Baroqueux

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On appelle baroqueux les artistes qui ont renouvelé l'interprétation de la musique baroque durant la deuxième moitié du XXe siècle.

Origine du terme « baroqueux »[modifier | modifier le code]

Le terme « baroqueux » a été initialement utilisé de façon péjorative par certains critiques musicaux français détracteurs de ce courant d'interprétation de la musique baroque, avant d'être récupéré et adopté par les interprètes en question[réf. nécessaire].

Raison d'être du mouvement baroqueux[modifier | modifier le code]

Certains musiciens ont voulu réagir aux interprétations modernes du répertoire baroque. Les reproches faits étaient variés mais globalement contestaient les interprétations modernes pour non respect des paramètres historiques. On peut citer :

  • les interprétations symphoniques, romantiques, wagnériennes… ;
  • la taille des orchestres symphoniques, qui ne seraient pas adaptés au répertoire baroque ;
  • l'utilisation d'instrumentistes et de chanteurs peu connaisseurs des techniques du répertoire baroque ;
  • l'utilisation du diapason, différent du diapason de l'époque baroque ;
  • l'utilisation du tempérament égal, généralisé après cette période ;
  • l'interprétation strict de ce qui était noté sur la partition alors que les compositeurs de l'époque baroque savaient qu'ils pouvaient compter sur le métier des interprètes et ne notaient donc pas tout sur leurs partitions ;
  • la méconnaissance générale du mouvement, du caractère et du tempo des danses de l'époque ;
  • la négligence des ornementations ;
  • l'ignorance de l'art de la rhétorique et de la déclamation ;
  • l'application le style des arias aux récitatifs ;
  • le répertoire trop centré sur certains grands standards la musique baroque (Bach, Vivaldi, le Canon de Pachelbel), voire pseudo-baroque (l'Adagio d'Albinoni…), laissant une grande partie du répertoire baroque inconnue du public ;
  • le remplacement du violon baroque par le violon moderne, très différent sur plusieurs points :
    • le violon moderne utilise depuis environ 1900 des cordes métalliques alors que le violon baroque utilisait des cordes en boyau de mouton, éventuellement filées d'argent pour les plus grosses cordes[1],
    • le violon moderne présente une inclinaison du manche assez importante, absente chez le violon baroque[2],
    • l’archet baroque est convexe, tandis que l’archet moderne est concave[3],
  • le remplacement de certains instruments baroques par d'autres instruments, notamment par manque d'instrumentistes qualifiés : le luth par la guitare, le clavecin par le piano, la viole de gambe par le violoncelle, le traverso par la flûte traversière, la trompette naturelle par la trompette à pistons etc. Cela change les intentions du compositeur, en ignorant certains effets instrumentaux et changeant l'équilibre de l'orchestration.

Historique[modifier | modifier le code]

Parmi les pionniers du mouvement barque on peut citer Antoine Geoffroy-Dechaume, puis Nikolaus Harnoncourt et Gustav Leonhardt, qui ont commencé à repenser l'interprétation de la musique de la période baroque dès les années 1960.

Le renouveau musical des baroqueux[modifier | modifier le code]

Les baroqueux repensèrent l'interprétation de la musique baroque et s'imposèrent les objectifs suivants :

  • redécouverte du répertoire baroque en général mais aussi des répertoires spécialisés pour luth, théorbe, viole de gambe… ;
  • redécouverte des instruments baroques oubliés :
  • redécouverte du métier des interprètes de l'époque baroque sur lequel comptaient les compositeurs de l'époque baroque pour ne pas tout devoir noter sur les partitions — et notamment l'ornementation ;
  • respect des paramètres de l'époque baroque :
    • respect du diapason de l'époque (le la baroque le plus souvent adopté actuellement équivaut à 415 Hertz, soit un peu plus d'½ ton au-dessous du la moderne)[4],
    • respect du tempo de l'époque,
    • respect des instruments de l'époque (sans les remplacer par leurs équivalents modernes : voir supra),
    • utilisation d'instruments anciens ou de copies fidèles d'instruments anciens,
    • utilisation de cordes de boyau (éventuellement recouvertes d'aluminium pour en augmenter la longévité)[1],
    • respect de la façon de jouer des instruments baroques (exemple : l'archet de la viole de gambe se tient par-dessous),
    • instruments accordés selon les tempéraments en usage à l'époque,
    • respect de la taille de l'effectif des ensembles de l'époque : des ensembles modestes, non des orchestres symphoniques.

