Gustavo Durán

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Gustavo Durán Martínez (1906–1969) est un musicien espagnol, qui fut aussi militaire, écrivain et un diplomate.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né à Barcelone en 1906, il étudie très tôt le piano au Conservatoire Royal de Madrid sous Manuel de Falla et Joaquín Turina . Pendant ses études, il côtoye le large et diffus mouvement culturel espagnol appelé "Generación del 27" (Génération de 27) et a pour amis les autres pensionnaires de la Residencia de Estudiantes[1] : Federico García Lorca[2], Salvador Dalí, Buñuel, Rafael Alberti (dont il a mis les poèmes en musique).

La Residencia de Estudiantes, ensemble de constructions de style néomudéjar édifiées à partir de 1915 au nord de Madrid, a été le foyer de la "Edad de Plata Española" [3] ("Âge d'Argent des Lettres et Sciences Espagnoles"), fleurissement culturel très actif jusqu'en 1939 - ainsi qu'un centre de résistance lors de la bataille de la Cité universitaire de Madrid

Durán dédie sa première composition musicale, "El corazón de Hafiz" (Le cœur de Hafiz) au poète de Grenade, Federico García Lorca.

En 1927 il compose un ballet "Fandango del Candil", ("Fandango du lumignon") pour la fameuse Antonia Mercé (La Argentina (danseuse) , célèbre ballerine et chorégraphe, muse de l'avant-garde musicale espagnole, et il l'accompagne pendant sa tournée en Europe.

En 1929 il séjourne à Paris et étudie sous Paul Dukas et Paul Le Flem de la Schola Cantorum , rencontre Alejo Carpentier, Anaïs Nin, Ernest Hemingway, Ilya Ehrenbourg.

En 1933, il se détourne de la musique : de retour à Madrid, il est employé de la branche espagnole de la Paramount Pictures et travaille aussi pour la Fono-Espana, Inc. : il double des films [4] pour le marché latino-américain avec son ami Luis Buñuel [5] .

Il se rend plusieurs fois aux Îles Canaries, et sert de modèle au peintre canarien Néstor Martín-Fernández de la Torre, qui réalise sa grande œuvre Poema del Atlántico, (exposée au Musée de Las Palmas)

Sur le plan politique, influencé par Rafael Alberti, il devient une des figures de "La Motorizada", la section motorisée du mouvement des jeunes socialistes de Prieto[6].

Guerre civile espagnole[modifier | modifier le code]

Durán s'engage dans l'armée républicaine espagnole ("Quinto Regimiento de Milicias Populares") le 18 juillet 1936, et il y restera presque jusqu'à la fin de la guerre[7].

Il rejoint le PCE, devient chef d'état-major d'Emilio Kléber (Manfred Stern) [8] , participe à l'arrestation des officiers putchistes qui s'étaient révoltés contre la République [5] et à la défense de la capitale lors de la bataille de Madrid (novembre 1936).

Il retrouve Ernest Hemingway (qu'il avait connu à Paris) lorsque l'écrivain est envoyé spécial de la NANA (North American Newspaper Alliance) en reportage sur la guerre civile espagnole. Durán prend la tête de la 69e Brigade mixte engagée dans la Seconde Bataille de la route de La Corogne[6] et dans l'offensive sur Segovia[9] . Lors de la Bataille de Brunete il commande la 69e Division[10] ; il combat aussi à Teruel.

Il couvre la retraite des Républicains pendant l' offensive d'Aragon lancée par les nationalistes [11] , et est l'un de ceux qui défend la Ligne XYZ en 1938[12],[13].

Attiré par Alexandre Orlov, un des chefs des services secrets soviétiques en Espagne, Durán sert aussi (brièvement, et malgré l'opposition du ministre de la Défense nationale Indalecio Prieto) dans le Servicio de Investigación Militar, comme chef de la section renseignement de l'Armée du Centre[14]. Ayant fait preuve d'insubordination, il revient à l'armée, et retourne à la 47e Division.

En 1938, il est nommé colonel et affecté à la défense de Valence.

En mars 1939, lorsque les troupes du général Franco atteignent Valence lors de la "Ofensiva del Levante" , Durán parvient à quitter l'Espagne sur un destroyer britannique, et arrive à Marseille .

Il part ensuite à Londres, séjourne à Dartington Hall [15]. Le 4 décembre 1939, il épouse une riche américaine, Bontë Romilly Crompton[16].

