Yvon Chotard

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Yvon Chotard
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Fonctions
Membre du Conseil économique, social et environnemental
Président
Centre français du patronat chrétien (d)
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 77 ans)
Colombes
Nom de naissance
Yvon Fernand Antoine Auguste Joël Chotard
Nationalité
Formation
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Yvon Chotard, né le à La Madeleine (Nord) et mort le à Colombes[1], est un éditeur et syndicaliste patronal français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Joël Chotard, industriel du textile et maire de Grézieu-la-Varenne, dans le Rhône, de 1944 à 1978. Ce-dernier a appartenu à l'Action française, y compris après la condamnation pontificale de 1926-1927[2]. Les noms de Joël et Yvon Chotard figurent dans les listes des petits contributeurs financiers du quotidien royaliste et nationaliste L'Action française de 1928 à la fin des années 1930[3].

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Il fait ses études au collège des jésuites de Lille, puis à l’université de Paris puis de Lyon. Licencié en droit, diplômé d’études supérieures de droit public, diplômé de l’École libre des sciences politiques de Paris, il obtient aussi un certificat d’études littéraires classiques.

Le , alors âgé de dix-neuf ans, il participe à la manifestation d’étudiants et de lycéens autour de l'arc de triomphe de l’Étoile pour commémorer la fête nationale, malgré l’occupation allemande. Il entre ensuite dans la Résistance au sein du réseau Alliance, dirigé par Georges Loustaunau-Lacau puis Marie-Madeleine Fourcade, qui recrutait alors dans les milieux de droite.

Carrière[modifier | modifier le code]

Il est nommé responsable régional Marseille/Lyon du Commissariat général à la Jeunesse, tout en étant membre actif du réseau de résistance Alliance.

En 1945, Yvon Chotard crée à Paris la maison d’édition France-Empire, spécialisée dans les récits sur la Seconde Guerre mondiale et sur la Résistance, qu’il dirige jusqu’en 1990. Il s’est associé ensuite aux éditions Droguet & Ardant et a créé en 1969 une seconde maison d‘édition consacrée à l’économie et à la gestion sous le nom de Chotard & Associés. Parmi ceux qui ont fait le succès de la Maison, on peut citer, en particulier, Casabianca par le commandant L'Herminier, Les Mémoires d’un agent secret du Colonel Rémy, plusieurs livres de Christian Bernadac sur les camps de la mort, Mon pays la France par le Bachaga Boualem. Il a fondé une collection « catholique », dirigée à partir de 1959 par son ami le romancier Michel de Saint-Pierre. Avec comme auteur-vedette Mgr Cristiani, l’ancien professeur d’histoire de Chotard à la Faculté catholique de Lyon.

En 1969, il devient président de la Commission paritaire du Syndicat des éditeurs, puis vice-président en 1970 et 1971 et président en 1972 et ce, jusqu’en 1988. Il préside à partir de 1975 le Cercle de la Librairie, organisme interprofessionnel patronal du livre[4].

Tout en se consacrant à son métier, il s’est impliqué dans tout un ensemble d’activités d’ordre social, économique ou politique. Partisan de la construction européenne, il est président de 1951 à 1952 du Groupe des Jeunes Chefs d’Entreprise du mouvement européen La Fédération, dont il est membre du Comité directeur. En 1952, il fonde le mouvement d’action civique Jeune Chambre économique française (JCEF). Cette initiative est menée avec Jacques-Yves Toulouse, Michel Nicolaï, Bertrand Vernes, André Cotte, son ami, ancien du réseau Alliance, et Gilles Barast, secrétaire général de La Fédération. Ce dernier en sera le secrétaire général, après avoir quitté La Fédération et Yvon Chotard le premier président, jusqu’en . Il garde ensuite le titre de président fondateur jusqu’à la fin de sa vie et ne cessera de veiller sur le mouvement. A l’échelon international, il est élu président du Conseil Européen des Jeunes Chambres Economiques pour 1954 et devient vice-président de la Jeune chambre internationale (JCI) pour l’Europe et l’Afrique pour 1955/1956. En tant que chef de la délégation française, il participe à plusieurs Congrès mondiaux de la JCI : Mexico en 1954, Edimbourg en 1955, Wellington en 1956, Tokyo en 1957, Minneapolis en 1958, Rio de Janeiro en 1959 et Puerto-Rico en 1961. C’est avec André Cotte et toute une équipe de parisiens dirigé par lui, qu’il organise le XVIème Congrès de la JCI en 1960. Le président national, cette année-là, était Olivier Giscard d’Estaing. En 1961, à la suite du Congrès de Paris, Yvon Chotard a été promu Sénateur 0960 de la JCI.

