Mines de charbon des Cévennes

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Les Mines de charbon des Cévennes furent parmi les premières de France et en représentaient au XVIIIe siècle les plus prometteuses, après la compagnie des mines d'Anzin, mais se heurtèrent aux problèmes de transport et de droits de propriété.

Chevalement de la mine Puits Ricard à La Grand-Combe
Mine de Ladrecht à Saint-Martin-de-Valgalgues au nord d'Alès, chevalement du puits Fontanes

Géologie[modifier | modifier le code]

Comme la plupart des bassins houillers de France, le charbon est contenu dans des strates sédimentaires détritiques de milieu continental, datant du Carbonifère.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Cendras en 1230[modifier | modifier le code]

Les mines de charbon des Cévennes ont été exploitées en tout premier lieu par l'abbaye de Cendras, fondée au Xe siècle sur les restes d'une villa romaine, qui réunira au sommet de son activité 80 moines et 150 frères. Le document par lequel, vers 1230, l'abbé Bernard de Soucanton affecta à l'infirmerie du monastère une rente annuelle prélevée sur le cens que lui versaient les exploitants de la « terre noire », constitue leur première mention connue. Ce n'est que plus tard, en 1321, que d’autres écrits apportent la preuve que le charbon est extrait à Roche-la-Molière près de Saint-Étienne (Loire). Cependant, des écrits de 1206 concernent une vente de biens comprenant une exploitation houillère dans la région de Boussagues, Hérault.

En 1647, des fermiers des mines de charbon dans le bassin d'Alès se réunissent au sein d'un syndicat concurrent des petits exploitants contraints de vendre à bas prix. Un arrêt du conseil daté du 13 mai 1698 stipule que « Tous les propriétaires de terres ouvertes ou non ouvertes peuvent les exploiter à leur profit ». Mais, dans le Gard, cette décision reste lettre morte. Les guerres de religion entraînent l'abandon des mines, leur mise à sac et la destruction des industries annexes de l'exploitation du charbon[1].

L'arrêt du 14 janvier 1744, qui institue une première règlementation des mines de charbon, oblige les exploitants à faire des demandes de concession. Mais cette loi est peu respectée dans le département[1]. En 1760, on compte une quinzaine de petites sociétés minières dans la région[2].

Un minéralogiste ambitieux, qui utilise la traction animale dans les galeries[modifier | modifier le code]

En 1764, le minéralogiste Pierre-François Tubeuf, venu de Normandie se lance dans l'exploitation minière. Il acquiert une grande expérience en Bretagne puis à la mine de charbon Cransac, dans le bassin de Decazeville, (Aveyron), région alors appelée le Rouergue, pour des compagnies minières. Il y a créé les premiers chevalements et introduit le roulage au fond de la mine en utilisant la traction animale dans les petites tailles, s’inspirant des chiens de traîneaux. Il aussi obtenu une concession de 1 an à Saint-Paulet-de-Caisson, près du Comtat Venaissin. Après quelques visites dans les basses Cévennes, il constate la richesse minière de cette zone et demande une concession au roi, car elle lui paraît la plus intéressante.

Le 24 mars 1774, il obtient finalement du roi Louis XV la concession exclusive pour 30 ans de l'exploitation des mines du Gard dans la région d'Alès, Saint-Ambroix, Uzès, Pont-Saint-Esprit, Villefort[3], Anduze, ce qui inclut une zone de plus de 3 000 kilomètres carrés. Il doit en retour dédommager les propriétaires de terrains et verser 800 livres par an à l'École royale des mines. « C'est le passage de petites exploitations artisanales composées de quelques ouvriers à des concessions de type capitaliste »[4]. Il obtient aussi la concession pour 30 ans des futures mines de Rochebelle. Pour la première fois en Cévennes, du personnel spécialisé, venant d'Allemagne ou d'Angleterre, est engagé pour creuser les puits et mettre en place des systèmes de drainage et de ventilation. Certains puits atteignent 200 pieds de profondeur.