Carrière américaine[modifier | modifier le code]

En mai 1940, Durán arrive aux États-Unis. Sa belle-sœur, Belinda Crompton, est l'épouse de Michael Straight (1916-2004), un riche américain formé à Oxford [17]. Les Crompton et les Straight introduisent Durán dans les milieux intellectuels et artistiques américains, et lui procurent un poste au MoMA (Museum of Modern Art) de New York, section des "Affaires Inter-Américaines" (il y retrouve Luis Buñuel qui travaille à la cinémathèque) , puis à l' OEA (Organisation des États américains) , section "musique" . En 1942, il reçoit la nationalité américaine.

Comme l'écrit Horacio Vázquez Rial dans son livre "El soldado de porcelana" : "Blond, de beaux yeux bleus, d'une élégance raffinée touchant à l'affectation, séducteur, s'exprimant en anglais, français, italien, allemand et russe, doté d'un réel talent pour la musique et d'une mémoire prodigieuse, Durán ne pouvait manquer d'intéresser n'importe quel service de renseignement." [18]


Il est alors affecté, à la demande de son ami Hemingway, à l'ambassade américaine à La Havane (Cuba)[19], où il coordonne la lutte contre les franquistes sympathisants des hitlériens (voir l'article Pilar (yacht)).

En mai 1945, il est assistant de l'ambassadeur Spruille Braden à l'ambassade américaine à Buenos Aires . Il retrouve Rafael Alberti et María Teresa León, qui l'introduisent dans le monde culturel argentin, où règne l'incontournable Victoria Ocampo . Il diffuse son réquisitoire contre Perón : le "Libro Azul" (Livre Bleu) , dans lequel il dévoile les sympathies du futur dictateur pour les nazis et essaye de l'empêcher d'accéder au pouvoir. Mais Perón répondra par son slogan "¡O Braden o Perón!" , et en publiant son "Libro Azul y Blanco", et l'emportera en se présentant comme le champion de l'indépendance nationale contre la tentative de mainmise de l'impérialisme américain.

Carrière aux Nations unies[modifier | modifier le code]

En octobre 1946, Durán démissionne de son poste d'"assistant spécial" auprès de l' Assistant Secretary of State et entre aux Nations unies comme responsable de la branche sociale du "Bureau des Réfugiés"[19].

La même année il est accusé par le député J. Parnell Thomas d'être un agent des services secrets soviétiques et un membre du Komintern.

En 1951, le sénateur Joseph McCarthy, s'appuyant sur un article du journal phalangiste Arriba, accuse Durán d'avoir été un membre du PCE et du SIM et de garder des sympathies pro-communistes [19].

Durán participe à la formation de l' Unesco, du CEPALC (Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes) et est envoyé en mission au Congo (Léopoldville) en 1960.

Il était représentant des Nations Unies en Grèce, quand il meurt à Athènes en 1969.

Sa fille, la poètesse Jane Durán, a fait don des archives de son père au centre de documentation de la Residencia de Estudiantes.

Ses biographes (cf infra) ont parlé à propos de Durán de "soldat de porcelaine" (pour son aspect soigné au milieu d'une armée républicaine en haillons) , d'"intellectuel en armes" , d'"espagnol à multiples facettes", et de "prélude inachevé" (dans le domaine musical, à partir de 1933 cet ex-enfant prodige n'a joué et composé que pour lui et pour ses amis).

Modèle de personnages de fiction[modifier | modifier le code]

Durán a inspiré des personnages de Pour qui sonne le glas d'Hemingway (Durán) , de L'Espoir d' André Malraux (Manuel García)[20] , de Campo de Sangre de Max Aub .

Ernest Hemingway, dans Pour qui sonne le glas (début du chapitre 30) , décrit ainsi Gustavo Durán : " Durán, qui n'a jamais eu de formation militaire, qui était un compositeur et un jeune homme de la ville avant le mouvement et qui est maintenant un sacré bon général qui commande une brigade. Pour Durán, tout a été aussi facile à apprendre et à comprendre que les échecs pour un enfant prodige doué pour les échecs……Sacré Durán. Ca ferait du bien de revoir Durán." [21]

Biographies[modifier | modifier le code]

  • Javier Rupérez : "Gustavo Durán en las novelas de Ernest Hemingway y André Malraux", Revista de Occidente, ISSN 0034-8635, no 307, 2006
  • Horacio Vázquez-Rial : "El soldado de porcelana" , Barcelona, Ediciones B, 1997
  • Javier Juárez : "Comandante Durán. Leyenda y tragedia de un intelectual en armas." Madrid: Debate, 2009.
  • Pedro Almeida, "Gustavo Durán (1906-1969): preludio inconcluso de la generación musical de la República: Apuntes para una bibliografía", Revista de musicología, ISSN 0210-1459, Vol. 9, núm. 2, 1986, págs. 511-544.