En 1955, il rejoint le comité directeur du Centre d'études politiques et civiques (CEPEC), animé notamment par Louis Salleron, ancien rédacteur en chef de Fédération. Sa maison d’édition publie des ouvrages de membres et de proches du CEPEC[5], et de patrons catholiques[6]. Il présente Michel de Saint-Pierre lors d'une conférence donnée par ce-dernier à un dîner-débat du CEPEC en 1964.

Il a combattu l'indépendance de l'Algérie. Avec Georges Laederich, président du CEPEC, il participe au premier colloque de Vincennes en [7]. France-Empire publie entre 1962 et 1964 des ouvrages du bachaga Boualem, écrits pour défendre les harkis. Chotard a également mis en place un réseau de distribution de livres, via une SARL, la Sodafe, au capital de 10 000 francs, qui diffusa des ouvrages favorables à l’Algérie française de petites maisons d’éditions comme L’Esprit nouveau, les éditions Saint-Just, les éditions du Fuseau[8].

Il est successivement membre du comité directeur[9], vice-président puis président de [10] à 1970 d'une organisation patronale catholique, le Centre Français du Patronat Chrétien (CFPC). C’est pendant cette période qu’il crée l’ « Ecole de Chef d’Entreprise »[11] de ce groupement, devenu depuis 2000 le mouvement des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC). Chotard a accepté la présidence du CFPC avec le souci de chercher le « niveau exact où nous devons intervenir pour que la doctrine à laquelle nous croyons ne soit pas seulement l’expression de quelques principes dont la valeur d’engagement serait relativement limitée », conscient qu’une partie des membres du CFPC commettent « l’erreur de limiter (leur action) à (une) proclamation de principes dont ils (n’ont) pas cherché l’application sinon dans leur entreprise du moins dans les organisations professionnelles et l’économie nationale ». C’est que le CFPC traverse alors une crise d’identité qui se traduit par des conceptions divergentes sur ce que doit être le CFPC : des patrons comme Raymond Dreux, vice-président, estiment qu’il doit servir avant tout à « fortifier intellectuellement et spirituellement chacun de ses adhérents » et que, dès lors, ses prises de positions doivent être rares, alors que d’autres, tel Chotard, entendent concilier « pensée et action » et faire appliquer l’enseignement social de l’Eglise dans l’entreprise et dans la Cité[12],[13]. Il revendique sa « fidélité à la doctrine sociale de l'Église catholique, enseignée par les Pères Jésuites de Lille puis à la faculté catholique de Lyon »[4].

À compter de 1968, il est vice-président de l’Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (ESSEC). De 1988 à 1998 il a été président de la fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (FNEGE).

Dès 1964, il est nommé membre du Conseil Economique et Social (CES) et y sera reconduit jusqu’à sa disparition. Il a participé aux travaux de différentes commissions : aménagement du territoire, activités sociales, économie régionale et travail. Il a été, en particulier, peu après sa nomination, rapporteur de la Commission de l’Aménagement du Territoire présidée par Philippe Lamour, le promoteur de l’opération d’aménagement du Bas Rhône-Languedoc. De plus, il a présidé de 1969 à 1998, le groupe des Entreprises Privées du CES.

Chotard et Michel de Saint-Pierre ont collaboré ensemble durant 15 ans, de la collection « Catholique » des éditions France-Empire à la publication à partir de 1968 sous l’égide du Club de la culture française, dirigé par Michel Aumônier, un « vieil ami » de Chotard, d’ouvrages de Marcel de Corte, Pierre Debray et Béatrice Sabran dénonçant les « extravagances liturgiques ou les orientations progressistes de certains milieux d’Eglise »[14]. Le Club de la culture française, fondé avec Pierre Debray et présidé par Saint-Pierre, avec l’aide du club du livre civique, lié à la Cité catholique de Jean Ousset, organisa des conférences à Paris, salle des horticulteurs, dans le VIIe, avec Gustave Thibon et Louis Salleron, ainsi qu’un meeting à la Mutualité en de catholiques de droite opposés aux communistes, aux chrétiens progressistes et aux réformes liturgiques et pastorales de Vatican II (avec Ousset, Jean Madiran, Saint-Pierre[15]).

