Hippase de Métaponte

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Hippase de Métaponte

Hippase de Métaponte est un philosophe et mathématicien grec pythagoricien, qui aurait vécu autour de 500 av. J.-C., mais duquel très peu de choses sont connues. Son nom est souvent associé à la découverte de l'existence de grandeurs incommensurables (on dirait aujourd'hui que le rapport de deux telles grandeurs est un nombre irrationnel), ceci suivant des sources tardives. Celles-ci sont cependant peu cohérentes entre elles, et que ce que la tradition attribue à Hippase peut résulter d'amalgames avec d'autres personnages[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Hippase de Métaponte est cité une seule fois, brièvement, par Aristote, pour lui attribuer la croyance semblable à celle d'Héraclite, que le principe cosmique est le Feu. Les autres sources sont postérieures de plus de quatre siècles : Théon de Smyrne, Jamblique, Boèce, Clément d'Alexandrie (qui le nomme, avec d'autres, Hipparque), Aetius[2]. Le plus souvent il est bien de Métaponte. Jamblique varie suivant ses œuvres et le dit également de Sybaris, ou peut-être de Crotone[3].

Hippase de Métaponte (ou de Sybaris, ou encore de Crotone) fut un disciple de Pythagore ayant vécu à Crotone vers 530 av. J.-C. ou à Métaponte vers 500 av. J.-C. Il vouait à Pythagore une grande vénération : il ne l'appelait pas par son nom, mais « Le grand homme ». La communauté pythagoricienne distinguait les acousmatiques (plus intéressés par les préceptes moraux, centrés sur l'éthique) et les « mathématiciens » (plus intéressés par les démonstrations scientifiques, centrés sur les mathématiques), soit en degrés initiatiques soit en tendances disciplinaires ; Hippase aurait été le chef de la tendance mathématique, qui comprendra Philolaos, Archytas, Eurytos de Tarente, Eudoxe de Cnide, Simmias, Cébès[réf. nécessaire].

Il aurait été le maître d'Héraclite (actif vers 504 av. J.-C.)[réf. nécessaire].

Hippase aurait enfreint la règle de silence, en divulguant soit l'inscription des pentagones dans le cercle, soit la nature de l'incommensurable et de l'incommensurabilité. Il fut exclu de l'école, et on lui érigea un tombeau pour signifier qu'il était comme mort pour les autres pythagoriciens. Des auteurs rapportent qu'il se serait jeté dans la mer pour se punir, ou même qu'il fut jeté à la mer par ses condisciples.

« Hippasos était un Pythagoricien, mais, parce qu'il avait été le premier à divulguer par écrit comment on pouvait construire une sphère à partir de douze pentagones, il périt en mer pour avoir commis un acte d'impiété, tout en recevant la gloire comme s'il avait fait la découverte, alors que tout cela vient de 'lui' (c'est ainsi, en effet, que les Pythagoriciens désignent Pythagore). »

(Jamblique, Vie de Pythagore, § 88).

Cependant, Proclos donne une interprétation symbolique de la version où Hippase est noyé par ses condisciples :

« Les auteurs de la légende ont voulu parler par allégorie. Ils ont voulu dire que tout ce qui est irrationnel et privé de formes doit demeurer caché. Que si quelqu'âme veut pénétrer dans cette région secrète et la laisser ouverte, alors elle est entraînée dans la mer du devenir et noyée dans l'incessant mouvement de ses courants.[réf. souhaitée] »

On ne sait si la rupture entre Hippase et les pythagoriciens intervient avant ou après l'incendie qui ravagea les maisons des pythagoriciens à Crotone vers 450 av. J.-C.

Doctrine[modifier | modifier le code]

Nous n'avons que très peu de témoignages concernant sa pensée : quelques renseignements cosmologiques et mathématiques, et en acoustique.

Cosmologie[modifier | modifier le code]

Le principe est selon lui, comme pour Héraclite, le feu[4]. Du feu naissent toutes les choses qui existent par condensation et raréfaction, choses qui se dissolvent ensuite de nouveau dans ce principe. Le Tout (to pân en grec) est un, fini et mû éternellement.

En tant que principe, le feu est divin, et l'âme, en tant qu'elle participe du divin, est donc ignée[5]. Il pensait également que le nombre est « l'organe de décision du dieu artisan de l'ordre du monde »[6] et qu'il est le premier modèle de la création de l'univers.

