Nana (roman)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Nana.
Nana
Image illustrative de l'article Nana (roman)

Auteur Émile Zola
Genre Roman
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Paris
Éditeur G. Charpentier
Date de parution 1880
Chronologie
Précédent Une page d’amour Pot-Bouille Suivant

Nana est un roman d’Émile Zola publié par Georges Charpentier en février 1880, le neuvième de la série les Rougon-Macquart, traitant du thème de la prostitution féminine à travers le parcours d’une lorette puis cocotte dont les charmes ont affolé les plus hauts dignitaires du Second Empire. Le récit, présenté comme la suite de L'Assommoir, est d'abord publié sous forme de feuilleton dans Le Voltaire du 16 octobre 1879 au 5 février 1880, puis en volume chez Charpentier, le 14 février 1880[1].

L’histoire commence en 1868 et dépeint deux catégories sociales symboliques, celles des courtisanes et celles des noceurs. Zola, chef de file du mouvement naturaliste, montre la société telle qu’elle était mais choisit aussi ce sujet scandaleux car il fait vendre, 55 000 exemplaires du texte de Charpentier étant vendus dès le premier jour de sa publication[2]. Le personnage de Nana a surtout été inspiré à Zola par Blanche d'Antigny mais le romancier y a aussi mis des éléments de Valtesse de La Bigne, Delphine de Lizy, Anna Deslions, Hortense Schneider et Cora Pearl dont il a étudié la vie[3].

Résumé[modifier | modifier le code]

Née en 1852 dans la misère du monde ouvrier, Nana est la fille de Gervaise et de Coupeau dont l’histoire est narrée dans L'Assommoir. Le début du roman la montre dans la gêne, manquant d’argent pour élever son fils Louiset qu’elle a eu à l’âge de seize ans d'un père inconnu, elle se prostitue, faisant des passes pour arrondir ses fins de mois. Ceci ne l’empêche pas d’habiter un riche appartement où l’un de ses amants, un riche marchand de Moscou, l’a installée[4]. Son ascension commence avec un rôle de Vénus qu’elle interprète dans un théâtre parisien : elle ne sait ni parler ni chanter, mais son déhanchement affole tous les hommes, qui rêvent de la posséder. C’est le cas notamment de Muffat, haut dignitaire de l’Empire, pourtant homme chaste et d’une grande piété, que Nana ruine et humilie tout au long du roman. Muffat n’est pas la seule de ses victimes : d’autres sont conduits à la ruine, en particulier Steiner, se suicident (Georges Hugon, Vandeuvres), volent (Philippe Hugon), deviennent des escrocs (Vandeuvres).

Elle se met néanmoins un moment en ménage avec un homme qu’elle aime, le comédien Fontan, un homme violent qui finit par la battre, la tromper et la mettre à la porte[5]. Elle se met alors à côtoyer la prostituée Satin, avec qui elle entretiendra une liaison (Satin s'installera chez elle, dans l'hôtel acheté par le Comte Muffat pour Nana). Après avoir épuisé toutes ses économies, elle acceptera la manne financière proposée par Muffat qui désire par-dessus tout en faire sa maîtresse. Cette liaison le mènera au bouleversement total de son être, de ses convictions dévotes, son comportement probe et ses principes intègres, il s’abaissera à une humiliation inhumaine et une complaisance révoltante, contraint d’accepter les moindres caprices de Nana qui lui fait subir les pires infamies jusqu’à lui faire accepter la foule d’amants qu’elle fréquente (n'oublions pas Satin : même si Nana se borne à dire que « cela ne compte pas », elle représente l'humiliation suprême pour Muffat, puisque les deux femmes méprisent les hommes en s'en moquant ; un soir, Nana renvoie même Muffat sur ordre de Satin), alors qu’il n’exigeait d’elle que fidélité en échange de la fortune et de l’honneur qu’il lui sacrifie[6].

Nana atteint le sommet de sa gloire lors d’un grand prix hippique auquel assistent Napoléon III et le tout-Paris, remporté par une pouliche qui porte son nom. Tout l’hippodrome crie « Nana », dans un délire tournant à la frénésie. Puis, après avoir peu à peu rejeté tous ses amants, elle quitte Paris, sans doute pour la Russie. Plus personne ne sait rien d’elle, jusqu’au moment où elle regagne la capitale. Atteinte de la petite vérole par l'intermédiaire de son fils, Nana meurt peu de temps après à 19 ans, Vénus est alors dévisagée et entourée de personnalités du théâtre, au moment où l’Empire déclare la guerre à la Prusse[7].