Il intègre le comité directeur du Conseil national du patronat français (CNPF) en tant que vice-président puis président du CFPC[4]. La direction du syndicat patronal le charge en d'établir une liaison avec les évêques, et notamment avec l'archevêque de Paris. Il fait alors partie d'un groupe au sein du CNPF dirigé par Ambroise Roux et chargé d'aider les négociateurs patronaux des accords de Grenelle[4]. En 1971 et 1972, il préside la Commission Enseignement Formation du CNPF. De 1972 à 1986, il est vice-président de ses instances dirigeantes et président de la commission sociale, épaulé par un directeur général, Jean Neidinger, qu'il a connu au temps de Vichy et de la résistance[4]. Il s’y est affirmé comme un négociateur hors pair, ayant su conquérir l’estime des syndicats de salariés et devenant le symbole des {[citation|plus riches heures de la politique contractuelle interprofessionnelle, signant avec les syndicats de nombreux accords sur la sécurité de l'emploi, la mensualisation, la formation professionnelle, l'assurance-chômage. Mais combattant aussi certaines lois sociales des gouvernements socialistes, comme les Lois Auroux[16] ,[17]. De 1981 à 1986[18], il est premier vice-président du CNPF. Il échoue cependant à en prendre la présidence par deux fois, en 1981 — c'est son rival Yvon Gattaz qui est élu à la suite d'un accord, évitant la « guerre des deux Yvon »)[19] — et en 1986; il est battu par François Perigot[20],[21]. Chotard et Gattaz s'opposent au sein du CNPF sur la stratégie à adopter face aux gouvernements socialistes de François Mitterrand[22].

En 1987, il est nommé par Jacques Chirac représentant permanent de la France auprès de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), dont le siège est à Genève et dont le Secrétariat est assuré par le Bureau International du Travail (BIT). Fait rarissime, il est élu, aux deux tours de rôle successifs de l’Europe, président du Conseil d‘administration de l’OIT en 1991/1992 et en 1995/1996.

En 1994, le Premier ministre Édouard Balladur le charge de présider le comité préparatoire au Sommet social des chefs d’État et de gouvernement qui doit se tenir à Copenhague.

Fonctions[modifier | modifier le code]

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il épouse Adeline Levère en . Ils ont huit enfants, deux prématurément emportés par la maladie et un disparu avec sa femme dans la catastrophe aérienne de Charm el-Cheikh, en Égypte, le .

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les patrons et le patronat (1986)
  • Comment sauver la Sécurité sociale (1989)