Mathématiques[modifier | modifier le code]

Mathématicien de l'école pythagoricienne, c'est lui qui aurait découvert[7] la construction du pentagone régulier, ainsi que l'incommensurabilité[8] de la diagonale et du côté de cette figure, c'est-à-dire l'irrationalité du nombre d'or. Cette découverte est néanmoins controversée, d'autres imaginent une découverte à l'aide de la diagonale et du côté d'un carré[9].

La philosophie pythagoricienne prétend que le nombre entier et ses rapports (c'est-à-dire les fractions) expliquent le Monde. La découverte de l'incommensurabilité jeta le trouble dans la confrérie et ouvrit une profonde crise philosophique.

Acoustique[modifier | modifier le code]

L’un des principaux centres d'intérêts des Pythagoriciens aura été l'harmonie, c'est-à-dire la théorie arithmétique des intervalles musicaux. On attribue à Hippase une expérience consistant à faire varier l'accord obtenu en faisant sonner simultanément quatre disques de bronze de même diamètre mais d'épaisseurs différentes, expérience par laquelle il aurait établi que les accords consonants correspondent à des rapports d'épaisseur particuliers[10]. L'épaisseur des quatre disques était dans le rapport 1 : 1⅓: 1½: 2..

Selon l'érudit Boèce, Hippase et Euboulidès auraient ajouté deux nouveaux intervalles musicaux aux trois connus jusque-là : la double octave et l'accord de douzième[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres d'Hippase de Métaponte[modifier | modifier le code]

Il n'aurait rien écrit (selon Démétrios cité par Diogène Laërce) ; on lui attribue cependant un Traité mystique[12] qu'il aurait écrit pour s'opposer à Pythagore.

Sources sur Hippase de Métaponte[modifier | modifier le code]

Études sur Hippase de Métaponte[modifier | modifier le code]

  • (en) Walter Burkert, Lore and Science in Ancient Pythagoreanism,‎ 1962, trad. de l'all. en an., Cambridge (Mass.), HUP, 1972, p. 206-208, 455-461.
  • Jean-François Mattei, Pythagore et les Pythagoriciens, PUF, coll. "Que sais-je ?", n° 2732, 1993.
  • André Pichot, La naissance de la science, t. II : Grèce présocratique, coll. Folio, 1991.
  • Maurice Caveing, L'irrationalité dans les mathématiques grecques jusqu'à Euclide, Presses universitaires du Septentrion,‎ 1998 (ISBN 2859395393), p. 103-106
  • (de) B. L. van der Waerden, Die Pythagoreer, Zürich, Artemis-Verlag, coll. « relig. Bruderschaft & Schule der Wiss. »,‎ 1979, 505 p. (ISBN 376083650X)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Caveing 1998, p. 103
  2. Caveing 1998, p. 103-104
  3. Caveing 1998, p. 104
  4. Aristote, Métaphysique, A, 3, 984 a 7 ; ou encore Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, III, 6, "Des principes matériels".
  5. Aétius, Opinions, IV, 3, 4
  6. Jamblique, cité par Stobée, I, XLIX, 32
  7. (en) Thomas Little Heath, A History of Greek Mathematics, vol. 1 : From Thales to Euclid, CUP,‎ 2013 (1re éd. 1921) (ISBN 978-1-10806306-7, lire en ligne), p. 160.
  8. Jean-Luc Périllié Symmetria et rationalité harmonique : Origine pythagoricienne de la notion grecque de symétrie L’Harmattan (2005) (ISBN 978-2747587877) p 144
  9. O. Becker Quellen und Studien sur Geschichte der Mathematik Astronomy und Physic B 3 (1934) p 533 553
  10. Cf. van der Waerden 1979, p. 371 et suiv. ; Burkert 1962, p. 355-357. Voir aussi la contribution d’Assunta Izzo, Antonio Capizzi et Giovanni Casertano (dir.), Forme del sapere nei presocratici, Rome,‎ 1987, « Musica e numero da Ippaso ad Achita », p. 137-167, et particulièrement ici p. 139 et suiv.
  11. Boèce, De institutione musica 2,19.
  12. Diogène Laërce, VIII, 7