L'Estaca

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L'Estaca

Single de Lluís Llach
Face A 'Cop de destral. Cançó sense fi.'
Face B 'Per un tros del teu cos. L'estaca.'
Sortie en 1968
Genre Chanson catalane
Auteur Lluís Llach
Compositeur Lluís Llach
Producteur Concèntric

L'Estaca (c'est-à-dire « le pieu » en catalan) est une chanson composée par le chanteur Lluís Llach en 1968.

Composée durant la dictature du général Franco en Espagne, c'est un cri à l'unité d'action pour se libérer de l'oppression, pour atteindre la liberté. D'abord symbole de la lutte contre l'oppression franquiste en Catalogne, elle est devenue un symbole de la lutte pour la liberté.

Extrêmement populaire en Catalogne aujourd'hui, au point d'être considérée comme partie du folklore populaire, elle a aussi connu un destin international. Elle a eu plusieurs interprétations différentes et a été traduite en plus de cinquante langues - français, occitan, basque, corse, allemand, polonais[1], espéranto[2]...

Paroles[modifier | modifier le code]

Le piano du Mas Pi à Verges, où Lluís Llach a composé l'Estaca.

Les paroles évoquent, en prenant la métaphore d'une corde attachée à un pieu (estaca en catalan), le combat des hommes pour la liberté[3].

La scène se passe à l'aube, tandis que le narrateur de la chanson se remémore les paroles d'une conversation entre grand-père Siset (avi Siset) et lui. Il demande au grand-père Siset : « Ne voyez-vous pas le pieu auquel nous sommes tous liés ? Si nous ne pouvons pas nous en défaire, nous ne pourrons jamais avancer » (No veus l'estaca a on estem tots lligats? Si no podem desfer-la mai no podrem caminar). D'après Siset, seule une action commune peut apporter la liberté : « Si nous tirons tous, il va tomber, si je tire fort vers ici, et que tu tires fort par là, il est certain qu'il tombe, tombe, tombe, et nous pourrons nous libérer » (Si estirem tots, ella caurà, si jo estiro fort per aquí i tu l'estires fort per allà, segur que tomba, tomba, tomba, i ens podrem alliberar).

L'interlocuteur de grand-père Siset insiste sur la difficulté du combat pour la liberté, qui ne demande pas de répit et des efforts : « Mais, Siset, ça fait longtemps déjà, mes mains à vif sont écorchées, et alors que mes forces me quittent, il est plus large et plus haut » (Però, Siset, fa molt temps ja, les mans se'm van escorxant, i quan la força se me'n va ella és més ampla i més gran).

L'idée d'une nécessaire prise de conscience collective pour obtenir la liberté clôt la chanson. Dans la dernière strophe, une fois grand-père Siset mort, son interlocuteur devient responsable de la diffusion des idées de liberté et de lutte auprès des nouvelles générations : « Et quand passent d'autres valets, je lève la tête pour chanter le dernier chant de Siset, le dernier qu'il m'ait appris » (I mentre passen els nous vailets, estiro el coll per cantar el darrer cant d'en Siset, el darrer que em va ensenyar).

Avi Siset[modifier | modifier le code]

Le grand-père Siset, personnage principal de la chanson, est inspiré d'un personnage réel, Narcís Llansa i Tubau, surnommé avi Llansa (« papi Llansa »), vell Llansa (« le vieux Llansa ») ou Siset Llansa. Originaire de Tortellà, dans le nord de la province de Gérone, il était barbier à Besalú.

Ne cachant pas ses opinions, il était connu pour être républicain, catalaniste et anticlérical, et faire de sa boutique un lieu de débat politique. Lorsque la république fut proclamée en 1931, il fut élu conseiller municipal sous l'étiquette d'ERC, la gauche républicaine catalane[1]. Suite à la guerre civile, il fut soumis à diverses humiliations : forcé à nettoyer les églises et à assister aux messes. Il n'échappa finalement à ses obligations qu'en prétextant que le dimanche était le jour où il était le plus chargé de travail comme barbier[4].

À partir du début des années 1960, il passa ses étés dans la maison de sa deuxième fille, à Verges. C'est là que le jeune Lluís Llach, fils du médecin et maire — franquiste — du village, et ami de son petit-fils Ponç Feliu, l'aurait connu, en jouant au jeu de la botifarra, une variante catalane de la manille[1]. Le vieil homme et l’adolescent passent du temps ensemble, en particulier à pêcher. C'est lors de ces parties de pêche près du Ter que le grand-père Siset ouvre les yeux de Lluís Llach sur les fondements et la réalité du régime franquiste.

En 1968, Lluís Llach écrivit les paroles de la chanson, s'inspirant des conversations qu'il avait eues avec Siset[1]. Il dit par ailleurs de lui : « Siset me parlait toujours avec le regard droit et les yeux lumineux d'un homme bon »[5].

Versions[modifier | modifier le code]

En catalan[modifier | modifier le code]

La chanson de Lluis Llach a été reprise dans son texte catalan par Zebda, qui l'a inclus dans son album Motivés de 1998, où la chanson côtoie d'autres chansons à caractère révolutionnaire ou résistant. Les Femmouzes T. la reprennent en 2005 dans leur album Tripopular, tout comme Jean-Bernard Plantevin en 2007 dans son album Cigalejado. Enfin, la chanson, toujours dans sa version catalane, a été choisie comme hymne officieux du club de rugby à XV de Perpignan, l'USAP.

Traductions et adaptations[modifier | modifier le code]

La chanson a aussi été plusieurs fois traduites en langues étrangères. On peut remarquer les versions françaises du chanteur engagé Marc Ogeret, sous le titre l'Estaque, et de Marc Robine, sous le titre le Pieu. Le groupe de musique corse I Chjami Aghjalesi l'interprète en langue corse sous le titre A Catena (la chaîne). Enfin, le syndicat polonais Solidarność l'a adopté comme son hymne dans sa version de Jacek Kaczmarski, Mury (les murs)[6].Le chanteur basque Gorka Knorr la reprend également sous le titre Agurre Zaharra dans son album Txalaparta en 1976, avec un caractère autonomiste et anti-franquiste.

Le chanteur tunisien Yasser Jeradi a repris la mélodie, accompagnée de paroles mélancoliques en arabe tunisien, spécifiquement en darja. Sous le titre Dima Dima, elle a également été chantée par Amel Mathlouthi. Une nouvelle version de Dima, dima, par Lakadjina et Yasser Jeradi, connait un relatif succès durant la révolution tunisienne de 2011[7].

Le chanteur occitan, Patric, l'a intégrée, dans une version occitane dans son dernier disque, paru en 2010, Colors.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Xevi Planas, « Una cançó que volta el món », Vilaweb, 28 décembre 2003.
  2. http://satesperanto.org/La-Paliso.html
  3. Paroles de l'Estaca, sur la page officielle de Lluís Llach.
  4. Ponç Feliu, « Tomba, tomba, avi Siset », El Mundo, 26 janvier 2004.
  5. Lluís Llach, « Un home bo, humil i lliure, amb una mirada ferma i uns ulls lluminosos », vilaweb.cat, 28 décembre 2003.
  6. Version polonaise de Mury en mp3.
  7. M. Serena, « Los islamistas se presentan como favoritos en los comicios tunecinos », Público, 22 octobre 2011

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]