Bochimans

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Bochimans
Bosjesmans

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Femme bochiman du Botswana

Populations significatives par région
Drapeau du Botswana Botswana 55 000
Drapeau de la Namibie Namibie 27 000
Drapeau de l'Afrique du Sud Afrique du Sud 10 000
Population totale 100 000
Autres
Langues

Langues khoïsan

Religions

Chamanisme

Les Bochimans constituent une population d'Afrique australe faisant partie du groupe khoïsan, un groupe d'ethnie distinct des ethnies nigéro-congolaises majoritaires en Afrique subsaharienne. Ils sont apparentés aux Khoïkhoï et se dénomment eux-mêmes San. Persécutés par les Bantous et les Boers puis marginalisé par les colons britanniques, ils vivent aujourd'hui principalement dans le désert du Kalahari Traditionnellement chasseurs-cueilleurs, ils sont désormais largement sédentarisés et ne seraient plus qu'environ 100 000 dans toute l'Afrique australe.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Bochimans

Selon les sources, on observe de multiples variantes : Basarwa, Bochiman, Boschimanes, Boschimans, Bushmen, Khoe, Khwe, Masarwa, San, Sans, Sarwa, Xam[1].

Le nom français « Bochimans » est dérivé du mot néerlandais « bosjesman », introduit par les Boers et signifiant littéralement « hommes des buissons » ou « hommes de la brousse ». Les colons anglais ont utilisé la traduction littérale « Bushmen ».

« San » est une dénomination introduite par les Namaquas. Elle est plus politiquement correcte que « Bushmen » et les Bochimans l'utilisent eux-mêmes pour se désigner. Auparavant, ils se définissaient simplement comme « ceux qui suivent l'éclair », car ils se déplaçaient en fonction des pluies pour se nourrir de fruits, de racines et de gibier.

Histoire[modifier | modifier le code]

San du Botswana

Les Bochimans sont les plus anciens habitants de l’Afrique australe où ils vivent depuis au moins 44 000 ans. Leur habitat actuel est réduit au désert du Kalahari.

Ce peuple nomade de chasseurs-cueilleurs occupait jadis toute l'Afrique australe. L'arrivée successive des Hottentots vivant d'élevage et parlant une langue de la même famille, puis des Bantous, agriculteurs sédentaires, a décimé cette population et l'a repoussée vers des terres de plus en plus ingrates. L'arrivée des Hollandais (Boers) et huguenots au XVIIe siècle puis des Britanniques acheva de les réduire à la misère en les chassant de leurs terres ancestrales. Au XVIIIe siècle, les fermiers se regroupaient en milices (kommando) qui lancèrent des expéditions punitives contre les Bochimans[2].

Aujourd'hui relégués sur l'une des terres les plus ingrates du monde, le désert du Kalahari, les Bochimans risquent encore de devoir migrer car le gouvernement du Botswana affirme vouloir les intégrer aux bienfaits de la civilisation mais, selon les intéressés, il s'agit surtout de laisser la place à la prospection diamantaire que projetterait la De Beers.

En 1991, le Botswana Christian Council a publié un rapport à propos d'une affaire concernant des Bochimans suspectés de chasser sur une propriété privée et qui ont été appréhendés et torturés par des gardes des « Game reservations » (réserves pour safaris).

En 1997, beaucoup furent expulsés de chez eux dans le Kalahari et ceux qui sont restés ont subi des diminutions draconiennes de leur territoire de chasse, un harcèlement continuel et des tortures. Au début de l'année 2002, le harcèlement s'est intensifié : leurs pompes à eau ont été détruites, les réserves d'eau vidées dans le désert et la chasse et la cueillette interdites. Considérés comme des braconniers, pratiquement tous les Bochimans ont alors été expulsés de la Réserve du Kalahari mais un grand nombre d'entre eux est depuis retourné sur leurs terres ancestrales et beaucoup d'autres veulent en faire autant.

Les raisons de cette expulsion mises en avant diffèrent grandement selon les parties. Le gouvernement botswanais met en avant le fait que les Bochimans ne vivaient plus selon leurs traditions, élevant du bétail et troublant ainsi l'équilibre écologique de la réserve. L'ONG britannique Survival International soupçonne quant à elle des intérêts liés aux mines de diamants. En 2006, un tribunal botswanais a reconnu l'illégalité et l'inconstitutionnalité de l'expulsion des Bochimans de la réserve animale du centre du Kalahari. Le gouvernement ne semble cependant pas enclin à leur faciliter la tâche, il n'a pas obligation de rétablir les services de base dans la région (eau). Fin 2007, Les Bochimans ont annoncé au Botswana qu'ils intenteraient un nouveau procès au gouvernement s'ils ne peuvent retourner sur leur territoire[3].

Le 21 juillet 2010, l’annonce du verdict de la Haute Cour botswanaise refusant l’accès à l’eau aux Bushmen du Kalahari a suscité une vive indignation[4].

Culture[modifier | modifier le code]

Peintures anciennes des San près de Murewa (Zimbabwe)
Peinture ancienne des San près de Murewa (ZW)

Les langues bochimanes sont de famille khoïsanes. Ils parlent des langues différentes qui, toutes, incorporent des clics (consonnes inspirées) traduits dans l'écriture par les signes ! ou ||.

