Alfredo Müller

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Alfredo Müller

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Alfredo Müller dans son atelier à Paris (73, rue Coulaincourt) en 1908

Nom de naissance Gustave Charles Eugène Alfred Müller
Naissance 30 juin 1869
Livourne, Toscane (Italie)
Décès 7 février 1939
Paris (France)
Nationalité suisse et française (1913)
Formation portraitiste
Maîtres Michele Gordigiani
Influencé par le mouvement impressionniste
Récompenses 2 médailles à l'Exposition universelle 1900

Alfredo Müller (1869-1939) est un artiste de nationalité suisse, né en Toscane et mort à Paris, dont la vie est divisée en périodes alternativement toscanes et parisiennes.

Jalons biographiques[modifier | modifier le code]

Alfredo Müller, Notre chère maison de la rue Caulaincourt. 1897. Etching in colours 16,3 x 16,2 cm. Annotated by Marguerite Müller, Alfredo' wife. An unique proof known, found in their wedding Bible
Le Pavillon, Levet & Müller, 1897
Alfredo Müller, Le Balcon, 1898, lithograph 34 x 25,6 cm, poster for Le Balcon of Gunnar Heiberg at the Théâtre de l'Oeuvre, Paris. Koehl E16

Généralement considéré, à tort, comme un élève des Macchiaioli, Alfredo Müller est en réalité le disciple du maître portraitiste florentin Michele Gordigiani. Venu à Paris en 1888-1889 où il est présent au Salon des Beaux-Arts de l'Exposition universelle comme élève de Michele Gordigiani, il fréquente brièvement l'atelier de Carolus-Duran et découvre l'oeuvre de Monet exposée à la galerie Georges Petit.

En 1890, le krach de la banque de Livourne entraîne la ruine de la maison de commerce international du père d'Alfredo Müller qui rappelle son fils à Livourne. A son retour, il expose des toiles qui ont retenu la leçon impressionniste et suscitent l'enthousiasme des jeunes peintres et une violente opposition de l'ancienne génération qui s'oppose à l'introduction de cet art français sur la terre des Macchiaioli.

En 1895, Alfredo Müller et les siens quittent la Toscane et émigrent à Paris. Le jeune peintre à la recherche de moyens de subsistance est accueilli à Montmartre dans l'atelier d'Eugène Delâtre et se met à graver. Désormais montmartrois, il côtoie Henri de Toulouse-Lautrec, vit au 73 rue Caulaincourt, au-dessus de l'appartement de Théophile Alexandre Steinlen, se lie d'amitié avec Francis Jourdain, Jacques Villon, Renoir à qui il laisse son atelier quand il part peindre et graver à la campagne. Pour les artistes et les écrivains de Montmartre, il est tout simplement "l'un de nous" selon l'expression de son ami Francis Jourdain. Pour Pierre Mac Orlan, il est "Muller qui a illustré le Pavillon de Levet" (Henry J.-M. Levet). Sa passion pour le théâtre le rapproche d'Aurélien Lugné-Poe, le directeur du Théâtre de l'Oeuvre pour lequel il réalise le programme du Balcon de Gunnar Heiberg, créé le 18 février 1898 Il n'a pas abandonné la peinture. En avril-mai 1898, Ambroise Vollard expose huit peintures, huit dessins et quatorze eaux-fortes d'Alfred Muller.

L'artiste a connu Cézanne et peint avec lui. L'histoire, mal connue à ce jour, mériterait qu'on s'y intéressât. En effet, la rencontre avec le maître d'Aix a été décisive pour le peintre toscan, mais curieusement la marque cézannienne dans son oeuvre peint a déchaîné la critique contre lui. Avec des exceptions, puisqu'en mai 1908, les frères Paul & Léonce Rosenberg exposaient trente-neuf peintures d'Alfred Muller.

Parallèlement, sous l'influence de son ami Charles Faroux, il se met au billard, remporte de nombreux succès couronnés par une coupe de la Fédération française de billard en 1907 et passe professionnel.

En février 1908, Erik Satie et Jules Depaquit sont témoins de son mariage avec Marguerite Thomann.

En 1914, la guerre éclate alors qu'il a été invité à la seconde Sécession romaine où il est exposé ... dans la section française. Ses amis de Florence le retiennent et son séjour se prolonge. Il y restera dix-huit ans. Il s'installe à Settignano et peint beaucoup. Il se passionne pour la promotion des arts décoratifs avec ses amis Libero Andreotti, Gino Carlo Sensani, Umberto Brunelleschi ou Gian Gualberto Parenti. Sa production artistique en témoigne et en particulier les superbes arlequinades à l'origine de sa redécouverte dans les années 1970 en Italie après une longue traversée du désert.

