Nombre surréel
En mathématiques, les nombres surréels sont les éléments d'une classe incluant celle des réels et celle des nombres ordinaux transfinis, et sur laquelle a été définie une structure de corps ; ceci signifie en particulier que l'on définit des inverses des nombres ordinaux transfinis ; les ordinaux et leurs inverses sont respectivement plus grands et plus petits que n'importe quel nombre réel positif. Les surréels ne forment pas un ensemble.
Les nombres surréels ont été introduits par John Conway et popularisés par Donald Knuth en 1974 dans son livre Surreal Numbers: How Two Ex-Students Turned on to Pure Mathematics and Found Total Happiness (Les nombres surréels : comment deux ex-étudiants se mirent aux mathématiques pures et trouvèrent le bonheur total)[1].
Les nombres pseudo-réels, également introduits par Knuth, sont une sur-classe des nombres surréels, construits avec des conditions plus faibles que ces derniers.
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Nombres surréels [modifier]
Présentation [modifier]
La construction des nombres surréels est similaire à la construction des nombres réels via les coupures de Dedekind, mais utilise le concept de récurrence transfinie. Elle repose sur la construction de nouveaux nombres représentés grâce à deux ensembles de nombres déjà construits,
et
(pour left et right, gauche et droite), éventuellement vides. Le nouveau nombre ainsi construit, noté
, sera plus grand que tout nombre de
et plus petit que tout nombre de
, selon un ordre qui sera défini plus loin. Pour que cela soit possible, on impose une restriction sur
et
: il faut que chaque nombre de
soit plus petit que chaque nombre de
.
Définition [modifier]
Soient
et
deux ensembles de nombres surréels tels que :
- pour tout
et tout
, 
Alors,
est un nombre surréel.
Étant donné un nombre surréel
, on appelle
et
l'ensemble de gauche et l'ensemble de droite de
, respectivement.
Pour éviter l'inflation d'accolades, on abrégera
en
,
en
et
en
.
On constate qu'il s'agit d'une définition récurrente ; ce point sera explicité plus tard.
Ordre [modifier]
Pour que la définition ci-dessus ait un sens, il est nécessaire de définir une relation binaire (notée ≤) sur les nombres surréels.
Soient deux nombres surréels
et
.
si et seulement si pour tout
, on ne rencontre jamais
et si pour tout
, on n'a jamais
.
Là encore, cette définition est récurrente.
Cette relation ne définit qu'un pré-ordre car elle n'est pas antisymétrique (on peut avoir
et
sans que
, c'est le cas par exemple avec
et
). Pour contourner ce problème, on définit une nouvelle relation sur les nombres surréels :
.
Il s'agit d'une relation d'équivalence et l'ordre induit par
sur les classes d'équivalences est un ordre total, une classe d'équivalence pouvant alors être considérée comme un nombre unique.
Opérations [modifier]
- On définit l'addition de deux nombres surréels par :
- avec
et
.
- La négation :
- avec
.
- Quant à la multiplication de deux nombres surréels :
- avec
.
Il est possible de montrer que ces opérations sont bien définies sur les nombres surréels. On peut les généraliser sans ambiguïté aux classes d'équivalence définies plus haut par :
- Si
et
, alors
,
et
.
Finalement, on peut montrer que ces opérations sur les classes d'équivalence définissent un corps ordonné, à ceci près qu'elles ne forment pas un ensemble, mais une classe propre. Il est possible de montrer qu'il s'agit du plus grand corps ordonné, c'est-à-dire que tout corps ordonné peut y être plongé (en respectant sa structure) ; en particulier, ce corps est réel clos.
À partir de maintenant, on ne fera plus la distinction entre un nombre surréel et sa classe d'équivalence et on appellera directement cette dernière nombre surréel.
Construction [modifier]
On l'a vu, les deux définitions précédentes utilisent le principe de récurrence. Il est possible d'utiliser la récurrence ordinaire, mais il est plus intéressant de prendre en compte la récurrence transfinie.
Il peut sembler également nécessaire de créer un nombre surréel afin d'initier la récurrence[2] ;
peut être défini grâce à l'ensemble vide et répond à cette fonction.
Désignons par
, pour un ordinal
, l'ensemble des nombres surréels créés à l'étape
de la récurrence, en prenant
. On appelle date de naissance d'un nombre surréel
le plus petit ordinal
tel que
.
Les nombres surréels créés en un nombre fini d'étapes (par un raisonnement de récurrence ordinaire, donc) sont assimilés aux rationnels dyadiques (c'est-à-dire les nombres
où p et n sont entiers).
Exemples [modifier]
On définit de proche en proche :
- Les entiers :

et 
et 

.
- Les nombres dyadiques :
- Les autres nombres rationnels, comme coupures entre deux ensembles de nombres dyadiques, de la même façon que les nombres irrationnels sont définis comme coupures entre rationnels.
- Des infiniments grands, comme les ordinaux :
qui est plus grand que n'importe quel nombre entier

- et aussi de nouveaux objets infiniments grands qui ne sont pas des ordinaux, comme



(Attention : les opérations définies plus haut sur les surréels ne sont pas les opérations usuelles sur les ordinaux ; ainsi, la multiplication ordinale n'est pas commutative, contrairement à celle des surréels).
- Des infiniments petits :
qui est strictement positif mais inférieur à tout
, pour
entier positif.
On peut montrer que
.
- Mais aussi des objets plus inattendus, comme
, qui est infiniment grand, mais beaucoup plus petit que tous les
, par exemple.
Nombres pseudo-réels [modifier]
On obtient les nombres pseudo-réels (pseudo-real numbers selon la terminologie de Knuth) au lieu des nombres surréels si on enlève la condition qu'aucun élément de l'ensemble de droite ne peut être inférieur où égal à un élément quelconque de l'ensemble de gauche. Les nombres surréels forment un sous-ensemble des nombres pseudo-réels.
Ces nombres pseudo-réels peuvent s'interpréter comme les valeurs de certains jeux. Ils sont à la base de la théorie des jeux combinatoires initiée par John Conway.
Voir aussi [modifier]
Liens externes [modifier]
- (fr) Les nombres surréels - traduction en français du livre de Donald Knuth (fichier PDF)
- (fr) Surréalisme mathématique Revue Pour la Science N°372 - octobre 2008.
Bibliographie [modifier]
- (en) Donald Ervin Knuth, Surreal Numbers: How Two Ex-Students Turned on to Pure Mathematics and Found Total Happiness : A Mathematical Novelette, Addison-Wesley Professional (1974) - ISBN 0-201-03812-9
- (en) John Horton Conway, On Numbers and Games, deuxième édition, AK Peters (2001) - ISBN 1-56881-127-6.
Notes et références [modifier]
- Donald Ervin Knuth, Surreal Numbers: How Two Ex-Students Turned on to Pure Mathematics and Found Total Happiness : A Mathematical Novelette, Addison-Wesley Professional (1974) - ISBN 0-201-03812-9
- En réalité, ce n'est pas nécessaire si l'on applique correctement la définition de l'ensemble vide ; voir l'article récurrence transfinie pour plus de détails à ce sujet
et tout
, 
.
et
.
.
.
et
, alors
,
et
.
et 
et 

.


qui est plus grand que n'importe quel nombre entier




qui est strictement positif mais inférieur à tout
, pour
, qui est infiniment grand, mais beaucoup plus petit que tous les
, par exemple.
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