La guerre contre le duc de Castries, ministre du roi[modifier | modifier le code]

Mais le conseil de ville vote en 1777 une protestation contre la demande de Tubeuf, concessionnaire, de faire fermer les ouvertures par lesquelles les habitants allaient chercher eux-mêmes du charbon, dans des mines artisanales et dangereuses. Un long conflit s'engage.

Pierre-François Tubeuf est chassé à coups de pierre, en 1784 au château de Trouillas par les propriétaires de la région et les hommes de main du maréchal de Castries, maréchal de France et ministre du roi, qui afferme la mine de Trouillas à un petit exploitant[5] puis rachète le comté d'Alès en vue de s'allier avec les petits producteurs locaux que Pierre-François Tubeuf concurrençait[6]. Tubeuf est même gravement blessé, perdant un œil dans l'affrontement.

Devant la résistance contre le nouvel exploitant, un arrêt du roi sursoit à la prise de possession des mines par Tubeuf, qui part en Amérique : le duc de Castries récupère à son profit, en 1786, les mines de charbon dépossédées de Tubeuf. Mais il revient en 1790 racheter son bien. En 1820, la femme de Pierre-François Tubeuf et son fils récupèrent la mine de Rochebelle[2], puis font construire une verrerie et le château de Traquette.

La ligne de chemin de fer bouleverse la donne[modifier | modifier le code]

Les moyens de transport ont toujours manqué[7]. Le charbon sort sur des sentiers muletiers et le trajet augmente son coût d'au moins 75 %. L'exploitation sera surtout stimulée dans les années suivant l'achèvement en 1839 de la voie ferrée de la Compagnie des Mines de la Grand’Combe et des chemins de fer du Gard entre La Grand-Combe et Beaucaire (une des premières en France) grâce à Paulin Talabot, polytechnicien, qui est allé s’informer en Angleterre auprès de Robert et George Stephenson sur l’industrie ferroviaire. La gare de Ners, entre Nîmes et Alès, d’architecture en vogue à l’époque en Angleterre, n’est sans doute pas sans rappeler cette influence.

En 1828, la création des forges et fonderies de Tamaris, puis de la société civile de Rochebelle et Trélys aboutit en 1834 à l'absorption par la Cie des Fonderies et Forges d'Alais qui exploite principalement pour ses usines, tandis que la compagnie des mines de la Grand-Combe regroupe en 1836, à l'initiative de Paulin Talabot la compagnie houillère de Bessèges qui reprend les concessions de madame de Suffren et la Cie des mines de Rochebelle créée par le maréchal Soult au début des années 1830 pour l'exploration du domaine de François Pierre de Tubœuf. La Cie des Mines de Portes et Sénéchas sera ensuite développée en 1854 par le financier Jules Mirès.

Record de production après la nationalisation de 1946[modifier | modifier le code]

Le décret du 28 juin 1946 et les lois de nationalisation instituant les Houillères de Bassin des Cévennes transfèrent à l'État 8 sociétés : Compagnie des houillères de Bessèges, Société des mines de Cessous, Compagnie des mines de la Grand-Combe, société des Houillères du Nord d'Alès, société des houillères de Rochebelle, houillères de Lalle (appartenant à M. Auguste Leydier) et houillères de Trélys et Palmasalade qui appartiennent à la compagnie des mines, fonderies et forges d'Alès. Le décret du 16 mai 1947 viendra y adjoindre quatre concessions appartenant à l'État : Olympie, Malataverne, Les Pinèdes (Gard) et Doulovy (Ardèche).

Un record de production est atteint en 1958 : 3,3 millions de tonnes avec un effectif de 20 000 ouvriers sur l'ensemble du bassin houiller d'Alès - La Grand-Combe. Mais la fermeture du puits des Oules en 1985 marque la fin de l'exploitation du charbon dans les Cévennes. Entre 1954 et 2008, la population de La Grand-Combe est divisée par trois. Le 16 avril 1968, les HBC sont intégrées dans les Houillères de Bassin du Centre-Midi et deviennent « Unité d'Exploitation (UE) du Gard ».


Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]