Baroqueux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

On appelle baroqueux les artistes qui ont renouvelé l'interprétation de la musique baroque durant la deuxième moitié du XXe siècle.

Origine du terme « baroqueux »[modifier | modifier le code]

Le terme « baroqueux » a été initialement utilisé de façon péjorative par certains critiques musicaux français détracteurs de ce courant d'interprétation de la musique baroque, avant d'être récupéré et adopté par les interprètes en question.

Raison d'être du mouvement baroqueux[modifier | modifier le code]

Les baroqueux entendaient réagir aux interprétations des années 1900 à 1970 où l'on a vu les grands chefs post-romantiques tels Otto Klemperer, Wilhelm Furtwängler ou Herbert von Karajan interpréter le répertoire baroque :

  • en donnant de ce répertoire baroque des interprétations symphoniques, romantiques, wagnériennes… ;
  • avec des orchestres symphoniques dont la taille n'était pas adaptée au répertoire baroque ;
  • en utilisant des instrumentistes et des chanteurs rompus aux techniques du répertoire romantique mais peu familiarisés avec celles du répertoire baroque ;
  • en utilisant le diapason et le tempo moderne, différents du diapason et du tempo de l'époque baroque ;
  • en utilisant le tempérament égal, généralisé après cette période ;
  • en interprétant strictement ce qui était noté sur la partition alors que les compositeurs de l'époque baroque savaient qu'ils pouvaient compter sur le métier des interprètes et ne notaient donc pas tout sur leurs partitions ;
  • en méconnaissant le mouvement, le caractère et le tempo des danses de l'époque ;
  • en négligeant les ornementations ;
  • en ignorant l'art de la rhétorique et de la déclamation ;
  • en appliquant aux récitatifs le style des arias ;
  • en n'interprétant que les grands standards de la musique baroque (Bach, Vivaldi, le Canon de Pachelbel), voire pseudo-baroque (l'Adagio d'Albinoni…), laissant la plus grande partie du répertoire baroque sombrer dans l'oubli ;
  • en remplaçant le violon baroque par le violon moderne, fort différent :
    • le violon moderne utilise depuis environ 1900 des cordes métalliques alors que le violon baroque utilisait des cordes en boyau de mouton, éventuellement filées d'argent pour les plus grosses cordes[1],
    • le violon moderne présente une inclinaison du manche assez importante absente chez le violon baroque[2]
    • l’archet baroque est convexe, tandis que l’archet moderne est concave[3],
  • en remplaçant certains instruments baroques qui ne sont plus utilisés depuis l'époque classique par d'autres instruments, et ceci par manque d'instrumentistes qualifiés : on remplaçait le luth par la guitare, le clavecin par le piano, la viole de gambe par le violoncelle, le traverso par la flûte traversière, la trompette naturelle par la trompette à pistons etc., ce qui prive l'œuvre des effets instrumentaux voulus par le compositeur et bouleverse l'équilibre de sa palette.

Historique[modifier | modifier le code]

Les pionniers du mouvement furent Antoine Geoffroy-Dechaume puis Nikolaus Harnoncourt et Gustav Leonhardt qui repensèrent l'interprétation de la musique baroque dès les années 1960.

Le renouveau musical des baroqueux[modifier | modifier le code]

Les baroqueux repensèrent l'interprétation de la musique baroque et s'imposèrent les objectifs suivants :

  • redécouverte du répertoire baroque en général mais aussi des répertoires spécialisés pour luth, théorbe, viole de gambe
  • redécouverte des instruments baroques oubliés :
  • redécouverte du métier des interprètes de l'époque baroque sur lequel comptaient les compositeurs de l'époque baroque pour ne pas tout devoir noter sur les partitions - et notamment l'ornementation
  • respect des paramètres de l'époque baroque :
    • respect du diapason de l'époque (le la baroque le plus souvent adopté actuellement équivaut à 415 Hertz soit un peu plus d'1/2 ton en dessous du la moderne)[4]
    • respect du tempo de l'époque
    • respect des instruments de l'époque (sans les remplacer par leur équivalent moderne : voir supra)
    • utilisation d'instruments anciens ou de copies fidèles d'instruments anciens
    • utilisation de cordes de boyau (éventuellement recouvertes d'aluminium pour en augmenter la longévité)[1]
    • respect de la façon de jouer des instruments baroques (ex : l'archet de la viole de gambe se tient par dessous)
    • instruments accordés selon les tempéraments en usage à l'époque
    • respect de la taille de l'effectif des ensembles de l'époque : des ensembles modestes et plus des orchestres symphoniques.