Édition[modifier | modifier le code]

  • Édition sur Wikisource Nana, G. Charpentier, Paris, 1881 Fac-similé disponible sur Wikisource Télécharger cette édition au format ePub

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Nana d'Édouard Manet, tableau de 1877.
  • Robert S. April, « La Mort de Nana : la petite vérole et la maladie infectieuse au temps de Zola », Excavatio, 2005, no 20 (1-2), p. 163-75.
  • Margaret Armbrust Seibert, « Nana : une autre source », Cahiers Naturalistes, 1999, no 73, p. 181-93.
  • Richard-Laurent Barnett, « Exorcizing the Beast: Deletions of Difference in Zola’s Nana », Romanische Forschungen, 1998, no 110 (3), p. 366-78.
  • Colette Becker, « Dire la femme en régime réaliste/naturaliste : du lys à 'la chienne en chaleur' », Diversités des réalismes européens : Convergences et différences, St. Ingbert, Röhrig Universitätsverlag, 2001, p. 263-75.
  • Janet L. Beizer, « Uncovering Nana: The Courtesan’s New Clothes », L’Esprit Créateur, Summer 1985, no 25 (2), p. 45-56.
  • Janice Best, « Portraits d’une 'vraie fille': Nana, tableau, roman et mise-en-scène », Les Cahiers Naturalistes, 1992, no 38 (66), p. 157-66.
  • Catherine Bordeau, « The Power of the Feminine Milieu in Zola’s Nana », Nineteenth-Century French Studies, Fall-Winter 1998-1999, no 27 (1-2), p. 96-107.
  • Peter Brooks, « Le Corps-Récit, ou Nana enfin dévoilée », Romantisme, 1989, no 18 (63), p. 66-86.
  • Peter Brooks, « Storied Bodies, or Nana at Last Unveil’d », Critical Inquiry, Autumn 1989, no 16 (1), p. 1-32.
  • Frederick Brown, « Zola and the Making of Nana », The Hudson Review, Summer 1992, no 45 (2), p. 191-217.
  • Per Buvik, « Nana et les hommes. », Les Cahiers Naturalistes, 1975, no 49, p. 105-24.
  • Roger J. B. Clark, « Nana ou l’envers du rideau. », Les Cahiers Naturalistes, 1973, no 45, p. 50-64.
  • Peter V., Conroy, Jr., « The Metaphorical Web in Zola’s Nana », University of Toronto Quarterly, 1978, no 47, p. 239-58.
  • Daniel Delas, « Etude de vocabulaire: Les Unités de compte dans Nana », Les Cahiers Naturalistes, 1968, no 35, p. 34-41.
  • (en) Therese Dolan, « Guise and Dolls : Dis/covering Power, Re/covering Nana », Nineteenth-Century French Studies, Spring-Summer 1998, no 26 (3-4), p. 368-86.
  • (en) Mary Donaldson-Evans, « Pricking the Male Ego : Pins and Needles in Flaubert, Maupassant, and Zola », Nineteenth-Century French Studies, Spring-Summer 2002, no 30 (3-4), p. 254-65.
  • (en) John J. Duffy, Jr., « Diversions: The Structure of Marginality in Nana », Nineteenth-Century French Studies, Spring-Summer 1999, no 27 (3-4), p. 366-83.
  • John J., Duffy, Jr., « Les Voix de Nana : Refoulement et rejaillissement de la sexualité », Excavatio, Fall 1993, no 2, p. 83-91.
  • (en) Phillip A. Duncan, « Genesis of the Longchamp Scene in Zola’s Nana », Modern Language Notes, décembre 1960, no 75 (8), p. 684-89.
  • Anna Gural-Migdal, « Nana, figure de l’entre et de l’autre », L’Écriture du féminin chez Zola et dans la fiction naturaliste, Bern, Peter Lang, 2003, p. 313-29.
  • (en) James F. Hamilton, « Zola’s Nana and Jeanne d’Arc: Contrary Myths and the Creative Process », USF Language Quarterly, 1980, no 19 (1-2), p. 7-10.
  • Sandrine Harismendy-Lony, « 'Vénus se décomposait': Nana, Stella (Nina) et le motif de la ruine », Excavatio, 2003, no 18 (1-2), p. 157-68.
