Alexandre Orlov

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Orlov.

Lev (Leïba) Lazarevitch Feldbine (en russe : Лев Лазаревич Фельбинг) dit Alexandre Mikhaïlovitch Orlov (en russe : Александр Михайлович Орлов), ou encore Lev Lazarevitch Nikolski (dans les registres du NKVD) ou encore aux États-Unis, Igor Berg, est un espion soviétique né le 21 août 1895 à Bobrouïsk (Empire russe,) et mort le 25 mars 1973 à Cleveland (États-Unis).

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît à Bobrouïsk en Russie blanche dans le gouvernement de Minsk (aujourd'hui République de Biélorussie), au sein d'une famille juive. La petite ville est un lieu de ferment socialiste. Il fait son service militaire de l'automne 1916 au début 1917 à l'arrière. Il intègre le parti socialiste russe des travailleurs internationalistes après la révolution de février. Il entre dans l'Armée rouge des ouvriers et des paysans au début de la guerre civile russe et il est affecté à la Section spéciale de la 12e armée, chargée de la conformité idéologique. Il se distingue en faisant la chasse aux contre-révolutionnaires de Kiev et se trouve alors à la tête de la Section spéciale. Il entre au parti communiste en mai 1920. Il fait partie de la tchéka d'Arkhanguelsk en 1920-1921 et traque les ennemis supposés du régime. Il est chef du département des opérations secrètes et du département de surveillance des agents de la frontière nord et d'autres sections. Il a plein pouvoir pour rechercher et exécuter les anciens officiers des Armées blanches de la région nord. À la fin de la guerre civile en 1921-1924, il se trouve à l'université de Moscou sur les bancs de la faculté de droit. Il se fait connaître à la même époque (depuis 1920) sous le nom de Lev Nikolski en étant recruté par le NKVD dans les services de surveillance. Il termine ses études en 1924 à l'âge de vingt-neuf ans. Il est ensuite attaché au service de l'administration économique de la Guépéou qui est dirigé par son cousin germain Zinovi Katznelson (1892-1938)[1]. Plus tard, il travaille à la Guépéou en Transcaucasie.

Carrière d'espion[modifier | modifier le code]

En 1926, Lev Nikolski est enrôlé à la Première direction générale de la Guépéou. Il est chargé les années suivantes de missions plus ou moins longues en France, en Allemagne, aux États-Unis, en Italie, en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Suisse, en Grande-Bretagne, en Estonie, en Suède et au Danemark. Il travaille en particulier avec Kim Philby en 1934 pour mieux cerner le groupe de Cambridge.

Agent résidant du NKVD au sein de la Seconde République espagnole, Orlov est chargé à partir de septembre 1936 de liquider les trotskistes et anarchistes espagnols. Il est conseiller en chef de la sécurité intérieure et du contre-renseignement du gouvernement républicain de Madrid. C'est lui qui organise le transfert du trésor espagnol à Moscou (affaire dite de l'or de Moscou). Il surveille en même temps la conformité idéologique des officiers républicains au sein du Servicio de Información Militar, SIM. Il fonde une école de formation de groupes de diversions chargés de monter des opérations de diversion à l'arrière de l'ennemi. Il fut le principal acteur de la destruction du POUM en Catalogne (et indirectement de la chute de Barcelone), et de l'exécution de ses dirigeants (dont Andreu Nin en juin 1937 qu'il fait sortir de prison pour le faire tuer).

Alexandre Orlov (il n'est plus connu sous le nom de Lev Nikolski à cette époque) recrute en avril 1938 Morris Cohen (1910-1995), brigadiste internationaliste, qui sera plus tard en contact avec Rudolf Abel et Konon Molody et qui sera l'un des organisateurs de l'assassinat de Iossif Grigoulevitch.

Fuite[modifier | modifier le code]

C'est à l'automne 1936 que les grandes purges staliniennes s'intensifient au sein des cadres militaires et politiques de l'Union soviétique. La répression frappe aussi au NKVD, dont un grand nombre de cadres sont au mieux renvoyés de leur poste, au pire assassinés. Parmi les dirigeants du contrespionnage assassinés: Gleb Boky, Yakov Peters, Josef Unschlicht, Fiodor Eikmans, etc.

Dans le courant de l'année 1937 les purges frappent le milieu des diplomates. Parmi eux, le plénipotentiaire d'URSS à Madrid, M. I. Rosenberg, et L. I. Gaikis, qui sont rappelés à Moscou et fusillés quelque temps plus tard (Gaikis en août 1937 et Rosenberg en mars 1938).

Le 17 février 1938, le supérieur direct d'Alexandre Orlov, Abraham Sloutzki, meurt inopinément et en juillet Orlov reçoit l'ordre d'embarquer à bord du navire soviétique Le Svir à Anvers pour rencontrer Spigelglas qui faisait l'intérim après la mort de Sloutzki. Mais Orlov ne paraît pas et au lieu de cela dérobe soixante mille dollars des caisses de la section d'opération du NKVD. Secrètement, Orlov, sa femme et sa fille passent en France, puis embarquent pour le Canada et passent la frontière aux États-Unis. Avant sa fuite, Il envoie une lettre à Ejov et à Staline, où il prévient que s'il arrivait que sa famille ou ses proches demeurés en Union soviétique fussent arrêtés, il révèlerait alors les noms d'un grand nombre d'agents soviétiques.

Il s'installe aux États-Unis sous le nom d'Igor Berg et les poursuites ne sont pas engagées contre lui. Il démarre une carrière d'enseignant à l'université. Il est l'auteur sous le pseudonyme d'Alexander Orlov d'un manuel sur l'espionnage paru à Ann Arbor en 1963.

En littérature[modifier | modifier le code]

Felbing est reconnaissable sous les traits de Varlov dans le roman d'Hemingway, Pour qui sonne le glas[2].

Il apparaît sous ses vrais traits dans le roman de l'écrivain cubain Leonardo PADURA "L'homme qui aimait les chiens" - Editions Métailié - 2011

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fusillé pendant les purges staliniennes
  2. (ru) Oleg Zoubov, Voilà un bien étrange espion, article du Novy Mir, 1996, N°12

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Alexander Orlov, The Handbook of Intelligence and Guerrilla Warfare, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1963.