Les obstacles rencontrés[modifier | modifier le code]

Les baroqueux se sont heurtés à deux obstacles qui les ont obligés à déroger à leur principe de respect des normes de l'époque baroque.

Le premier était l'impossibilité de recourir aux castrats tellement appréciés par Haendel et ses contemporains, ce qui força les baroqueux à recourir soit à des contreténors, soit à des mezzo-sopranos pour interpréter le répertoire destiné aux castrats.

Le deuxième obstacle était le manque de métier des garçons sopranos du XXe siècle qui a forcé les baroqueux à les remplacer par des femmes sopranos. La voix des garçons des XVIIe et XVIIIe siècles muait vers 16 ou 17 ans, ce qui permettait à Bach et à ses contemporains de disposer de garçons sopranos ayant à la fois du coffre et du métier. Mais l'âge de la mue a avancé, les jeunes garçons du XXe siècle muant plutôt vers 14 ans, ce qui fait que les garçons sopranos des années 1970 (tels ceux du Tölzer Knabenchor par exemple) n'avaient plus ni la puissance ni le métier de leurs prédécesseurs de l'époque baroque.

Appréciation de leur apport[modifier | modifier le code]

L'apport des baroqueux en matière d'interprétation est reconnu depuis les années 1980, tant par les musicologues que par la presse spécialisée. Leurs enregistrements ont reçu des récompenses comme le Diapason d'Or, le « 10 de Répertoire », le « Choc » du magazine Le Monde de la musique, etc.

Quelques voix se sont élevées (Gérard Zwang[5], Jean-Paul Penin[6]) pour dénoncer les excès des baroqueux et rappeler qu'une interprétation obsédée par la recherche de l'authenticité peut tirer les œuvres vers le passé alors qu'une interprétation moderne peut au contraire les inscrire dans notre époque.

Le critique musical Benoît Duteurtre, dans un article intitulé « Ras-le-bol de la dictature des intégristes du baroque ! » paru dans Marianne, tempère cependant l'avis de Jean-Claude Penin : « Les certitudes de Jean-Paul Penin pèchent également par excès, au moment même où beaucoup de baroqueux (et souvent les plus intéressants), débarrassés des exigences guerrières, redécouvrent sans complexes les beautés de l'orchestre traditionnel. Aujourd'hui, les échanges fructueux se multiplient entre les deux mondes de l'interprétation, comme s'il s'agissait d'ouvrir une sorte de troisième voie […] Par ailleurs, l'essentiel des moyens financiers de notre vie musicale continue (heureusement) d'être accordé aux orchestres traditionnels, plus aptes à jouer l'ensemble du répertoire que les formations baroques[7] ».

Les principaux ensembles[modifier | modifier le code]

Voici une liste des principaux ensembles baroqueux, classés par pays et par année de création, avec leur chef.

Allemagne
Argentine
Autriche
Belgique
Canada
Espagne
Europe
France
Italie
Japon
Pays-Bas
Pologne
Portugal
République tchèque
Royaume-Uni
Russie
Suisse
États-Unis
 ????

Les principaux chanteurs[modifier | modifier le code]

Les principaux instrumentistes[modifier | modifier le code]

  • Chalumeau
    • Igor Bettens, Eric Lorho, Gilles Thomé
  • Hautbois baroque
  • Lyre de bras et lyre de gambe (lira et lirone)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.musebaroque.fr/Articles/cordes.htm
  2. http://www.musicologie.org/publirem/coadou_02f.html
  3. http://www.welche-musique.fr/instruments/violon/archet-evolution.html
  4. ceci est bien entendu l'origine du nom de l'Ensemble 415 de Chiara Banchini
  5. Gérard Swang A contre-bruit, Simoens, 1977
  6. Jean-Paul Penin Les Baroqueux ou le musicalement correct, Éditions Gründ, Paris, 2000
  7. Benoît Duteurtre « Ras-le-bol de la dictature des intégristes du baroque ! » in Marianne, 11 décembre 2000 http://www.marianne2.fr/Ras-le-bol-de-la-dictature-des-integristes-du-baroque-!-_a140659.html
  8. Hesperion XXI s'appelait initialement Hesperion XX