  • (en) Francis S. Heck, « Zola’s Nana: A Source for Faulkner’s Eula Varner », Arizona Quarterly, Winter 1984, no 40 (4), p. 293-304.
  • Chantal Jennings, « La Symbolique de l’espace dans Nana », MLN, May 1973, no 88 (4), p. 764-74.
  • Chantal Jennings, « Les Trois Visages de Nana », French Review, Winter 1971, no 44 (2 (Supplément)), p. 117-28.
  • « Lecture idéologique de Nana », Jennings, Chantal Bertrand; Mosaic, 1977, no 10 (4), p. 47-54.
  • (en) Jonathan F. Krell, « Between Demon and Divinity: Mélusine Revisited », Mythosphere, 2000, no 2 (4), p. 375-96.
  • (en) Jonathan F. Krell, « Nana: Still Life, Nature morte », French Forum, janvier 1994, no 19 (1), p. 65-79.
  • Pascale Krumm, « Nana maternelle : Oxymore ? », French Review, décembre 1995, no 69 (2), p. 217-28.
  • Jean-Michel Lanskin, « Cocottes à la ville et colombes aux champs : Dichotomie spatiale dans La Dame aux camélias et Nana ou l’écologie de deux demi-mondaines », French Literature Series, 1995, no 22, p. 105-18.
  • (en) Frances McNeely Leonard, « Nana: Symbol and Action », Modern Fiction Studies, 1963, no 9, p. 149-158.
La Loge de Renoir, portrait ayant longtemps illustré l’édition de poche de Nana.
  • Bernadette C. Lintz, « De 'Nox' à 'Lux' : parcours parodiques hugoliens dans Nana », Excavatio, 2000, no 13, p. 167-79.
  • (en) Romana N. Lowe, The Fictional Female: Sacrificial Rituals and Spectacles of Writing in Baudelaire, Zola, and Cocteau, New York, Peter Lang, 1997.
  • (en) Romana N. Lowe, « Writing the Feminine in Zola », Excavatio, May 1992, no 1, p. 95-109.
  • (en) Jill N. Lundin, « Sleaze and Slime: Humidité and Liquidité in Zola’s Rougon-Macquart », Excavatio, Winter 1993, no 3, p. 62-73.
  • (en) Valerie Minogue, « Nana: The World, the Flesh and the Devil », The Cambridge Companion to Zola, Cambridge, Cambridge UP, 2007, p. 121-36.
  • Leslie Ann Minot, « Women and the Commune: Zola’s Revisions », Excavatio, 1997, no 10, p. 57-65.
  • (en) Brian Nelson, « Driven to Excess: Nana and Consumerism », Australian Journal of French Studies, May-Aug 2005, no 42 (2), p. 185-91.
  • (en) Brian Nelson, « Nana: Uses of the Female Body », Australian Journal of French Studies, Sept-décembre 2001, no 38 (3), p. 407-29.
  • Ann-Marie Eva Nilsson, « Deux Parisiennes à la campagne : Le Paradis retrouvé de Rosanette et de Nana », Utah Foreign Language Review, 1992-1993, no 70-80.
  • Alain Pages, « Rouge, jaune, vert, bleu : étude du système des couleurs dans Nana », Cahiers Naturalistes, 1975, no 49, p. 125-35.
  • (en) Katrina Perry, « Containing the Scent: 'Odor di femina' in Zola’s Nana », Cincinnati Romance Review, 1991, no 10, p. 158-68.
  • Pierre Petit, « Localisation structurale d’un roman de Zola : Nana », New Zealand Journal of French Studies, May 1984, no 5 (1), p. 19-24.
  • Sandy Petrey, « Anna-Nana-Nana : Identité sexuelle, écriture naturaliste, lectures lesbiennes », Les Cahiers Naturalistes, 1995, no 41 (69), p. 69-80.
  • Maryse Rochecouste, « Images catamorphes zoliennes: Deux chapitres de Nana », Les Cahiers Naturalistes, 1986, no 60, p. 105-112.
  • Karl Rosen, « Émile Zola and Homosexuality », Excavatio, Fall 1993, no 2, p. 111-15.
  • Eléonore Roy-Reverzy, « Nana, ou l’inexistence : d’une écriture allégorique », Cahiers Naturalistes, 1999, no 73, p. 167-80.
  • (en) Kathryn Slott, « Narrative Tension in the Representation of Women in Zola’s L’Assommoir and Nana », L’Esprit Créateur, Winter 1985, no 25 (4), p. 93-104.
