome III, Tusculanes, 1848, Paris, lire en ligne
  • Cicéron, Tusculanes, Les Belles Lettres,‎ 2003

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Yasmina Benferhat, « « Cum scriberem contra Epicureos... » Cicéron et l'épicurisme dans les Tusculanes I-II », Vita Latina, no 164,‎ 2001, p. 21-35 (lire en ligne)
  • Carlos Lévy, « Les Tusculanes et le dialogue cicéronien : exemple ou exception », Vita Latina, no 166,‎ 2002, p. 23-31 (lire en ligne)