En 1932, la situation politique le décide à rentrer à Paris.

Il est le frère aîné du champion cycliste, ami d'Henri Desgrange et journaliste à L'Auto, Rodolfo Muller. Il est un arrière neveu du compositeur maltais Nicolas Isouard.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Son œuvre est italienne et française: sa peinture française est mal connue, si bien qu'il est considéré comme un peintre italien. Par contre, s'il a lithographié en Italie avant d'émigrer à Paris en 1895, il grave uniquement en France et essentiellement durant la décennie1896-1906. Ses premières gravures sont réalisées dans l'atelier de l'imprimeur Eugène Delâtre.

Le peintre italien est appelé Alfredo Müller ou Alfredo Muller, le graveur français, Alfred Muller. Il s'agit dans les deux cas de celui que l'histoire de l'art nomme Alfredo Müller. Le tout jeune artiste signe d'abord A. Müller, puis adopte la signature AlfredMüller (prénom et nom attachés) qu'il n'utilise plus après 1900. Sa signature devient A. Müller ou Müller, avant qu'il n'adopte muller, en minuscules, aux environs de 1920. Ses ultimes oeuvres sont signées Muller. Beaucoup de signatures sont posthumes. Les signatures Alfredo Müller portées sur certaines épreuves d'eau-forte non signées ne sont pas de sa main.

Oeuvre graphique[modifier | modifier le code]

Portrait de M.lle Cléo de Mérode, etching and aquatint 36,5 x 34,6 cm. Edited (50) by Edmond Sagot. Koehl E110. Epreuve hors-tirage

Techniques[modifier | modifier le code]

Alfredo Müller grave principalement sur zinc, parfois sur cuivre. Son amour pour Marguerite Thomann, alors mariée au peintre Paul-Michel Dupuy, se lit dans son œuvre gravé. Ses gravures à l’eau-forte se caractérisent par le rendu de l’attitude, de l’élégance du geste, du mouvement de la main, par un indicible sentiment de mélancolie et d’élégance désuète. Contrairement à son ami Delâtre qui utilise plusieurs plaques pour imprimer en couleurs, Müller utilise principalement la technique de l’impression à la poupée consistant à apposer toutes les couleurs sur la même matrice avec un petit chiffon serré au bout du doigt. Mais, comme Delâtre, Müller réalise lui-même les tirages de ses gravures.

Alfredo Müller met au point une technique personnelle d’eau-forte en couleurs. Celle-ci emprunte son principe à l’aquatinte par le rendu granulé mais en diffère en ce que les grains d’aquatinte ne sont pas disposés de façon homogène. En effet, la couverture, dite « à grains libres », est modulée en fonction de l’effet recherché.

En 1902, le critique allemand Oskar Bie publie une étude de l’art graphique européen du début du XXe siècle dans la revue Westermanns Monatshefte dans laquelle il analyse la modernité du japonisme dans la gravure à l’eau-forte en couleurs en France, faisant alors de Müller le chef de file d’un Müllerschen Künstlergruppe comptant parmi ses membres Manuel Robbe ou Théophile Alexandre Steinlen.

Editeurs[modifier | modifier le code]

Alfredo Müller, Dante au lys, 1897-1898, 52 x 20 cm, one of the 6 etchings of the series "La Vie heureuse de Dante Alighieri" (Koehl E91 to E96). The 12 series printed by the artist were edited by Ambroise Vollard in 1898. Trail proof
Alfredo Müller, Beethoven, Insel-Verlag 1900