Les obstacles rencontrés[modifier | modifier le code]

Les baroqueux se sont heurtés à deux obstacles qui les ont obligés à déroger à leur principe de respect des normes de l'époque baroque.

Le premier était l'impossibilité de recourir aux castrats tellement appréciés par Haendel et ses contemporains, ce qui força les baroqueux à recourir soit à des contreténors, soit à des mezzo-sopranos pour interpréter le répertoire destiné aux castrats.

Le deuxième obstacle était le manque de métier des garçons sopranos du XXe siècle, qui a forcé les baroqueux à les remplacer par des femmes sopranos. La voix des garçons des XVIIe et XVIIIe siècles muait vers 16 ou 17 ans, ce qui permettait à Bach et à ses contemporains de disposer de garçons sopranos ayant à la fois du coffre et du métier. Mais l'âge de la mue a avancé, les jeunes garçons du XXe siècle muant plutôt vers 14 ans, ce qui fait que les garçons sopranos des années 1970 (tels ceux du Tölzer Knabenchor, par exemple) n'avaient plus ni la puissance ni le métier de leurs prédécesseurs de l'époque baroque.

Appréciation de leur apport[modifier | modifier le code]

L'apport des baroqueux en matière d'interprétation est reconnu depuis les années 1980, tant par les musicologues que par la presse spécialisée. Leurs enregistrements ont reçu des récompenses comme le « Diapason d'Or », le « 10 de Répertoire », le « Choc » du magazine Le Monde de la musique, etc.

Quelques voix se sont élevées (Gérard Zwang[5], Jean-Paul Penin[6]) pour dénoncer les excès des baroqueux et rappeler qu'une interprétation obsédée par la recherche de l'authenticité peut tirer les œuvres vers le passé alors qu'une interprétation moderne peut au contraire les inscrire dans notre époque.

Dans un article intitulé « Ras-le-bol de la dictature des intégristes du baroque ! » paru dans Marianne en 2000, le critique musical Benoît Duteurtre tempère cependant l'avis de Jean-Claude Penin : « Les certitudes de Jean-Paul Penin pèchent également par excès, au moment même où beaucoup de baroqueux (et souvent les plus intéressants), débarrassés des exigences guerrières, redécouvrent sans complexes les beautés de l'orchestre traditionnel. Aujourd'hui, les échanges fructueux se multiplient entre les deux mondes de l'interprétation, comme s'il s'agissait d'ouvrir une sorte de troisième voie. […] Par ailleurs, l'essentiel des moyens financiers de notre vie musicale continue (heureusement) d'être accordé aux orchestres traditionnels, plus aptes à jouer l'ensemble du répertoire que les formations baroques[7]. »

Les principaux ensembles[modifier | modifier le code]

Les principaux chanteurs et instrumentistes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.musebaroque.fr/les-cordes-en-boyau/
  2. http://www.musicologie.org/publirem/coadou_02f.html
  3. http://www.welche-musique.fr/instruments/violon/archet-evolution.html
  4. ceci est bien entendu l'origine du nom de l'Ensemble 415 de Chiara Banchini
  5. Gérard Swang A contre-bruit, Simoens, 1977
  6. Jean-Paul Penin Les Baroqueux ou le musicalement correct, Éditions Gründ, Paris, 2000
  7. Benoît Duteurtre « Ras-le-bol de la dictature des intégristes du baroque ! » in Marianne, 11 décembre 2000 http://www.marianne2.fr/Ras-le-bol-de-la-dictature-des-integristes-du-baroque-!-_a140659.html