Les Bochimans sont des chasseurs-cueilleurs qui, pendant des milliers d'années, ont trouvé leur subsistance dans le désert grâce à leurs connaissances et à leurs compétences. Ils chassent — principalement plusieurs espèces d'antilopes — mais leur nourriture quotidienne a toujours été surtout constituée de fruits, baies et racines du désert. Ils se construisent des abris de bois temporaires. Beaucoup d'entre eux ont été forcés de quitter leur territoire et de vivre dans des villages situés dans des zones impropres à la chasse et à la cueillette.

Au Botswana notamment, ils subissent la discrimination et l'ostracisme de la société tswana malgré ou à cause du programme de sédentarisation lancé par le gouvernement. Relogés dans des camps misérables ou bien vivant dans les ranchs dans lesquels ils travaillent, les Bochimans sont rejetés et marginalisés à l'instar des Aborigènes d'Australie. On recense 100 000 Bochimans dans toute l'Afrique australe aujourd'hui[5]. Quelque 3 000 Bushmen vivraient encore au centre du Kalahari mais dans une réserve naturelle créée par le gouvernement botswanais. Ils poursuivent leur vie nomade, derniers survivants de ce que les archéologues ont appelé la « civilisation de l'arc ». Les autres sont sédentarisés.

Leurs œuvres (scènes de guerre & chasse) sont peintes sur des rochers. On peut en voir de remarquables exemplaires dans les réserves naturelles du Cederberg et de Matjiesrivier[6].

Selon Bradford Keeney, l'expérience chamanique des Bochimans est fondée sur le tremblement du corps (tête, membres, abdomen). Il considère que « le tremblement des Bochimans les conduit dans des sphères d’expériences mystiques et chamaniques, où toute perception est considérée comme transitoire et capable de changer de forme. Ici, le passé et le présent ne sont pas distincts, et les humains et les animaux ne le sont pas non plus. L’entrée dans cette expérience est provoquée par le tremblement, lequel, à son tour, est facilité par la musique et la danse. »[7].

C'est une société matrilinéaire.

Culture occidentale[modifier | modifier le code]

Le grand succès du film Les Dieux sont tombés sur la tête donna une notoriété éphémère à ce peuple dont la langue, comme les autres langues khoïsanes et le xhosa (une langue bantoue ayant évolué au contact des langues khoïsanes), comporte des clics (claquements).

Poème bochiman[modifier | modifier le code]

Prière à la lune[8]

Prends ma figure et donne moi la tienne !
Prends ma figure, ma figure malheureuse
Donne-moi ta figure,
Avec laquelle tu reviens
Quand tu meurs
Quand tu disparais de ma vue
Tu te couches et reviens.
Laisse-moi te ressembler, parce que tu es pleine de joie
Tu reviens chaque fois plus vivante
Après que tu as disparu de ma vue
Ne nous as-tu pas promis jadis
Que nous aussi nous reviendrons
Et serons à nouveau heureux après la mort ?

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source RAMEAU, BnF [1]
  2. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p. 219
  3. Information de survival
  4. [2]
  5. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p.107
  6. Floriane Dupuis, « Massif du Cederberg - Ballade nature en grès massif », Terre Sauvage,‎ déc.-janv.-fév. 2012, p. 92-94
  7. Bradford Keeney, « L’épistémologie batesonienne, les chamanes bochimans et l’art rupestre », 2008.
  8. texte original en anglais : Specimens of Bushman folklore, Auteurs : Wilhelm Heinrich Immanuel Bleek, Lucy Lloyd, Compilé par : Wilhelm Heinrich Immanuel Bleek, Lucy Lloyd, Édition illustrée, réimprimée, Éditeur Daimon, 1911, ISBN 385630603X, 9783856306038, 468 pages, page 52-53

    « Prayer addressed to the Young Moon : “kábbi-â yonder! Take my face yonder! Thou shalt give me thy face yonder! Thou shalt take my face yonder! That which does not feel pleasant. Thou shalt give me thy face, - (with) which thou, when thou hast died, thou dost again, living return, when we did not perceive thee, thou dost again lying down come, - that I may also resemble thee, For, the joy yonder, thou dost always possess it yonder, that is, that thou art wont again to return alive, when we did not perceive thee; while the hare told thee about it, that thou shouldst do thus. Thou didst formerly say, that we should also again return alive, when we died." »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Carl Hugo Linsingen Hahn, The native tribes of South-West Africa : The Ovambo - The Berg Damara - The bushmen of South West Africa - The Nama - The Herero, Cape Times Ltd., Le Cap, 1928, 211 p.
  • Jacques A. Mauduit, Kalahari : la vie des bochimans, F. Nathan, 1954, 87 p.
  • Laurens van der Post, Le monde perdu du Kalahari, Payot, 1996 (ISBN 2-228-89020-0) (éd. originale en anglais 1958)
  • Alan Barnard et J -F Viseur, Les Bochimans du Kalahari, Éditions Gamma ; Éditions École active, 1996 (ISBN 9782713017896)
  • (en) Bradford Keeney, Kalahari Bushman Healers, 1999
  • (en) Bradford Keeney, Ropes to God : Experiencing the Bushman Spiritual Universe, 2003
  • François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006
  • Bradford Keeney, « L’épistémologie batesonienne, les chamanes bochimans et l’art rupestre », in Jean-Jacques Wittezaele (dir.), La double contrainte : L'influence des paradoxes de Bateson en Sciences humaines, De Boeck, 2008
  • ZELIZKO Jan Vratislav - HOLUB Emil, Felsgravierungen der südafrikanischen Buschmänner. Auf Grund der von Dr. Emil Holub mitgebrachten Original und Kopien. Von J. V. Zelizko. Mit 20 lichtdruck und 8 offsettafeln, Leipzig, Brockhaus, 1925

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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