Décorations[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Marie-Emmanuelle Chessel, Nicolas de Bemond d'Ars, André Grelon, L'entreprise et l'Évangile: Une histoire des patrons chrétiens, Presses de Sciences Po, 2018
  • Collectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010
  • Les papiers personnels d'Yvon Chotard sont conservés aux Archives nationales sous la cote 617AP [27]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970
  2. Marie-Emmanuelle Chessel, Nicolas de Bemond d'Ars, André Grelon, L'entreprise et l'Évangile: Une histoire des patrons chrétiens, Presses de Sciences Po, 2018
  3. L’Action française, 28 août 1939, Ibid., 3 janvier 1938, Ibid., 8 septembre 1935, Ibid., 9 octobre 1932, Ibid., 8 juillet 1928
  4. a b c d et e Yvon Chotard, Les Patrons et le Patronat, Calmann-Lévy.
  5. Le colonel Rémy, l'amiral Gabriel Auphan : Histoire de la décolonisation. Contribution à l’étude la révolution mondiale, 1967, réédité en 1975, Histoire élémentaire de Vichy, 1971, L’honneur de servir : mémoires, 1978, Au service de l’Eglise. Paroles et écrits, publiés après sa mort ( 1982 ), en 1988. Robert Cassagnau : A l’Est de Saint-Sébastien, 1966, Le Méridien de Bordeaux, 1969, Vive l’anarchie !, 1973, André Piettre, Eglise missionnaire ou Eglise démissionnaire, 1978, Les chrétiens et le socialisme des origines à demain, 1984, Les chrétiens et le libéralisme, 1986.
  6. Pierre de Calan, Les professions, solutions à la crise du syndicalisme, 1965, Chère inflation, 1975, Marcel Demonque et Jean-Yves Eichenberger, La participation, 1968
  7. Nicole Racine, Michel Trebitsch (dir.), « Sociabilités intellectuelles-Lieux, milieux, réseaux », Cahiers de l’IHTP, n° 20, 3 -1992 ; Rémi Kauffer, OAS histoire d’une guerre franco-française, Seuil, 2002, p. 114, Dominique Venner, Guide de la politique, Balland, 1972, p. 390
  8. Henry Coston, Le secret des dieux, Lectures françaises, décembre 1968, p. 177
  9. La Croix, 10 mars 1959
  10. « Yvon Chotard est élu président des patrons chrétiens », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  11. « A l'école du chef d'entreprise », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  12. André Aumonier, Un corsaire de l’Église. Du patronat chrétien au Secours catholique, Paris, Fayard, 1996, p. 114-119 (Aumonier (1916-2004), ancien de la conférence Olivaint, a fait une carrière de responsable laïc d’organisations catholiques (Compagnons de France, Centre catholique des intellectuels français, CFPC, dont il fut le délégué général, le Secours catholique, qu’il a présidé de 1983 à 1992, etc.)
  13. Marie-Emmanuelle Chessel, Nicolas de Bemond d'Ars, André Grelon, L'entreprise et l'Évangile: Une histoire des patrons chrétiens, Presses de Sciences Po, 2018
  14. Yvon Chotard, « Notre ami Michel », in Michel de Saint-Pierre, témoin de son temps, Ed. Bertout, 1997, p. 67-69 : ouvrages du Club: Pierre Debray, Les technocrates de la foi, 1968, Michel Demange, Extravagances liturgiques et faux œcuménisme, 1968, M. de Corte, L’intelligence en péril de mort, 1969, Béatrice Sabran (épouse de Debray), L’Eglise et la sexualité, 1969,
  15. Le Monde et la vie, n° 152, janvier 1966, n° 163, décembre 1966. Aumônier pour le Club de la culture française et Claude Adam de l’Union des intellectuels indépendants invitent par exemple en 1972 Gustave Thibon pour une conférence sur « la dictature de la démocratie ». Le club de la culture française a été fondé en juillet 1963 sous le nom de Club Albert Camus ; il a changé de nom à la demande de la veuve de l’écrivain.
  16. Michel Noblecourt, « Yvon Chotard », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  17. « Un libéral social », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  18. « M. Yvon Chotard démissionne de la vice-présidence du CNPF », Le Monde',‎ (lire en ligne).
  19. Henri Weber, Le Parti des patrons: Histoire du C.N.P.F. (1946-1986), Seuil, 1986
  20. « François Périgot est élu président du CNPF », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  21. « Yvon Chotard briguera la présidence du CNPF », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  22. Collectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, p. 1119
  23. Connaissance du mouvement, Centre National de Formation (initiative du CNF de Franche-Comté), 2000, p. 39.
  24. Isabelle Dumielle En marge, côté cœur : comment Yvon Chotard a fait naître et grandir la Jeune chambre économique française, 1952-1964, édition de l'Association française des sénateurs de la Jeune chambre internationale, 2004 (ISBN 2 9523064 0 0). Comme l’a écrit Jacques Dermagne (†), dans la préface du livre, lorsqu’il était président du Conseil Economique et Social : « Yvon Chotard fut un formidable inspirateur, animateur, infatigable lutteur, capable de mettre toute sa volonté dans la balance pour faire triompher ses convictions … Yvon Chotard fut pour moi un maître et un ami. Il y avait de la grandeur chez cet homme qui savait à merveille unir la force de caractère et la tendresse tout simplement parce qu’il aimait les hommes et l’humanité. La fidélité était pour lui une vertu cardinale. Pour l’honorer, il aurait tout sacrifié, fût-ce sa vie. Il fut sans doute la plus exemplaire des personnalités patronales, précisément pour avoir porté le progrès social au plus haut niveau ».
  25. « M. Yvon Chotard vient d'être élu vice-président du Syndicat national de l'édition », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  26. Notice Organisation internationale du travail
  27. Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales

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