Références[modifier | modifier le code]

  • Beevor, Antony. The Battle for Spain. The Spanish Civil War 1936-1939. Penguin Books. London. 2006. ISBN 0-14-303765-X
  • Preston, Paul. The Spanish Civil War. Reaction, Revolution & Revenge. Harper Perennial. London. 2006.
  • Thomas, Hugh. The Spanish Civil War. Penguin Books. London. 2001. ISBN 978-0-14-101161-5

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gustavo Durán: memoria de un español polifacético, Jorge de Persia, Centro de Documentación, Residencia de Estudiantes.
  2. Preston, Paul. The Spanish Civil War. Reaction, Revolution & Revenge. Harper Perennial. London. 2006. p. 112
  3. voir l'article de WP es "Edad de Plata de las letras y ciencias españolas
  4. Thomas, Hugh. The Spanish Civil War. Penguin Books. London. 2001. p. 476-477
  5. a et b Semblanza de Gustavo Durán
  6. a et b Thomas, Hugh. The Spanish Civil War. Penguin Books. London. 2001. p. 477
  7. Voir la photographie extraite des archives du PCE : http://alfama.sim.ucm.es/greco/visualizador/frameset.htm?http://alfama.sim.ucm.es/greco/GuerraCivil/1400028.jpg, et noter les mains soignées et les ongles longs. Photo de Robert Capa ?
  8. Thomas, Hugh. The Spanish Civil War. Penguin Books. London. 2001. p. 478
  9. Beevor, Antony (2006). The Battle for Spain. The Spanish Civil War, 1936-1939. Penguin Books. p. 275-276
  10. Beevor, Antony. The Battle for Spain. The Spanish Civil War 1936-1939. Penguin Books. London. 2006. 278
  11. Preston, Paul. The Spanish Civil War. Reaction, Revolution & Revenge. Harper Perennial. London. 2006. p. 282-283
  12. Preston, Paul. The Spanish Civil War. Reaction, Revolution & Revenge. Harper Perennial. London. p. 206. p. 287
  13. Thomas, Hugh. The Spanish Civil War. Penguin Books. London. 2001. p. 810
  14. Beevor, Antony. The Battle for Spain. The Spanish Civil War 1936-1939. Penguin Books. London. 2006. 305
  15. Dartington Hall, dans le Devon est une fondation charitable orientée vers la réhabilitation sociale dans une ambiance hautement artistique et dans un cadre somptueux (cf article de WP en "Dartington Hall"
  16. (en) « BONTE R. CROMPTON IS WED IN ENGLAND; Daughter of Rye, N.Y., Couple Married to Gustavo Duran of Madrid on Dec. 4 », The New York Times,‎ 13 décembre 1939 (lire en ligne)
  17. Michael Straight en 1983 décrira dans ses mémoires (intitulées After long silence) ses liens avec les Cinq de Cambridge, un groupe de grands bourgeois britanniques qui travaillèrent pour les services secrets de l' Union soviétique pendant 40 ans.
  18. "Rubio, de bellos ojos azules, elegante hasta la afectación, seductor, expresándose en inglés, francés, italiano y alemán, con talento musical, una memoria prodigiosa y unas relaciones personales de primer nivel social, Durán debía de ser una tentación para cualquier servicio de inteligencia." Horacio Vázquez Rial, dans "El soldado de porcelana" , fragment cité par WP es
  19. a, b et c (en) « CONGRESS: Weighed in the Balance », Time,‎ 22 octobre 1951 (lire en ligne)
  20. Gustavo Durán en las novelas de Ernest Hemingway y André Malraux, Javier Rupérez Revista de Occidente, ISSN 0034-8635, no 307, 2006, pages 51-80
  21. "Durán, who never had any military training and who was a composer and a lad about town before the movement and is now a damned good general commanding a brigade. It was all as simple and easy to learn and understand to Durán as chess to a child chess prodigy……Old Durán. It would be good to see Durán again." ( Pour qui sonne le glas , début du chapitre 30)

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) « Gustavo Duran of the U.N. Dies », The New York Times,‎ 27 mars 1969, p. 47 (lire en ligne)
  • Pictures (des archives du PCE)