Les estampes d'"Alfred Muller" sont éditées par les grands éditeurs parisiens, Ambroise Vollard qui, fin 1898, édite une suite de six eaux-fortes tirées à douze exemplaires seulement par l'artiste sur la Vita Nuova de Dante Alighieri, E. Pierrefort qui édite en 1900 la fameuse affiche en forme de kakémono représentant l'actrice japonaise Sada Yacco, Edmond Sagot qui publie en 1903 six frises lithographiques magistrales à six couleurs (Les Paons, Les Cygnes, La Neige, La Dînette, Le Quadricycle, Les Pigeons. L'intégralité du tirage est réalisée par l'artiste à Osny où il réside un temps au Petit Moulin, puis à Suresnes), A. Arnould, mais aussi l'éditeur allemand Insel-Verlag qui lui commande un portfolio de portraits de musiciens (Bach, Gluck, Beethoven et Wagner) édité en 1900. Ses éditeurs envoient des estampes de l'artiste dans les principales expositions françaises et européennes. A New York aussi, où lors d'une exposition d'estampes françaises et néerlandaises à la galerie Wunderlich en 1900, Le Vieux port du Pollet et Montmartre, la rue Saint-Vincent en hiver sont remarquées. En 1899, il grave une superbe Liseuse, tirée à cinquante épreuves et éditée par la revue Cocorico (en couverture du numéro du 20 juin 1899). En 1900, après son affiche lithographique en forme de kakémono représentant l'actrice japonaise Sada Yacco éditée par Pierrefort, l'artiste réalise une série de portraits d'acteurs et actrices en buste (Cléo de Mérode, Marthe Mellot dans La Gitane, Suzanne Desprès dans Poil de Carotte, Sarah Bernhardt dans Théodora, Edouard De Max dans le rôle de Néron). Il participe à l'Exposition universelle comme artiste italien et reçoit deux médailles, l'une pour la peinture, l'autre pour la gravure.

Postérité[modifier | modifier le code]

L'absence de postérité de son œuvre s’explique surtout par les aléas de son histoire personnelle. Dans l'Europe des nationalismes, il est marginalisé comme italien par la critique officielle des salons et mis à l'écart pour excès de francophilie en Toscane. Alfredo Müller, quadrilingue depuis l'enfance, a certainement eu le tort d'être européen avant l'heure, d'être un artiste cultivé, formé aux arts, à la littérature et à la musique, mais désargenté. Pourtant ses amis le soutiennent, tel Théophile Alexandre Steinlen. Il se laisse convaincre par son ami Jean-François Raffaëlli d'adhérer à la Société de la gravure originale en couleurs lors de sa création en 1904 et expose aux deux premiers salons de 1904 et 1905. En 1904, la direction des Beaux-Arts acquiert L'Île heureuse, en 1905, La Grande cascade de Saint-Cloud. "Jamais il ne songea à commercialiser son talent qui était prodigieux. Les marchands comme les critiques l’ignorèrent, ce qui n’altéra jamais sa sérénité hautaine, pas plus qu’il n’en fut aigri. Il demeurait par-dessus tout compréhensif, curieux de toutes les nouveautés, aussi avide de comprendre Einstein que Louis-Ferdinand Céline. Rare éclectisme", écrit son ami Charles Faroux, le créateur de la course d'Endurance à l'origine des 24 heures du Mans, dans L'Auto du 8 février 1939 au lendemain de sa mort.

Oeuvre peint (en cours d'étude)[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Cover page of the Complete Catalogue of the Graphic Work of Alfredo Müller (1869-1939) in three languages, published in 2014
Cover page of "Nouvelles de l'estampe" n. 233-234 (mars 2011) with Alfredo Müller, Femme lisant aux fleurs. 1897. Etching in colours 64,3 x 51,7 cm. Koehl E44
Cover page of the catalogue of the lihographs by Alfredo Müller (1869-1939), published in 2012
Cover page of Alfredo Müller. Un ineffabile dandy dell'impressionismo, a cura di Francesca Cagianelli, Edizioni Polistampa 2011. Featuring Alfredo Müller, "Ritratto di Cora Antinori". 1916. Oil on canvas 244,5 x 188 cm
Cover page of Alfredo Müller. Opera grafica. Livorno 1982, featuring "La Liseuse" 1899, etching 35,5 x 31,5 cm created for "Cocorico"
Cover page of Omaggio a Alfredo Müller, Firenze, Il Mirteto 1974 featuring "Verlaine au café Procope" 1896, lithograph 45 x 50 cm
  • Hélène Koehl, Alfredo Müller. Sur papier. Su carta. On Paper. Catalogue raisonné trilingue de l'oeuvre graphique. Avec des contributions d'Emanuele Bardazzi, Céline Chicha-Castex, Elisabetta Matucci, Nicolas Romand, Sarah Sauvin et une présentation en de Rémi Mathis, Paris-Strasbourg, Les Amis d'Alfredo Müller éditeur, novembre 2014.
  • Hélène Koehl, « Alfredo Müller, un Livournais à Montmartre avant Modigliani (1896-1914) », Le Vieux Montmartre, 127ème année, nouvelle série n. 83, décembre 2013, p. 21-29.
  • Hélène Koehl, "Alfredo Müller”, in Impressions à Montmartre : Eugène Delâtre & Alfredo Müller, catalogue de l’exposition au Musée de Montmartre, 14 septembre 2013-12 janvier 2014, Milano, Silvana Editoriale 2013, p. 39-49.
  • Hélène Koehl, « Dix eaux-fortes d’Alfredo Müller acquises par la BnF. Où il est question d’E. Delâtre, d’A. Vollard et d’É. Sagot », Nouvelles de l'estampe n. 243, été 2013, p. 40-44.
  • Hélène Koehl et Emanuele Bardazzi, Alfredo Müller Lithographe/Litografo, préface de Mireille Romand, textes bilingues français et italien, notices complètes des lithographies de l'artiste, Paris-Strasbourg, Les Amis d'Alfredo Müller éditeur, 2012.
  • Hélène Koehl, « Alfredo Müller incisore de La vie heureuse de Dante Alighieri nella Parigi della Belle Époque », Grafica d’Arte n. 89, janvier-mars 2012, p. 18-23.
  • Patrick-Gilles Persin, « Alfredo Müller, une heureuse redécouverte », Nouvelles de l'estampe n. 237, hiver 2011-2012, p. 73-74, compte rendu du catalogue de l'exposition de Livourne.
  • Hélène Koehl et Emanuele Bardazzi, « Le peintre et graveur Alfredo Müller. Un maître méconnu de l’eau-forte en couleurs à la Belle Époque », Nouvelles de l'estampe, n° 233-234, 2011, p. 18-32.
  • Francesca Cagianelli (éd.), Alfredo Müller, Un ineffabile dandy dell'impressionismo, Florence, Polistampa 2011.
  • Hélène Koehl, « Letture femminili negli interiori mülleriani », traduction Emanuele Bardazzi, Livorno cruciale n. 4, 2010, p. 16-20.
  • Hélène Koehl, « Il giapponismo e Alfredo Müller, un incontro parigino », traduction Emanuele Bardazzi, Livorno cruciale n. 3, 2010, p. 6-11.
  • Hélène Koehl et Pierre Cappiello, « Sguardi incrociati di Alfredo Müller e Leonetto Cappiello sul palcoscenico parigino del 1900 », traduction Emanuele Bardazzi, Livorno cruciale n. 1, 2009, p. 11-15.
  • Francesca Cagianelli, « Le arlecchinate di Alfredo Müller. Dalle prodezze della Commedia dell’arte all’arabesco cromatico delle avanguardie », in La Maschera e l'Artista. Intermezzi, pantomime, acrobazie sul palcoscenico del Novecento, Florence, Maschietto 2005.
  • De Pissarro à Picasso; l'eau-forte en couleurs en France. Œuvres des collections de la Bibliothèque nationale et du Zimmerli Art Museum; Phillip Dennis Cate & Marianne Grivel (éd.), préface d'Emmanuel Le Roy Ladurie, Paris, Flammarion 1992.
  • Alfredo Müller 1869-1939, Color Etchings and Aquatints, Gerhard Wurzer Gallery, Houston, septembre 1992.
  • Andrea e Giovanna Conti, "Alfredo Müller (1869-1939", in Ottocento, Catalogo dell'Arte italiana dell'Ottocento n. 20, Milan, Mondadori 1991, p. 86-90.
  • Alfredo Müller 1869-1939, Color Etchings and Aquatints, Essay by Mario Quesada and an Introduction by Elisabetta Matucci, Gerhard Wurzer Gallery, Houston février-mars 1988.
  • Alfredo Müller. Opera grafica, catalogue de l'exposition. Mario Quesada (éd.), avec la collaboration d'Elisabetta Matucci et un témoignage de Giuseppe Sprovieri, Villa Maria, Livourne 7 août-9 octobre 1982.
  • Giuliano Ercoli, "Alfredo Muller: un ritratto e una verifica", Antichità viva n. 2, 1976, p. 53-56.
  • Alfredo Müller, catalogue de l'exposition. Présentation par Raffaele Monti, Galleria del Levante, Milan février-mars 1975.
  • Omaggio a Alfredo Müller, catalogue de l'exposition, Galleria d'Arte moderna Il Mirteto, Florence 5-31 octobre 1974.
  • Raffaele Monti, « Il nemico di Fattori », Arte 80 n. 3-4, 1973, p. 78-82, 132.

Liens externes[modifier | modifier le code]