  • (en) Sylvie Thorel-Cailleteau, « Nana (Nana, Émile Zola, 1880) », The Novel: Volume 2: Forms and Themes, Princeton, Princeton UP, 2006, p. 541-47.
  • (en) Adeline R. Tintner, « What Zola’s Nana Owes to Manet’s Nana », Iris: Notes in the Hist. of Art, décembre 1983, no 2: 8, p. 15-16.
  • (en) Agnieszka Tworek, « Nana e(n ana)morphose », Excavatio, 2004, no 19 (1-2), p. 26-38.
  • (en) Noël M. Valis, « The Presence of Nana in Clarín’s 'La mosca sabia' », LA CHISPA '83: Selected Proceedings, New Orleans, Tulane Univ., 1983, p. 287-96.
  • Alexandrine Viboud, « Zola et la BD pour adultes », Cahiers Naturalistes, 2003, no 77, p. 313-18.
  • (en) Robert M. Viti, « A Woman’s Time, A Lady’s Place: Nana and Au Bonheur des Dames », Symposium, Winter 1990-1991, no 44 (4), p. 291-300.
  • (en) Anca Vlasopolos, « Seductive Certainties: Nana and Nascent Eugenic Sciences », Excavatio, 2000, no 13, p. 229-35.
  • Marcel Vuillaume, « La Signalisation du style indirect libre », Le Style indirect libre et ses contextes Amsterdam, Rodopi, 2000, p. 107-30.
  • (en) Holly Woodson Waddell, « 'Et elle tomba en vierge': Venus and the Modern Mother in Zola’s Nana », Excavatio, 2001, no 15 (3-4), p. 74-91.
  • Frank Wagner, « Nana en son miroir », Cahiers Naturalistes, 2001, no 75, p. 71-86.
  • Jeremy Wallace, « Baudelaire, Zola, et la femme-charogne », L’Écriture du féminin chez Zola et dans la fiction naturaliste, Bern, Peter Lang, 2003, p. 357-69.
  • (en) Jill Warren, « Zola’s View of Prostitution in Nana », The Image of the Prostitute in Modern Literature, New York, Ungar, 1984, p. 29-41.
  • Peter Michael Wetherill, « Visions de Paris : Béraud et Zola-confrontations », Nineteenth-Century French Studies, Winter 2007, no 35 (2), p. 424-38.
  • Jeremy Worth, « Le Grotesque et le néant : L’Enfant-adulte et l’adulte-enfant dans L’Assommoir et Nana », Excavatio, 2001, no 15 (3-4), p. 1-11.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Le roman a souvent été adapté au cinéma et au théâtre. On peut retenir notamment une première adaptation en Suède en 1910 par Kund Lumbye. Un autre Suédois, Mac Ahlberg, a traité le sujet en 1970. Entretemps, on notera surtout l’adaptation de Jean Renoir en 1926 (voir Nana) et celle de Christian-Jaque (1955), avec Martine Carol et Charles Boyer (voir Nana). Une version anglaise Nana a été tournée à Hollywood en 1934. Plus récemment, Nana a été adapté à la télévision, en 1981, sous forme d’un feuilleton en six épisodes réalisé par Maurice Cazeneuve et, en 2001, sous forme d’un feuilleton en deux parties réalisé par Édouard Molinaro.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Juliette Vion-Dury, Destinées féminines dans le contexte du naturalisme européen, Éditions Sedes,‎ 2008, p. 37
  2. Marie-Aude de Langenhagen, Gilbert Guislain, Zola, Studyrama,‎ 2005, p. 30
  3. Jacques Robichon, Le roman des chefs-d'œuvre, Perrin,‎ 1969, p. 439
  4. Philippe Hamon, Alexandrine Viboud, Dictionnaire thématique du roman de mœurs en France, 1814-1914, Presses Sorbonne Nouvelle,‎ 2008, p. 296
  5. Anna Gural-Migdal, L'écriture du féminin chez Zola et dans la fiction naturaliste, Peter Lang,‎ 2004, p. 33
  6. Maryse Adam-Maillet, Étude sur Zola et le roman, Ellipses-Marketing,‎ 2000, p. 64-68
  7. Éléonore Reverzy, Nana d'Émile Zola, Éditions Gallimard,‎ 2008, p. 126

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :